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Jean Louis CASTILHON (1729-ap. 1780)

État civil

«Jean-Louis Castillon, fils à maitre Jean Castilhon, procureur au sénéchal, et à demoiselle Marguerite de Merle» (Reg. par. du Taur, A.M. de Toulouse, GG 173, f° 258) naquit à Toulouse le 5 octobre 1729. Son parrain, Louis Rouvenot, «aumonier des Cents Suisses de la garde du roy», étant absent, c'est son frère Jean qui le tint sur les fonts baptismaux, en présence d'un chanoine de Saint-Sernin, Henri de Siméon de la Porte, d'un prêtre prébendé de Saint-Etienne, d'un avocat au Parlement et d'un bourgeois de la ville, Raymond Barbe, mari de la marraine, Blaise de Calvet. C'est à peu près tout ce qu'on peut dire de sa vie, en l'état actuel des recherches. Comme il a déployé une intense activité littéraire entre 1765 et 1780, date à laquelle on perd toute trace de lui, on peut supposer, mais sans la moindre preuve, qu'il est mort autour de cette année.

Formation

Il étudia le droit à la Faculté de Toulouse, dont il sortit licencié in utroque le 20 mars 1751 (B.U. de Toulouse, Archives de l'Université, reg. 13, f° 407 v. ; Caillet, , p. 22). Il ne semble pas qu'il ait jamais été membre de l'Académie des jeux floraux, quoi qu'en disent ses biographes anciens ; mais plusieurs de ses «discours» y furent couronnés : «Que l'amour mutuel des princes et des sujets est le plus ferme appui d'un état monarchique» (1756) ; «Combien les belles-lettres sont redevables aux sciences» (1757) ; «Combien il est honteux d'avoir plus de ménagement pour les vices que pour les ridicules» (1758). Voir la Biographie toulousaine et la F. L. 1769, t. I, p. 209.

Carrière

Bien qu'on n'ait pas trouvé trace de sa présence parmi les avocats au Parlement de Toulouse ou de Paris entre 1751 et 1765, comme son frère aîné, C. aurait été avocat. Ses seules activités vraiment attestées sont celles d'écrivain, de journaliste et d'éditeur. En 1758, il logeait chez Chalut, fermier-général (B.N., n.a.fr. 14898, f° 276). En 1761 il rejoignit Pierre Rousseau à Bouillon et fut pendant onze ans son principal collaborateur (Birn, , p. 82-85), avec sn frère Jean (voir art. «Chamfort» et «Rousseau». Lorsqu'en 1762 celui-ci se rendit à Mannheim pour y transférer le siège de ses journaux, il resta sur place pour couvrir cette tentative et se chargea de demander au duc Charles Godefroy un privilège pour le Journal de jurisprudence (Archives d'Arlon, Règlement 66, Registre de la cour souveraine de Bouillon, 1762 - 1787, p. 3-18, novembre 1762 ; Birn, ibid., p. 84-85). Lors de la fondation de la Société typographique de Bouillon (28 novembre 1768), il reçut un quart du privilège, comme rédacteur. Il céda cette part en mai 1772 (Birn, p. 105), et le 4 janvier 1774 Pierre Rousseau, définitivement brouillé avec lui, l'accusa de s'être entendu avec les rédacteurs du Journal historique et politique de Genève pour insinuer que «tous les libelles qui ont paru contre ce qu'il y a de plus respectable en France» venaient de lui : «Ces perfides amis (les frères Castilhon) travaillaient depuis longtemps à m'enlever mes établissements. Les malheureux n'ont pour eux que la honte de n'avoir point réussi [...]. M. Robinet était du complot, mais il s'est tenu finement derrière le rideau» (Birn, p. 131 : lettre à M.M. Rey).

