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Elie BERTRAND (1713-1797)

État civil

Elie Bertrand est né à Orbe (Suisse, canton de Vaud) le 13 mai 1713. Cadet des trois fils d'Elie l'aîné, apothicaire puis justicier et président du Consistoire de cette ville. Sa famille originaire de Toulouse s'était installée à Genève puis à Yverdon lors de la révocation de l'Edit de Nantes. Il épouse en 1744 Louise Main, d'une famille de réfugiés originaires du Gâtinais, établie à Morges. B. signe parfois Bertrand du Main (lettre de Berne, 5 juin 1762). Elle lui donne une fille en 1745 qui meurt à Orbe en 1763 et un fils, Jean Charles (1746-1779) qui étudia la théologie à Lausanne puis devint conseiller puis justicier et enfin assesseur baillival à Yverdon. Le frère de B., Jean (1708-1777) fut pasteur à Orbe et son neuveu, Jean Elie, fils de Jean, fut pasteur puis professeur de belles-lettres à Neuchâtel où il était codirecteur de la Société typographique avec son beau-père F.S. Osterwald (voir art. « Bertrand, Jean Ellie »). B. meurt à Yverdon presque aveugle et à demi-paralysé le 20 août 1797 quatre an après son épouse.

Formation

Il est d'abord mis en nourrice trois ans au moulin de Chavornay, entre en pension chez le ministre suffragant Lafoux puis chez le régent Neuville à Orbe. En 1726, il poursuit ses études à Lausanne et entre à l'Académie en 1728 pour étudier d'abord, les belles-lettres latines et grecques, la philosophie et les mathématiques puis la théologie à partir de 1731. En 1732, il s'inscrit à Genève, continue des études théologiques et suit les cours de physique, mathématiques et droit naturel. Entre 1752 et 1762, il devient membre de plusieurs académies (Berlin, Göttingen, Leipzig, Mayence, Nancy, Lyon, Stockholm, etc.) et sociétés savantes (Société de physique de Bâle, Société des arts et des sciences de Florence, Société royale de Turin, Société économique de Berne qu'il fonda en janvier 1759 et dont il fut «le secrétaire pour le département français» -lettre de Berne, 28 août 1762 -, Société royale d'agriculture de Paris, Société royale d'agriculture de Tours, etc.). Il est reçu à l'Académie de Göttingen grâce à Haller en 1754, à celle de Lyon en 1759 grâce à Voltaire.

Carrière

Devenu pasteur en mars 1740, il dessert pendant quatre ans la paroisse de Ballaigues avant d'être élu pasteur de l'église française de Berne en juin 1756 (il avait exercé la charge de second pasteur de septembre 1744 jusqu'à cette date). Il refusa de concourir pour la chaire de mathématiques et de physique expérimentale de l'université de Berne mais ne fut pas retenu bien qu'invité par l'université de Lausanne en novembre 1750 pour occuper la chaire de théologie. En mars 1765, Stanislas Auguste Poniatowski le nomme conseiller aulique et l'anoblit en 1768. La Diète l'invite à venir «[s'] établir à Varsovie [pour] être directeur de la classe de l'Académie qu'on y veut former [et] qui embrassera la philosophie, l'histoire naturelle et l'agriculture.» (lettre de B. à V.B. Tscharner, de Vienne, le 23 mars 1768, W). A partir de juin 1765, B. quitte Berne sans regret, le climat de cette ville ne lui étant plus favorable en raison de ses relations avec Voltaire et entreprend, en compagnie des comtes Mniszech, un grand tour d'Europe qui le conduit dans le sud de la France, en Franche-Comté, en Alsace puis en Allemagne du nord et à Varsovie. L'arrivée de B. s'inscrit dans la politique de modernisation de la Pologne entreprise par le roi Stanislas Auguste et quelques familles nobles dont la mère des jeunes comtes, la veuve du Grand Chambellan de Lituanie. Il repart avec eux en mai 1766, traversant l'Allemagne, gagnant l'Angleterre puis Paris où ils fréquentent les salons, et font un bref séjour à Yverdon avant de visiter l'Italie et de séjourner à Vienne. En juin 1768, ils regagnent la Pologne où B. séjourne jusqu'en octobre avant de retourner vivre définitivement en Suisse dans son domaine de Champagne.

