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Charles Nicolas COCHIN (1715-1790)

État civil

Né et mort à Paris. Fils de Charles Nicolas Cochin (1688-1715) et de Louise Magdeleine Hortemels (1688-1767), tous deux graveurs. Cochin père appartenait à une ancienne famille de graveurs; Louise Magdeleine Hortemels à une famille de libraires en médiocre posture financière, ses deux sœurs et un de ses frères furent aussi graveurs et épousèrent des artistes.

Formation

Malgré la qualité de ses écrits, C. semble n'avoir reçu qu'une formation professionnelle d'artiste et n'être pas passé par le collège. Cependant il a dû acquérir une bonne culture de base dans une famille profondément janséniste, liée à de nombreux gens de lettres (comme l'abbé Prévost, Quesnay), libraires (Jombert), artistes (Restout). C, si l'on en croit sa Nécrologie écrite par son cousin Belle, aurait appris seul le latin, l'italien (ce qui est peut-être le fruit de deux ans de séjour ultérieurs), et l'anglais (plusieurs livres en cette langue se trouvaient dans sa bibliothèque).

Carrière

Il a mené la carrière la plus brillante de celles qui pouvaient s'offrir à un graveur et dessinateur. Il a été agréé à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture en 1741. Vite à la mode, il a été choisi pour accompagner en Italie, entre 1749 et 1751, M. de Vandières, frère de Mme de Pompadour, nommé directeur en survivance des Bâtiments du roi, charge qu'il exercera sous le nom de marquis de Marigny. A son retour, en novembre 1751, C. est reçu académicien par acclamations et dispensé de l'obligatoire morceau de réception. En 1752, à la mort de Charles Antoine Coypel, il devient garde des dessins du roi – avec la jouissance d'un logement au Louvre qu'il occupera jusqu'à sa mort – et censeur royal pour les estampes et les ouvrages sur les beaux-arts. Il est élu en janvier 1755 secrétaire perpétuel de l'Académie, poste qu'il conserve nominalement jusqu'à sa mort et qu'il exerce effectivement jusqu'en 1776. Il est chargé par Marigny de 1755 à 1770 du «détail des arts», équivalent de la fonction de premier peintre du roi, ce qui en a fait l'intermédiaire obligé entre l'administration royale et les artistes. En 1757, il est anobli et reçoit le cordon de Saint-Michel. Ses articles sont souvent liés à ses fonctions officielles. Comme secrétaire de l'Académie, il se veut le défenseur des artistes et des sentiments du corps contre les gens de lettres; comme «chargé du détail des arts», il donne des conseils à ses confrères et cherche à influencer l'évolution de l'art en France.

Situation de fortune

Sans véritable fortune personnelle, il vit de son travail de dessinateur et de graveur, ainsi que de ses traitements et d'une pension, irrégulièrement versés par la Direction des Bâtiments. Il connaît une relative aisance (7250 £ de revenu sans compter son logement et ses gains professionnels), parfois entrecoupée de moments difficiles. En revanche il se refuse à toucher de l'argent des libraires, se contentant de leur demander autant d'exemplaires de ses ouvrages qu'il en peut avoir besoin.

Opinions

Il cherche, dans ses articles, à faire pression sur l'opinion publique pour réduire les contraintes qui pèsent sur les artistes et conduisent l'art à sa perte. Maniant l'ironie avec vigueur, il s'en prend aux modes et aux préjugés. Il pourfend l'art rocaille (« Supplication aux orfèvres », Mercure de France, déc. 1754), les conventions transformées en règles dans l'architecture, la sculpture et la peinture («Mercure du mois de juin de l'année 2355 contenant l'extrait des Mémoires d'une Société de gens de lettres», Mercure de France, juil., août et sept. 1755, janv., juil. et déc. 1756), le goût des collectionneurs pour les écoles du Nord («Lettre à M. Bastide», Le Monde, déc. 1760), les préjugés en faveur de l'Antiquité (notes à l'article «Des peintres anciens et de leurs manières», Nouveau Choix de Mercure, 1760), l'emploi par les architectes du Dorique sans base (Journal de Paris, 3 févr. 1783).

Quoique lié à de nombreux hommes de lettres, dont Diderot, et que bien intégré dans le parti des Lumières, il accorde une importance médiocre au sujet dans la peinture, il remet en cause la hiérarchie des genres et refuse d'assigner à l'art un rôle pédagogique. Il s'agit pour lui d'éléments secondaires qui distraient le peintre de son véritable but, l'imitation sensible de la nature. Il lutte pour l'autonomie du discours pictural, privilégie la technique et la valeur formelle des œuvres («De la connoissance des arts fondés sur le dessein, et particulièrement de la Peinture», Mercure de France, mars 1759).

Pour libérer les peintres de la dictature des gens de lettres qui, depuis le milieu des années 1740, s'érigeaient en critiques, il dénie à tous ceux qui ignorent la technique le droit d'écrire sur l'art («Réflexion sur la critique des ouvrages exposés au Salon du Louvre», Mercure de France, oct. 1757, t. II, p. 170-184). Il attaque ceux qui ne cherchent dans la peinture d'histoire que le respect du costume («Lettre à M. Fréron», L'Année littéraire, nov. 1759, t. VII) et dans les portraits que la ressemblance («De la diversité des jugements sur la ressemblance des portraits», Mercure de France, juil. 1759).

