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Justinus de, seigneur d'Hulzen BEYER (1705-1772)

État civil

Depuis le travail de Mulder (p. 4), il est établi que Justinus de Beyer est né le 5 janvier 1705 (et non pas le 8 ; Journaal, p. 1-2) et qu'il fut baptisé le 11 il est le fils de Geertruida Cuper et de Jacob de Beyer, maire de Nimègue qui mourut en 1709. Le 1er juin 1734, Beyer épousa Maria Elisabeth de Casembroot, fille d'Hillegonda van Bergen et de Léonard de Casembroot, seigneur de Rijnestein. De cette union naquirent sept enfants : Marie Elisabeth Henriette, née à Nimègue le 5 mars 1735, chanoinesse du couvent d'Utrecht qui mourut célibataire le 22 juillet 1813 ; Geertruida, née le 16 janvier 1737, célibataire décédée le 12 août 1762 ; Charlotte Geertruide, née le 27 février 1739, épousa le 4 avril 1758 (Journaal, p. 119) à Nimègue, Carl Willem baron de Roode van Heeckeren, major du régiment Oranje-Gelderland, et mourut sans laisser de postérité le 7 mars 1807 ; Jacob, né en septembre 1740 et décédé de la variole le 16 décembre 1746 (Journaal, p. 30) ; Léonard, né le 11 décembre 1742 et reçu docteur en droit le 13 août 1761, fut nommé secrétaire du banc des échevins de Nimègue en avril 1765 (Journaal, p. 304-306) puis épousa Alida Cornelia van der Goes, fille d'Adriaan, seigneur de Dirksland et maire de La Haye ; Wilhelmina, née le 27 février 1745, épousa le 23 juin 1768 Egbert Sjuk Gerrald Juckama, baron de Burmania Rengers, et expira le 20 novembre 1811 (Journaal, p. 1-2) ; Justin né le 22 mai 1746 et mort de la variole le 17 décembre 1746 (Journaal, p. 23 et p. 30). B. perdit son épouse le 20 septembre 1767 (Journaal, p. 354) et rendit son dernier soupir le 6 février 1772.

Formation

Nous savons peu de chose sur la jeunesse de B., mais nous pouvons être assuré qu'il obtint une formation élémentaire assez solide pour lui permettre d'entreprendre des études de droit à Utrecht où il est inscrit en 1724 (Album studiosorum, col. 126). Le 12 juin 1724, B. obtient sa maîtrise de droit en défendant, devant son professeur Cornelis van Eck, un mémoire intitulé «De Tribus juris praeceptis» (Album promotorum, p. 118). Grâce à ses relations, et «principalement à M. [Louis] de Bréquigny», B. obtint une «place d'associé de l'Académie royale des sciences, des belles-lettres et des arts de Rouen» (Journaal, p. 65). Outre ses études et son intérêt pour les sciences, B. apprit à jouer du violon. Il maîtrisa ensuite cet instrument avec assez de talent, puisqu'il n'hésita pas à offrir plusieurs concerts en compagnie de ses amis (Journaal, p. 242-243 et p. 250).

Carrière

De juin 1725 à mars 1728, B. entreprit, avec Louis de Geer (1705-1758), son grand tour de l'Europe. Les deux jeunes gens se rendent ensemble à Hanovre, Cassel, Francfort, Strasbourg – pour assister le 15 août 1725 aux fiançailles de Louis XV et Marie Leszczynska – , puis à Stuttgart, Augsbourg, Munich, Nuremberg, Ratisbonne d'où ils partent par le Danube pour Vienne où ils arrivent le 14 octobre 1725. Le 15 décembre, ils se dirigent vers Venise. Après Padoue, Rome et Naples, ils passent par Genève et arrivent à Paris le 14 novembre 1726. Au cours de l'année 1727, les compagnons de voyage se séparent et B. entreprend de faire un «Tour des Provinces» françaises puis de rester encore quelque temps à Paris. Il est de retour à Nimègue en mars 1728. Chanoine de la cathédrale d'Utrecht en 1734, B. fut nommé plus tard, conseiller, échevin, puis le 2 janvier 1746, maire de Nimègue (Journaal, p. 21). Il fut aussi membre de l'amirauté de Westfriesland et du Noord-Kwartier, député de la diète (in den Landdag) et des Etats-Généraux au conseil de ses Messieurs les Hauts-Puissants (Hoge Mogendheden) des Provinces-Unies. Homme politique d'une grande habilité, B. ne voyait d'autre intérêt dans ses fonctions «que celui de la vérité et de la tranquillité publique» (Journaal, p. 164). Homme affable et social, B. était souvent invité à dîner chez les personnalités politiques de distinction lors de ses divers voyages qui le menaient le plus souvent à Leyde, à La Haye, à Utrecht, à Arnhem et à Rotterdam.

