CHEVALIER

Décès

1747

Naissance

1660

Numéro

174

Prénom

André

Né à Bourg-en-Bresse en 1660, André Chevalier épousa une Messine, Catherine Barbier (née en 1663), et en eut une fille Anne (Luxembourg, 11 juin 1688) qui reprit l'entreprise à la mort de son père, survenue le 10 décembre 1747. A ce moment Chevalier demeurait rue Neuve à Luxembourg, dans une maison acquise le 20 février 1690 (pour 825 écus), après avoir habité depuis son arrivée dans la rue Chimay.

3. Carrière

Installé imprimeur à Metz depuis au moins 1685, Chevalier se vit proposer en 1686, par l'intendant Jean Mahieu, de s'établir à Luxembourg. Par un acte notarié passé entre eux à Metz, le 2 juin 1686, Chevalier obtint le monopole de l'imprimerie et de la librairie à Luxembourg pendant vingt ans, un logement durant le même temps, et l'exclusivité de la clientèle scolaire et de l'édition des RR. PP. Jésuites ; enfin l'administration royale prit à sa charge le déménagement depuis Metz, ville où il ne semble pas avoir conservé de boutique (Ronsin, 1963). Pourtant après le retour de Luxembourg à l'Espagne, Chevalier perdit son monopole lorsqu'en janvier 1703 un de ses ouvriers, Jacques Ferry, obtint l'autorisation d'installer sa propre imprimerie ; Chevalier devait d'ailleurs dans le même temps demander le renouvellement de son privilège d'imprimeur (mars 1703), formalité qu'il réitéra en 1711, lorsque Philippe V céda le Luxembourg à Maximilien de Bavière (Van der Vekene, p. 46-47). Pour soutenir le développement de ses presses, il constitua une entreprise intégrée par l'acquisition, en 1719, d'un moulin à papier situé à Senningen qu'il agrandit bientôt grâce à une patente obtenue, le 3 septembre 1721, de l'empereur Charles VI, souverain du Luxembourg depuis le traité de Radstadt. Mais en 1737, peut-être en difficulté par d'ambitieuses entreprises éditoriales, Chevalier retourna à la seule édition et céda cette papeterie à un confrère.

6. Activités journalistiques

L'entreprise développée sur les bases d'un marché captif se trouvant menacée par la perte de son monopole local pour l'imprimerie lors du retour de Luxembourg à l'Espagne, Chevalier lança un périodique, ouvrage permettant tout à la fois d'enchaîner un public assidu, de répandre une réclame pour ses propres ouvrages, et d'entretenir des réseaux, licites ou clandestins, de diffusion de son fonds. La première livraison mensuelle de La Clef du Cabinet des Princes de l'Europe, datée de juillet 1704, portait l'adresse supposée de «Jacques le Sincère, à l'enseigne de la Vérité», libraire imaginaire né en Hollande en 1687 dont l'impressum se multiplia à partir de 1700 sur des ouvrages de polémique religieuse, surtout réformée (voir E. Weller). La reprise de cette adresse par Chevalier pouvait ainsi avoir une double fonction commerciale : faire passer pour impression hollandaise un ouvrage réalisé en territoire régnicole, farder ce mercure politique, catholique et francophile, aux couleurs de la R.P.R. Les autorités françaises tenaient La Clef pour un ouvrage prohibé comme le montrent les saisies de ballots d'exemplaires en feuilles, dirigés sur Paris via Reims, à la fin de l'été 1705 (voir B.N., f.fr. 21743) : non que le périodique ait été outrageusement dirigé contre le gouvernement, mais il enfreignait le privilège de la Gazette, ainsi que le monopole des postes et celui du libraire parisien David pour l'importation des gazettes d'Amsterdam (voir J.P. Vittu). Cette situation nous semble éclairer le contrat passé le 1er septembre de cette même année 1705 entre Chevalier et Claude Jordan. Ancien rédacteur de gazettes à Leyde de 1686 à 1688, puis à Amsterdam entre 1688 et 1691, lié à Paris pour y récolter les annonces publiées dans ses journaux et comme expéditeur exclusif des gazettes depuis la métropole hollandaise, Jordan avait regagné la France en 1693, poursuivant ses activités de publiciste en donnant les Voyages historiques de l'Europe à Paris de 1693 à 1700, tout en continuant probablement de participer à une gazette amstellodamoise, commencée à l'automne 1691. Son expérience de journaliste comme ses introductions parisiennes en faisaient un excellent allié dans le royaume, aussi dès l'accord signé par lequel il s'engageait à fournir son manuscrit mensuel contre 50 £, Claude Jordan demanda-t-il un privilège royal, qu'il obtint le 27 novembre 1706 pour un Journal historique sur les matières du temps. Fruit de l'accord et du privilège, une double présentation du périodique qui déconcerte encore le lecteur d'une seule collection : à partir de 1707, le même texte parut chaque mois sous deux pages de titre différentes. L'une d'elles portait pour titre La Clef du cabinet des princes de l'Europe et elle conserva quelques années l'adresse supposée de «Jacques le Sincère», alors que l'autre indiquait sous le titre Journal historique sur les matières du temps, soit l'adresse de Verdun, «chez Claude Muguet Marchand Libraire», soit celle de Luxembourg, «chez André Chevalier, Imprimeur et Marchand Libraire». Ainsi la localisation du Journal historique à Verdun, dans les Trois-Evêchés considérés comme «province d'étranger effectif», permettait l'entrée dans le royaume des feuilles imprimées à Luxembourg, qui se trouvaient alors réputées impressions françaises grâce au privilège accordé à Jordan ; le dépôt régulier du périodique à la Bibliothèque royale à partir de 1711, année où le Luxembourg passa à Maximilien de Bavière, témoignerait de cette pratique (B.N., Archives 34).

