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Pierre CARTIER DE SAINT PHILIPPE (1690-1766)

État civil

Fils du ministre protestant Daniel Cartier, Pierre naquit à Rotterdam le 8 mars 1690 (N.F., f° 2 r., f° 28 r. et f° 25 v°). Il se rendit à Amsterdam en 1735 et s'installa «op de Leydsestraat, tussen de Heeren & Keysersgragt». Il se maria l'année suivante à Martha Lespinasse, l'une des sœurs du pasteur Etienne Lespinasse (N.F., 2 juin 1750, f° 2 r°), dont il eut quatre garçons. Son premier fils, Pierre Guillaume, né le 12 décembre 1737, fut baptisé sept jours après à l'église wallonne d'Amsterdam (A.A., DTB 135, f° 24 r°). Pierre Guillaume mourut le 4 fév.1761 et fut inhumé le 10 (N.F., 2 juin 1750, f° 2 r° ; N.F., 10 fév. 1761, f° 44 v. et A.A., DTB 1132, f° 64 v°). Simon Eliézer, second fils de C., vit le jour le 23 septembre 1739 et fut baptisé le 4 du mois suivant (A.A., DTB 135, f° 39 r°). Ce garçon fut le seul des enfants de C. intéressé par les études. C. lui avait obtenu une bourse pour six ans. Simon put s'inscrire à l'université de Leyde le 13 septembre 1755 (V.E., 18 septembre 1755 et A.S. col. 1050) mais la mort l'emporta malheureusement en juillet 1759 (A.A., DTB 1132, f° 61 r.). Les deux derniers garçons pouvaient encore assurer la descendance de C. mais l'un, prénommé Pierre Daniel, né le 21 octobre 1741 et baptisé le 21 octobre 1741 (A.A., DTB 135, f° 56 r°) mourait peu de temps après son père et était inhumé le 3 février 1767 (A.A., DTB 1132, f° 89 v°). Le cadet, Etienne Daniel, naquit le 27 février 1745, fut baptisé le 21 mars 1745 (A.A., DTB 135, f° 78 v°) et vécut plus longtemps que ses frères, puisqu'on sait qu'il publia les bans de son mariage avec Jeanne Le Normant le 30 mai 1782 (A.A., DTB 627, p. 87). C. meurt à Amsterdam le 11 juin 1766 et est inhumé le mardi 17 suivant (A.A., DTB 1132, f° 87). L'un de ses ancêtres «eut l'honneur d'être aumônier de Jeanne d'Albret, & [le fils de ce dernier] Eliézer fut professeur en Hébreu à Orthez» (N.F., f° 1 v°). Il y eut en effet un «Etienne de Carthier» qui fut régent en 1583 à l'académie protestante d'Orthez (B., p. 468). C. signa quelques-unes de ses compositions au moyen des initiales transparentes C.D.S.P. (N.F., , f° 2 v°) ou L.C.D.J., apparemment plus énigmatiques mais qui signifient tout simplement «le correcteur du journal» (N.F., f° 17 r°).

Formation

Motivé par le désir de ne pas interrompre la suite des ministres qui se succédèrent dans sa famille de père en fils depuis la réformation, C. entama des études de théologie à Leyde. C'est le 3 mai 1706 que le nom de «Petrus Cartier» est inscrit, sous celui de son père, dans le registre des étudiants de l'université de Leyde (A.S.). Il dut cependant renoncer à ses études en raison d'une «infirmité essentielle» dont il fut quitte trop tard pour envisager de les reprendre (N.F., f° 1 v.). En 1735, lisant sans aucun but précis les ouvrages nouveaux, ses amis de Rotterdam lui conseillèrent, pour subvenir à ses moyens, d'embrasser à Amsterdam la carrière de correcteur d'imprimerie : «Je suivis leur avis, Monsieur, [écrit-il à Formey], ignorant ce que la correction avoit d'ennuyant, de pénible & même d'ingrat» (NF., f° 2 r.).

