058

Françoise BENOIST (1724-1789 ca)

État civil

Françoise Albine Puzin de La Martinière naquit, semble-t-il, en 1724, à Lyon. Elle épousa le dessinateur Benoist, ou Benoît (Mme Rolland), mais il est difficile de dire s'il s'agit de Simon Clément, qui fut reçu en 1762 à l'Académie de Saint-Luc, ou d'un de ses nombreux homonymes. Du moins, il est impossible de la confondre, comme on l'a pourtant fait parfois, avec Marie Guillemine Leroux-Delaville, peintre, disciple de Mme Vigée-Lebrun, puis de David, qui, avant d'épouser, en 1793, Pierre Vincent Benoist, inspira à Demoustier ses Lettres à Emilie sur la mythologie. Elle serait morte, à Lyon, en 1789 (B.N.C.) ou vers 1809 (B.Un., D.B.F.)

Formation

D'après le Dictionnaire historique des Françaises, qui paraît se référer à un texte d'elle, «elle ne dut point ses talents à de longues études, mais seulement à la nature». Mme Rolland ajoute qu'à Rome «elle avait mérité l'association à l'Académie des Arcades».

Carrière

Bachaumont, qui, dans l'ensemble, est beaucoup moins féroce qu'on ne s'y serait attendu pour «cette virtuose littéraire», jugeait que dans son premier roman «tout ressent[ait] le ton de la bonne compagnie» (t. II, 280). Mais, avec son «air ouvertement voluptueux», Mme Benoist révéla à la jeune Manon Phlipon une «nuance de galanterie» qu'elle n'avait pas encore observée chez les «prêtresses du plaisir». Celle-ci rappelle le «dégoût » et la «mélancolie» qui la saisirent vers seize ans en entendant louer «la sage», «la chaste Benoist», dont elle résume la situation autour de 1770 : après avoir accompagné son mari à Rome, «veuve nouvellement, encore en deuil», elle s'était «fixée à Paris» (vers 1765), «elle y faisait des vers et des romans, quelquefois sans les écrire, donnait à jouer, et voyait des femmes de qualité, qui payaient, en présents d'argent ou de chiffons, le plaisir d'avoir à leur table une femme bel esprit».

Opinions

D'après Mme Rolland, avec «des beaux esprits des beaux sexes», comme Mlle de Morville et Sylvain Maréchal, elle fréquentait, rue Neuve Saint-Eustache, les jeudis musicaux de Mme Lépine, où se produisaient le chevalier de Saint-George, «Jarnovick, Duport, Guérin». Mme Benoist a exprimé dans son Journal la forme très modérée de féminisme qu'était le sien : «Pourvu que l'Etat ni leurs maris n'y souffrent point, qu'elles donnent des citoyens à la patrie, je crois qu'elles peuvent se livrer à la gloire de donner des enfants à la République des Lettres».

Activités journalistiques

Journal en forme de lettres, mêlé de critiques et d'anecdotes par Mme B***, s.l., 1757, 83 p., in-8°. Il ne semble pas que ce «journal» ait été périodique.

En 1761, Mme de B. collaborait au Journal des dames (D.P.1 697) ; elle est mentionnée à ce titre par La Louptière (N. Gelbart, Feminine and opposition journalisme in Old Regime France Le Journal des Dames, U. of California Press, 1987, p. 77).

Publications diverses

Mes Principes, ou la Vertu raisonnée par Mme B***, Amsterdam, et se trouve à Paris, Cuissart, 1759-1760, 2 t. en un vol. in-12.– Elisabeth, roman par Mme ***, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1766, 4 t. en 2 vol. in-12.– Céliane, ou les Amans séduits par leurs vertus, par l'auteur d'Elisabeth, Amsterdam, et se trouve à Paris, Lacombe, 1766, in-12.– Lettres du colonel Talbert, par Mme***, auteur d'Elisabeth, Amsterdam, et se trouve à Paris, Durand, 1767, 4 vol. in-12 (autre édition en 1767, sous le titre de La Vertu persécutée, ou Lettres du colonel Talbert).– Agathe et Isidore, par Madame Benoist, Amsterdam, et se trouve à Paris, Durand, 1768, 2 vol. in-16 (rééd. en 1769, à La Haye et Francfort, sous le titre Les Avantures du beau cordonnier, ou les Amours d'Isidore, né marquis de ***).– Le Triomphe de la probité, comédie en deux actes et en prose, imitée de L'Avocat, comédie de Goldoni, par Madame Benoist, Paris, Le Jay, 1768, in-8°.– La Supercherie réciproque, comédie en un acte et en prose par Mme Benoist, Amsterdam, et se trouve à Paris, Durand, 1768, in-8°.– Sophronie, ou Leçon prétendue d'une mère à sa fille par Madame Benoist, Londres, et se trouve à Paris, veuve Duchesne, 1769, in-8°.– L'Erreur des désirs, par Mme Benoist, Paris, veuve Regnard et Dessonville, 1770, 2 vol. in-12. Folie de la prudence humaine, Amsterdam et Paris, 1771, in-12. Les Erreurs d'une jolie femme, ou l'Aspasie française, par Mme Benoist, Bruxelles, et se trouve à Paris, veuve Duchesne, 1781, in-12 (rééd., ibid., 1782, in-12).– Lettres sur le désir de plaire, suivies de Ce que c'est que l'occasion, «conte moral par l'auteur des Erreurs d'une jolie femme», s.l., 1786, in-8°.

Bibliographie

B.Un. ; B.N.C., t. II, p. 351 ; D.B.F. M.S., t. II, 280 (3 janv. 1766) ; t. III, 49 (30 juil. 1766) et 309 (26 fév. 1768) ; XIX, 3-4 (6 juil. 1768). – Breghot du Lut et Péricaud aîné Biographie lyonnaise.- Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire, Paris, Techener et Lyon, Gilberton et Brun, 1839, p. 32. – Tortalist R. et Béraldi H., Les Graveurs du dix-huitième siècle, Paris, Damascène Morgand et Charles Fatout, t. I, 1re partie, 1880, p.158-159. – Bénézit E., Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Paris, Grund, 1966, t. I. – Briquet F., Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique des Françaises, Paris, Treuttel et Wurtz, et à Strasbourg, an XII (1804). Mémoires particuliers de Mme Rolland, éd. M. F. Barrière, Paris, F. Didot, 1863, p. 124-125.

Auteur(s) de la notice


Ce dictionnaire est mis à disposition du public avec l'aimable autorisation de la Voltaire Foundation

Site mis en ligne par le IHRIM UMR 5317 et l'ISH USR 3385 - Mentions légales - Remerciements - Contacts - Se connecter - Créér un compte

IHRIM   ISH