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Jacques BERNARD (1658-1718)

État civil

Jacques Bernard est néé à Nyons (Bas-Dauphiné) le 1er septembre 1658. Fils de Salomon Bernard, natif de Nyons, qui a fait sa théologie à l'Académie de Genève en 1652 (témoignage le 23 octobre 1653, voir S-M, Livre du Recteur, t. II). Salomon Bernard est pasteur suffragant du pasteur Murat à Nyons du 17 mai 1656 à 1658, puis pasteur à Abriès (1660), à Dieulefit (1668 à 1675), Vinsobres (1675) et à Venterol (Bas-Dauphiné) ; voir Arnaud, Histoire des protestants du Dauphiné, vol. II, p. 374. La mère de B., Magdelaine Gallatin (ou Galatin) est issue d'une des meilleures familles de Genève (Galiffe, t. I, II, passim). Quant à la famille Bernard, elle «professait depuis longtemps le protestantisme. Dès 1567, un capitaine Bernard de Nions servait dans la principauté d'Orange» (Haag, t. II). Salomon Bernard est contraint de s'enfuir de Vinsobres en 1680 à la suite d'une affaire que lui suscitent les Récollets de Nyons et que narre Jurieu (Politique du Clergé de France, p. 66 et suiv.) : «Ces bons Pères se mirent en téte que le Ministre de Vinsobres petit village voisin de leur Convent entretenoit une intelligence secrete avec les Anglois. Ils coifferent si bien de cette imagination creuse le Procureur General du Roy dans la Province que d'abord il se declara partie. Tout le Parlement de Grenoble donna dans ce panneau». Averti à temps, Salomon B. se réfugie en Suisse ; «Après qu'on eut approfondi l'affaire on trouva que ce n'étoit rien, et ceux qui s'en étoient mêlés furent la risée du public». Toutefois Salomon B. préfère rester en exil ; il quitte Lausanne pour Gouda (Hollande) en 1686 avec son fils Jacques, et sera reçu citoyen le 10 août 1688 après avoir signé la Confession de foi du synode de Rotterdam le 12 septembre 1687 (S-M). B., établi lui aussi en Hollande, épouse en 1687 Lucrèce Cholie ou Chlaulié dont il aura trois fils et une filles (voir la notice de Jean Pierre Bernard). Il mourut le 27 avril 1718 dans sa soixantième année» (Niceron) et il fut inhumé le 2 de mai. B. avait un frère aîné qui l'accompagna à Genève pour y faire lui aussi sa rhétorique et sa philosophie, mais mourut peu après son arrivée (Le Clerc, Eloge). B. est le cousin et l'ami de Jean Le Clerc. Sa femme et ses trois enfants lui survivront ; pour son fils, Jean Pierre Bernard, voir ce nom.

Formation

B. fait «ses basses classes à Die, Academie des Reformez en Dauphiné» (Niceron). Il part pour Genève faire sa rhétorique et sa philosophie. Voici son curriculum : faculté de philosophie le 2 février 1764, thèses de physique le 29 mai 1674, témoignage (honorable) de philosophie le 12 juin 1674 ; faculté de théologie le 21 mai 1674, témoignage (honorable) de théologie le 5 juillet 1678 après huit mois d'études. Les thèses de physique (De materia et forma corporum) sont soutenues conjointement avec Jean Le Clerc (S-M) ; il fait aussi avec lui sa théologie «sous Messieurs Mestrezat, Turretin et Tronchin, Professeurs de Theologie» (Le Clerc, Eloge), étudie dans le même temps «la Langue Hébraïque, dont les principes lui furent enseignez par M. Michel Turretin, Ministre et Professeur en Hébreu» (Le Clerc, Niceron) et acquiert en cette discipline «des connaissances assez étendues» (Haag). Le Clerc précise qu'il «s'attacha à la Philosophie sous Mr Chouet» (le célèbre cartésien Robert Chouet, dont Le Clerc lui-même fut le disciple). «Il concevoit facilement ce que ses Professeurs lui enseignoient, et [...] il étoit capable de l'exprimer avec netteté et avec force. Cette clarté se faisoit surtout remarquer dans ses Propositions, où il se piquoit bien plus de la solidité des pensées, du bon ordre, et de la justesse dans les expressions, que d'une Erudition recherchée, et d'une Eloquence pompeuse» (Le Clerc). L'Histoire critique de la République des Lettres se montre plus sévère : «La Littérature, l'Antiquité, l'érudition, la Critique, étoient pour lui un Païs inconnu ; il n'avoit pas même de goût pour les Belles Lettres, ejus palatum non afficiebant. Il ne cherchoit, disoit-il, que le bon sens, un jugement droit, des connoissances utiles et solides. Un bon Dictionnaire suffisoit, à son avis, en fait de Littérature. Ce n'étoit pas là, assurément, son plus bel endroit, il faut l'avouer».

