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Jean Jacques BEL (1693-1738)

État civil

Né à Bordeaux le 20 mars 1693, Jean Jacques Bel était le fils aîné de Jacques Bel, receveur des tailles de l'élection de Cahors, et d'Antoinette de Gaufreteau (Courteault, A.M. Bordeaux, 667), qui appartenait à une vieille famille parlementaire de Guyenne. Son père devint trésorier de France et garde-scel en la généralité de Bordeaux le 3 août 1693 (Courteault, A. D. Gironde, C 3853) ; il eut quatre enfants de sa première femme qui mourut en 1696, et il se remaria le 22 avril 1697 avec Marie Thérèse de Boucaud, qui lui donna six enfants. Après la mort de son père, B. fut désigné le 12 mars 1731 comme curateur des deux derniers. Il mourut célibataire, à Paris, le 15 août 1738 (Goujet, B.N., n.a.fr. 1011, f° 59 ; acte d'inhumation du 16 août cité par Gergères, p. 249).

Formation

Envoyé en 1703 au Collège des Oratoriens de Juilly où il eut pour condisciple Montesquieu, son aîné de quatre ans, il fut «rappelé au sein de sa famille en 1711» (Moreri). D'abord avocat (Moreri), il acquit, le 5 avril 1720, la charge de Conseiller au Parlement de Bordeaux (Courteault, A.D. Gironde, I B 42, f° 80).

Carrière

Attaché à la Chambre des Enquêtes en 1724, à La Tournelle en 1726, il fut surtout chargé de missions par le Parlement : procédure criminelle à Mortagne (Moreri), défense de la juridiction du Parlement contre la Cour des Aides en 1728 ; à cette occasion, il se signala par un mémoire adressé au Premier Président au sujet d'un projet de nouveau bâtiment des jurats, présenté par l'intendant Boucher (A.N., G 7, 155 ; Archives historiques de la Gironde, t. XLVIII, p. 193-333) ; ayant outrepassé ses fonctions, il fut désavoué par le Parlement (lettres de Boucher du 21 janvier 1729, du 8 avril et de juill.1729, A.N., G 7, 155) ; mais revenu à Bordeaux, il fut aussitôt chargé d'obtenir l'abolition d'un arrêt du Conseil d'Etat qui soustrayait les jurats à la juridiction du Parlement. Il avait songé à fonder une société rivale de l'Académie de Bordeaux, et de 1713 à 1719, il réunit chaque mardi des amis dans la maison paternelle. Il fut élu à l'Académie le 11 juin 1736, y prononça, le 14 novembre, un discours sur les progrès des sciences, des belles-lettres et des arts (lettre de Sarrau à Crousaz, 17 nov. 1736, B.U. Lausanne, fonds Crousaz XI, p. 321). Directeur de l'Académie en 1737, il y présente un mémoire sur le mouvement des muscles et un projet d'histoire naturelle de la province (B.V. Bordeaux, registres de l'Académie, 1699).

Ayant succédé à son père comme trésorier de France et garde-scel en 1731, il résigna sa charge de Conseiller le 7 juin 1737 (Courteault, A.D. Gironde, I B 43, f° 156-159) et repartit à Paris où il tomba malade et mourut «en moins de huit jours» (Goujet à Bouhier, 11 sept. 1738, ms.fr. 244111, f° 317).

Situation de fortune

Il avait hérité d'un important patrimoine. Le 28 août 1736, il légua à l'Académie de Bordeaux son hôtel des allées de Tourny, deux autres maisons et ses livres pour la fondation d'une bibliothèque, avec versement d'une pension mensuelle de 800 francs pour un bibliothécaire, à charge de tenir la bibliothèque ouverte au public trois fois par semaine (testament cité par Céleste, p. 9).

