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Claude BERNOU (1638?-1716)

État civil

Né vers 1638 à Saint-Etienne ou dans les environs, l'abbé Claude Bernou mourut à Paris le 29 juillet 1716, en son domicile de la place du Palais-Royal. Son frère, lui aussi prénommé Claude, était marchand à Saint-Etienne : en mai 1678, grâce à l'abbé, il participait à la formation d'une compagnie chargée de livrer au port de Paimboeuf des mats tirés des bois du Forez. De sa femme Gasparde Pourrat, ce frère eut une fille, Catherine Bernou, veuve de Jean Chenu, bourgeois de Lyon. Une autre nièce de l'abbé Bernou, Madeleine Thomas, épousa François Joly, lui aussi bourgeois de Lyon.

Formation

B. était diacre du diocèse de Lyon. «Monté» à Paris, il y avait fait ses études de théologie, n'omettant jamais de préciser par la suite qu'il était «bachelier en théologie de la faculté de Paris». Il connaissait parfaitement la langue portugaise.

Carrière

Protégé par Hugues de Lionne, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères (1661-1671), ainsi que par Colbert, B. parvint à se faire une situation dans les bureaux du secrétariat d'Etat à la marine. En 1674, il résidait à Paris, rue Saint-Honoré, place du Palais-Royal. Ses fonctions au département de la marine le conduisirent à s'intéresser vivement aux expéditions françaises au Canada et ailleurs dans le monde. Entre 1677 et 1683, il rédigea de nombreux mémoires pour appuyer les entreprises de Cavelier de La Salle et de ses amis, découvreurs de la Louisiane (Margry). En mars 1683, il obtint de l'envoyé du roi de Portugal en France la mission de défendre à Rome les droits de cette Couronne sur la colonie du Saint-Sacrement contre les menées espagnoles. Vivant dans la familiarité du cardinal d'Estrées, il resta trois ans dans la Ville éternelle. Las de ce séjour, il rentra à Paris ou il parvint, grâce à ses protections, à retrouver son ancienne influence dans les bureaux de Colbert de Seignelay, secrétaire d'Etat à la marine. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle, il fit figure de spécialiste des questions portugaises et espagnoles. Le 5 juin 1694, l'abbé Eusèbe Renaudot, à qui l'on avait envoyé une caisse de lettres et de papiers espagnols dont beaucoup concernaient les colonies espagnoles, écrivait à Pontchartrain, successeur de Seignelay, de bien vouloir confier les traductions à faire de l'espagnol à l'abbé Bernou «à qui on en avait déjà envoyé, et qui était plus capable que lui» (Margry). B. fut même prié de donner son avis à propos des Guyanes et de l'Amazonie (1688 et 1697-99).

Situation de fortune

La fortune de B. était des plus modestes. A sa mort, il ne possédait que quelques rentes sur l'hôtel de ville de Paris et sur les aides et gabelles. Au total, et tous frais déduits, il ne légua à ses deux nièces que 10 610 £ 6 d.