Carrière

B. est consacré et nommé pasteur à Venterol en 1679. Après la fuite de son père, il succède à ce dernier comme pasteur à Vinsobres (1680). Haag résume ainsi le récit de Le Clerc : «L'exercice ayant été interdit dans cette dernière ville et le temple démoli, Bernard, emporté par un zèle qu'on ne se sent pas le courage de blâmer, quelque illégale qu'en ait été la manifestation, réunit son troupeau sur les ruines de son église et se défendit contre les soldats qui voulurent disperser le rassemblement. Quelques-uns des assaillants furent tués. C'était plus qu'il n'en fallait pour le conduire à l'échafaud. Il se hâta en 1683 de fuir à Genève, où il apprit qu'il avait été pendu en effigie». A Genève, B. retrouve son père ; «il emporta, dit-on, les papiers de l'église protestante de Vinsobres, dont il était «gardiateur» (Brun-Durand). La liste nominative des pasteurs précise que «M. Jacques Bernard, ministre de Vinsobres, âgé de vingt-six ans, est excepté de l'amnistie pour avoir prêché dans des lieux interdits ce qui l'a obligé à sortir du royaume. Il n'est pas marié» (B.S.H.P.F., t. V). Ne se trouvant pas assez en sûreté si près de la frontière française, B. quitte Genève pour Lausanne, où son père le rejoint peu de temps après (Le Clerc, Niceron). Il y vit en donnant des leçons de philosophie et de mathématiques, car les biens familiaux ont été confisqués au profit d'un parent qui s'est fait catholique, et il y demeure jusqu'à ce que la révocation de l'Edit de Nantes lui ôte tout espoir de retrouver sa paroisse (Haag). En 1685, il gagne la Hollande «il alla à Amsterdam voir M. Le Clerc, son ancien ami, qui bientôt après le recommanda à un Conseiller de la Cour de Hollande, encore plein de vie, qui fit en sorte que Mr Bernard fût mis au nombre des Ministres Pensionnaires de la Ville de Tergow» (Le Clerc). Puis il obtient pension de la ville de Gouda ; il prêche «aussi quelque fois à La Haye » (Niceron). Même lorsqu'il exerce son activité de pasteur à Tergow ou à Gouda, B. habite La Haye, où il subvient à l'existence des siens en enseignant à la jeunesse «les belles Lettres, la Philosophie, et les premiers principes des Mathématiques». La «Vie de Mr Bernard» ajoute qu'«il eut un grand nombre d'Ecoliers, et des Ecoliers de distinction qui devinrent ensuite ses Amis et ses Protecteurs». Sur la raison de ces changements de résidence, voir Le Clerc (Eloge). «La Ville de Tergow n'étant pas propre à lui fournir un grand nombre de Disciples, il demanda, et il obtint du Magistrat la permission de se transplanter ailleurs, sans perdre la place de Ministre Pensionnaire dans leur Ville». Dans une lettre de janvier 1700 adressée à Desmaizeaux, l'on trouve cette précision : «Si vous me faites l'honneur de m'écrire, mon adresse est M. Bernard, à La Haye, dans le Yuffron Ida Straat et quand vous perdriez mon adresse, mon nom seul suffiroit. Je suis assez connu en cette ville» (coll. Ayscough, B.L.), épisode qui précise les relations du cercle de Le Clerc et du «parti orangiste» (voir art. « Cornand de La Croze »). En 1706, B. supplée Burchel de Volder, professeur de philosophie et de mathématiques à Leyde, qui a été déclaré Emérite et dispensé d'exercer sa charge. B. est nommé «Lecteur en Philosophie dans l'Académie de Leyden», mais le titre de professeur ne lui sera attribué que le 12 février 1712, lorsque la mort de Volder aura laissé la chaire vacante. Sur son activité d'enseignement, voir «Particularitez touchant M. Bernard, Professeur à Leyde», dans le Journal littéraire de l'année 1718, tome X : «Comme il est ridicule de donner à un homme des louanges outrées, par la seule raison qu'il est mort, nous avouerons ici franchement, que M. Bernard n'étoit pas de cette première classe de Mathématiciens, qui se distingue par la profondeur des recherches, et par un grand nombre d'importantes découvertes». Voir aussi l'Europe Sçavante, juillet 1718, tome IV, qui résume ce que dit Le Clerc : «M. Bernard expliquoit dans ses Collèges particuliers, la Physique de Rohault,la Logique de Port-Roial, et les six premiers Livres d'Euclide. Pour le fonds, il étoit Cartésien, quoique de tems en tems il s'écartât des Principes de ce Philosophe. En général, ses Collèges de Physique et de Mathématiques étoient moins instructifs par les choses, que par l'ordre et la clarté qui y régnoient. Il convenoit, qu'en fait de Physique, la Méthode des Philosophes Anglois étoit la plus sûre mais il ne laissoit pas de suivre assez scrupuleusement celle de Rohault. On ne consent qu'avec peine à se rétracter de ce qu'on a soûtenu depuis longtems. Il faisoit des Leçons publiques sur la Métaphysique et sur la Morale. Mais ce qui le fait le plus regreter des Etudians en Théologie, ce sont ses Leçons sur l'art de prêcher. Il y expliquait l'Orator socer de Saldenus, pour l'ordre seulement, car il le réfutoit presque partout». Après le décès de B., la chaire sera offerte à Wittichius, qu'une cabale l'accusant d'être spinoziste avait empêché d'être professeur de philosophie à Groningue. Le Clerc regrettera, après la mort de B., qu'on ne l'ait pas «honoré d'une Chaire de Théologie», car «c'étoit là le fort de son habileté». L'Europe sçavante donne des précisions sur l'apostolat de B. : «Persuadé que les Discours trop fleuris éblouïssent, plutôt qu'ils ne persuadent, il ne s'attachoit guères à polir ses Sermons. Son Stile même péchait souvent par des Expressions basses, qu'on eût à peine souffertes dans la Conversation. Mais une grande force de Raisonnement, beaucoup d'Ordre, des Explications claires et à la portée de tout le monde, une Morale fort détaillée, dédommageoient avantageusement l'Auditeur du peu de choix des Termes. Le soin qu'il avoit de s'informer de ce qui se passoit dans son Troupeau, le rendoit quelquefois incommode ; mais par là il rendait ses Exhortations plus justes et plus utiles». B. prêchait beaucoup, écrivant tous ses sermons, puis les apprenant par coeur afin qu'ils soient «plus exacts et pour le fonds des choses et pour l'expression» (Niceron).