Opinions

B., qui se dit disciple de Malebranche, est déjà un homme des lumières. Rationaliste dans les sciences comme dans la critique littéraire, il se fonde toujours sur des «principes sûrs» ; l'emploi de ce mot et la pratique d'une ironie glacée pourraient servir à authentifier certaines de ses pages. Montesquieu, qui fut son ami (Correspondance, t. I, p. 177-178, 208-209, 284-290), lui soumit son Dialogue de Sylla et d'Eucrate après avoir tenu compte de ses remarques pour l'Histoire véritable (éd. crit. par R. Caillois, Giard, 1948). Il fut l'ami de Desmolets (lettre à Bouhier, 17 août 1738, B.N., n.a.fr. 1212, f° 78), de Goujet (lettre à Bouhier, 11 sept. 1738, n.a.fr. 2441, f. 317), de l'abbé Conti et de Rémond de Saint-Mard. Il correspondit avec J.B. Rousseau (lettre du 18 juil. 1731, Courteault). «Il s'était acquis de la réputation dans la fameuse dispute sur la préférence des anciens et des modernes» (B.U. Lausanne, fonds Crousaz, paquet 7, cahier e, f° II, lettre de Sarrau). Il combattit violemment les «néologues» ; La Motte lui répondit dans son deuxième «Discours sur la Tragédie» ; mais lors de la parution du Dictionnaire néologique, il commença à s'en prendre à Desfontaines (Bibliothèque française, t. VII, juil.-août 1726, p. 257, 274, 323 ; t. VIII, sept.-oct. 1726, p. 21, 28-33, 145-150 ; t. IX, 1re part., 1727, p. 150-151). Il est très hostile aux Jésuites et méprise les contestations qui règnent dans l'Eglise (B.F., t. VI, janv.-fév. 1726, préf.).

Activités journalistiques

Bibliothèque française ou «Histoire littéraire de la France» (B.F.), Amsterdam, J.F. Bernard, in-12. B. a peut-être composé la 2e partie du t. IV de 1724 ; il prend le journal en main à la fin de 1725 (t. VI, janv.-fév. 1726), et rédige la quasi-totalité des articles dont l'attribution à d'autres auteurs n'est pas évidente. Il cesse partiellement sa collaboration à la fin du printemps 1727 (t. IX, 2e partie n'est pas de lui) et définitivement à partir de l'été 1728, avant la parution de la 2e partie du t. XlI ; mais des nouvelles envoyées par lui de Paris et datées du 1er février 1729 figurent à la fin de ce volume. Après son départ, l’abbé de Saint-Pierre et Rémond de Saint-Mard contribuent à sauver le journal, qui continue de paraître chez J.F. Bernard jusqu'à la fin de 1729. Principaux critères d'attribution à B. : l'attitude du rédacteur à son égard, éloge de ce «critique exquis» (t. VII, 319 ; t. VIII, 135 ; t. IX, 27 ; t. XI,19 et suiv. ; voir aussi la «Lettre à M. Bel», t. X, 2e part., 226-233) ; les relations avec Desfontaines (t. VII, 257-280 ; t. IX, 1re part., 146-151) ; l'importance, la date et la place des comptes rendus consacrés à l'Académie de Bordeaux, à Montesquieu (t. VI, 237-242 ; t. VI, 47-66), aux faits bordelais (t. VIII, 151-160) ; l'unité d'inspiration et de ton, en conformité avec les principes exposés dans les deux préfaces ; le jeu de renvoi entre les articles et les nouvelles littéraires.

B. publie également quelques articles dans les journaux de Desmolets et de Granet : dans les Nouvelles littéraires du 15 février 1724, p. 132-137, nouvelles littéraires de Bordeaux (séance de l'Académie du 19 nov. 1723 et présentation anticipée de l'Apologie de M. de La Motte, approuvée seulement le 24 fév. 1724 ; f.fr. 21955, f° 23).

