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Jean Elie BERTRAND (1737-1779)

État civil

D'une famille huguenote originaire de Nyons (Drôme), réfugiée en Suisse à la veille de la révocation de l'Edit de Nantes, Jean Elie Bertrand, né le 13 août 1737 à Orbe dans le Pays de Vaud (et non pas à Neuchâtel), est le fils unique du pasteur Jean Bertrand (1708-1777), connu par ses travaux agronomiques parus dans les mémoires de l'Oekonomische Gesellschaft de Berne, et de son épouse Marguerite Sébastienne Carrard (morte en 1776). Contrairement à ce qu'ont écrit plusieurs lexicographes, Elie Bertrand (1713-1797), pasteur de l'Eglise française de Berne et correspondant de Voltaire, n'était pas son père, mais son oncle et parrain. B. a épousé à Neuchâtel le 14 août 1770 Marie Anne Elisabeth Ostervald (1752-1830), fille cadette de Frédéric Samuel Ostervald (1713-1795), l'un des principaux magistrats de la ville de Neuchâtel (maître bourgeois en 1757, «banneret» en 1762, etc.). B. est mort à Neuchâtel le 26 février 1779, à l'âge de 42 ans, sans postérité.

Formation

B. fit des études de théologie à l'Académie de Lausanne dès 1751 (voir Album studiosorum Academiae Lausannensis 1537-1837, Lausanne, 1937, t. II, n° 6239). Il n'avait pas 20 ans, quand il fut nommé «recteur» du Collège de Neuchâtel (mai 1757).

Carrière

Professeur de belles-lettres dès 1759, il se vit offrir en 1764, par Frédéric II, roi de Prusse (et prince de Neuchâtel), la chaire d'histoire de l'Académie de Berlin, mais il déclina l'invitation. Entre temps, il avait été consacré au saint ministère par la Vénérable classe des pasteurs de Neuchâtel (3 août 1763). Il «subsidia le ministre du Vendredi» jusqu'en 1769, renonçant alors à ses fonctions ecclésiastiques pour assumer aux côtés de F.S. Ostervald la gestion de la nouvelle Société typographique de Neuchâtel. Deux ans plus tard, le scandale soulevé à Neuchâtel par la publication sur les presses de S.T.N. du Système de la nature du baron d'Holbach obligea le beau-père à se démettre de toutes ses charges publiques et valut au gendre d'être destitué du ministère (7 août 1771) et privé de sa chaire de belles-lettres. Quatre ans plus tard, après avoir donné des preuves suffisantes de sa «repentance», B. fut néanmoins réhabilité et réintégré dans la Compagnie des Pasteurs (14 mai 1775 ; sur cette célèbre affaire, voir le récit documenté de Charly Guyot, «Imprimeurs et pasteurs neuchâtelois : l'affaire du Système de la nature (1771)», Musée neuchâtelois, 1946, p. 74-81 et 108-116, fac sim). Il semble s'être voué dès lors exclusivement à ses grands travaux littéraires et éditoriaux. B. faisait partie de l'Académie bavaroise des sciences et de la Société des curieux de la nature de Berlin.

Situation de fortune

B. a dû vivre de ses honoraires de professeur au Collège de Neuchâtel, puis d'administrateur de la Société typographique de Neuchâtel. Ses principales publications lui valurent sans doute des «royalties». En outre, il tenait avec sa femme une pension de jeunes gens dans l'immeuble de la Société typographique où il demeurait (voir les précieuses indications de J. Rychner dans Aspects du livre neuchâtelois, études réunies à l'occasion du 450e anniversaire de l'imprimerie neuchâteloise, éd. J. Rychner et M. Schlup, Neuchâtel, 1986, p. 250, note 23). Il passait néanmoins pour être mort «pauvre».

Opinions

Elevé dans le calvinisme tempéré de l'époque de Jean Alphonse Turrettini et du grand Ostervald, B. semble lui être resté fidèle malgré sa passagère destitution, qui au demeurant n'avait rien à voir avec ses opinions personnelles : la publication en 1773 de son confrère genevois Jacob Vernes qui se plaignait d'un plagiat, non sans raison, si l'on en juge par les réponses de B. (trois lettres autographes de B. à Vernes, des 1er mars, 10 mars et 26 mai 1773 sont conservées à la B.P.U. de Genève, ms. fr. 197, ff. 27-30 et 36-36).

Activités journalistiques

Après avoir donné quelques articles au Journal helvétique de Neuchâtel, B. fut pendant dix ans le principal rédacteur du Nouveau journal helvétique qui lui succéda en septembre 1769 sur les presses de la Société typographique.

La Nouvelle bibliothèque germanique d'Amsterdam avait publié en 1757 (t. XX, p. 419-431) son précoce discours d'installation dans le rectorat du Collège de Neuchâtel, consacré aux «périodes de la langue latine» ; et en 1759 (t. XXV, p. 155-172) son «Discours sur l'histoire du Comté de Neufchâtel».

Publications diverses

L'oeuvre de B. a plusieurs facettes. Il a commencé par publier une nouvelle édition «corrigée et considérablement augmentée» du Voyage d'un François en Italie de Jérôme de Lalande, Yverdon, 1769-1770, 8 vol.– Il a fait oeuvre à la fois d'éditeur et de compilateur en dirigeant une nouvelle édition, «publiée avec des observations et augmentée de tout ce qui a été écrit de mieux [...] en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, en Italie» des Descriptions des arts et métiers, faites ou approuvées par Messieurs de l'Académie royale des sciences de Paris, Neuchâtel, Société typographique, 1771-1783, 19 vol. in-4°. Après le décès de B., l'ouvrage fut achevé par Struve le fils. Selon Jeanneret et Bonhôte, il s'agit du «plus beau monument de notre imprimerie neuchâteloise».– B. n'a publié de son cru que des ouvrages religieux, à savoir : Sermons sur divers textes de l'Écriture sainte, Neuchâtel, Société typographique, 1773, 2 vol., 2e éd. (rectifiée), ibid., 1779, 2 vol.– La Morale évangélique, ou discours sur le sermon de Jésus Christ sur la montagne, Neuchâtel, Société typographique, 1775, 7 vol.– Sermons pour les fêtes de l'église chrétienne, Yverdon, De Felice, 1776, 2 vol.

Bibliographie

Q, t. I, p. 312. – Jeanneret A. M. et Bonhote J.-H., Biographie neuchâteloise, Locle, 1863, t. I, p. 46-49. – Berthoud Ch., «les deux Bertrand», Musée neuchâtelois, 1870, VII, p. 53-64.

Auteur(s) de la notice


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