Situation de fortune

Ayant abandonné ses biens en France, Bernard, tout au long de son exil, tirera ses ressources de pensions versées par diverses villes hollandaises, du journalisme et surtout de l'enseignement.

Opinions

Fort proche de Le Clerc, dont il sera le collaborateur, Bernard est-il plus orthodoxe que son cousin? On se reportera sur ce point aux réflexions perfides de l'Histoire critique de la République des Lettres: «A l'égard de son Orthodoxie, elle parut un peu douteuse à quelques-uns de nos Théologiens de ce Pais-ci [la Hollande] ; mais Mr Bernard eut toûjours soin de se cacher, de protester qu'il étoit bon Calviniste ; et il n'a jamais rien écrit ni publié par où l'on eût pu le convaincre du contraire. Ceux qui l'ont connu familièrement et intimement savent pourtant que sur les matières de la Grâce, etc., il étoit dans le sentiment d'Arminius. Ce que j'en dis n'est pas, au reste, pour lui en faire un crime : ce n'est point à moi, pauvre Laïque, à entrer dans ces sortes de matières, qui sont trop au dessus de ma petite capacité. Mais ce qui me semble criminel, c'est qu'il prenoit à tâche de paroître ce qu'il n'étoit pas en effet ; et, quelquefois même aux dépens de gens qui étoient du moins aussi Orthodoxes que lui, comme je pourrois vous le prouver par plus d'un exemple.»