Opinions

C. était un philosophe selon le cœur de Grimm et de Diderot, comme suffiraient à en témoigner deux passages de la Correspondance littéraire cités par Birn (p. 102) : «Dans la foule innombrable des compilations dont nous sommes accablés [...], il en a paru une, cette année, qui mérite d'être distinguée ; ce sont des Recueils philosophiques et littéraires de la Société typographique de Bouillon [...]. On lit les noms de Robinet et de Castilhon à la tête de cette Société» (Grimm, VIII, 395). - «Il paraît que Robinet et Castilhon se sont ligués, I'un pour encourager les grands à aimer, cultiver, protéger les savants ; l'autre, les jeunes gens qui se sentent du génie à faire connaissance étroite avec les anciens. Je complimenterais volontiers ce triumvirat si j'en étais digne» (Diderot, t. VIII, 399). Déjà ses premières œuvres avaient suscité la curiosité de Voltaire.

Activités journalistiques

C. a participé à la direction du Journal encyclopédique et du Journal de jurisprudence. C'est lui qui rédigea les «analyses» et les «notices» du Journal encyclopédique(D.P.1 730), de 1761 à 1772 (Birn, p. 82), et sa part dans la rédaction du Journal de jurisprudence (D.P.1 648) ne semble pas avoir été moins considérable. Après avoir composé avec Robinet le Recueil des pièces nouvelles et intéressantes sur des sujets de littérature et de morale, 5 vol. in-12, 1769, il prépara avec lui le Recueil philosophique et littéraire de la Société typographique de Bouillon, 10 vol. in-8°, 1769-1779. Il a certainement participé à la suite des Mémoires de Trévoux.

Il est rédacteur de la Gazette des Deux-Ponts (D.P.1 507) de l'automne 1777 à la fin de 1780 (pour l'année 1778, cette dernière porte le titre de Gazette ou Journal universel de littérature(D.P.1 578). Dans une lettre du 19 janvier 1776 à Dubois-Fontanelle, il s'était déjà occupé de la succession de celui-ci à la rédaction de ces journaux et connaît bien les livres imprimés à Deux-Ponts. Il annonce l'arrivée d'un acheteur (voir «Le Tellier») qui «n'est ni un libraire ni un imprimeur» (H.S.D.). En mai 1777, il est évoqué comme l'un des membres fondateurs de la «Société typographique» qui devait être créée par Le Tellier, Paradis (voir «Paradis»), Solomé (voir «Solomé » et lui-même à Hombourg, près de Francfort, et où devaient être transférés les deux journaux et la majeure partie de l'imprimerie de Deux-Ponts. Solomé écrit à Paradis le 17 mai 1777 que «M. Louis Castilhon en apportant dans la Société un journal dont il a le projet, un nom déjà célèbre, un travail facile et sûr» recevra 2000 £ d'appointements fixes et «deux dixièmes de participation aux bénéfices» (H.S.D. 128/9). Ce projet de coopération ne se réalisera pas, mais Castilhon arrive à Deux-Ponts en octobre 1777 pour y rédiger les gazettes littéraire et politique jusqu'à la fin de septembre 1780 (Gazette universelle de littérature, n° 88, 1780, p. 697, cité par Kuhn, p. 66) : «Il n'y avait qu'un homme au monde en état de composer cet excellent ouvrage, nous venons de le perdre ; et nous en sommes inconsolables, [...] cet homme universel, possédait à un égal degré, les sciences, les arts, les belles-lettres, et les affaires politiques de l'Europe». Dans une lettre du 7 septembre 1780 à l'envoyé de Deux-Ponts auprès de la Cour de Versailles, Castilhon se défend contre les attaques qu'il dut essuyer au sujet du journal politique et semble décidé à quitter Deux-Ponts, en déplorant «l'impossibilité qu'il y a à faire, à 100 lieues de la capitale, une gazette qui contienne les faits à mesure qu'ils se passent à Paris» (B.H.S., 420/17/I). Renseignements fournis par J. Schlobach.