Situation de fortune

La famille Beyer possédait une suite de logements dans la Grote Burchtstraat à Nimègue qui fut vendue en 1794 pour la somme de 17500 florins (Mulder, p. 5 et p. 173 n. 32). B. en hérita avec une belle propriété, aujourd'hui disparue, sise au sud de Nimègue (voir la gravure et l'historique de la demeure dans le Journaal, p. de garde et p. 3-6). Son père lui laissa aussi une autre demeure située non loin du Belvédère à Nimègue (21 Kelfkensbosch) et qui fut vendue le 26 mars 1762 pour la somme de 8740 florins (Journaal, p. 230). B. passait la belle saison à Hulse et résidait le reste du temps à Nimègue même. Les diverses fonctions de B. lui permirent de mener une vie confortable de bourgeois de province : il avait engagé du personnel domestique, il possédait un équipage et organisait souvent des dîners et des concerts privés. Le 11 août 1755, B. note dans son Journal qu'il loue pour 80 florins l'année sa maison de Bemmel (rive droite du Waal, en amont de Nimègue) à un avocat du nom de van Bommel (Journaal, p. 84). B. possède aussi le château «Kinkelenburg» (Journaal, p. 57 et 267) qu'il vendit le 21 août 1765 pour la somme de 6300 florins (Journaal, p. 314 et 326).

Opinions

De confession protestante, B. mentionne le 26 décembre 1745 dans son Journal qu'il a été «confirmé ancien dans l'église hollandoise» (p. 20) et le 14 mars 1763 qu'il avait été «élu ancien par le Consistoire wallon» (p. 251). La conviction religieuse du maire de Nimègue influence même, comme il était de coutume alors, ses décisions. Ainsi, lorsque l'emploi municipal de «claviger» (bedeau ou concierge) de l'école latine de Nimègue, devint vacant et qu'il fut sollicité par l'échevin Haasbaert au profit de son valet catholique romain, B. s'opposa-t-il à cette nomination avec véhémence en invoquant qu'il était d'avis d'interdire de céder tout emploi municipal à une famille catholique (Journaal, p. 94). C'est dans son Journal que B. reconnaît devoir à Henri du Sauzet «la connoissance et l'amitié de beaucoup d'hommes de lettres : celle de M. l'abbé [Joseph Thoulier] d'Olivet, de M. [Louis Georges] de Bréquigny, de M. l'abbé Pinaux, official et vicaire-général de Montevilliers, de M. [Claude Nicolas] le Cat. ». Les archives nationales de Gueldre, à Arnhem, où est conservé un riche fonds concernant la famille De Beyer, possèdent malheureusement peu de lettres rédigées par B. et cela est d'autant plus regrettable que celui-ci mentionne dans son Journal : «J'avois écrit à du Sauzet une grande quantité de lettres. Toutes celles qu'il avoit conservées, m'ont été rendues [après son décès] par sa fille, Louise Marianne du Sauzet [qui est] une fille d'esprit». Ces lettres ont sans doute été détruites au cours de la seconde guerre mondiale.

