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Nicolas de BLEGNY (1642-1722)

État civil

Nicolas de Blégny est né en 1642 (Delaunay, p. 466) peut-être à Lyon, car il fera suivre son pseudonyme «Abraham Du Pradel» de la mention «lionnois» (Fournier, p. XLIII). Il meurt en Avignon en 1722 (Delaunay, p. 468).

Formation

P. Delaunay a pu rétablir sa carrière «universitaire» (p. 466) : «Apprenti chirurgien à 13 ans, il exerce pendant quatorze ans dans les armées du roi, à l'hôpital général ou dans les boutiques de Paris comme compagnon chirurgien ; remplit, pendant deux ans, les fonctions de chirurgien ordinaire de la Charité de Saint-Côme, puis en 1679, achète un privilège et devient l'un des quatre chirurgiens de la prévôté de l'Hôtel du Roi, en attendant (1680) le titre de «chirurgien ordinaire du corps de Monsieur». En fait, sa formation est essentiellement empirique et «mécanique».

Carrière

Il fonde, vers 1679, une Académie des nouvelles découvertes de médecine sur le modèle de la grande Académie. Sommé de se défaire de sa charge de chirurgien de Monsieur, il prend des lettres de docteur de la faculté de Caen, «devient médecin ordinaire du duc d'Orléans par lettres patentes enregistrées le 25 janvier 1685 à la prévôté de l'Hôtel, obtient encore un privilège d'apothicaire-épicier suivant la Cour et en 1687 celui de médecin ordinaire du Roi» (D, p. 467). Le 4 juin 1693, un ordre du roi l'envoie au Fort-l'Evêque, d'où il est transféré au château d'Angers où il demeurera huit ans (D, p. 468). «Après huit ans de détention à Angers, il fut élargi, gagna l'Italie où il pérégrina quelque temps, revint exercer la médecine à Avignon et y mourut en 1722» (id., p. 468).

Opinions

Dans son journal, B. défend le mécanisme cartésien et le gassendisme contre l'Académie des sciences (J. Roger, Les Sciences de la vie dans la pensée française au XVIIIe siècle, A. Colin, 1963, p. 180) et diffuse les théories de Guillaume Lamy (ibid., p. 272-273). Il fut cependant en bons termes avec l'abbé Bourdelot dont l'académie, fondée à l'Hôtel de Condé vers 1640, lui avait servi de modèle (Albert G. Nicholis, p. 199). Son principal adversaire fut l'abbé J.P. de La Roque, directeur du Journal des savants de 1675 à 1687, et auteur du Journal de Médecine (1683, 1686), qui parvint à lui imposer silence en 1683.

Activités journalistiques

B. fonde en 1679 le premier périodique médical français : Les Nouvelles Découvertes sur toutes les parties de la médecine «recueillies en l'année 1679 par Nicolas de Blégny» (D.P.1 1022), continué par :

Le Temple d'Esculape «ou le Dépositaire des nouvelles découvertes [...] dans la médecine», 1680, continué par :

Journal des Nouvelles Découvertes «concernant les sciences et les arts qui font partie de la médecine» 1681-1683. Au total, 3 vol. in 12 publiés chez L. d'Houry et Blageart. Ce périodique connut un vif succès ; il fut traduit en allemand à Hambourg (Monatliche neueröffnete Anmerckungen) et en latin à Genève (Zodiacus medico-gallicus de Théophraste Bonnet). Un arrêt du Conseil l'interdit en 1682 (voir Camusat, Histoire critique des journaux, 1734, t. II, p. 128-130) ; grâce à la protection de Monsieur, du lieutenant de police La Reynie et du 1er médecin du Roi, d'Aquin, B. put poursuivre pendant un an encore ; puis il le confia à Gautier, physicien de Niort établi à Amsterdam qui publie en 1684.

Le Mercure savant, 2 numéros en janvier et février 1684, recueil de pièces envoyées de France par B. et A. Gaultier (D.P.1 949), et qui auraient, selon Moreri, donné à Bayle l'idée de lancer les Nouvelles de la République des Lettres.

Publications diverses

L'Art de guérir les maladies vénériennes «expliqué par les principes de la nature et de la mécanique», Paris, 1673 (deux éd. à Paris, une éd. à La Haye et une à Amsterdam, trad. angl. à Londres). – L'Art de guérir les hernies de toutes espèces dans les deux sexes avec le remède du Roi, Paris, 1673, 1693.– Histoire anatomique d'un enfant qui a demeuré vingt-six ans dans le ventre de sa mère, Paris, 1679. – Le Remède anglais pour la guérison des fièvres, Paris, 1681, (2e éd. en 1683, 1re éd. à Bruxelles en 1682). – La Doctrine des rapports, «fondée sur les maximes d'usage et sur la disposition des nouvelles ordonnances», Paris, 1684.– Le Bon Usage du thé, du caffé et du chocolat «pour la préservation et la guérison des maladies», Paris, 1687, Lyon, 1687.– Secrets concernant la beauté et la santé, Paris, 1688-1689.– Projet de l'histoire générale des religions militaires et des ordres politiques et séculiers de chevaliers, 1694.– Le Livre commode des adresses de Paris pour 1692 «par Abraham Du Pradel, lyonnais» (éd. E. Fournier, Paris, P. Dafis, 1678).– Lelong lui attribue l'Histoire de l'Ordre du Saint-Esprit (n° 16123 et 16169).

Bibliographie

Moreri ; B.Un. – Camusat D.F., Histoire critique des journaux, Amsterdam, Bernard, 1734.– Fournier E., Introduction à l'édition du Livre commode des adresses de Paris, pour 1692, Paris, P. Dafis, 1678. – (D) Delaunay P., La Vie médicale aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, éd. Hippocrate, 1935, n° 651, p. 466-468. – Lévy-Valensi, «Les Journaux de Nicolas de Blégny», Paris médical, 7, 17, 31 juillet 1937. – Nicholis A.G., «Nicolas de Blégny and the first medical periodical», The Canadian Medical Association, t. 32, août 1934, n° 2, p. 198-202.

Auteur(s) de la notice


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