Carrière

C. succéda à Charles de La Motte, lequel avait rompu en 1741 avec Jacques Wetstein (L., p. 96-97), pour la correction de la Bibliothèque raisonnée (V.E., 2 juil. 1751 et N.F. Deschamps J. à Formey, 26 déc. 1747) et en 1748 pour l'édition hollandaise du Journal des Sçavans (N.F., f° 1 r. et J.D.S.H., t. CXLVIII, mai- août 1749, p. 41-45, p. 45). La correspondance que C. entretint avec Formey à partir de 1750, met en évidence tout son travail de correcteur et de secrétaire d'édition pour la Nouvelle bibliothèque germanique, succédant ainsi à Du Sauzet qui y avait renoncé à la suite d'une attaque de paralysie (N.F., f° 1 r.), et pour la Bibliothèque impériale. Rien n'indique dans sa correspondance qu'il ait entrepris un quelconque voyage à l'étranger.

Situation de fortune

Ce sont les «deux assez jolies rentes» viagères dont jouissait sa mère qui semblent avoir permis à C. de vivre confortablement jusqu'en 1735 environ. Son héritage «ne lui suffisant pas pour vivre en Hollande», il avait alors conçu à cette date, mais en vain confia-t-il à Formey, le projet de se «dépaïser». Plus tard, ses revenus de correcteur furent sans doute assez médiocres, si l'on en juge par la boutade qui concerne ses garçons : «avec la fortune que j'ai, je bénis Dieu tous les jours que ce ne soient point des filles» (N.F., f° 2 r°).

Opinions

Seules les lettres adressées par C. à J.H.S. Formey semblent être conservées (N.F. et V.E.). Mais C. fut sans aucun doute en correspondance épistolaire avec d'autres lettrés puisque dans la seconde lettre qu'il adressa à Formey, il écrit : «Je garderai précieusement votre réponse, Monsieur, pour faire voir à mes enfants après ma mort les illustres personnes avec qui j'ai été en commerce de lettres, car j'en ai un tas d'autres.» (V.E., 18 sept. 1750)

Activités journalistiques

C. prit la défense de l'édition hollandaise du Journal des Savants contre celle de Paris dans J.S.H., t. CXLVIII, mai-août 1749, p. 41-45. Il inséra dans ce même journal «une Lettre à Mr. de Voltaire à l'occasion de son Histoire Universelle imprimée [à Amsterdam], & une autre à l'Abbé Saas, qui avait parlé si insolemment de Mr. Jurieu». Il annonça de façon «historiée» dans les nouvelles littéraires de ce journal «les sermons de Mrs Boullier, Dumond [et] de Superville». Il a corrigé les épreuves du journal depuis que La Motte y eut renoncé (au moins de 1750 à 1757) ; à la même époque, il corrigeait également la Bibliothèque germanique (Berlin, Nachlass Formey, «Cartier de Saint -Philippe», Amsterdam, 2 juin et 20 nov. 1750, 18 juil. 1757 : renseignement fourni par F. Moureau).

Une lettre de C. datée du 25 mars 1741, dans laquelle il se plaint d'une nouvelle édition du Je ne sçai quoi augmenté à son insu de trente et un articles par M. de Mirone, parut sous la rubrique des nouvelles littéraires d'Amsterdam de la Bibliothèque raisonnée, t. XXVI, 1ère part., art. XI, p. 237.

Sollicité par les journalistes du Journal littéraire, C. donna l'éloge de M. Henri Albert de Sallengre (J.L., 1722, t. XII, 1ère part., p. 220), et les extraits du Voyage du Sieur Paul Lucas fait en 1714, par ordre de Louis XIV, dans la Turquie,, Paris & Amsterdam, 1720 (J.L., 1719, t. X, 2e part. II, art. IX, p. 368) et de l'ouvrage de Benjamin Hoadley, évêque de Bangor, intitulé Le Moyen de Plaire à Dieu sous l'Evangile, Amsterdam, 1720, trad. Ricotier (J.L., 1719, t. X, 2e part., p. 451). Sur son aveu, C. aurait encore donné les extraits des «derniers sermons de Jacques Basnage», du «Ministère sacré» de J.F. Oosterwald et du «Théâtre de Mlle Barbier», mais nous n'avons pu retracer ces contributions dans le Journal litéraire.

Pour toutes ces informations voyez (N.F., f° 28 r°).

