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François BRUYS (1708-1738)

État civil

François Bruys est né à Serrières en Mâconnais le 7 février 1708, de François Bruys et de Claudine Paisseaud ; son père était marchand de vin (A ; B ; D ; reg. par. de Serrières A.D. Saône-et-Loire, B 1578/2). Il a publié sous les initiales de M.L.C.D.G. (A, catalogue), de M.F.B.D.S.E.M.P.D.G. (François Bruys de Serrières en Mâconnais, professeur de grammaire : ibid.), et sous le pseudonyme de Chevalier de Plante-Amour (Haag, t. III, p. 57).

Pendant son procès de 1730-1731, il mentionne plusieurs fois sa femme (C, p. 975-976) ; il écrit à Desmaizeaux le 18 juillet 1733 : «J'ai perdu ma première femme, j'en ai pris une seconde j'ai fait des enfants, et des livres» (B.L., add. ms. 4281, f° 360). Cette seconde femme, qu'il a épousée en 1731 et dont il a eu deux enfants, est Anne Dentil, de Montauban (A ; B ; D, p. 16). Il est mort à Dijon le 21 mai 1738 (A, p. 13 ; D, p. 23 et suiv.)

Formation

Il est issu du côté paternel d'une famille protestante ; son père fut le seul à retourner au catholicisme, ses autres parents ayant abandonné la France après la Révocation. Il apprend le latin avec son oncle, Jacques Paisseaud, curé de Chevagny, qui engage son père à l'envoyer chez les moines de Cluny pour y faire ses humanités ; de là, il passe chez les Pères de l'Oratoire, à Notre-Dame des Grâces en Forez où il demeure jusqu'en 1725 à étudier la philosophie. En 1727, il va à Genève où il fait, pendant dix mois, des études de théologie ; il est reçu proposant (A ; C ; Haag). Il gagne La Haye où il abjure le 5 juillet 1728 (D, p. 8) ; il retrouve son frère et une soeur de son père, Anne Madeleine Bruys, épouse Fabre, qui le confirment dans sa conversion.

Carrière

Sur la route de Genève à La Haye, il a visité Lausanne, Berne et Bâle, et suivi le cours du Rhin jusqu'à Utrecht. Il arrive à La Haye le 3 juillet 1728 et se rend aussitôt chez Bruzen de La Martinière. Sur la recommandation du ministre Jean Aymon, il entre au service de Scheurleer et de Van Lom comme traducteur-correcteur et rédacteur (A ; B). Il donne des leçons de grammaire dans l'école Le Ferre en qualité de sous-maître (C, p. 972-973). Craignant une prise de corps à la suite de ses articles sur l'affaire Saurin dans la Critique désintéressée, il gagne Londres le 18 octobre 1730, et y demeure trois semaines. Le 27 juillet 1731, la Cour de Hollande ordonne la suppression du 3e volume de la Critique désintéressée et condamne B. à l'exil perpétuel des provinces de Hollande, Zélande, Frise et Utrecht (C). Il se rend à Emmerich, en Westphalie, où il demeure deux ans (voir lettre à Desmaizeaux, 18 juil. 1733, d'Emmerich, add.ms. 4285, f° 360-361). En 1733, il se fixe à Utrecht où il reprend ses activités de journaliste ; ayant dénigré les magistrats d'Emmerich qui s'en plaignent à la régence d'Utrecht (lettre de La Martinière à Desmaizeaux, 1er avr. 1734, add.ms. 4285, f° 194), il quitte la ville le 8 février 1734 et accepte une place de bibliothécaire auprès du comte de Neuwied. Il demeure à Neuwied jusqu'à la mort de sa bienfaitrice, la comtesse de Neuwied, en mai 1736 (B, p. 114 ; D, p. 17-20). Il s'installe à Paris pour quelques mois (fin 1736-début 1737), revient au catholicisme ; il aurait signé un acte d'abjuration le 6 septembre 1737 (D, p. 22). Il demeure en Bourgogne jusqu'à sa mort.