Opinions

Peu fortuné, B. était assez peu soucieux de parvenir ou maladroit à se pousser. Désirant quitter Rome, il confiait à son ami Renaudot (1er janvier 1686) : «Aussi considerant serieusement que j'ay été toute ma vie malheureux, que je suis peu propre a m'intriguer et a solliciter des graces, que j'auray bientost 48 ans complet et que je pourrois courir risque d'etre a charge a mes amis j'ay resolu de retourner a Paris, de voir si par le credit de Mr le cardinal [d'Estrées], de mon ancien patron et de mes amis je pourroy obtenir quelque chose. J'employeray a cela environ 18 mois et si dans ce temps je ne puis rien faire je suis determiné a aller manger des patates dans mon diocese». Dans l'ombre, B. se contenta toute sa vie de jouer les confidents et les rôles de second plan. Cela ne l'empêcha pas d'avoir ses entrées dans les cercles et dans les «sociétés» érudites de Paris. Ses papiers montrent une intense curiosité scientifique. Préparant un ouvrage sur les mouvements de la mer, les courants, le flux et le reflux, il accumula un grand nombre de notes, n'hésitant pas à demander des précisions complémentaires aux voyageurs et aux missionnaires qui allaient sur le terrain. Sa bibliothèque comptait 900 volumes. Malheureusement, l'inventaire en fut fait par paquets, trop rapidement, et fort peu de titres sont mentionnés. Bernou possédait de nombreux ouvrages de géographie (descriptions, voyages), d'histoire, des dictionnaires (dont celui de Richelet), quelques ouvrages jansénistes (dont le catéchisme de Montpellier), des périodiques (le Journal des Savants et 35 volumes de la Gazette). Son exécuteur testamentaire, Pierre Clairambault, généalogiste des ordres du roi, vendit la bibliothèque 500 £ ainsi que l'avait ordonné Bernou ; 250 £ furent données aux «pauvres malades et honteux» de la paroisse Saint-Germain l'Auxerrois. Clairambault garda pour lui-même 4 tableaux que possédait Bernou (portraits du roi Louis XIV, du ministre de Lionne et de deux cardinaux) ainsi que ses papiers, conservés à la B.N.

Activités journalistiques

A la fin des années 1670, la Gazette était rédigée par une poignée d'amis : le plus ancien des rédacteurs, Robinet de Saint-Jean, l'abbé Bernou, enfin l'abbé Renaudot qui y faisait ses premières armes de journaliste. L'abbé Bernou semble avoir également collaboré au Mercure galant. Il quitta la Gazette en mars 1683 pour aller à Rome. Renaudot lui avait promis qu'il la retrouverait à son retour (lettre de Bernou, 18 décembre 1685). La correspondance des deux amis montre que Renaudot, resté seul avec Robinet, était anxieux de connaître les observations que pouvait faire Bernou sur le contenu de la Gazette. Par la suite, en 1684, Renaudot se passa si bien des avis de son ami que Bernou se plaignit de ne plus en recevoir de lettres aussi souvent. Rentré en France (juin 1686), Bernou ne collabore-t-il pas de nouveau à la Gazette et au Mercure galant? Fort occupé par ses divers travaux d'érudition et par les contacts diplomatiques qu'il avait été chargé d'entretenir avec la Cour de l'ancien roi Jacques II d'Angleterre (1692-1697), l'abbé Renaudot dirigeait cependant de fort près la rédaction de la Gazette. Mais la rédigeait-il vraiment lui-même? B.ne fut-il pas chargé de ce soin? Lorsque Renaudot fit lui aussi le voyage romain (1700-1701), il demanda à ses amis Claude B. et Nicolas Thoynard de diriger la rédaction de la Gazette.

Publications diverses

B. publia en 1688 une traduction française de la Nouvelle Relation de la Chine du père jésuite portugais Magalhaens (in-4°, VI-386 p.).

Bibliographie

A.N., Affaires coloniales, C.14.64. – M.C., LXXXIII-278 (22 juil. 1716) testament de Claude Bernou ; 279 (5 sept., 12 et 26 oct., 2, 23 et 31 déc. 1716), inventaire et règlement de la succession ; 280 (9 et 20 janv. 1717) partage de la succession. – B.N., n.a.fr., vol. 7497, lettres de Claude Bernou à Eusèbe Renaudot, 1683-1686 ; Mélanges Clairambault 847, 848, 1016 et 1017, papiers de Claude Bernou. – Margry P., Mémoires et documents pour servir à l'histoire des origines françaises des pays d'outre-mer, Paris, 1879-1888, 6 vol.– «Lettre adressée de Dunkerque par Mr de Château-Guillaume commissaire de la marine, à l'abbe Bernou, rédacteur de la Gazette à Paris, le 20 août 1680», dans l'Union Faulconnier, t. X, 1907, p. 159-182. – Villien A., L'abbé Eusèbe Renaudot, essai sur sa vie et sur son oeuvre liturgique, Paris, 1904. – Feyel G., La Gazette à travers ses réimpressions en province, 1631-1752, Amsterdam, 1982.

Auteur(s) de la notice


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