Publications diverses

L'avertissement du Traité de la Paix de l'Ame & du contentement de l'esprit, par Du Moulin, Amsterdam, Ledet, 1756, signé par C. met en évidence sa participation à cette réédition (B.S.H.P.F, n° 83, 1934, p. 511 et N.F., 10 sept. 1756). – Le je ne sçai quoi par M. C ** D ** S ** P **, La Haye, 1724, 2 vol. in 12 ; une édition de cet ouvrage parue avec le nom de l'auteur en 1730 à Utrecht chez Brœdelet, 2 vol. in-12. – les Méditations en formes de Prières..., nouv. éd., augmentée de deux articles concernant les devoirs des mères envers leurs enfants, Amsterdam, aux dépens de la compagnie, 1738, in-12, sont en partie de C. et en partie de son père (V.E., 10 janv. 1753). – Olavi Rudbeckii Atlanticae Sciagraphia, 12 pages in-4° composé en 1726 pour J. Hofhout qui projetait une réédition de l'ouvrage par souscription. – Une édition des Avis sur la manière de Prêcher, par M. J. de la Placette, Rotterdam, Abraham Achard, 1733, in-12°, 118 p. – Le Passe-temps agréable ou nouveau choix de bons mots, de pensées ingénieuses, de rencontres plaisantes, nouv. éd., Rotterdam, chez Jean Hofhout, 1732, 2 vol. in-12 attribuée à C. mais aussi à J. de Rochefort. Il fournit en outre «quelques dédicaces & nombre de Préfaces pour les Libraires». Enfin, C. soutient avoir eu bonne part à la traduction par Jacques Lufneu de la Théologie physique de Derham, Rotterdam, chez Jean Daniel Bemans, 1730 : «Mr. Lufneu venait chez moi quatre fois par semaine, durant plus de trois mois, pour me lire sa traduction que je l'avois encouragé de faire, moyennant mon secours pour le style, quoique le Traducteur n'en ait dit mot dans sa Préface. Il en fut bien puni, tout Rotterdam m'attribuait son Ouvrage, parce qu'il parlait si mal notre Langue (il étoit hollandois)» (N.F., f° 28 r.).

Bibliographie

(A.A.) Archives de la ville d'Amsterdam. Registres des baptêmes (DTB 135), des mariages (DTB 627) et des décès (DTB 1132) de l'église wallonne d'Amsterdam (Doop, Trouw en Begrafenisregisters van de Walse kerk te Amsterdam). – (A.S.) Album studiosorum academiae Lugduno Batavae 1575-1875, Hagae Comitum, apud Martinus Nijhoff, 1875, col. 791 et col. 1050-B. – (N.F.) Deutsche Staatsbibliothek de Berlin, Nachlass Formey, F.7, 29 lettres de C. à Formey, 2 juin 1750-18 mai 1765. – (B) Bourchemin D., Etudes sur les académies protestantes en France au XVIe et au XVIIe siècle, Paris, 1822 (Slatkine reprint 1969), p. 468. – B.S.H.P.F, n° 83, 1934, p. 511. – Formey J.H.S., La France littéraire ou Dictionnaire des auteurs français vivans, Haude et Spener, [Berlin], 1757, p. 131. – (J.L.) Journal litéraire de la Haye. – (J.S.H.) Journal des Savants, mai 1749, Augmenté de divers articles qui ne se trouvent pas dans l'Edition de Paris, t. CXLVIII, Amsterdam Janssons à Waesberge, 1749, p. 41-45. – (L.) Lagarrigue B.P.L., «Les coulisses de la presse de langue française dans les Provinces-Unies pendant la première moitié du XVIIIe siècle, d'après la correspondance inédite de Charles de la Motte...» Documentatieblad werkgrœp achttiende eeuw, Amsterdam, 22, 1990, p. 77-110. – (V.E.) Bibliothèque Jagellonska de Cracovie, Varnhagen van Ensesche sammlung, V.43, 15 lettres de C. à Formey, 18 sept.1750-14 nov. 1763 (cf. Stern L., Die Varnhagen von Ensesche Sammlung in der Koninglichen Bibliothek zu Berlin [présentement à Cracovie], [Berlin], 1911, p. 132).

Auteur(s) de la notice


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