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Louis CASTEL (1688-1757)

État civil

Louis-Bertrand Castel est né à Montpellier le 5 novembre 1688 (reg. par. Notre-Dame de Montpellier), et non le 11 comme on le dit dans son éloge. Ses parents étaient Guillaume Castel, médecin, et Louise Dubuisson. Son frère aîné, Charles Thomas, était né en 1687. Il est mort à Paris au collège Louis-le-Grand le 11 janvier 1757 (N.B.G.).

Formation

Il entra au noviciat des Jésuites le 16 octobre 1703. Il fut novice chez les Jésuites de Toulouse et dès 1707, son nom se trouve parmi les physici dans les registres (Ecole Saint-Stanislas).

Il fut membre des académies de Bordeaux et de Rouen, et de la société royale de Londres (M.T.).

Carrière

En 1711, il accéda à la chaire des humanités à Clermont (où Rameau était organiste). En 1712, il devint professeur de rhétorique (magister). Il enseigna la rhétorique a Aubenas en 1714-1715. En 1716 il est consultor, admonitor, confessor exterioris à Pamiers. Il exerça les mêmes fonctions à Cahors en 1719. Il écrivit «quelques essais relatifs à son goût et à son génie» qui le firent remarquer de Fontenelle et du P. Tournemine (M.T., avril 1757, p. 1102). Fin 1722, il devint professeur au collège de Clermont (Louis-le-Grand), où il enseigna jusqu'à sa mort des matières aussi variées que la physique, les mathématiques, la pyrotechnie, la tactique, l'architecture etc. Il fut préfet de la chambre des physiciens (voir F. de Dainville, «L'enseignement des mathématiques dans les collèges jésuites de France du 16e au 18e siècles», Revue d'Histoire des Sciences, 1954, p. 6-21 et 109-113).

Situation de fortune

C. eut des élèves fortunés et put obtenir des dons pour la construction de son clavecin oculaire et la publication de ses ouvrages (voir Chouillet). Il était en particulier souvent aidé par le comte de Maillebois. En 1737, il corrige, «moyennant pécune», les épreuves du Pétrone annoté par le président Bouhier (Correspondance littéraire du président Bouhier, éd. H. Duranton, lettre de l'abbé d'Olivet, 17 oct. 1737, t. IV, p. 258).

Opinions

Les Jésuites furent souvent en désaccord avec les opinions trop conservatrices ou trop dogmatiques de C. Eux et d'autres le critiquèrent, principalement dans les Mémoires de Trévoux et dans le Mercure. Son Traité de physique (1724) suscita une discussion vive, ainsi que fit le clavecin oculaire, proposé dans l'Optique des Couleurs (1740). Sommervogel mentionne une quinzaine d'ouvrages à ce sujet, qui fut discuté pendant longtemps par bien des écrivains, parmi lesquels Diderot. Mathon, Saurin, et d'autres examinèrent les idées mathématiques de C.. Il provoqua des débats moins importants, telles les discussions sur le Kamtchatka et sur quelques aspects de la marine. Il réfuta les oeuvres de Newton et le déisme de Rousseau (Sommervogel, Essai). Il existe une correspondance entre Fontenelle et le P.C. (c'est par ces initiales qu'il se désigne lui-même dans ses manuscrits). Voir le t. XI des Oeuvres de Fontenelle, où les lettres ne figurent pas en entier, malheureusement. Deux lettres de C. à Montesquieu ont été publiées par R. Pomeau dans «Une correspondance inédite de Montesquieu», R.H.L.F., mars-avril 1982, p. 220-223.

C. resta toujours lié avec Fontenelle et Montesquieu et fut connu d'autres philosophes. Il révisa les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains et assista à la mort de Montesquieu. Voltaire appela C. «le Don Quichotte des mathématiques» pour ses théories mal fondées (Sommervogel) ; il rendit à C. un manuscrit d'opéra en 1741. Diderot, lors de sa querelle avec Berthier, fit appel à C.. Ils entretinrent une correspondance vers 1751 (Pappas ;. Roth-Varloot, t. I, p. 114-116).

Activités journalistiques

«Le plus fécond des collaborateurs» des Mémoires de Trévoux, C. y travailla entre 1720 et 1745 (Sommervogel). Il fait partie de l'équipe dès 1720, avec les PP. Brumoy et Rouillé, devient l'adjoint du P. Rouillé en 1733 et participe à la réorganisation de 1734, mais s'oppose vivement au P. Charlevoix et rédige en 1743 un mémoire sur la réforme de l'administration du journal ; son plan n'ayant pas eu de succès, il se retire en 1745 ; sur les démêlés à l'intérieur du comité de rédaction du journal, voir J. Sgard et F. Weil : «Les anecdotes inédites» ; ce manuscrit de C. est à la B.N. (n.a.fr. 11364).

En dehors de plus de 300 analyses et extraits, il inséra dans les M.T. une trentaine de pièces particulières. Il donna une trentaine d'articles au Mercure depuis 1724 jusqu'en 1755. La liste se trouve dans Sommervogel.

Publications diverses

En suivant son principe que les règles de toutes les sciences et de tous les arts se ressemblent, C. s'intéressa à tout. On peut citer à titre d'exemple ces ouvrages : Mathématique universelle abrégée, Paris, 1728, 672 p. ; Dissertation philosophique et littéraire, où par les vrais principes de la physique et de la géométrie, on recherche si les règles des arts, soit mécaniques, soit libéraux, sont fixes ou arbitraires ; et si le bon goût est unique et immuable, ou susceptible de variété et changement, 1738 ; La Méthode ordinaire perfectionnée, ou une Méthode nouvelle qu'on croit parfaite, d'apprendre et de montrer la Musique, ms. 115744, B.R. Bruxelles. C. a revu la seconde édition de la Dissertation sur la cause et la nature du tonnerre et des éclairs par le Père Lozeran du Fesc. Il fit aussi des discours préliminaires à deux ouvrages : Nouveau système de la manière de défendre les places par le moyen des contremines, Paris, 1731, par Dazin ; «Analyse des infiniment petits, comprenant le Calcul intégral dans toute son étendue» (Paris, 1735), d'Edmond Stone.

Voir la liste des articles et des ouvrages de C. dans Schier (ajouter le ms. cité en 6).

Bibliographie

N.B.G.– Sommervogel, t. II, p. 827-841. – Mémoires de Trévoux, avril 1757, p. 1100-1114. – Sommervogel C., Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, Paris, 1864. – La Porte, J. de (attribué à), Esprits. saillies et singularités du Père Castel, Amsterdam et Paris, 1763. – Bertrand M., «Le Père Castel», Le Correspondant, t. XXXIX, Paris, 1868, p. 1067-1084. – Schier D.S., Louis-Bertrand Castel, anti-newtonian scientist, Cedar Rapids, Iowa, The Torch Press, 1941. – Pappas J.N., Berthier's Journal de Trévoux and the Philosophes, S.V.E.C., 3, 1957. – Chouillet A.M., «Le clavecin oculaire du Père Castel», D.H.S., t. VIII, 1976, p. 140-166. – Sgard J. et Weil F., «Les anecdotes inédites des Mémoires de Trévoux (1720-1744)», D.H.S., t. VIII, 1976, p. 193-204.

Auteur(s) de la notice


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