Les amitiés et les querelles de B. sont en partie connues par les 43 lettres de la collection Ayscough ; cette correspondance est adressée à l'incommode Desmaizeaux, dont les sautes d'humeur et les initiatives fantasques n'ont pas facilité la collaboration aux périodiques que dirige J. B. Ce dernier parle sur un ton violent de Le Cène (un «insigne menteur», lettre écrite de La Haye, 3 mai 1701) et fustige «l'impudence de M. de Bauval» (lettre écrite de La Haye, 8 juil. 1701 ; il s'agit de la préface de B. de Beauval au Dictionnaire de Furetière) ; enfin il juge sévèrement Michel Le Vassor. Les relations de B. avec Desmaizeaux sont tendues, puisque celui-ci, grand ami de Bayle, est comme lui hostile aux «rationaux» (B., Le Clerc, I. Jaquelot) et farouchement opposé à Jurieu ; il est à peu près certain que Jurieu a connu les deux Bernard et leur a témoigné sa sympathie. B. prend part à la polémique qui fait rage entre Le Clerc et Bayle ; il attaque l'auteur du Dictionnaire sur deux propositions traitées dans la Continuation des Pensées sur la comète et dans les Réponses aux questions d'un provincial : 1) Le consentement des peuples à croire l'existence d'un dieu ne prouve rien. 2) Si l'athéisme n'est pas préférable au paganisme (voir les Nouvelles de la République des Lettres, janv. 1706, art. IV, p. 49, et fév. 1706, art. II, p. 153). Dans la «Vie de Mr Bayle» mise en tête de sa nouvelle édition du Dictionnaire, Desmaizeaux écrit que «Mr Bayle réfuta fort au long les observations de Mr Bernard sur le consentement général des peuples, dans le second Tome de sa Réponse aux questions d'un provincial». Il ajoute ceci : «On prétend qu'il [Bernard] en usa ainsi pour effacer les soupçons qu'on avait eu de son Orthodoxie et pour faire sa cour à Mr Jurieu». Après Le Clerc (Eloge), la «Vie de Mr Bernard» repousse avec indignation cette hypothèse. Avant que cette controverse n'envenime leurs relations, Bayle s'exprimait élogieusement à l'égard de Bernard ; voir sa lettre à Desmaizeaux, de Rotterdam, le 22 octobre 1700 : «J'entre dans les raisons de Mr Bernard, et il entre très bien dans ma pensée. Je l'aime, et je l'estime infiniment ; et je suis bien aise qu'il ait pris comme une chose sincère et ingénue (elle l'est en effet) la déclaration que j'ai eu l'honneur de lui écrire, touchant le plaisir que l'on me fait de me citer (si l'on me cite), simplement, et sans éloge. Il n'en a pas usé de la sorte ; et il m'a trop souvent loué avec excès (Lettres choisies, 1714, t. II). J. B. a été pris à partie par Cornand de La Crose (voir ce nom), et défendu par Le Clerc. L'un des protecteurs de Bernard est le comte de Wassenaer, son ancien élève, à qui il adresse l'épître dédicatoire du Traité de l'excellence de la religion.

Activités journalistiques

Bibliothèque universelle et historique, de 1691 à 1693 : Le Clerc en a confié la rédction à B. afin de se consacrer à son commentaire sur la Bible. L'on doit à B. «la plus grande partie du tome XX de ce périodique», qu'il «continua seul jusqu'au tome XXV» (Le Clerc).