Situation de fortune

A La Haye, il vit de ses leçons de grammaire et de sa plume. Pour la correction de la Critique désintéressée (rédaction exclue), il reçoit 15 florins (C, p. 967). Paillaret, bijoutier de Rotterdam, lui donne deux guinées pour fuir à Londres. N'ayant reçu aucun secours de Saurin, à son retour il s'engage comme copiste et secrétaire de Rousset de Missy (A. d'Artigny, Nouveaux Mémoires, t. IV,Paris, 1751, p. 448). Ses appointements de bibliothécaire à Neuwied sont fixés à 50 écus par an, mais il ne parvient pas à se faire payer (lettre au comte de Neuwied, 6 déc. 1736, citée dans D, p. 20, mais perdue depuis). Il tirait de chaque feuille d'impression de journal 24 £ (A, p. 25). A son retour en France, il entreprend des études de droit à la Faculté de Dijon en vue de sauver son héritage : il est reçu bachelier le 11 janvier 1738 et licencié le 5 mai (D, p. 23).

Opinions

Dans ses Mémoires, il montre sa sympathie pour La Martinière (p. 153-155) et pour Janiçon (p. 166-167). Sa longue querelle avec La Barre de Beaumarchais est connue ; elle commence avec la publication de la Critique désintéressée où les Lettres sérieuses et badines sont critiquées (t. I, art. 7 et nouvelles littéraires, p. 241) ; La Barre, à son tour, attaque l'Histoire des papes ; B. se venge dans sa Réponse aux Lettres sur les Hollandais.

En 1730, il entreprend de défendre, contre Armand de La Chapelle et la Bibliothèque raisonnée, la thèse de Saurin sur le mensonge officieux ; il dénonce en même temps les intrigues des ministres de La Haye et la procédure des synodes de Campen et de La Haye (C.D., t. III, juil.-sept. 1730, art. 6, 7, 10) ; les consistoires wallons et flamands portent plainte à la Cour de Hollande ; B., après son séjour à Londres, obtient le pardon des quatre ministres ordinaires de La Haye (Pielat, Chion, Huet, La Chapelle) et demande sa grâce le 11 septembre, mais il est désavoué par Saurin, qui nie, dans une lettre du 7 octobre, publiée le 13 dans les gazettes, avoir eu part aux articles de la C.D.. Le procès commence, le 16 novembre, par l'interrogatoire de Chrétien Van Lom ; B. est interrogé du 29 au 31 janvier et le 2 mai 1731. Michel Falaiseau, collaborateur de B., est condamné à une amende de 300 £ et Van Lom à une amende de 200 £, ainsi qu'aux frais de procédure ; B. doit lacérer publiquement ses articles et s'exiler ; la sentence est exécutée le 27 juillet 1731. Rousset de Missy et La Varenne l'abandonnent et l'accusent de papisme auprès de Scheurleer et de Van Lom (B. à Desmaizeaux, 13 mars 1731, add.ms. 4281, f° 336-338). La querelle de B. et de La Barre se poursuit : La Barre a également défendu Saurin, mais contre son gré au dire de B. (ibid.) ; il est finalement condamné au même titre que B.

Activités journalistiques

Critique désintéressée des journaux littéraires et des ouvrages des savants, «par une société de gens de lettres», La Haye, C. van Lom, 1730 - 1731, 3 vol. B. a rédigé seul les tomes I et II, et s'est fait aider par Michel Falaiseau (voir ce nom) pour le tome III (B ;C ; D.P.1 333).

Le Postillon, «ouvrage historique, critique, politique, moral, littéraire et galant», 4 vol. ; Utrecht, 1733 ; Cologne, 1734 ; Neuwied, 1736 (A, catalogue ; B ; D.P.1 1131). La majeure partie de ce journal a été publiée à Neuwied d'octobre 1736 à août 1737.

Amusements du coeur et de l'esprit, Paris, Didot, décembre 1736-janvier 1737 ; B. est l'auteur des feuilles Vl-lX (A, catalogue ; B) ; cette continuation de la collection lancée par Didot en 1734 (D.P.1 96) n'a pas été retrouvée.

