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François CAMUSAT (1700-1732)

État civil

François Denis Camusat est né à Besançon le 30 avril 1700 de Louis Camusat et d'Anthoine[tte] Françoise Euvrard, mariés le 19 mai 1699 (reg. par., B.V. Besançon). Son père était lieutenant-général de police, conseiller au Magistrat de Besançon et avocat au Parlement de la ville. F.D. Camusat était le petit-neveu de Nicolas Camusat, chanoine de Troyes et historien (Moreri). «Abbé Camusat», mais dès 1720 «le nom d'abbé est devenu superflu» (lettre du 15 oct. 1720 à Desmaizeaux, B.L., add. ms. 4282) ; marié en 1726 («depuis quelque temps», selon la lettre du 20 janv. 1727 à Scheurleer, B.U. Leyde, fonds Marchand 2), puis veuf, sans enfant, il est nommé de nouveau abbé dans la Critique désintéressée de 1730 (t. I, p. 25). Il est mort à Amsterdam le 28 octobre 1732 (préface de J.F. Bernard à l'Histoire critique des journaux, 1734). Dans une lettre à Muratori du 11 mars 1731, il fait état d'une maladie qui l'a tenu tout l'hiver, et de son extrême faiblesse («imbecillima valetudine» : C., p. 60).

Formation

Extrêmement précoce, il semble avoir été remarqué par le cardinal César d'Estrées, abbé de Saint-Claude de 1668 à 1718. En relations avec les Bénédictins dès 1715 (lettre au P. Montfaucon, 15 fév. 1715, B.N., ms. fr. 17704 ; S., p. 33), il séjourne au prieuré bénédictin de Saint-Claude (lettre à Desmaizeaux, 21 sept. 1720, Tourneux, p. 7), mais aussi à l'Oratoire de Poligny, où il apprend le grec et l'hébreu (lettre à Desmaizeaux, 1er juin 1720, add. ms. 4282). Chargé de la bibliothèque du prieuré de Saint-Claude, il correspond avec Genève, où il se rend en septembre 1720, notamment pour se procurer des journaux et des matériaux pour la polémique bénédictine contre les Jésuites (lettre à Turettini, 22 oct. 1720, B.P.U. Genève, ms. 485 ; S., p. 34 ; C., p. 50, 54-55). Non inscrit sur les matricules de Saint-Benoît, peut-être a-t-il été simple moine convers de 1715 à 1720.

Carrière

Il arrive à Paris à la fin de 1721, devient bibliothécaire du maréchal d'Estrées en janvier 1722 (lettre du 15 janv. 1722 à Desmaizeaux, add. mss. 4282). Selon Goujet (Moreri), c'est le maréchal d'Estrées qui l'envoie en Hollande pour compléter sa bibliothèque. Il découvre Amsterdam en janvier 1723 (lettre à Desmaizeaux, 27 janv. 1723, Tourneux, p. 9-11) ; il y rencontre Le Clerc, Abbadie, Limiers, Régis (ibid.) et durant l'été, Seigneux de Correvon (lettre du 20 sept. 1723 à Seigneux, C., p. 50 et 55-56). «Il a passé en Hollande, il a changé d'état, a pris femme au lieu d'un petit collet» (Marais à Bouhier, 4 déc. 1726, Correspondance littéraire du président Bouhier, éd. H. Duranton, U. de Saint-Etienne, t. IX, 1981, p. 104). Après plusieurs séjours prolongés en Hollande, il revient à Paris où il est nommé censeur royal en 1724 (lettre de C. de La Motte à Desmaizeaux, 18 avr. 1724, add. ms. 4286). De 1724 à 1729, il habite rue Tavanne, près de Saint-Sulpice (S., p. 37). Il est introduit dans les milieux littéraires ; il rencontre J. Vernet et Seigneux de Correvon, qui fonderont un peu plus tard la Bibliothèque italique (voir F.B. Crucitti Ullrich, La « Bibliothèque italique », cultura « italianisante » e giornalismo letterario, Milano, Ricciardi, 1974, p.11-12). Il achète une charge d'avocat au conseil (lettre à Bouhier, 27 fév. 1727, B.N., ms. fr. 24410), qu'il ne parviendra pas à payer (S., p. 38). Poursuivi pour dettes à la fin de 1730, il demeure encore quelque temps à Paris, se voit offrir une chaire à Padoue mais se rend finalement en Hollande (lettre d'Anfossi à Caumont, 23 août 1730 et 29 mars 1731, B.V. Avignon, ms. 2277), séjourne à Rotterdam en avril-juillet 1731 (ibid., lettre du 9 avr. 1731, et lettre de C. à Hérault, Ars., ms. 10297), puis à Amsterdam, d'où il écrit à Desmaizeaux, le 20 février 1732, pour lui annoncer la publication de l'Histoire critique des journaux (add. mss. 4287).