Dans la Continuation des Mémoires : «Lettre de ... sur l'extrait de l'Apologie de M. de la Motte» (t. lII, 2e part., p. 447-485) ; «Dissertation où l'on examine le système de l'abbé Dubos», précédée d'une lettre d'envoi du 25 avril 1726 (t. III, 1re part., p. 3-42) ; trois «Lettres à M. de... contenant quelques observations sur la tragédie de Mariamne..» (ibid., p. 43-75), reprises et augmentées à partir de la B.F. (t. VII. juil.-août, mai-juin 1726). Recueil de pièces d'histoire et de littérature, t. II, p. 229-235 : «Réponse de M.B... Conseiller au Parlement de Bordeaux, à une lettre que M. Durand lui a écrite...», 15 mars 1730.

Publications diverses

Mémoires sur les droits du Parlement de Bordeaux.–- Apologie de Monsieur Houdar de la Motte, Paris, veuve Moreau, 1724, in-12.– Première séance des états calotins, «contenant l'oraison funèbre de Torsac», Paris, 1724, in-4 ; repris dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, 1752, t. ll, p. 91 et suiv.– Dictionnaire néologique à l'usage des beaux-esprits du siècle, avec l'Eloge historique de Pantalon-Phoebus. Par un avocat de province, s.l., 1726, in-12. B. en est l'auteur selon Desmolets (lettre à Bouhier, 17 août 1738, n.a.fr. 1212, f° 74) ; Goujet précise : «La première idée du Dictionnaire néologique fut remplie par M.J.J. Bel [...]. Il abandonna ensuite ce qu'il avait fait au sieur P.F. Guyot des Fontaines qui a mis cet ouvrage dans l'état où il a paru, et y a fait les additions qu'on lit dans la troisième édition» (cité par Barbier ; la 3e éd. est celle de 1728). L'auteur de la Bibliothèque française est plus précis encore (t. Vl, 2e part. 145-150 ; t. lX, 1re part., p. 150-151) : Desfontaines a repris le projet de B., publié les deux premières éditions, composé l'Eloge historique de Pantalon-Phoebus, puis la Relation de ce qui s'est passé au sujet de la réception de Messire Christophe Mathanasius à l'Académie française ; B., lui, a rédigé les rectifications et les augmentations de la 3e édition, annoncée par lui dès mai 1727 (B.F., t. lX, p. 152) ; la Préface de la «nouvelle édition» est de Desfontaines. B. comble les lacunes qu'il avait regrettées et s'attaque aux Pères Catrou et Le Jay, au médecin Héquet, à l'Indigent philosophe, à Pons, à Nadal. Lettre d'un rat calotin à Citron Barbet au sujet de l'Histoire des chats, «à Ratopolis», 1727. Elle a été publiée dans la B.F. (t. X, 1re part., p. 27-43).– «Lettre à M... dans laquelle on fait l'apologie de M. de la Motte», deux brochures in-8° de 30 et 40 p. annoncées par les Nouvelles littéraires du 1-5 février 1724 (p. 135-136). Ces textes, ainsi que plusieurs manuscrits, laissés par B. à sa mort, n'ont pas été retrouvés. On lui a attribué le Nouveau Tarquin, comédie allégorique en trois actes, Amsterdam, Desbordes, 1732, in-8°.

Bibliographie

Court P., Le Conseiller au Parlement de Bordeaux Jean-Jacques Bel, Bordeaux, Taffard, 1936.– Gergères, Histoire et description de la bibliothèque publique de la ville de Bordeaux, Paris, Derache, 1864.– Céleste R., Histoire de la bibliothèque de la ville de Bordeaux, Bordeaux, Gounouilhou, 1892.– Barbier A., Catalogue raisonné des livres de la bibliothèque del'abbé Goujet, s.l.n.d. (1803), extraits du Magasin encyclopédique, 8e année (1803), t. V, notice sur B.– Dupont P., Un poète philosophique au commencement du XVIIle siècle, Houdar de la Motte, Hachette, 1898.– Shackleton R., Montesquieu, a critical biography, Oxford, 1961.

Auteur(s) de la notice


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