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Jean Baptiste marquis de BOYER D'ARGENS (1703-1771)

État civil

«Monsr. Jean Baptiste Boyer, fils de noble messire Jean Boyer, seigneur d'Argens et de dame Angélique de Lenfant est né et a été baptisé aujourd'hui vingt-septième juin 1703 dans l'église paroissiale de St Madeleine de cette ville. Le parrain a été messire Jean Baptiste Boyer seign. d'Aiguilles et autres places, cons. en la cour de parlement de ce pays, et la marraine dame Suzanne de Colomby, épouse de messire Luc de Lenfant, cons. en la d. cour de parlement...» (reg. par. Sainte-Madeleine d'Aix, 202 E 53). B. était le fils aîné de Pierre Jean de Boyer d'Argens, seigneur d'Eguilles, reçu conseiller au parlement d'Aix en l709 et procureur-général en 1717. La famille de B. était connue depuis le XIVe siècle (La Chesnaye-Dubois, Dictionnaire de la noblesse, Paris, 1863-1876, t. I, art. «Argens» et t. III, art. «Boyer»), et avait donné cinq générations de magistrats et conseillers au parlement d'Aix ; la famille de Lenfant était elle-même de magistrature, Luc de Lenfant étant conseiller au même parlement d'Aix. Le grand-père de B., Baptiste de Boyer s'était de plus illustré par son érudition et son goût pour la peinture. B. eut quatre frères et deux soeurs ; Paul fut chanoine de l'église d'Aix ; Alexandre Jean Baptiste, d'abord chevalier de Malte acquit le droit d'aînesse de B. et devint président à mortier ; Luc Sextius et Luc, frères jumeaux, furent l'un et l'autre chevaliers de Malte.

Jean Baptiste de Boyer prit le nom d'Argens, d'une terre familiale érigée en marquisat en février 1722 en faveur de son père (La Chesnaye-Desbois, art. «Argens»). Il s'est marié à Berlin le 27 janvier 1749 avec Babet Cochois dont il eut une fille, Barbe, née le 15 avril 1754 (J, p. 44), seule descendante du marquis (branche de Magallon d'Argens). Il est mort au château de La Garde, près de Toulon, le 12 janvier 1771, et fut enterré le lendemain dans l'église Sainte-Marie de Toulon. Dans son testament, passé le 20 août 1770 par-devant Jean Joseph Carles, notaire d'Eguilles, et ouvert par-devant le lieutenant-général d'Aix le 22 mars 1771 (A.D. Aix, reg. notariaux), il avait exprimé son désir d'être inhumé dans le tombeau de la famille, au couvent des Minimes d'Aix ; sa soeur lui fit élever, dans l'église des Minimes en 1775, un mausolée dont les restes ont été recueillis au Musée d'Aix (H. Gibert, Le Musée d'Aix, Aix, 1882, p. 287-289) .

Formation

B. fut sans doute élevé chez les Jésuites d'Aix (J, p. 13). Il fut, écrit-il ,«destiné à être de robe en naissant» (Mémoires, éd L. Thomas, p. 75). Cet état lui paraissant «affreux», il entra, à l'âge de «quatorze à quinze ans» dans le régiment de Toulouse (ibid.), y passa deux ans en garnison à Strasbourg (1719-1720), rentra dans sa famille en 1721. Il prend en 1722 le titre de marquis d'Argens (J, p. 17) et songe à s'établir. Selon la version parfois romanesque mais dans l'ensemble cohérente des Mémoires, il s'éprend alors d'une comédienne, Sylvie du Tremblai (p. 84), qu'il veut épouser. Il s'enfuit avec elle en Espagne, est arrêté et emprisonné à Barcelone ; Sylvie est rendue à sa famille tandis qu'il est enfermé à Perpignan (p. 101). Sur lettre de cachet, il demeure en «esclavage» pendant six mois (p. 104). Il accepte alors de suivre le marquis d'Andresel, ambassadeur à Constantinople en remplacement de M. de Bonac. Il demeure cinq mois à Constantinople et revient en France avec Bonac, peu après la conclusion du traité de 1724 (p. 122). Il fait à Aix ses études de droit et achète une charge d'avocat ; il plaide plusieurs causes et s'adonne pendant deux ans à l'étude, lisant Rohaut, Gassendi et Locke (p. 128). Il fait des séjours à Paris, où il apprend la peinture avec Du Caze, à Rome, où il fait, vers 1729-1730, la connaissance de Pöllnitz. Il revient à Aix au moment du procès Girard-La Cadière (1731) qui le détourne définitivement du barreau («Eloge»). Il entre dans le régiment de Boufflers où se trouvait déjà son frère Luc, fait campagne en Allemagne, est blessé au siège de Kehl (1733), passe dans le régiment de Bourbonnais puis dans celui de Richelieu, obtient de participer à la campagne d'Alsace, mais en 1734, lors du siège de Philipsbourg, il fait une chute de cheval qui l'oblige à renoncer définitivement au service (certificat produit en mars 1738 dans la 2e édition des Lettres juives ; cf. J, p. 27). Ses parents, après avoir vainement fait intervenir le cardinal Fleury (Histoire de l'esprit humain, p. 376), lui ayant réduit sa pension de moitié, il prend le parti de s'exiler («Eloge») ; selon les Mémoires, qui s'achèvent sur cet épisode, sa fidélité à Sylvie autant que les difficultés financières de sa famille seraient causes de cette décision.