Activités journalistiques

Quand De Beyer apprend le décès d'Henri du Sauzet, il écrit le 6 mai 1754 dans son journal : «Je perds en lui un ami, qui ne m'a jamais donné le moindre sujet de déplaisir ou de mécontentement. Notre connoissance se fit l'année 1735 à l'occasion d'une dissertation, que je le fis prier par M. Neaulme, alors libraire à Utrecht, de mettre dans sa Bibliothèque françoise. Il m'accorda gracieusement ma demande, en me priant de lui fournir souvent des articles pour son journal. Je l'ai fait jusqu'à l'entière cessation de la Bibliothèque françoise en 1746, où il se trouve un grand nombre d'articles de ma façon» (Journaal, p. 64-65). Le premier article que fournit B. à la Bibliothèque françoise, intitulé «Remarques sur le système nouveau, inventé par le père Brumoy, touchant la Manière Cavalière dont Aristophane traite les Dieux», fut inséré dans le t. XIX de ce journal (B.U. Leyde, March 2, 27 fév. 1745). Les lettres de B. à Prosper Marchand sont très instructives et permettent d'attribuer à B. un grand nombre d'articles de la Bibliothèque françoise. De toute évidence, Henri du Sauzet a toujours été satisfait de la collaboration de B. à la Bibliothèque françoise. Et dans une lettre datant du 16 mars 1738 (RGA, 0518, 53), le libraire d'Amsterdam confirme son jugement favorable envers son journaliste : «Je ne vous ai dit, Monsieur, que ce que je pense de vos Articles : en conscience si je les lisois dans un autre Journal et que l'Auteur m'en fût inconnu, je n'en penserois pas autrement. Je vois avec plaisir que tout le monde juge comme moi de tout ce qui viens de vous». Du Sauzet apprécie tant les capacités de B., qu'il lui demande même de considérer si quelques manuscrits envoyés par l'abbé Desfontaines pourraient entrer dans la Bibliothèque françoise (RGA, 0518, 53, 1 juin 1742), mais B., en fin politique, est assez habile pour ne pas se compromettre, puisque Du Sauzet lui répond : «Vous m'auriez fait plaisir de me marquer plus nettement ce que vous pensez de ces morceaux envoyés par l'abbé Des Fontaines ; voici ce que j'en pense. Le Mémoire sur les prétentions de l'Evêque de Mets est un morceau de Droit public, qui est curieux et ne peut manquer de faire plaisir. Pour ce lui qui regarde les princes de Ligne, il pourroit déplaire à certaines gens, et il convient de l'examiner avec attention. Je suis d'avis de mettre au rebut la critique du Livre de l'Abbé Goujet qui est de mes amis, et que je ne voudrois pas désobliger. Ce morceau est de la main de feu [l'] Abbé Granet, qui a autrefois travaillé à mon Journal, et qui l'abandonna parce que je lui avançai vingt pistoles qui ont [été] perduës pour moi. Voici une particularité que j'ai apprise sur cet Abbé provençal ; c'est qu'il est mort glorieusement de la Vérole, ce que Des Fontaines n'a eu garde de mettre dans son Eloge. [...] La Dissertation sur les Iconoclastes [de l'Abbé Des Fontaines (RGA, 0518, 53, 1 juin 1742)] paroitra dans le volume [de la Bibliothèque françoise] que j'imprime, elle est trop sensée pour qu'on ait osé l'imprimer à Paris» (RGA 53, 12 juin 1742). Ainsi Du Sauzet se confie-t-il ouvertement à B. à travers une correspondance qui gagnerait indéniablement à être publiée pour sa richesse toute particulière pour les informations relatives à d'autres libraires, à l'équipe rédactionnelle de la Bibliothèque françoise et, outre quelques anecdotes littéraires, aux nouvelles politiques du temps. Du Sauzet estime si bien B., qu'il lui écrit : «Vous êtes fort le Maître de disposer de la Bibliothèque françoise qui est plus à vous qu'à moi. Vous pouvez y insérer tout ce que vous jugerez à propos» (RGA, 53, 26 avril 1743).

La correspondance de B. avec P. Marchand (B.U. Leyde, March 2), très intéressante également pour celui qui cherche à identifier les auteurs des articles de la Bibliothèque françoise, dévoile la collaboration régulière du maire de Nimègue à ce périodique.

Publications diverses

Dans son Journal, B. se distingue comme un agréable et charmant causeur (Journaal, p. VI). Assez critique pour juger de la qualité littéraire de ses propres écrits, B. en vint, le 29 mars 1761, à jeter au feu «la plûpart, sinon tous les vers» qu'il avait écrits (Journaal, p. 200). B. édita les Lettres critiques, de Litterature, &c. écrites à divers Savans de l'Europe par feu Monsieur Gisbert Cuper. Bourguemaitre de la Ville de Deventer, Député des Etats de la Province d'Overyssel à l'Assemblée des Etats Généraux des Provinces-Unies des Païs-Bas..., Amsterdam, chez J. Wetstein [imprimé par H. du Sauzet], 1742, in 4°.

Bibliographie

Album promotorum qui inde ab anno MDCXXXVI usque ad annum MDCCCXV in Academia Rheno-Trajectina gradum doctoratus adepti sunt..., Utrecht, 1936. – Album studiosorum academiae Rheno-Trajectinae, MDCXXXVI-MDCCCLXXXVI. Accedunt nomina curatorum et professorum per eadem secula, Utrecht, 1836. – B.U. Leyde, 2, 207 lettres de B. à Prosper Marchand écrites de Nimègue et dont 180 sont datées entre le 28 novembre 1739 et le 21 février 1756. – Journaal, Schevichaven H.D.J. van (éd.), Journaal van Mr. Justinus de Beyer, Heer van Hulzen, over de jaren 1743-1767. Werken uitgegeven door Gelre. Vereeniging tot beoefening van geldersche geschiedenis, oudheidkunde en recht. N° 6, Arnhem, 1906, VIII, 356 p. – Mulder R., De Vormingsjaren van Justinus de Beijer (1705-1772), [1989], inédit, mémoire de fin d'études rédigé sous la direction du professeur H. Bots à l'Université de Nimègue. – (RGA 53) Rijksarchieven Gelderland, Arnhem, toegangsnummer 0518, inv. n° 53, 181 lettres d'Henri du Sauzet (1686-1754) à B. de 1738 à 1742. L'existence de cette riche collection m'a aimablement été signalée par le professeur P.J. Buijnsters ; RGA, n°62ms.dans lequel B. consignait diverses notes, pensées, extraits et anecdotes.

Auteur(s) de la notice


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