Nouvelles de la République des Lettres : sur la proposition de Le Clerc, le libraire confie à B. en 1699 le soin de ranimer le célèbre périodique de Bayle. Voir les détails donnés par l'Europe savante (loco cit.) : «En 1699 il entreprit la République des Lettres, qui avoit été interrompue pendant dix ans. Il la poussa jusqu'en 1710 (décembre 1710, précise Le Clerc), mais le Libraire s'étant défait des exemplaires qui lui restoient, Mr Bernard ne put s'accommoder avec celui qui les avoit achetez. De sorte que cet Ouvrage cessa de paroître, jusqu'en 1716, que M. Bernard le reprit de nouveau. Il l'a continué jusqu'en Mars et Avril 1718, c'est-à-dire jusqu'à sa mort. Comme le Libraire espéroit de trouver quelqu'un qui pût continuer ce Journal, M. Le Clerc a bien voulu, en attendant, se charger de faire Mai et Juin. Mais le Libraire n'ayant pas trouvé ce qu'il cherchoit, on croit que cet Ouvrage n'aura point de suite» L'appréciation de la Bibliothèque universelle résume celle des contemporains : «On s'aperçut bientôt qu'il ne possédait ni l'érudition, ni l'esprit critique de son prédécesseur [à la Bibliothèque universelle et historique : Le Clerc]. Il montra bien davantage encore le peu de talent qu'il avait pour écrire, quand il osa se charger de continuer La République des Lettres». Sur cette tentative de poursuivre l'oeuvre de Bayle, voir le Journal littéraire : «Il ne lui manquoit que du tems pour y réussir ; un tel travail ne demande pas seulement un homme tout entier, mais plusieurs hommes, et M. Bernard n'y pouvoit donner que quelques heures de son loisir».

B. a en outre collaboré aux périodiques suivants :

Lettres historiques «contenant ce qui s'est passé de plus important en Europe, La Haye et Amsterdam», 1692 à 1728, 111 vol. J. B. n'y aurait écrit que de 1695 à 1698 (t. VlI à XIV, 8 vol. in-8°).

Histoire abrégée de l'Europe («que certains auteurs prétendent même être tout à fait de lui dans ses commencements, ce qui est contestable», Brun-Durand), Leyde, C. Jordan, 1686-1687, 5 vol. in-12. Voir Desmaizeaux : «C'étoit une espèce de journal qui se publioit tous les mois [...]. M. Bernard le commença au mois de juillet 1686 et le continua jusqu'au mois de décembre 1688...» (note à la lettre adressée par Bayle à Jean Rou le 10 avril 1700 de Rotterdam, dans Lettres choisies, Amsterdam, 1729, t. I). P. Marchand, dans sa propre édition des Lettres choisies de Mr Bayle, Rotterdam, 1714, donne une opinion toute différente (v. sa note sur la même lettre, t. II, p. 688) : «Il y a apparence que Mr Bayle se trompe, en attribuant ici à Mr Bernard une Histoire abrégée de l'Europe. Il y a, à la vérité, un livre sous ce titre et c'est une espèce de Gazette, qui se donnoit par Mois, de même que les Lettres Historiques, le Mercure Historique, les Nouvelles des Cours de l'Europe, etc... mais, cet Ouvrage n'est point de Mr Bernard. Il est d'un autre auteur, nommé Claude Jordan, qui l'a imprimé lui-même à Leyde, depuis le Mois de Juillet 1686, jusqu'en Décembre 1688 inclusivement. Il continue encore aujourd'hui le même Ouvrage à Bar-le-Duc, où il s'est retiré et il le fait imprimer à Verdun, chez Muguet, sous deux titres différens, l'un, de Clef du Cabinet des Princes de l'Europe, pour les exemplaires qu'il envoie dans les païs étrangers et l'autre, de Journal Historique de l'Europe, pour ceux qui se débitent en France. C'est le même auteur, qui a composé les Voiages Historiques de l'Europe, imprimez à Paris, chez Le Gras, en 8 Volumes in-12, et réimprimez depuis en Hollande».

Le Journal littéraire (ou «Litéraire»), La Haye, 1715 (pour 1713)-1736. J. B. n'a pu mettre la main qu'aux trois premières livraisons.