Carrière

Après avoir séjourné à Anvers, il s'établit à La Haye chez la belle-mère du libraire Paupie en 1735 (L., lettre 31, p. 117) et publie ses Mémoires, augmentés de 14 lettres sur divers sujets (sous rubrique de Londres mais écrits à La Haye : voir la 14e lettre «Sur les Hollandais»). Il se lie à Chais, La Chapelle et Formey (J, p. 33-34), et débute dans le journalisme. Le succès des Lettres juives, au début de 1736, le voue pendant quatre ans à une activité débordante mais l'expose aux attaques de la «cabale» catholique de La Martinière et à la surveillance discrète du Marquis de Fénelon, ambassadeur de France (voir L., lettres 31 de B et 41 de P. Marchand). A la fin de 1736, il se terre dans une maison de campagne «aux portes d'Utrecht» (L., lettres 8, 16, 20, 21, 29, à P. Marchand) ; seuls Voltaire, P. Marchand, le correcteur Prévot et M. de Bey, riche amateur qui l'a pris sous sa protection, connaissent son adresse (L., lettre de P. M., du 24 janv. 1737). Depuis 1736, il est lié à une comédienne désignée par Voltaire comme «Mademoiselle Le Couvreur d'Utrecht» (à B., 20 janv. 1737) et prénommée «Léontine» (à B., 10 juil. 1739), que rien ne permet de confondre avec Mlle Cochois. Se croyant persécuté par l'ambassadeur, par les Jésuites et par sa propre famille, B. cède à des «terreurs paniques» (L., lettres 31 de B. et 32 de P. M.) et songe un moment à s'enfuir en Angleterre (L., lettre 42 à P.M.). Au début de l'automne 1737, il s'installe à Maastricht, près de la frontière (L., lettres 56 et 57 à P.M.). A la fin de l'été 1738, grâce à son frère Luc, il se réconcilie avec sa famille (L., lettre 60 de B. ; cf. lettre de Voltaire, 2 janv. 1739) ; il songe à vivre de sa pension à Port-Mahon aux Baléares (L., lettre 62 de à P.M.) ; il se rend finalement à Stuttgart (Voltaire à B., 2 oct. 1740), où il entre au service de la duchesse de Wurtemberg (J, p. 62).