Ainsi La Clef dut-elle sa naissance et sa prospérité à la situation de Chevalier sur la grande voie de transit qui reliait Amsterdam à Bâle et Genève, via Liège et Luxembourg ; elle fournissait le rédacteur en informations par les gazettes hollandaises ou des lettres particulières, elle approvisionnait le libraire en ouvrages qu'annonçait le périodique, enfin elle ouvrait sur un large réseau de diffusion : sur la quarantaine de collections de Clef recensées par Van der Vekene, n'en trouve-t-on pas vingt-sept hors de France? Cette ample diffusion européenne explique aussi qu'après la rupture, en 1716, avec Claude Jordan et la publication par ce dernier d'une Suite de la Clef, ou Journal historique sur les matières du tems à Paris, Chevalier ait pu continuer indépendamment sa Clef à Luxembourg (voir D.P.1, 214 et 1230). A partir de 1735, le mensuel aurait été rédigé par Pierre Bourgeois, marchand à Luxembourg et acquéreur de la papeterie de Chevalier en 1737. A la mort de Chevalier, en avril 1747, sa fille continua ce périodique qui exista sous le même titre jusqu'en 1788.

Lors de ses difficultés sur le marché français, Chevalier tenta aussi de gagner un public littéraire et savant avec un Diarium Europaeum Historico-litterarium trimestriel, dont on ne possède que le premier fascicule de 1707 (B.N., G 15975). Cet in 12 de 92 pages qui offrait après des nouvelles littéraires classées par pays (dont la plus récente est datée du 21 mars), des annonces de livres nouveaux, reproduisait l'organisation de son quasi homonyme parisien de 1703, le Diarium historico-litterarium du Père Jacques Hommey.

7. Publications diverses

La publication de ces périodiques ne forme qu'une part des éditions que Chevalier commença dès sa période messine. Ronsin ne connaît que deux titres pour ces années 1685 et 1686 (voir Répertoire bibliographique), mais Van der Vekene en a recensé 332 pour la période luxembourgeoise de Chevalier Si les publications administratives et scolaires prédominent, l'analyse de cette liste révèle que fort de son monopole, Chevalier s'est petit à petit lancé dans des entreprises plus ambitieuses : ouvrages religieux et juridiques, puis recueils de traités, enfin recueil des bulles pontificales avec le Magnum Bullarium Romanum dont il publia les dix premiers volumes de 1727 à 1730, avant de céder l'entreprise à un consortium formé autour de Gosse de Genève. Derrière ce développement éditorial transparaissent à la fois les associations de Chevalier avec des confrères des pays voisins (Broncart à Liège en 1705), et l'édition de contrefaçons, pratique commencée peu après l'installation à Luxembourg en participant à l'édition de la Bible de Sacy organisée par Anisson (voir Martin) et qu'il avait largement développé au début du XVIIIe siècle, comme en témoigne le catalogue de quarante-neuf titres saisi à Paris, en 1705, sur un Liégeois prévenu de contrebande (B.N., f.fr. 21746, f° 178 ; c'est un feuillet 23,8 x 17,6 cm facile à dissimuler).

8. Bibliographie

A.N., O1 44, f° 102 et 424. – B.N., Archives 34 ; f.fr. 21743, 21746, 21749 et 22071. – Birn R., «La contrebande et la saisie de livres à l'aube des Lumières», Revue d’Histoire moderne et contemporaine., t. XXVIII, 1981, p. 158-173. – Fraikin J., «Le commerce de transit dans le Luxembourg au XVIIIe siècle et les conditions particulières du trafic des livres», Annales de l'Institut archéologique du Luxembourg, 103-104, 1972-1973, p. 153-167. – Grégoire P., Drucker, Gazettisten und Zensoren, 1964, t 1, Luxembourg, p. 29-37. – Kunnert J.P., De l'imprimerie Chevalier en 1685 à BIS Banking Systems S.A. en 1989, Luxembourg, 1989. – Idem, «André Chevalier, imprimeur 1686-1747», 125e anniversaire de la Fédération luxembourgeoise des travailleurs du livre, Luxembourg, 1989, p. 103-115. – Martin H.J., «Guillaume Desprez, libraire de Pascal et de Port-Royal», dans Le Livre français sous l'Ancien Régime, Paris, 1987, p. 65-78. – Moureau F., «Le libraire imaginaire ou les fausses adresses», Corps écrit, n° 33, p. 45-46. – Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au XVIIe siècle, tome X, Lorraine - Ronsin A., Trois-Evêchés, Baden-Baden, 1984. – Id., «L'industrie et le commerce du livre en Lorraine au XVIIIe siècle», Bulletin de la Société lorraine des études locales dans l'enseignement public, 1963-1964, XXII-XXIII, p. 23-52. – Van der Vekene E., Die Luxemburger Drucker und ihre Drucke bis rum Ende des 18. Jahrunderts, Wiesbaden, 1968. – Vittu J.P., «Le peuple est fort curieux de nouvelles : l'information périodique dans la France des années 1690», S.V.E.C, 320, 1994. – Weller E., Die falschen und figierten Druckorte. Repertorium der seit der erfindung der Buchdruckerkunst unter falscher Firma erschienenen deutschen, lateinischen und französischen Schriften, Leipzig, 1864, reprint Hildesheim, New-York, 1970.