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Edme BOURSAULT (1638-1701)

État civil

Né à Mussy-l'Evêque, dans le diocèse de Langres, sur les confins de la Champagne et de la Bourgogne, en 1638, baptisé entre le 1eret le 4 octobre, Edme Boursault perd sa mère de bonne heure et a pour père Nicolas Boursault, qui, après avoir couru la fortune des armes, notamment en Franche-Comté, est devenu greffier de l'élection, notaire apostolique, échevin et administrateur de I 'hôpital.

Son épouse Michèle Milley (la «Michelon» des Lettres nouvelles de 1709, 3 vol., ci-après L.) lui donne au moins onze enfants (Fournel), dont le premier naît avant 1669 (Jal, qui cite les registres de Saint-Sulpice).

Il meurt rue de Verneuil à Paris (Jal), et non à Montluçon comme le disent plusieurs biographes, le 15 septembre 1701.

Un de ses fils, Chrysostome, entré chez les Théatins, s'acquit du renom comme prédicateur ; un autre servit comme capitaine d'infanterie ; une de ses filles prit le voile.

Formation

Son père, quoique des plus riches du lieu, ne voulut jamais dépenser un écu pour le faire instruire. Il n'apprit ni grec ni latin, et à son arrivée à Paris «ne sçavoit que grossiérement la langue françoise» (Nicéron). Il se forma entièrement par la lecture et le commerce du monde.

Carrière

Dès 1651, grâce à Sébastien Zamet, évêque de Langres, il s'installe à Paris. Le libertin Des Barreaux, qui lui montre «toute la tendresse et toute la bonté d'un Père» (L., t. I, p. 29), est le premier à découvrir en lui des «dispositions à la Poésie» (L., t. I, p. 29) et le guide à ses débuts. Corneille, suivant une indication moins sûre (A), l'appelle son fils et l'honore de ses avis. Pellisson le présente à Fouquet. Secrétaire des commandements de la duchesse d'Angoulême en 1660, il lui adresse sur son voyage de Sens une relation burlesque dont le succès détermine sa vocation de journaliste. En 1664, il se rend à Eu auprès de Mademoiselle et s'y lie avec Segrais (L., t. Il, p. 140-141). Il entretient d'étroites relations avec Charpentier, qu'il rencontre chez Mme Deshoulières (L., t. III, p. 31), connaît Ménage, les Tallemant, plus tard (en 1694) La Fontaine, qui apprécie trois de ses épigrammes traduites de l'italien et visant le Sacré Collège. On le trouve aussi mêlé, avec La Fare et Chaulieu, à la Société du Temple. Il correspond avec Furetière, la comtesse de La Suze, Fieubet. Commensal du Président Perrault, c'est auprès de Condé (I.) qu'il cherche appui lorsqu'il perd le privilège de sa gazette. En 1671, sa Véritable Etude des souverains lui vaudrait une charge de sous-précepteur du Dauphin, grâce à la protection de Montausier (Moreri), s'il avait su le latin. Receveur des tailles à Montluçon depuis 1762, il peut à ce titre tirer d'embarras Boileau en cure à Bourbon-l'Archambault (Brossette) et offrir de lui avancer jusqu'à deux cent louis (A) . Mais en 1688, il se voit taxé de mansuétude excessive et révoqué par le fermier général Lejariel (L., t. II, p. 188-193). Conscient de ses manques, il refuse de poser sa candidature à l'Académie en dépit de Thomas Corneille, qui voudrait l'y faire entrer (La Harpe).

Situation de fortune

Passant par Vaux lors du voyage de Sens, il reçoit de Fouquet trente louis pour un sonnet (L., t. III, p. 7). En 1661, il obtient du roi «une pension de deux mille livres avec bouche à Cour» (A) pour sa gazette hebdomadaire, mais la perd très tôt pour une plaisanterie assez innocente et cependant jugée irrévérencieuse sur la barbe d'un capucin, que le duc de Guise, un jour qu'il dînait à sa table et se trouvait à court, lui avait suggéré d'insérer et qui lui valut, sinon la Bastille, du moins le retrait de son privilège. De sa comédie des Fables d'Esope, en 1690, il escompte que lui reviendront «près de quatre mille livres, sans l'impression» (L., t. I, p. 258). Pour sa tragédie de Marie Stuart, représentée en 1683, Saint-Aignan lui verse cent louis en cinq mensualités.

Opinions

En 1663, sans doute à l'instigation des comédiens et de Corneille, il s'attaque à Molière dans le Portrait du peintre ou la contre-critique de l'Ecole des femmes, un acte joué à l'hôtel de Bourgogne au début d'octobre, auquel Molière riposte en prenant nommément à partie B. dans son Impromptu de Versailles.

Nommé par Boileau dans sa septième satire, B. réplique par la Satire des satires (1669), dont la représentation est interdite sur l'intervention du satirique (A.N., SA 01845,1 ; B.N., fonds Delamarre). Par la suite ils se réconcilièrent (en 1687 selon Brossette).

En 1683 (ou 1679 selon Godard de Beauchamps), sur plainte de Donneau de Visé, B. débaptise les cinq actes du Mercure galant où il portait à la scène le journalisme et la passion de la publicité, en Comédie sans titre. La lettre du Père Caffaro en faveur des spectacles dramatiques publiée sans l'aveu de l'auteur par B. en tête de son théâtre (L., Il 62) déclenche une polémique retentissante avec Bossuet, d'où sortiront les Maximes et réflexions sur la comédie.