Invité par Frédéric II à s'établir à Berlin (lettre de Frédéric, 19 mars 1742, J, p. 66), B. s'installe à la Cour en juillet 1742 en qualité de Chambellan du Roi. En 1743, il s'occupe de la réorganisation de l'Académie de Berlin (J, p. 74 et suiv.), et devient, l'année suivante, directeur de la classe des Belles-Lettres ; il veille en même temps au recrutement de l'Opéra de Berlin (J, p. 78). Il est chargé de quelques missions diplomatiques officieuses à Dresde (déc. 1746) et en France (1747-1748). Il en profite pour régulariser sa situation vis-à-vis de sa famille (B. à Frédéric, 26 août 1747, Correspondance, p. 17). A Paris, en août 1747, il recrute pour l'Opéra de Berlin Barbe Cochois, dite «Babet» (ibid.), qu'il épousa à Berlin, peu après son retour (J, p. 44 et 80). Il fait un nouveau voyage en Provence durant l'hiver 1750-1751 (J, p. 84), se croit disgracié, obtient son pardon du Roi et revient à Potsdam en août 1742 (J, p. 86). Pendant la guerre de Sept-Ans, il correspond régulièrement avec le Roi, qu'il rejoint parfois dans ses quartiers d'hiver. L'état médiocre de sa santé et une nostalgie croissante de la Provence le ramènent à Aix durant l'hiver 1764-1765. Sa famille lui cède une terre à Eguilles (B. à Frédéric, 2 déc. 1764, Correspondance, p. 351-352) ; le 10 septembre 1765, il diffère son retour et envoie un certificat médical à Frédéric (ibid., p. 357) ; il revient en avril 1766 (ibid., p. 368), non sans essuyer les plaisanteries et mystifications du Roi (J, p. 117 et suiv.). En demi-disgrâce, il obtient son congé à la fin de 1769 et arrive à Aix en décembre pour prendre possession de sa maison d'Eguilles, «Mon Repos» (J, p. 116-117). Le 18 décembre, il fait reconnaître par-devant notaire, et devant sa famille, sa fille légitime Barbe (Thiébault, t. II, p. 404-405), qu'il constitue son unique héritière (J, p. 130-131) ; il fait son testament le 20 août 1770 et meurt six mois plus tard chez sa soeur, la baronne de La Garde.

Situation de fortune

En qualité d'aîné, le marquis était destiné à hériter de l'essentiel de la fortune familiale, ses frères étant voués à l'état de prêtre ou de chevalier de Malte. Cette fortune suffisant juste à assurer le rang du chef de famille, il touche une pension qui lui sera diminuée de moitié après 1734 ; il semble qu'elle continue de lui être versée durant son séjour en Hollande (cf. L., lettre 8 et n. d), sans toutefois suffire à ses dépenses. A son arrivée à La Haye, il trouve dans le journalisme une activité lucrative.

Paupie lui paie chaque «lettre juive» 4 £ ou florins (L., lettres 22 et 48), soit environ 10 £ la feuille d'impression et 150 £ le volume in-12. En cinq ans, il publie une trentaine de volumes et veille de près aux rééditions.

L'essentiel de ses revenus lui vient pourtant de sa fortune familiale, en particulier à dater de sa réconciliation avec sa famille en 1738. Il a évalué ses droits à 100 000 £, en dehors de sa «légitime» (L., lettre 27), ce qui lui assure au moins un revenu annuel de 5000 £ ; il se considère alors comme un «petit Crésus» et doit acquérir un coffre-fort (ibid.). Il dépeint sa maison de Maars, près d'Utrecht, comme un Versailles (L., lettre 38). En dehors peut-être des années 1735 et 1736, les activités littéraires ne lui fourniront jamais que des revenus d'appoint. A son arrivée à Berlin, il éprouve d'abord des difficultés à se faire payer de Frédéric, mais sa pension de chambellan est bientôt fixée à 1500 rixdales, augmentées de 500 rixdales pour les fonctions de directeur de l'Académie (Thiébault, p. 379), ce qui équivaut à un total de 4800 £ par an. En 1747, les revenus qu'il tire de sa légitime sont gagés sur des terres et sa situation est définitivement assurée (à Frédéric, 26 août 1747, Correspondance, p. 17). Frédéric lui fait don, d'autre part, d'une maison près de Sans-Souci et d'une pension supplémentaire de 4000 £ (vers 1747-1749, cf. J.,p. 197-198). A son retour à Aix en 1769, le marquis est relativement riche ; son cadet, Alexandre Jean Baptiste, lui propose l'annulation de l'acte d'exhérédation de 1734 (acte qui n'a pas été retrouvé), mais B. se contente d'une indemnisation (Thiébault, p. 405).