Situation de fortune

Chercheur d'éditions rares, il travaille successivement pour le prieuré de Saint-Claude et pour la famille d'Estrées dont il est le protégé, puis en Hollande pour Bruzen de La Martinière. A deux reprises, en 1723 et 1731-1732, il tente vainement de vivre du journalisme ; en 1724, il laisse en Hollande 4000 florins de dettes (lettre de La Motte à Desmaizeaux, 18 avr.). En France, il essaie de vivre de sa charge de censeur (quelques approbations de lui dans la Spectatrice, 14 mars-28 août 1728) et de sa charge d'avocat qu'il doit revendre «faute de paiement» (Moreri). De février 1728 à septembre 1730, ses dettes passent de 2000 à 4000 francs ; poursuivi pour deux lettres de change non payées en septembre 1728, il demande des sauf-conduits pour la Hollande, le dernier le 18 septembre 1730 (Ars., ms. 11003). Lors de son dernier séjour en Hollande, il est éditeur, correcteur et rédacteur au service de La Martinière et de J.F. Bernard ; La Varenne, journaliste très hostile aux Jésuites, l'accuse d'être devenu «Espion pour les affaires ecclésiastiques» (Le Glaneur historique, moral, littéraire, 23 juin 1732) ; C. lui fait un procès en Cour de Hollande, et le gagne ; mais il semble bien qu'à la même époque, il fournissait des renseignements à la Cour de France (S., p. 43-44), peut-être même à Fleury par l'intermédiaire de son secrétaire «Anfossy le fils» (C., p. 58) : c'était sans doute la condition fixée par Hérault à l'obtention du sauf-conduit, au plus fort de la lutte contre les jansénistes.

Opinions

Dès 1720, son gallicanisme est connu (Moreri). Il l'a puisé dans sa famille : son père, Louis Camusat, plaide en avril 1721 pour le Sieur d'Angeville, grand prieur de l'abbaye de Saint-Claude, contre les Jésuites de Lyon, auteurs du Supplément de la Gazette d'Hollande (A.D. Doubs, reg. du Parlement, avec en annexe le numéro de mars 1719 du Supplément, dans lequel d'Angeville et L. Camusat étaient pris à partie). On note au passage dans ce numéro du Supplément, que Louis C. est qualifié de «Troyen de naissance, autrefois Père de l'Oratoire». A Saint-Claude, à la même époque, D.F. Camusat réunit des ouvrages de polémique contre les Jésuites ; en 1724, La Motte l'accuse de faire le «cagot» à Amsterdam (lettre du 18 avr.). L'ambassadeur Fénelon tente d'empêcher la publication des Mémoires de Choisy édités par C. (B.H.P., ms. 295, f° 109) ; la même année 1727, la Bibliothèque des livres nouveaux «tombe en septembre par des ordres supérieurs». La suite de l'Histoire critique, où il devait être traité des Mémoires de Trévoux n'a jamais pu paraître. Après sa mort, Goujet, qui a rédigé sa biographie dans le Supplément au dictionnaire de Moreri, prendra à deux reprises sa défense, contre Desfontaines, dans le Pour et Contre de Prévost : «Je tire un voile sur les défauts de sa conduite ; ces défauts empêchoient-ils qu'il n'eût du génie?» (t. IX, p. 156-157 ; cf. p. 250). A la fin de sa vie, C. semble se réfugier dans l'érudition et entretient avec Muratori une correspondance en latin sur des éditions rares (lettres du 26 juil. 1730, du 11 mars 1731 et du 30 avril 1732 : C., p. 59-62) : c'était sans doute là sa vraie vocation. Il a vainement essayé, pendant plus de dix ans, de publier une Histoire critique des journaux fidèle à l'idéal proposé par Denys de Sallo dans le Journal des savants, revue savante dont il a établi patiemment l'histoire, accompagnée de notices bio-bibliographiques des principaux auteurs (voir S., p.45 et suiv.). Il apparaît ainsi comme le fondateur d'une histoire critique de la presse.

Activités journalistiques

Mémoires historiques et critiques (Amsterdam, Bernard, 1722, 2 vol.) ; collaboration de C., mais les extraits sont de La Martinière (Tourneux, p. 12 ; D.P.1 893).

