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Antoine BRUZEN DE LA MARTINIÈRE (1662-1749)

État civil

Antoine Augustin Bruzen de La Martinière est né à Dieppe le 19 juin 1662 (N.N. Oursel, Nouvelle Biographie normande, Picard, 1886, 2 vol.). Sa première femme meurt en 1726 ou 1727 (Mémoires dela Calotte, p. 144) sans laisser d'enfants. Sa deuxième femme ne lui donne pas d'enfants non plus (Bruys, Mémoires, p. 154). Le 3 avril 1729, La Martinière se marie en troisièmes noces avec Marie Augustine Lordeaux, originaire de Cambrai (A.M. La Haye). Leur fils, Philippe, est baptisé le 25 août 1730 dans la chapelle espagnole catholique romaine. Leur fille, Francisca Ludovica est baptisée le 12 août 1731 dans l'église catholique romaine du Casuariestraat à La Haye. La Martinière a aussi un fils de Catherine de Sève. Ce fils, Carolus, baptisé le 14 avril 1735 dans la chapelle espagnole, est légitimé le 22 août de la même année. Le 21 février 1737, La Martinière épouse Agnès Radouse dans l'ancienne église catholique romaine. Il est mort à La Haye (Haag ; Hennet ; Nouveau Dictionnaire historique), le 19 juin 1749 (Kleerkoper). Il était le neveu de Richard Simon (Oursel).

Formation

Il aurait achevé ses études à Paris sous la direction de R. Simon (Feller-Weiss ; B.Un. ; D.B.F.).

Carrière

En 1709, il est à la cour du duc de Mecklembourg, en qualité de secrétaire francais. Après la «disgrâce du duc» (serait-ce lors de l'occupation du duché par la Russie en 1716 ou par Hanovre en 1719?), il se rend à Parme, puis aux Deux-Siciles. Il semble avoir gardé de bonnes relations avec le roi des Deux-Siciles, car celui-ci l'honore du titre de secrétaire avec des appointements annuels de douze cent écus (Bruys, p. 155 ; Nouveau Dictionnaire historique). Selon Bruys, les ministres des puissances étrangères qui résident à La Haye se font un honneur de le recevoir à leur table. Les bons rapports qu'il entretient avec les diplomates étrangers se font aussi remarquer lors du baptême de ses enfants, dont les témoins sont successivement : Nicolaus Antonius de Oliver y Fudana, Gabriel Jacobus de Salignac, marquis de Fénelon et Francisca Ludovica Le Pelletier, épouse du légat de France, Carolus, infant d'Espagne. Juste avant son mariage avec Marie Augustine Lordeaux, en 1729, il déménage de Buyckloot à La Haye, où il restera.

Selon un «Dialogue» des Mémoires de la Calotte, p. 143, La Martinière fut géographe, critique, traducteur, poète et annotateur. Le titre de géographe de Sa Majesté Catholique lui a été procuré par le marquis de Beretti-Landy (Bruys, p. 155).

Situation de fortune

Grâce aux appointements qu'il recevait du roi des Deux-Siciles, il pouvait «travailler plus commodément pour la République des Lettres» (Bruys, p. 155). S'il se trouve parfois «réduit à de fâcheuses extrêmités», c'est par défaut d'économie plutôt que par manque de revenus (ibid., p. 154).

Opinions

Il est connu dès 1723 comme écrivain catholique (lettre de Camusat du 27 janvier, éditée par Tourneux : Deux lettres inédites de Denis-François Camusat, Paris, Techener, 1893, p. 11). En 1729, il est violemment pris à partie par Rousset de Missy dans la Bibliothèque raisonnée au sujet de l'Etat présent des Provinces Unies de Janiçon ; il réplique dans les Lettres sérieuses et badines (t. I, préface, t. II, lettre 13) ainsi que dans la Lettre de M. Bruzen de La Martinière «contre un libelle intitulé la Bibliothèque raisonnée» (La Haye, 1730). Il est dès lors lié à la cabale catholique de van Duren ; retour d'Angleterre en janvier 1733, il sollicite Desmaizeaux en faveur de La Barre de Beaumarchais et des Lettres sérieuses et badines (lettre du 23 janvier 1733, B.L., add. mss. 4285, f° 191). En 1743, il fonde avec Beaumarchais et Des Roches une «petite communauté littéraire» (lettre à Desmaizeaux, La Haye, 1er avril 1734, add. mss. 4285) à laquelle se joint Y. –J. de La Motte (voir ce nom). Ils travaillent au Journal littéraire de La Haye, à la continuation de l'Histoire d'Angleterre de Rapin-Thoiras, puis à l'Histoire de Louis XIV. D'Argens les attaque avec insistance dans les Lettres juives (t. III, lettre 51 ; t. V, préface, lettres 174, 187, 188 ; t. VI ; préface), peut-être à l'instigation de Prosper Marchand (S. Larkin, p. 40-43). La Martinière lui répond dans une «Lettre sur la nation espagnole» publiée par la Bibliothèque française (t. XXIII, 2e part., art. 6) ; d'Argens revient à la charge dans les Lettres cabalistiques (t. I, préface et lettre 21).