Opinions

D'Argens se présente dès sa jeunesse comme un héritier du libertinage érudit. Les six grands hommes que la France ait produits sont selon lui : Montaigne, de Thou, Le Vayer, Gassendi, Descartes et Bayle (Lettres cabalistiques, t. IV, lettre 136). Sa méthode critique lui vient plus précisément de Bayle, Fontenelle, Voltaire (ibid., préface) et de Montesquieu. Comme eux, il use avec prédilection du dialogue philosophique, de la lettre critique ou faussement naïve, de la parodie et du pamphlet. Dans la mesure où il applique à l'actualité historique ou littéraire une critique idéologique, il apparaît comme le premier journaliste «philosophe» ; ses lettres (juives, cabalistiques, chinoises) sont consacrées pour l'essentiel à la critique de la superstition et à la défense des «bons auteurs» ; elles présentent comme un ensemble organique la philosophie des «lumières». Dans la pratique, elles sacrifient souvent à la polémique quotidienne, non sans obscurités : les principaux adversaires du marquis sont La Martinière («Don Quichotte»), La Barre de Beaumarchais («Sancho Pança»), l'ex-jésuite La Hode («Maître Nicolas»), tous de la «cabale» dévote de Van Duren et rédacteurs des Lettres sérieuses et badines ou du Journal littéraire de 1734. Contre eux, il utilise l'appui des protestants libéraux (La Croze, Chais, Barbeyrac, La Chapelle) ; une partie des rédacteurs de la Bibliothèque raisonnée se retrouvera parmi les collaborateurs de la Nouvelle bibliothèque. Pour les protestants, et notamment pour P. Marchand, il reste néanmoins trop fidèle au système monarchique, fût-ce sous la forme du despotisme éclairé (L., p. 7-9).

D'Argens fut en relations avec Voltaire, d'Alembert, Maupertuis, l'abbé de Prades. Sa correspondance reste décevante, étant surtout consacrée à des questions pratiques. Le fonds le plus important est constitué par sa correspondance avec P. Marchand (B.U. Leyde, March. 2), récemment éditée par S. Larkin ; elle comprend 48 lettres de B ., suivies de 17 lettres de Marchand. Les lettres de B. à Frédéric ont été réunies dans le tome XIII des Oeuvres posthumes de Frédéric II (Correspondance). Ses relations avec Voltaire, qui s’étendent sur 30 ans, furent courtoises mais sans cordialité, et parfois tendues. Elles ont été étudiées par R. Trousson (« Voltaire et le marquis d’Argens », Studi francesi, t.X,1966, p. 226-239) et surtout par J.M. Moureaux dans son édition du Discours de l’empereur Julien contre les chrétiens de Voltaire, S.V.E.C. 322, 1994, p. 29-53.

A la fin de 1769, Casanova séjourne quelques mois à Aix et se rend à Eguilles avec une lettre de recommandation du maréchal Keith pour d'Argens. Le jour de ses adieux, il passe «trois heures chez ce docte vieillard qui [l'] amusa avec cent histoires qui regardaient la vie particulière du roi de Prusse». B. lui offre ses ouvrages, à l'exception des Mémoires, qu'il regrettait d'avoir écrits, car «avec la fureur de vouloir écrire la vérité», il s'était donné «un ridicule ineffaçable» (Casanova, Histoire de ma vie, éd. Brockhaus-Plon, Wiesbaden, Paris, 1960, t. XI, chap. 6, p.168-169 ; référence communiquée par M.F. Luna).

Diverses lettres de B. sont dispersées dans les fonds suivants : correspondance de d'Alembert (Oeuvres, Paris, an XIII, t. XlV), dossier de Bachaumont (Ars. 3505), correspondance de Malesherbes (B.N., n.a.fr. 3347), correspondance de l'abbé de Prades, Voltaire et Frédéric II éditée par A. Gazier (Mélanges de littérature et d'histoire, Paris, 1904).

Activités journalistiques

Quoique d'Argens hésite toujours entre la forme de l'essai moral, philosophique ou littéraire et celle du journal, l'essentiel de son oeuvre relève de la forme périodique : publication échelonnée, commentaire de l'actualité, multiplicité des rubriques. En fonction de ces critères, on peut considérer comme périodiques les oeuvres suivantes :

Lettres juives «ou Correspondance philosophique, historique et critique entre un Juif voyageur à Paris et ses correspondants en divers endroits», La Haye, Paupie, 1736, 6 vol.. La publication par lettres séparées, à raison de deux lettres par semaine, est signalée par la Gazette d'Utrecht le 13 février 1736 ; Paupie les imprime à La Haye et Ryckhoff fils les débite à Amsterdam. Une nouvelle édition, «augmentée de vingt lettres» est publiée par Paupie en octobre 1738. Les Lettres juives connaîtront au moins une dizaine de rééditions jusqu'en 1777 (voir D.P.1 829) et seront traduites en anglais, en allemand, en hollandais (cf. la 1re «lettre chinoise»). Le fonds March. 2 donne de nombreuses indications sur la genèse et la publication des L.J. de 1736 à 1738 (L., lettres 1-53).