Publications diverses

Thèses soutenues à Genève. – Divers manuscrits ; voir Brun-Durand : «Il a laissé, en manuscrit, des Sermons, une Géographie en Latin, par demandes et réponses, une Logique en Latin et des notes critiques sur les premiers chapitres de la Genèse». – Correspondance : B.L., coll. Ayscough : 43 lettres dont de larges extraits ont été publiés dans B.S.H.P.F., t. XIX et XX. – Une édition retouchée de la traduction des Lettres latines de Monsieur de Bongars par Fine de Brianville, sous le titre de «Lettres de Jacques de Bongars, résident et ambassadeur du roi Henri IV, vers les électeurs, princes, etc. Nouvelle édition, où l'on a retouché la version en divers endroits et ajouté un grand nombre de passages, etc.», La Haye, Moetjens, 1695, 2 vol., petit in-8°. Actes et Mémoires de la négociation de la paix de Ryswick, La Haye, Van Duren, 1696, 4 vol. in-12. 2e éd. en 1725, 5 vol. in-12. Théâtre des Etats de S.A.R. le duc de Savoie, prince de Piémont,traduit du latin (de Jean Blaeu) en francois, La Haye, Ad. Moetjens, 1700, 2 vol. grand in-f°, avec 3 portraits et 140 pl. (voir Niceron). Recueil des traités de paix, de trèves, de neutralité, de suspension d'armes, de confédérations, d'alliances, etc., faits entre les empereurs, rois, républiques, etc., depuis l'an de Jésus-Christ 536 jusqu'à présent, le tout rédigé par ordre chronologique et accompagné de notes, de tables, etc., Amsterdam, Bloem, et La Haye, Moetjens, 1700, 4 vol. in-f°. (desquels B. a lui-même rendu compte dans les Nouvelles de la République des Lettres, janv. 1700) ; voir Niceron. Lettres de M. Bernard, pasteur de Leyde, sur l'Apologie de Frédéric-Auguste Gabillon, moine défroqué, Amsterdam, 1708, in-l2. – (Ed. et Annotations de B.) Euclides, Elementorum sex priores libri, «recogniti opera Christiani Melder, Lugduni Batavorum, 1711», 1 vol. in-12.Traité de la repentance tardive, Amsterdam, R. et G. Wetstein,1712, in-8° de XIX + 4 + 362 p. avec gravures. Cf. Vie de Mr Bernard : «Les Journalistes de Leipsic ayant fait un Extrait tout à fait infidelle de ce Traité de Mr Bernard, il s'en plaignit par une Lettre adressée aux Journalistes de La Haye, et imprimée dans le Journal Littéraire, tome III, art. 7, mois de Mars et d'Avril 1714».– (Praes. J.B.) Chatelain, Isaac Samuel, Disputatio philosophica de Iride, Lugduni Batavorum, 1713, in-4°. De l'Excellence de la religion, «à quoi l'on a joint quatre discours. I. Sur les vrais et les faux caractères de l'amour de Dieu. II. Sur les dispositions dans lesquelles doit être le chrétien par rapport à ses ennemis. III. Du Martyre. IV. Du Mensonge», Amsterdam, R. et G. Wetstein, 1714, 2 vol. in-12. Réédité sous le titre : Traité de l'Excellence de la Religion «avec quatre discours, Nouvelle Edition augmentée de la vie de l'auteur», Amsterdam, F. L'Honoré, 1732, 2 vol. in-12. Voir ci-dessous. «Ces deux derniers ouvrages (i.e. le Traité de la repentance tardive et De l'Excellence de la religion) sont des Sermons, que l'Auteur avoit prononcez, et qu'il a réduits en Traitez» (Niceron). – Un supplément au Dictionnaire historique de Moreri, formant avec le supplément publié à Paris, en 1714, 2 vol. in-f°., Amsterdam, 1716. voir Niceron : «M. Bernard avoit travaillé depuis quelques années à faire un Supplément au Dictionnaire de Morery des éditions de Hollande. Il avoit fait pour cela un grand amas de matériaux qui demeurèrent dans son cabinet jusqu'en 1714. Il le fit, et le tout joint ensemble a fait deux volumes in-fol. qui parurent en 1716 à Amsterdam». L'abbé F.X. de Feller, parmi d'autres critiques, s'est montré sévère : «Cet ouvrage de Bernard n'est qu'un recueil de bévues énormes [...]. M. de Saas a prouvé ces assertions par des exemples multipliés, tirés de la seule lettre A III». – Plusieurs biographes (Arnaud, D.B.F.) attribuent à Bernard l'Epistola de Tolerantia, qui est de Locke.