Bibliothèque française, t. I-III (Amsterdam, Bernard, 1723 - début 1724) : C. dit en avoir été le principal responsable avant 1724 (lettre à Desmaizeaux, 1er fév. 1724, add. ms. 4282) ; voir D.P.1 162. En septembre 1723, préparant son retour en France, il s'efforce de dissimuler sa participation au journal : «Je ne suis point encore déterminé à l'abandonner ou à la continuer ; lorsque je serai de retour en France, les circonstances où je me trouverai en décideront» (lettre du 30 sept. 1723 à Seigneux de Correvon, C., p. 56). Il semble que sa participation au tome IV de 1724 ait été très réduite. Dans une note de l’Histoire critique des Journaux (t.I, p. 144, n. 7), il reconnaît comme étant de lui les trois premiers volumes ; les t. IV et V ainsi que le t. XIII seraient dus en partie à « Mr B… Libr. établi à Amsterdam » (sans doute J.F. Bernard). C. est probablement à l’origine de la Critique désintéressée des Journaux littéraires (D.P.1 333), première revue consacrée à l’histoire de la presse ; sa Bibliothèque française y est particulièrement louée (t.I, art. IV).

Bibliothèque des livres nouveaux, Nancy, juillet-août 1726, deux livraisons : C. en est le seul auteur ; voir D.P.1 159.

Lettres sérieuses et badines, La Haye, Van Duren, 1729 - 1733 ; «seconde édition revue et corrigée par Monsieur de Camuzat» , 1740, en fait simple réimpression pour les deux premiers vol. ; collaboration probable de C. aux tomes IV (2e part.), V et VI (1re part.), de fin l730 au début de 1732 (voir les comptes rendus de ses oeuvres, t. V, p. 347, 453, 469 ; t. VI, p. 108) ; noter une controverse au sujet du changement d'auteur remarqué dans le tome IV, 2e partie (t. V, p. 469 et suiv.). Voir D.P.1 834.

Publications diverses

Histoire critique des journaux, Amsterdam, Bernard, 1734, 2 vol., préfacée et achevée pour le t. II par J.F. Bernard ; préface publiée par C. à Besançon en 1720, in-4°, et in-8°, tiré à 30 exemplaires en 1721 (Tourneux, p. 7). – Les Vertus du Beau-Sexe par «M.F.D.C., ouvrage posthume», La Haye, Van der Kieloom, 1733 (c.r. dans L.S.B., t. VIII, 1re part., lettre 15e).

C. a publié plusieurs éditions augmentées de commentaires : Mélange de littérature tirez des lettres manuscrites de M. Chapelain, Paris, Briasson, 1726. – Mémoires de Choisy, Utrecht, Van de Water, 1727. – Bibliotheca [...] de Chacon, «cum observationibus Francisci Dionysii Camusati», Paris, Jouvenel, 1731 (priv. enregistré au nom de François Denis Camusat le 27 avr. 1728, B.N., ms. fr. 21954). – Poésies de M. l'abbé de Chaulieu et de M. Ie Marquis de la Fare, La Haye, Rogissart, 1731, éditées par C. (v. L.S.B., t. VI, 1re part., p. 108). – Mémoires historiques et critiques de Mézeray, Amsterdam, Bernard, 1732. – Liste des oeuvres de C. dans la préface de l'Histoire critique des journaux. Dans ses lettres à Muratori, C. fait allusion à des travaux qui n'ont pas été publiés, notamment une édition de Diodore de Sicile et une vie de Leibniz (C., p. 59-62).

Bibliographie

B.Un. – B.L., add. mss. 4282, f° 1-52 (1719-1732), correspondance C.-Desmaizeaux (22 lettres). – Préface de J.F. Bernard à l'Histoire critique des journaux. – Notice de Moreri (par Goujet, dans le Supplément de 1735). – Tamizey de Larroque, «Deux lettres de D.F. Camusat au président Bouhier», Bulletin du Bouquiniste, 15 mars 1866. – Tourneux M., Deux Lettres inédites de Denis-François Camusat à Pierre Desmaizeaux, Paris, Techener, 1893. –La Perrière H., «Deux hommes de lettres d'origine troyenne», Mémoires de la société académique de l'Aude, t. 95 (1932), p. 97-134. – (S.) Sgard J., «François-Denis Camusat et l'histoire critique des journaux», dans L'Etude des périodiques anciens, colloque d'Utrecht, éd. M. Couperus, Paris, Nizet, 1973. – (C.) Crucitti Ullrich F.B., «Erudition, Engagement, Exil : six lettres inédites de François-Denis Camusat», Studi Francesi, 1975 (19), p. 48-62.

Auteur(s) de la notice


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