Publications diverses

Réflexions en forme de lettres adressées au prochain synode qui doit s'assembler à La Haye au mois de septembre 1730 sur l'affaire de M. Saurin et sur celle de M. Maty, par M.F.B.D.S.E. M.P.D.G., La Haye, C. van Lom, 1730, brochure de 39 pages in-12 (A, catalogue, B). – L'Art de connaître les femmes avec une dissertation sur l'adultère, par le chevalier de Plante-Amour, La Haye, J. van Kieebom, 1730, in-8° (Haag, p. 57). – Tacite avec des notes politiques et historiques pour servir de continuation à ce que M. Amelot de La Houssaye avait traduit du même auteur, par M.L.C.D.G., La Haye, H. Scheurleer, 1730-1734, 6 vol. in-12 (A, catalogue, B, Feller-Weiss). – Projet pour imprimer par souscription l'histoire des papes depuis Saint-Pierre jusqu'à Benoît XlII inclusivement, La Haye, H. Scheurleer, 1730, 24 pages in-4° (A, catalogue). – Histoire des papes depuis Saint-Pierre jusqu'à Benoît Xlll inclusivement, La Haye, H. Scheurleer, 1732-1734, 5 vol. in-4° (A,B, B.Un.). Il n'est pas certain que B. en soit l'auteur ; Rousset de Missy l'attribue à «un bénédictin qui a été vingt ans à Rome», «bon janséniste» qui en aurait fait présent à une parente ; celle-ci aurait passé contrat avec Scheurleer en présence de Rousset et de P. Marchand, et B. aurait seulement édité et revu l'ouvrage (lettre de Rousset à d'Artigny dans les Nouveaux Mémoires, t. IV, p. 448). Joly, qui a bien connu B., lui attribue l'Histoire des papes (dans Niceron, t. XLII, p. 152 ; voir aussi A et B). – Réponse aux lettres sur les Hollandais «précédée d'une lettre à l'auteur de cette réponse», 61 pages, Amsterdam, 1735, in-12 (B). – Projet pour l'impression d'une histoire d'Allemagne en français «par François Bruys de Serrières, bibliothécaire de S.E.I., Monseigneur de Wied», Neuwied, 1735 (A, catalogue ; Bibliothèque française, t. XXI, 1re part., p. 185). – Mémoires historiques, critiques et littéraires par feu M. Bruys, avec la vie de l'auteur et un catalogue raisonné de ses ouvrages, éd. Philippe Louis Joly, Paris, Hérissant, 1751, 2 vol. in-12. – En manuscrit : «Traité historique au sujet des contestations qui étaient entre les maisons de Brandebourg et de Neubourg» (A, catalogue ; B, p. 114 ; D, p. 14).

Bibliographie

La Varenne J.B., Le Glaneur historique, t. I, 2 août 1731, p. 3. – Mercure de France, décembre 1736 (annonce des «Réflexions sérieuses et badines sur les Suisses, les Hollandais et les Allemands» en 2 vol. in-12, non publié. – (A) B., Mémoires historiques et critiques... (voir ci-dessus). – (B) Papillon B., Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, Dijon, 1742, notice sur B., extraite de Joly (Eloges de quelques auteurs français, Dijon, 1742, et notice des Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres..., t. XLII). – (C) Kleerkoper M., De boekhandel te Amsterdam voornamelijk in te 17e eeuw, s'Gravenhage, 1914, 1916, 2 vol. in-8°, p. 964-989 (procès de B.). – (D) Maritain P., «La famille Bruys en Mâconnais», Annales de l'Académie de Mâcon, 3e série, t. IX, Mâcon, Protat frères, 1904, p. 177 - Servas van Rooyen, Verboden boeken, geschriften, couranten enz., Uitg. v.d. verenigning «Die Haghe», 1896, 2e aflevering, p. 56-64.

Auteur(s) de la notice


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