Situation de fortune

Durant ses études à Genève puis à Leyde, il devient précepteur de plusieurs jeunes gens et la comtesse de Mniszech lui confie l'éducation de ses fils car «il leur ferait faire plus de chemin en un an qu'ils n'en pourraient faire avec d'autres en trois» (lettre de E. Vattel à la comtesse du 25 juin 1761). B. donne «des leçons d'histoire, de mathématiques, de philosophie, d'histoire naturelle à 100 £ par mois et par personne» (lettre de Berne, 6 mai 1762). Comme directeur de la classe de l'Académie de Varsovie, il reçoit une pension de 1200 ducats assortie de nombreux avantages (lettre de B. à V.B. de Tscharner, de Vienne, le 23 mars 1768, W).

Opinions

Il correspond particulièrement avec Haller (lettre de Genève, 20 juin 1763), Formey (Nachlass Formey, 1760 ; lettre de Dantzig, 9 octobre 1765), Linné, Maupertuis, F.B. de Félice et Voltaire. Avec ce dernier, une étroite correspondance s'établit entre 1754 et 1773 notamment à propos de l'affaire Calas (lettre de Berne, 17 mai 1763) et B. se rendit plusieurs fois à Ferney. Il fut mêlé bien que n'en étant pas responsable à l'expulsion de Rousseau en 1765.

Activités journalistiques

Il dirige de mars 1738 à mars 1739, le Philanthrope (D.P.1 1119) auquel il donne anonymement ses premiers textes traitant de morale chrétienne.

Recueil de mémoires concernants (sic) l'oeconomie rurale «par une Société établie à Berne en Suisse», Heidegguer, Zurich, 1760-1761 : E.B. en est le directeur, en qualité de secrétaire de la Société pour la langue française, et l'un des principaux rédacteurs (D.P.1 1169).

Mémoires et observations recueillis par la société oeconomique de Berne, Berne, 1767-1773. B. semble en avoir eu la direction jusqu’en 1766 (D.P.I 743)

B. a également collaboré au Journal helvétique (D.P.1 743).

Publications diverses

Essais moraux et philosophiques : d'après Cio 18, Essai sur l'art de former l'esprit, 1764. Essai philosophique sur le plaisir, 1777. – Les Journées de la montagne, 1777. – Le Solitaire du Mont Jura, récréation d'un philosophe, 1782.– Il a rédigé l'article «Droit canonique» du Dictionnaire philosophique. – Il participa à l'entreprise de l'Encyclopédie en rédigeant plusieurs articles d'histoire naturelle mais, à partir de 1759 il cessa toute participation malgré l'intervention de Voltaire, d'Holbach critiquant sévèrement la qualité des articles. Mais grâce à de Felice, il en rédige soixante-cinq de géologie, entomologie, botanique, morale, philosophie et théologie dans l'Encyclopédie d'Yverdon qu'il signe B.C.

Ecrits d'histoire naturelle et de physique : Mémoire sur la structure intérieure de la terre, 1752. – Essai sur les usages des montagnes avec une lettre sur le Nil, 1754. – Mémoire pour servir à l'histoire des tremblements de terre de la Suisse préparé pour l'année 1755 avec quatre sermons prononcés à cette occasion, 1756. – Dictionnaire des fossiles propres et des fossiles accidentels, 1763. – Recueil des différents traités sur l'histoire naturelle de la terre et des fossiles, 1766.

Linguistique : Recherches sur les langues anciennes et modernes de la Suisse et principalement du Pays de Vaud, 1758.

Théologie : Deux sermons sur la conspiration du major Davel contre Berne, 1749. – Confession de foi des Eglises réformées en Suisse, 1760.

Bibliographie

Haag. – Recueil des lettres écrites par Messieurs les comtes de Mniszech et Monsieur Bertrand à Madame la comtesse de Mniszech (B.M. Versailles, fonds Lebaudy). – Lettre de B.à la Société (sic) de Göttingen, Berne, 29 janvier 1755, B.V. Göttingen, Cod. ms., hist. litt. I, 116, f° 26. – Rytz H.R., Geistliche des alten Bern zwischen Merkantilismus und Physiokratie, Basel-Stuttgart, Helbing & Lichtenhahn, 1971, p. 30-57. – (W) Weidmann M., (R.H.V.) «Un pasteur naturaliste du XVIIIe siècle. Elie Bertrand (1713-1797)», Revue historique vaudoise, 1986, t. 94, p. 63-108.

Auteur(s) de la notice


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