CHARLEVOIX

Numéro

166

Prénom

Pierre de

Naissance

1682

Décès

1761

1. État-civil

Pierre François Xavier de Charlevoix serait né le 29 octobre 1682 à Saint-Quentin, de Roger de Charlevoix, conseiller au bailliage de Saint-Quentin et de damoiselle Elisabeth Le Lavoy (?) ; son père était d'une famille noble qui avait donné un maréchal de camp, Pierre de Charlevoix (mort en 1684, A.D. Aisne, E 362). Un doute demeure sur la date de naissance de Pierre François Xavier dont l'extrait baptistaire n'a pas été retrouvé ; les registres de la Compagnie de Jésus donnent le 29 octobre 1682 (Sommervogel ; Baudrillart), mais le seul acte concernant un «Pierre, fils de Mr. Roger de Charlevoix» est daté du 3 octobre 1683, sans qu'on puisse affirmer qu'il s'agit d'un frère de P.F.X de C. Pierre François Xavier de Charlevoix est mort à La Flèche le 1er février 1761 (Sommervogel).

2. Formation

Il entre au noviciat des Jésuites le 15 septembre 1698. Après avoir fait profession, il est destiné aux missions et nommé professeur au collège des Jésuites de Québec, où il demeure de 1705 à 1709 (voir R ; B, p. 78). A son retour, il est nommé au collège Louis-le-Grand où il enseigne les humanités et fait ses quatre années de théologie (Baudrillart) ; il est, vers 1710, préfet de chambre de Voltaire. Il reçoit l'ordination en 1712 (B, p. 78).

3. Carrière

Il se fait connaître en 1715 par l'Histoire de l'établissement, du progrès et de la décadence du christianisme au Japon. En 1717, il est chargé d'une seconde mission au Canada, sur demande du Conseil de la Marine, soucieux de réorganiser le commerce en Amérique du Nord au lendemain de la paix d'Utrecht ; il doit en particulier explorer les passages fluviaux en direction de l'Ouest. Selon J.E. Roy, il est chargé en 1719 de rédiger un mémoire sur les limites de l'Acadie (R, p. 30). Toujours selon Roy, le texte serait perdu. On trouve toutefois dans les A.A.E. un «Memoire general sur les limites de l'Acadie» sur lequel les mots «Le P. De charlevoix» ont été rayés (C.P. Angleterre, 1720, suppl., vol. 334, f° 26-42). Peut-être s'agit-il du mémoire de Charlevoix ou d'un résumé rédigé par F. de Ruette d'Auteuil (renseignements fournis par P. Berthiaume). Il embarque à Rochefort le 2 juillet 1720, remonte le Saint-Laurent jusqu'à Québec où il arrive le 23 septembre ; de là il gagne Montréal (13 mars 1721), l'Ontario, les chutes du Niagara (26 mai), le lac Supérieur, le Michigan et descend le Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans où il arrive le 5 janvier 1722. Le naufrage de l'Adour en avril 1722 l'empêche d'atteindre Saint-Domingue ; il longe les côtes de la Floride et les possessions espagnoles jusqu'à Biloxi, revient à la Nouvelle-Orléans le 3 juin, avant de se rendre par mer à Cuba et Saint-Domingue, d'où il rembarque pour la France ; il arrive au Havre le 26 décembre 1722 (voir le détail de son voyage dans B, p. 26-34). Son itinéraire a été reconstitué, à partir de l'Histoire de la Nouvelle-France, par Prévost dans l'Histoire des voyages (t. XIV, 1757, p. 690-745). Le 13 janvier 1723, il est reçu par le Régent, à qui il rend compte de sa mission. A la fin de l'année 1723, il se rend à Rome pour un séjour de trois ans (B, p. 54). A son retour, il s'établit au collège Louis-le-Grand, où il demeurera le reste de sa vie, occupant divers postes de recherche : il est «scriptor» en 1728-1729, de 1739 à 1747, en 1749 (pour la 21e année), en 1751-1752 (G. Dupont-Ferrier, Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand, Paris, de Boccart, 1921-1925, t. III, p. 36, n° 242). Spécialisé dans l'histoire des missions, il est chargé de publier l'Histoire de l'Ile espagnole (1730-1731) d'après les mémoires manuscrits du R.P. Le Pers, lequel proteste dans 19 lettres gardées à la bibliothèque Sainte Geneviève (Sommervogel) et dans les Archives de la Compagnie de Jésus (Vanves, fonds Brottier, vol. 171 : renseignement fourni par P. Berthiaume ; voir également B, p. 55-56). Il élabore en 1735 le «projet d'un corps d'histoire du nouveau monde» (Mémoires de Trévoux, janv. 1735, p. 160-172 ; Journal de Verdun, juin 1735, p. 404-411 ; B, p. 40-41). Il collabore au Dictionnaire géographique de La Martinière (Journal des savants, 1741, p. 561). En 1756 encore, il est chargé de rédiger l'Histoire du Paraguay. En 1741 (Pouliot, p. XXI) ou 1742 (O'Neill, p. 16), il a été nommé procureur des missions des Jésuites du Canada et de la Louisiane, ainsi que du monastère des Ursulines de la Nouvelle-France, poste qu'il occupe jusqu'en 1749 (B, p. 82). Il passe ses dernières années au collège de La Flèche (B, p. 82).