La Martinière a eu également maille à partir avec Voltaire. «Réparateur ordinaire des mauvais ouvrages» de van Duren selon Voltaire (cité par P. Marchand, Dictionnaire historique, 1758-1759, t. I, p. 44), il aurait mutilé l'Anti-Machiavel de Frédéric de Prusse. Voltaire se réconcilie pourtant avec lui et lui offre un carrosse (lettre, 3 janvier 1744).

L'attribution de l'Histoire de Louis XIV, composée par La Motte-La Hode, et éditée sous le nom de La Martinière, a suscité de nombreuses polémiques (voir art. « La Motte »).

Activités journalistiques

Mémoires historiques et critiques : selon Camusat, «la plupart des extraits des Mémoires critiques depuis février jusqu'à novembre» sont de La Martinière. Ce journal a été imprimé à Amsterdam, chez J.F. Bernard, du 15 janvier à décembre 1722, et comporte deux (parfois trois) volumes in-12 (D.P.1

893).

Entretiens des Ombres aux Champs-Elysées sur divers sujets d'histoire, de politique et de morale, «traduit de l'allemand par M. Valentin Jungerman», Amsterdam, Uytwerf, 1723, 2 vol. in-12 ; il s'agit en fait d'une compilation périodique en douze parties (D.P.1 368).

Nouvelles historiques, politiques et littéraires : selon Bruys (p. 154), La Martinière aurait renoncé au projet d'un périodique intitulé Nouvelles politiques ; mais C. de La Motte signale à Desmaizeaux le 12 octobre 1728 que La Martinière «fait un petit journal imprimé à La Haye où il demeure, intitulé Nouvelles politiques et littéraires» (add. mss. 4287).Il s'agit en fait des Nouvelles historiques, politiques et littéraires publiées par Moetjens à La Haye en août-décembre 1728 (D.P.1 1032, qui annule la notice 1057).

La Martinière a certainement eu part à la Critique désintéressée des journaux littéraires en 1730 (v. D.P.1 333), puis aux Lettres sérieuses et badines et au Journal littéraire édité par Van Duren à partir de 1733. Il nie avoir travaillé aux Lettres sérieuses et badines (voir la Critique désintéressée de F. Bruys, t. I, art. VII, X, XII).

Anecdotes ou lettres secrètes sur divers sujets de littérature et de politique, s.l. (Amsterdam), février-mars 1736, 4 vol. (6 vol. selon Lelong, n° 31156 ; v. D.P.1 106).

Journal politique et littéraire, Amsterdam, juin 1736-mars 1738, 5 vol. in-l2, continuation des Anecdotes selon Lelong (n° 31157). Voir D.P.1 778.

Publications diverses

Voir B.Un., Lelong, Cior 18, n° 14413-14414.

Bibliographie

Chaudon L. M., Nouveau Dictionnaire historique, Amsterdam, E. van Harrevelt, 1772. – A.M. La Haye. – B.L., add. ms. 4287 : lettre de C. de la Motte à Desmaizeaux, 12 octobre 1728. Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, Moropolis [Hollande], chez le libraire de Momus, à l'enseigne du Jésuite démasqué, 1732. – Bruys F., Mémoires historiques, critiques et littéraires, éd. par P.L. Joly, Paris, Hérissant, 1751. – Desmarquetz, Mémoires chronologiques pour servir à l'histoire de Dieppe, Paris, 1785, t. II.– Hennet L., Le Régiment de la Calotte, Paris, Librairie des bibliophiles, 1886. – Oursel N.N., Nouvelle Biographie normande, Paris, Picard, 1886. – Kleerkoper M. et Van Stockum W.P., De Boekhandel te Amsterdam, S'Gravesande, 1914, 1916. – Fransen J., «Correspondance entre le marquis d'Argens et Prosper Marchand» dans Mélanges de philologie offerts à J. –J. Salverda de Grave, Groningue, La Haye, Batavia, J.B. Wolters, 1933.– Larkin S. (éd.), Correspondance entre Prosper Marchand et le marquis d'Argens, S.V.E.C. 222, Oxford, 1984.

Additif

État-civil : Bruzen de la Martinière est mort le 19 juin 1746, et non 1749 (François Moureau)

Auteur(s) de la notice


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