Mémoires secrets de la République des Lettres «ou Théâtre de la Vérité», par «l'auteur des Lettres juives», Amsterdam, Desbordes et La Haye, J. Néaulme, 1737-1748, 7 vol. : aussitôt après la clôture des L.J., B. entreprend un nouveau journal qu'il refuse de donner à Paupie (voir L., lettres 43, 49). Desbordes en publie un volume en 1737, trois volumes en 1738 ; J. Néaulme les débite à La Haye et en donne diverses rééditions en 1743, 1744, 1748, une «seconde édition augmentée» en 1751, 1753, etc. Les lettres sont d'abord publiées séparément, puis par volumes comportant trois lettres ; la publication est prévue à raison d'une lettre par mois : «Je consens à vous envoyer tous les mois les réflexions que je ferai sur l'état présent de la République des Lettres» (lettre 1re, éd. Desbordes, 1737, p. 17). Quoique B. fasse toujours place au commentaire d'actualité et à la polémique, il s'attache surtout, à partir du t. Il, à analyser les doctrines philosophiques anciennes et modernes (voir D.P.1 903).

Lettres cabalistiques «ou Correspondance philosophique, historique et critique entre deux cabalistes, divers esprits élémentaires et le seigneur Astaroth», La Haye, Paupie, 1737-1738, 4 vol. : la publication est interrompue en novembre 1738 à la suite d'une maladie de B. (cf. Nouvelle Bibliothèque, t. Il, févr., lettre de B.) ; une «nouvelle édition augmentée de 80 nouvelles lettres, de quantité de remarques et de plusieurs figures» est publiée à La Haye par Paupie, en 1741, en 6 vol. (voir D.P.1 798).

Nouvelle Bibliothèque «ou Histoire littéraire des principaux écrits qui se publient», La Haye, Paupie, 1738-1740, 7 vol. : B. a pris part à la fondation du journal ; Chais et lui en sont les principaux rédacteurs, P. Marchand en corrige les épreuves pour le compte de Paupie et du Sauzet (L., p. 190-191, lettre 63 de P.M. à B. du 8 août 1739). En 1742, Paupie vend le journal à Gosse qui confie la rédaction à Charles de La Motte (voir ce nom). La collection complète, de 1738 à 1744, comporte 19 vol. ; la fin de la collaboration de B. semble coïncider avec son départ pour l'Allemagne en 1740 (voir D.P.1 1006).

Lettres chinoises «ou Correspondance philosophique, historique et critique entre un Chinois voyageur à Paris et ses correspondants à la Chine, en Moscovie, en Perse et au Japon, par l'auteur des Lettres juives et des Lettres cabalistiques», La Haye, Paupie, 1739-1740, 5 vol. : t. I, sept. 1739 ; t. II, janv. 1740 ; t. III, mai 1740 ; t. V, déc. 1740. Une «nouvelle édition augmentée» est publiée à La Haye, par Gosse, en 1751, en 5 vol., puis une «5e édition augmentée de plusieurs additions considérables» en 1756, en 6 vol. (voir D.P.1 799).

B. a collaboré aux Mémoires historiques pour le siècle courant de Desroches-Parthenay (1728-1742, 42 vol.) dont il rédige 3 feuilles en décembre 1736 (L., lettre 35) ; il a publié des articles dans la Bibliothèque critique de Formey (voir D.P.1 154), il a publié dans le Mercure une lettre à Mouhy (déc. 1754). Plusieurs de ses ouvrages sans avoir été publiés par feuilles, relèvent de la forme journalistique, notamment la Critique du Siècle «ou Lettres sur divers sujets» (La Haye, 1746, 2 vol., rééd. augm. en 1755 ; voir D.P.1 334).