5. Opinions

Charlevoix fut considéré par ses supérieurs, mais aussi par Maurepas et d'Aguesseau, comme le meilleur historien des missions. Son souci d'exactitude et sa largeur de vue lui valurent l'estime des philosophes. Voltaire dit de lui, dans le Dictionnaire philosophique (art. «anthropophages») : «Le jésuite Charlevoix, que j'ai fort connu, et qui était un homme très-véridique». Raynal, Buffon, Diderot lui ont emprunté (cf. M. Duchet, Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Maspero, 1971, p. 77, 104, 210, 260, 262, 447), ainsi que Rousseau (voir G. Chinard, L'Amérique et le rêve exotique, Droz, 1934, p. 333-338). Prévost bénéficia de son appui et de ses conseils pour l'Histoire des voyages (t. XII, p. ii ; t. XIV, p. 111). Sur la réception du Journal d'un voyage, voir B, p. 59-64. On trouvera dans B, p. 994-996 un état de la correspondance de Charlevoix.

6. Activités journalistiques

Charlevoix travaille, de près ou de loin, aux Mémoires de Trévoux depuis son retour d'Amérique en 1723 jusqu'en 1744 (Sommervogel). Les «Anecdotes des Mémoires de Trévoux» rédigées par le P. Castel permettent de préciser la nature de cette collaboration (éd. J. Sgard et F. Weil dans Dix-Huitième siècle, n° 8, 1976, p. 193-204). En 1723, selon Castel, Charlevoix se rend à Rome «pour être journaliste de Trévoux» (éd. cit., p. 200, n. 1) ; devenu familier du journal, il tente de s'imposer à la fin de l'agence du P. Hongnant vers 1728-1733 ; il collabore ensuite avec le P. Rouillé, dans l'espoir de lui succéder, et rédige à cette époque nombre d'extraits d'histoire et d'érudition (p. 198) ; mais lors du renouvellement de 1734, il ne parvient pas à se faire nommer ; le P. Brumoy le choisit seulement, avec les PP. Bougeant, Castel et La Tour, parmi ceux qui amassent des matériaux pour les numéros à paraître (voir M. Gilot et J. Sgard, «Le renouvellement des Mémoires de Trévoux en 1734», Dix-Huitième siècle, n° 8, p. 209). Toujours selon Castel, «l'agence du P. Souciet a été le règne du P. Charl.» (p. 202) : de 1733 à 1744, c'est chez lui qu'ont lieu le «café» et les assemblées des journalistes, mais il n'est toujours pas «juridiquement nommé». Il quitte enfin le journal en juillet 1744, peu avant l'arrivée du P. Berthier. Malgré les formulations malveillantes du P. Castel dans ses «anecdotes», il est évident que Charlevoix a été de 1734 à 1744 l'une des autorités occultes des Mémoires de Trévoux, et pendant vingt ans, l'un de ses principaux rédacteurs.

7. Publications diverses

Histoire de l'établissement, du progrès et de la décadence du christianisme dans l'empire du Japon, Rouen, Le Boulenger, 1715, 3 vol. ; Charlevoix a refondu complètement cet ouvrage pour le publier en 1736 sous le titre : Histoire et description générale du Japon (Paris, Gandouin, 2 vol. in-4°) ; une nouvelle édition corrigée et augmentée a paru en 1754 (6 vol. in-l2). – Vie de la Mère Sainte-Marie de l'lncarnation, Paris, Briasson, 1724. – Histoire de l'Ile Espagnole ou de Saint-Domingue, Paris, Barrois, 1730-1731, 2 vol., dédiée à Maurepas. – Histoire et description générale de la Nouvelle-France «avec le journal historique d'un voyage fait par ordre du Roi», Paris, Didot, P.F. Giffard, Nyon fils, Ganeau et Rolin fils, 1744, 3 vol.in-4° ; le 3e volume est constitué par le «journal» rédigé de juin 1720 à décembre 1722 sous forme de lettres à la duchesse de Lesdiguières ; l'ouvrage a paru également en format in-12 ; le Journal d'un voyage fait par ordre du Roi a été édité par P. Berthiaume, qui a montré en particulier pourquoi la publication du Journal de voyage, composé par Charlevoix après son retour, avait été retardée jusqu'en 1744 (B, p. 50-59). – Histoire du Paraguay, Paris, Didot, Giffart et Nyon, 1756. Voir dans B, p. 996-998 la bibliographie complète des oeuvres de Charlevoix.

8. Bibliographie

B.Un. ; Sommervogel. – Roy J.E., «Essai sur Charlevoix», Mémoires de la Société Royale du Canada, 3e série, t. I, section 1, 1907. – Baudrillart A., Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, Paris, Letouzy, 1953, t. XII, art. «Charlevoix». – Pouliot L., François-Xavier de Charlevoix S.J., Sudbury, La Société historique du Nouvel-Ontario, 1957. – Sgard J. et Weil F., «Les Anecdotes inédites des Mémoires de Trévoux», Dix-Huitième siècle, n° 8, 1976, p. 193-204. – O'Neill C.E., Charlevoix's Louisiana : selections from History and the Journal of Pierre F.X. de Charlevoix, Baton rouge, Louisiana State University Press, 1977. – (B) Berthiaume P., éd. critique du Journal d'un voyage fait par ordre du Roi dans l'Amérique septentrionale, Presses de l'Université de Montréal, 1994, 2 vol. : voir notamment l'introduction, la chronologie de Charlevoix, p. 78-82 et la bibliographie.

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