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Pierre BOUGUER (1698-1758)

État civil

Pierre Bouguer est né au Croisic, le 10 février 1698 de Jean Bouguer, professeur d'hydrographie au Croisic et de Françoise Josseau. Il ne semble pas s'être marié. Il est mort à Paris, après une «maladie de langueur qui dura quelques mois», le 15 août 1758 (L.).

Formation

Etudes au collège des Jésuites de Vannes. Enfant très doué. A quinze ans, il perd son père avant d'avoir terminé ses études et est capable de le remplacer après avoir passé les examens nécessaires en juin 1714. Après avoir remporté le prix de l'Académie des Sciences en 1727, sur la mâture des vaisseaux, B. fut nommé associé géomètre le 5 septembre 1731, puis pensionnaire astronome le 26 février 1735 (Lamontagne). De 1751 à 1756, et peut-être plus longtemps, il habitait rue des Postes à Paris.

Carrière

B. est nommé professeur d'hydrographie au Hâvre de Grâce le 1er décembre 1730 ; associé géomètre à l'Académie des Sciences le 3 septembre 1731, pensionnaire astronome le 24 janvier 1735. Membre de l'Académie de Marine. Il est désigné par le roi pour mener à bien, conjointement avec Godin et La Condamine, l'expédition au Pérou (mesure d'un arc de méridien afin de déterminer la figure de la terre). Ils quittèrent La Rochelle le 16 mai 1735 et revinrent séparément. Bouguer fut de retour à Paris en juillet 1744. Il semble qu'il ait résidé à Paris et que ses travaux académiques, la rédaction de ses livres et de ses articles aient été sa seule occupation à partir de cette date.

Situation de fortune

A la mort de son père, la situation de la famille était fort médiocre (L). Après 1735, il a joui de la pension de l'Académie. Il était inspecteur des postes (1000 écus) et le resta jusqu'à sa mort en 1758. Ce poste fut ensuite partagé entre Clairaut et Lemonnier (lettre de Mme du Boccage du 28 août 1758).

Opinions

Le R.P. Laberthonie a écrit une Relation de la conversion et de la mort de M. Bouguer, membre de l'Académie royale des Sciences (Paris, 1784). Il faut entendre «conversion» dans le sens d'un regain de la pratique de la religion catholique, car B. n'a jamais perdu la foi (Lamontagne).

Dès son retour en France, B. présenta ses résultats à l'Académie sans attendre le retour de La Condamine. Mieux, il exposa ses résultats en séance publique le 14 novembre 1744. La Condamine l'apprit en débarquant en Hollande, où il fut contraint de rester plusieurs semaines dans l'attente d'un passeport. Dès son retour à Paris, début 1745, La Condamine prépara sa riposte. Ses mesures différaient légèrement de celle de B. En avril il lut sa propre relation du voyage, préface à sa Relation abrégée qui parut la même année. Alors se déclencha une querelle qui alimenta de nombreux articles de journaux et dura dix ans (voir A.M. Chouillet). Cette querelle abrégea les jours de B. d'après certains de ses biographes. De Fouchy («Eloge de M. Bouguer» lu le 15 novembre 1758, Histoire de l'Académie des Sciences, 1758, p. 127-136) écrit que «le fond de son caractère était la douceur & la modération, & si on l'en a vu sortir quelques moments, ce n'a jamais été que des moments & il reprenait bientôt l'assiette qui lui était propre», mais Condorcet précise dans son éloge de la Condamine (ibid., 1774, p. 85-121), à propos de la querelle à laquelle il consacre deux pages : «la relation de son voyage [celle de B.] fut pleine d'humeur contre M. de La Condamine qui n'y répondit qu'avec gaieté & le public qui ne pouvait juger du fond de cette discussion, fut pour celui qui savait l'amuser». Grimm l'enterre en quelques lignes : «cet académicien qui passait pour un homme de premier mérite, était jadis du nombre de ceux qui allèrent, par ordre du roi, aux deux extrémités du globe pour en mesurer quelques degrés : entreprise qui [...] n'était au reste de nulle utilité» (C.L., t. IV, p. 32).

Peu de correspondance : ses lettres sont plutôt des rapports (voir Lamontagne).

Activités journalistiques

A la fin de la Table du Journal des Savants se trouve la liste des collaborateurs où l'«on a marqué suivant l'indication des registres, le temps où chaque journaliste a assisté aux assemblées, ou y a envoyé des extraits : & non le temps auquel ces extraits ont été publiés». B. y figure avec la mention «depuis le 27 septembre 1752 jusqu'au 25 juin 1755». On notera qu'il collabora pendant la fameuse «dispute» et les articles du Journal des Savants laissent percevoir l'embarras des rédacteurs pour répondre aux plaintes de La Condamine. Il fut à cette époque l'un des principaux rédacteurs du Journal si l'on en croit ses biographes (mais sur quelles preuves?).

Publications diverses

Outre ses relations de voyage, B. a écrit des traités de navigation et un Traité d'Optique sur la gradation de la lumière (1749) pour lesquels il est resté célèbre dans les milieux scientifiques. Il est considéré comme meilleur mathématicien que La Condamine. Voir la liste de ses ouvrages et de ses mémoires dans D.S.B., Lamontagne et Maheu (qui donne aussi les sources manuscrites). Correspondance avec Euler (publiée par Lamontagne), avec Grandjean de Fouchy (dossier «Bouguer», Archives de l'Académie des Sciences).

Bibliographie

F.L. 1769, B.Un., N.B.G., C.L. ; D.S.B. (art. de W.E. Knowles Middleton). – (L) Levot P., Biographie bretonne, Paris, 1852, t. I, p. 153-156. – Lamontagne R., La Vie et l'oeuvre de Pierre Bouguer, P.U. Montréal et P.U.F., 1964 : opuscule où l'on trouve peu de renseignements biographiques mais où l'auteur a publié des lettres et des mémoires inédits ; liste des sources, p. 95-97. – Histoire de l'Académie des Sciences, éloges cités ci-dessus. – Turgon F.K., «Unpublished letters of Mme du Boccage», Modern philology, févr. 1930, p. 326-327. – Maheu G., «Bibliographie de Pierre Bouguer (1698-1758) », Revue d'histoire des sciences, 1966, t. XIX, p. 193-224. – Chouillet A.M., «Rôle de la presse périodique de langue française dans la diffusion des informations concernant les missions en Laponie et sous l'Equateur», dans La Figure de la terre du 18e siècle à l'ère spatiale, dir. H. Lacombe et P. Costabel, Paris, Gauthier-Villars, 1988, p. 171-190.

Auteur(s) de la notice


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