Publications diverses

Outre ses journaux et plusieurs essais philosophiques ou moraux, B. a publié une dizaine de romans. On trouvera la liste de ses oeuvres dans J (bibliographie chronologique, p. 205 et suiv.), dans Cior (n° 8297-8361) et dans Molino, Le Bon Sens du Marquis d'Argens, actuellement la synthèse la plus complète sur la pensée et l'esthétique du marquis ; voir notamment le chapitre V, «Le Marquis d'Argens romancier» et les problèmes d'attribution (p. 865-875) : sur les 25 romans attribués à B., J. Molino considère 12 attributions comme certaines : les Mémoires de M. le marquis d'Argens (1735), Les Enchaînements de l'amour et de la fortune (1736), les Mémoires de la comtesse de Mirol (1736), les Mémoires de Mlle de Mainville. (1736), Le Solitaire philosoph. (1736), Le Mentor cavalie. (1736), Les Caprices de l'amour et de la fortune (1737), Le Fortuné Florentin (1737), les Mémoires du comte de Vaxère (1737), Le Philosophe amoureux (1737), Le Législateur moderne (1739), les Mémoires du Chevalier de...(1745). Sur son oeuvre théâtrale, voir S. Dafgård, «Un répertoire du théâtre royal de Berlin : Les Caractères et les embarras de la Cour , par le marquis d'Argens, et Le Galant Philosophe. Deux comédies retrouvées», Studia neophilologica, n° 1, p. 101-104.

Bibliographie

B.Un., D.B.F., D.L.F. – «Eloge du Marquis d'Argens», Nécrologe, 1772, p. 57-80 ; éd. de Maastricht, 1775-1778, t. IV, 2e part., p. 45-65. – «Lettres du Marquis d'Argens au Roi», Oeuvres posthumes de Frédéric II, t. XIII, Berlin, 1789. – Damiron J.Ph., Mémoire sur le Marquis d'Argens, Paris, 1856, Séances de l'Académie des Sciences Morales, t. XXXV et XXXVI. – Mémoires pour servir à l'histoire de la philosophie au XVllle siècle, Paris, Lodrange t. II, 1858, p. 256-375. – Thiébault D., Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin, dans la collection «Mémoires de ce siècle », t. XII, Paris, Didot, 1860, t. II, p. 375-405. – Sayous A., Histoire de la littérature française en Angleterre en Suisse en Prusse..., Paris, Didier, 1871, 2 voir- (J) Johnston E., Le Marquis d'Argens, sa vie et ses oeuvres, essai biographique et critique, Paris, 1928. – Renard G., «Le Marquis d'Argens, .sa vie et son oeuvre», Bulletin de l'Académie du Var, t. XCVII (1929), p. 76-85. – Fransen J., «Correspondance entre le marquis d'Argens et Prosper Marchand» dans Mélanges de philologie offerts à J.J. Salverda de Grave, Groningue, Wolters, 1933, p. 106-125. – Thomas L., éd. des Mémoires du marquis d'Argens, Paris, Aux Armes de France, 1941. – Bush N.R., The marquis d'Argens and his philosophical correspondence, a critical study of d'Argens's Lettres juives, Lettres cabalistiques et Lettres chinoises, Ann Arbor, 1953. – Molino J., Le Bon Sens du marquis d'Argens. Un philosophe en 1740, thèse dact. de l'Université de Paris, 1972. – Granderoute R., «A propos du marquis d'Argens», dans Le Journalisme d'Ancien Régime, dir. P. Rétat et H. Duranton, P.U. de Lyon, 1982. – (L.) Larkin S., Correspondance entre Prosper Marchand et le marquis d'Argens, S.V.E.C. 222, Oxford, 1984. – Mein lieber Marquis. Friedrich der Grosse, sein Briefwechsel mit Argens, éd. H. Schumann, Zurich, Manesse, 1985. – Les Lettres juives du marquis d'Argens, présentées par I. et J.P. Vissière, Presses Universitaires de Provence, 1989. – Le Marquis d'Argens, colloque de 1988, Publications de l'Université de Provence, 1990. Voltaire, Discours de l’empereur Julien contre les chrétiens, éd. J.M. Moureaux, S.V.E.C., 322, 1994.

Additif

Rubrique 7 : «Au répertoire du théâtre royal de Berlin : Les Caractères et les embarras de la Cour, par le marquis d'Argens, et Le Galant Philosophe. Deux comédies retrouvées», Studia Neophilologica, vol. 62, n° 1, 1990, p. 101-104 (PF).

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