Publications diverses

Outre ses Discours de l'Académie des jeux floraux, Jean-Louis Castilhon a publié : Essai sur les erreurs et les superstitions par M.L.C., Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1765, in-12 de 485 p. (rééd. en 1766, Francfort, Knoë et Eslinger, 2 vol. in-8°). – Almanach philosophique en quatre parties suivant la division naturelle de l'espèce humaine en quatre classes, à l'usage de la nation des philosophes, du peuple des sots, du petit nombre des sçavans et du vulgaire des curieux par un auteur très philosophe, Goa, Dominique Férox, impr. du Grand Inquisiteur, 1767, in-12 de 168 p. – Considérations sur les causes physiques de la diversité du génie, des mœurs et du gouvernement des nations. Tiré en partie d'un ouvrage anonyme [L'Esprit des nations de J.F. Espiard]. Par M. L. Castilhon, Bouillon, Société typographique, et Paris, Lacombe, 1769, in-8° de XIX-579 p. (2e éd., ibid., 1770, 2 vol. in-12). – Zingha, reine d'Angola, histoire africaine, Bouillon et Paris, Lacombe, 2 parties en un vol. in-12, 1769. – Essais de philosophie et de morale, en partie traduits librement et en partie imités de Plutarque, par M. L. Castilhon, Bouillon, Société typographique, 1770, in-8° de XLVII-439 p.– Le Diogène moderne, ou le Désapprobateur, tiré en partie des manuscrits de Sir Charles Wolban, et de sa correspondance avec Sir George Bedfort, Sir Olivier Stewert, etc., sur différents sujets de littérature, de morale et de philosophie, par M. L. Castilhon, Bouillon, Société typographique, 1770, 2 vol. in-8°. – Le Mendiant boîteux, ou les Aventures d'Ambroise Gwinett, balayeur du pavé de Spring-Garden, d'après les notes écrites de sa main, par M. L. Castilhon, Bouillon, Société typographique, 1770, 2 part. en un vol. in-8° (2e éd., ibid., 1771 ; autre éd., 1771, Francfort et Leipzig sous le titre : Candide anglois, ou Avantures tragi-comiques d'Amb. Gwinett). Cette traduction libre parut d'abord sous forme de feuilleton dans le Journal encyclopédique en 1769, t. III, mai, p. 457-464 ; t. IV, mai, p. 125-133 ; juin, p. 274-283. Voir à ce sujet Roger B. Oake, «Jean-Louis Castilhon and Ambrose Gwinett», Revue de litterature comparée, XXVIII, 1954, p. 318-322 ; R. Mortier, «A propos du "Candide anglois" de J.L. Castilhon», ibid., p. 490-491 ; R. Mortier, «Deux imitations oubliées de Candide au XVllle siècle», Neophilologus, XXXV, 1951, p. 17-24. – De plus, il a édité l'Histoire générale des dogmes et opinions, extraite de l'Encyclopédie, 1769, et probablement collaboré au «Supplément» de celle-ci, ainsi qu'à la traduction de l'Histoire universelle «par une société de gens de lettres», qui commença à paraître à partir de 1770.

Bibliographie

Voir art. «Castilhon, Jean». Ajouter : Voltaire's correspondence, éd. T. Besterman,D13066, 13929, 15311. – Birn R., «The Journal encyclopédique and the old regime», S.V.E.C. 24, 1963, p. 219-240.(H.S.D.) Hessisches Staatsarchiv Darmstadt, Abteilung D 11 (Hausarchiv), Konvolut 128, Faszikel 1-16 und Konvolut 109, Faszikel 7, Folie L. – (B.H.S.) Bayrisches Hauptstaatsarchiv München, Bayerische Gesandtschaft Paris 278 und Kasten blau 420/17/I. – Kuhn K.H., Das französischsprachige Pressewesen im Herzogtum Pfalz-Zweibrücken (thèse), Trier 1989. – Schlobach J., «Conditions matérielles de l'imprimerie et des gazettes littéraires et politiques à Deux-Ponts» dans Les Gazettes Européennes de Langue Française (XVIIe - XVIIIe siècles). Table ronde internationale Saint Etienne, 21-23 mai 1992, textes réunis par Henri Duranton, Claude Labrosse et Pierre Rétat, Saint-Etienne 1992, S. 269-280.

Auteur(s) de la notice


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