Bibliographie

La première biographie, et la plus sûre, de B. est l'Eloge que Le Clerc a fait de son cousin dans les Nouvelles de la République des Lettres, mai-juin 1718, p. 289-309. Cf. la préface à l'édition de 1732 (Amsterdam) du Traité de l'Excellence de la Religion, qui contient une «Vie de Mr Bernard». «C'est là [dans l'Eloge de Le Clerc] le Guide que nous avons dessein de suivre dans la Vie que nous donnons de l'illustre Mr Bernard : nous ne saurions en avoir de plus sûr ni de plus fidelle. Nous y joindrons quelques particularitez insérées dans le Tom. X du Journal littéraire pour l'année 1718, et si nous y ajoutons quelques traits de notre cru, c'est que nous en avons été instruits, ou par nous-mêmes, ou par le rapport de gens dignes de foi qui ont eu des liaisons particulières avec ce célèbre Professeur». Au Journal littéraire il convient d'ajouter L'Europe savante, t. IV, juillet 1718, p. 151-157, l'Histoire critique de la République des Lettres, t. XV, les Mémoires de Niceron t. I, p. 130, la Politique du Clergé de France de Jurieu, la «Vie de Mr Bernard», B.S.H.P.F., t. V, XIX et XX. La quasi-totalité des notices biographiques (Chaufepié, Moreri, Aubert, Lenglet-Dufresnoy, Lelong, Le Bas, Quérard, Haag-Bordier, B.un., N.B.G., D.B.F., etc.) utilisent les «Vies » parues après la mort de B. dans les périodiques cités. Par ailleurs des renseignements utiles se trouvent dans : Arnaud E., Bibliographie huguenote du Dauphiné pendant les trois derniers siècles, Grenoble, 1894. – Id., Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, Paris, 1875, t. II. – Bayle P., Lettres choisies de Mr Bayle, Rotterdam, 1714, 3 vol. – Id., Lettres de M. Bayle publiées sur les originaux, avec des remarques, par M. Des Maizeaux, Amsterdam, aux dépens de la compagnie, 1729, 3 vol. in-12. – Bibliographie du Dauphiné, t. I, p. 125. – Brun-Durand J., Dictionnaire biographique et biblio-iconographique de la Drôme, Grenoble, 1900, t. I. – Conlon P.M., Prélude au siècle des Lumières en France, Paris-Genève, 1970, t. I. – Desmaizeaux P., «Vie de Mr Bayle » placée en tête de la 5e éd. du Dictionnaire de Bayle. – Feller F.X. de, Dictionnaire historique ou Histoire abrégée des hommes qui se sont fait un nom par le génie, les talens, les vertus, les erreurs, etc., 2e éd., Liège et Augsbourg, 1790, t. Il. – Galiffe J.A., Notices généalogiques sur les familles genevoises, Genève, 1829-1836, t. Il. – Haag, La France protestante, t. II, p. 370. – Stelling-Michaud S., Le Livre du Recteur de l'académie de Genève (1559-1878), Genève-Paris, t. II. – Waddington F., Mémoires inédits et opuscules de Jean Rou, publiés pour la Société de l'Histoire du Protestantisme français, Paris, 1857, t. II.

Additif

Activités journalistiques: Dans la Clef du Cabinet des Princes (février 1715, p. 136-137), Claude Jordan affirme n’avoir été que l’éditeur de la revue et en attribue la rédaction à Jacques Bernard. Jordan répond ici explicitement à Prosper Marchand, lequel réagissait à l’identification de l’auteur proposée par Pierre Bayle : « si Prosper eut consulté Mr. Bernard plein de vie et dans son Voisinage, il n’auroit pas desavoué, que cette Histoire abrégée de l’Europe fut un de ses premiers amusemens, après son arrivée en Hollande. » Cette succession d’attributions est narrée dans l’Histoire de Mr. Bayle et de ses ouvrages. Nouvelle Édition, Amsterdam, Jacques Desbordes, 1716, p. 274-276. (Marion Brétéché)

Auteur(s) de la notice


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