Des conceptions assez peu orthodoxes ne l'ont entraîné que dans une seule controverse, mais qui fut très violente. Il eut à se défendre contre les attaques de Bridard de La Garde, qui sous le nom d'une «société d'amateurs», rédigeait la partie des arts dans l'Observateur littéraire de La Porte et s'en est pris aux principes de C, qu'il opposait, non sans raison, à toute la critique d'art classique.

Activités journalistiques

Il serait trop long d'énumérer la quarantaine d'articles que C. a fournie aux journaux de son temps. On en trouvera la liste détaillée avec justification des attributions dans Michel, 1992. Ses premières contributions dans la presse sont d'un genre un peu particulier : il a dessiné six frontispices pour les Nouvelles ecclésiastiques entre 1737 et 1742. Il y représente les principaux événements jansénistes de l'année, ceux sur lesquels la feuille s'est étendue avec la plus grande véhémence.

Après 1750, il collabora régulièrement au Mercure de France ; il était en effet lié à Raynal, qui dirigea la revue jusqu'en 1755 (Raynal mentionne leur amitié dans la livraison de novembre 1754, p. 81), à Boissy, qui lui demanda, en plus de ses articles, un fleuron pour la page de titre du Mercure, et enfin à Marmontel qui écrivit le compte rendu du Salon de 1759 sous sa dictée (voir les Mémoires de ce dernier, éd. J. Renwick, Clermont-Ferrand, 1972, p. 157).

Il n'écrivit plus guère dans le Mercure après 1760, lorsque Marmontel s'en fit retirer le privilège, mais il était lié aux rédacteurs de plusieurs autres journaux. Il était attaqué depuis 1759 dans Y Observateur littéraire de La Porte, il choisit donc comme terrain de défense le journal de Fréron, l'ancien associé devenu le plus virulent adversaire de La Porte. C, qui avait déjà fourni de l'aide à Fréron pour des articles dans le Journal étranger, publia plusieurs textes polémiques dans L'Année littéraire. Il inspira ou dicta d'ailleurs les comptes rendus de Salons et la plupart des articles sur la peinture dans L'Année littéraire entre 1761 et 1771. Il fut même en partie responsable d'un bref internement de Fréron au Fort-l'Evêque en 1769, à la suite d'une lettre trop violente contre le peintre Casanova (note manuscrite de C, B.N., Estampes, Yde 13, t. IX, p. 346).

Il collabora dans les mêmes années à plusieurs autres journaux; il envoya plusieurs lettres en 1759 à la Feuille nécessaire, qui ne furent pas intégralement publiées, ce qui le conduisit à renoncer à sa collaboration (M. Tourneux, «Un projet de journal écrit de critique d'art en 1759», Mélanges Lemonnier, Paris, 1919, p. 323). Il participa brièvement aux entreprises de Bastide, un de ses amis qui lui avait commandé des illustrations, et fournit en 1760 un article au Monde et des notes pour un ancien article réédité dans le Nouveau Choix du Mercure. Le duc de Choiseul ayant fait envoyer à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture la Gazette littéraire de l'Europe (M. Furcy-Raynaud, Correspondance de M. de Marigny, Paris, 1903, t. I, p. 305), C. y fit publier un article nécrologique sur le peintre Deshays (t. IV, févr. 1765).

C, dans les années 1770, perd peu à peu sa situation officielle et n'est plus lié personnellement à des journalistes. Il continue cependant à envoyer des articles aux journaux -un article sur la gravure au Mercure de France (août 1775) et une dizaine de lettres au Journal de Paris entre 1777 et 1788 -, mais ne donne plus d'orientation aux pages consacrées à l'art.

Publications diverses

C. a fait réunir plusieurs de ses articles ainsi que quelques opuscules dans deux recueils : Recueil de quelques pièces concernant les arts, Paris, Jombert, t. I, 1757, t. II, 1771; et un autre plus complet : Œuvres diverses de M. Cochin, Secrétaire de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture, ou Recueil de quelques pièces concernant les arts, Paris, Jombert, 1771,3 vol. (il contient aussi les pièces du précédent). Certains articles purement conjoncturels n'y ont pas trouvé leur place; les articles postérieurs à 1771 ne sont pas recueillis.

Bibliographie

Belle A.A., «Notice sur M. Cochin», Journal de Paris, 2 juin 1790, supplément, p. VI-VIII. – Tavernier L., Das Problem der Naturnachahmung in den Kunstkritischen Schriften Charles Nicolas Cochins d.j., Hildesheim-Zürich-New York, 1983– Michel C, Charles-Nicolas Cochin et le livre illustré au XVIIIe siècle, Genève, 1987. – Id., Charles-Nicolas Cochin et l'art des Lumières, thèse, U. de Paris X-Nanterre, 1992.

Auteur(s) de la notice


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