Activités journalistiques

Lettres en vers, 1665-1691 (D.P.1 816) : les six premières lettres se présentent comme une continuation de la Muse historique de Loret. «Nous ne possédons plus que six lettres bien qu'il en eût sans doute écrit un plus grand nombre» (C.) : 19 juillet 1665 à la duchesse d'Enghien (avec une version, en date du 1er août, adressée à la reine par l'intermédiaire de Mademoiselle) ; 23 août, 13 et 27 septembre à la reine ; 15 mai 1666 à la duchesse d'Enghien. Le premier numéro a été accueilli à la Cour favorablement grâce à Madame, mais B. encore «incognito» (L., t.III, p. 29) recueille peu de nouvelles. En butte à la jalousie de ses concurrents, il se voit bientôt accusé d'impiété par la même cabale des dévôts qui sévit alors contre Molière (AV). Les privilèges déposés au Sceau pour avoir la permission de se faire imprimer lui sont volés (L., t. III, p. 17, A Mgr. le Prince, touchant la Barbe des Capucins). Il compte, en vain, sur une intervention de M. le Duc auprès du chancelier Séguier (L., t. III, p. 24). Les lettres publiées après 1666 ont été éditées dans des recueils qui ne sont pas périodiques.

A Simiane de Gordes, évêque-duc de Langres depuis 1671, B. envoie régulièrement de grandes lettres en prose mêlées de vers ; mais elles contiennent, au lieu de nouvelles, des remarques et bons mots qui les apparentent plutôt aux ana qu'aux journaux.

En 1691, B. conçoit le projet d'une Muse enjouée hebdomadaire en vers libres, dédiée au duc de Bourgogne ; le privilège lui en est retiré par le chancelier Boucherat aussitôt qu'accordé. Une «grande lettre de différentes nouvelles», adressée à la duchesse d'Angoulême (L., t. I, p. 336-355) en utilise les «lambeaux» (L., t. I, p. 337) : éloges, informations et jusqu'à une énigme (sur l'éternuement).

Publications diverses

Poète, B. truffe ses lettres de fables avant de porter deux ou trois fois Esope à la scène. Romancier, il oriente le genre vers la nouvelle courte qui emprunte ses sujets à la réalité contemporaine et à la plus immédiate actualité. Le récit, comme chez Madame de Villedieu, s'y rehausse d'un humour enjoué : Artémise et Poliante, 1670, dont le préambule relate une des premières représentations de Britannicus et jette ainsi, par un compte rendu resté malheureusement isolé, les fondements de la critique dramatique ; Le Marquis de Chavigny, 1670 ; Ne pas croire ce qu'on voit, histoire espagnole, 1670 ; Le Prince de Condé, 1675. Surtout, par les Lettres à Babet, d'abord dispersées en 1669 parmi les Lettres de respect, d'obligation et d'amour, puis regroupées à partir de 1683 à l'intérieur du même recueil, plus tard enfin, après la mort de l'auteur, publiées séparément, et ses sept puis treize Lettres amoureuses d'une dame à un cavalier (Lettres nouvelles, 1697 et 1709), B. contribue, en même temps que l'auteur des Lettres portugaises, à la création du roman par lettres.

Pour le théâtre, il aurait produit dès l'âge de quinze ans (A) des pièces destinées au Marais. Outre les oeuvres déjà mentionnées au cours de cette notice, on retiendra principalement un Germanicus (1673 ou 1679) à cause de la relation que B. lui-même établit entre cette tragédie et la Princesse de Clèves (L., t. I, p. 306-307), l'acte des Mots à la mode, et la comédie d'Esope à la Cour, posthume (1701).

Bibliographie

La plupart des notices biographiques s'inspirent de l'avertissement (A) que la petite–fille de B., Hyacinthe, et non, comme on l'a cru (Parfaict, t. XlI, p. 387), son fils le théatin, a placé en tête de son Théâtre (3 vol.) en 1725. Quelques pages sur la vie et les ouvrages de B. figuraient déjà au début des Lettres nouvelles, troisième édition, 1709, feuillets non paginés. Le Mercure galant, septembre 1701. – Niceron, t. XIV. – Moreri, 1732 ; Jal. – Parfaict (les frères), Histoire du théâtre francais, t. Xll (1747) et t. IX à XIX, passim.– La Harpe, Lycée ou Cours de littérature, t. VI, an VII. – (I.) L'lntermédiaire des chercheurs et des curieux, t. Vl, 25 juillet 1870. – (C.) Les Continuateurs de Loret, édités par J. de Rothschild et E. Picot, 1881-1889. – Fournel V., «Edme Boursault, sa vie et son oeuvre dramatique», dans le Théâtre choisi d' Edme Boursault, 1883, repris dans Le Théâtre au XVIIe siècle. La Comédie, 1892. Id., Les Contemporains de Molière, t. 1, 1863. – La notice de P. Brun («Le journaliste E. Boursault» dans Autour du XVIIe siècle, Grenoble, 1901, p. 137-167) ne contient qu'un aperçu sur les débuts du journalisme au XVIIe siècle et un résumé de la comédie du Mercure galant. – On trouvera une bibliographie très sûre et très précise sur Boursault, ainsi qu'une notice dans : Mongrédien G., La Querelle de l'Ecole des femmes, Paris, Didier, 1971, t. 1, p. 87-100.

Additif

Carrière: Une inversion s'est produite concernant la date à laquelle Boursault commençe à travailler comme receveur de tailles à Montluçon. Il s'agit de 1672 et non en 1782 (Marie-Ange Croft).

Auteur(s) de la notice


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