BAULACRE

Décès

1761

Naissance

1670

Numéro

044

Prénom

Léonard

Léonard Baulacre, né à Genève le 18 octobre (v.s.) 1670 est le second fils de Renée Burlamaqui et de Nicolas B. dont le père avait, selon Jacques Vernet (V), quitté Tours au début du XVIIe siècle. Nicolas B., marchand de soie (S.-M.) devenu bourgeois de la ville en 1654, était entré au Grand Conseil à partir de 1658. En 1688, Léonard perdit son père qui s'était marié deux fois et avait laissé deux filles de son premier mariage et trois fils du second. L'aîné, officier au service de la France – sous le commandement de François Henry de Montmorency-Bouteville, duc de Luxembourg – tomba dans la fleur de l'âge à la bataille de Fleurus en 1690. Le cadet se maria en 1711 et vécut avec son épouse dans le même logement que Léonard. Dans le même immeuble se trouvait aussi le logis de M. Jalabert, professeur de physique expérimentale de l'Académie de Genève qui travaillait sur l'électricité (B. à Marchand, n° 30, s.l.n.d.). Resté célibataire, B. bénissait Dieu de l'avoir exempté de douleur jusque dans ses vieux jours, car même à 85 ans, il n'était affligé que de l'affaiblissement des organes de la vue et de l'ouïe (N.F., B. à Formey, f° 57 v°. [1755] ?). Il mourut d'ailleurs sans souffrance le 20 avril 1761 à l'âge de 90 ans et 8 mois. Il fut inhumé dans le cimetière de Bossey et laissa pour héritiers une nièce restée célibataire qui lui fut dévouée jusqu'à son dernier soupir et un neveu Jacques, capitaine de garnison qui avait épousé Marthe Auriol le 21 septembre 1749 (S. M.). Bene, diu beatèque vixit, telle est l'épitaphe que Vernet dédia à B. dans son Eloge pour caractériser le sage bibliothécaire féru de lettres qui s'était tant brillamment illustré dans les journaux de son temps. La plupart des compositions de B. sont datées de Genève et sont même parfois signées «B.B.» qui sont les initiales de «Baulacre, bibliothécaire».

2. Formation

B. fit ses études au collège de Genève. Il s'inscrit à l'Académie de cette ville en faculté de lettres en 1685 puis en faculté de théologie en 1689 (S.-M.). Il ne fut consacré au saint ministère qu'en 1699. Son nom est mentionné sous celui de Jean Lullin à la date du 4 novembre 1712 dans la liste des étudiants inscrits à l'université de Leyde (A.S.). Agréable en compagnie et d'un caractère très sociable, B. n'eut aucune peine à être apprécié par les diverses sociétés savantes ou littéraires de Genève dont il était membre (M).

3. Carrière

Admis à la compagnie des Pasteurs en 1704 pour son dévouement, il était également associé à la Société de Gens de Lettres dont la tâche fut de préparer la version française du Nouveau Testament publiée en 1726. Le 16 septembre 1712, le Petit Conseil autorisait B. à prendre congé pour se rendre en Hollande et en Angleterre avec Jean Lullin. Séjournant un peu plus d'un an à Leyde, B. put s'entretenir souvent avec divers savants et notamment avec Guillaume Jacob's Gravesande. Quelques excursions dans d'autres villes lui permirent de rencontrer Jacques Basnage, Jacques Saurin, Jean Le Clerc et Jean La Placette. L'annonce du couronnement du roi George Ier avait décidé les voyageurs à passer en Angleterre en juillet 1714. A Londres, B. rencontra un grand nombre de réfugiés huguenots tels que Jacques Abbadie, Pierre Des Maizeaux et Pierre Coste, mais aussi de grands prélats anglais tels que le célèbre Gilbert Burnet, évêque de Salisbury, ou le fameux Hoadley, évêque de Bangor (cf. Bibliothèque raisonnée, t. XXXVIII, part. 2, art. 9, p. 134-135). B. dut son introduction auprès de l'évêque de Salisbury à Jean Masson qui avait été le gouverneur des fils de cet évêque (B. à Marchand, 1er mars 1753 ; cf. Bibliothèque britannique, t. XXIII, p. 438). La santé de son jeune compagnon de voyage s'étant subitement aggravée, B. se chargea de le conduire vers un climat plus favorable. Ils arrivèrent à Paris en février 1715. Tout en espérant un rétablissement prompt du malade, B. profita de son séjour parisien pour rencontrer Fontenelle, les pères Malebranche et Le Brun ainsi que les abbés Bignon et Fraguier. Mais, bientôt la maladie emporta Jean Lullin et B. dut rentrer seul à Genève en mai 1715. Sans ambition particulière, ce ne fut qu'à l'âge de 58 ans qu'on le nomma, le 3 décembre 1728, pour servir la bibliothèque publique de Genève. B. honora sa charge pendant plus de 27 ans et décida de suspendre ses fonctions le 20 février 1756. Le Petit Conseil accepta sa démission le 28 février (M.).

4. Situation de fortune

Médiocrement fortuné, B. n'avait hérité avec son frère que d'une propriété familiale située à Landecy tout près de Genève. Son poste de bibliothécaire lui permettait uniquement de disposer d'un logement de fonction qu'il occupa avec son frère et sa belle soeur. Lorsqu'il démissionna à l'âge de 85 ans, le Petit Conseil lui accorda une pension viagère annuelle de 500 florins, laquelle équivalait à l'avantage du logement qu'il devait abandonner.

5. Opinions

Protestant, B. publia la plupart de ses compositions dans de nombreux journaux de langue française fondés par des hommes du refuge. Ses attaques contre les dogmes et les pratiques de l'église romaine n'y sont pas rares. Nombre de ses lettres adressées à des hommes de lettres ont été conservées. Ainsi, trouve-t-on à la Bibliothèque universitaire de Leyde (March. 2) 36 lettres que le bibliothécaire de Genève adressa à Prosper Marchand, dont vingt-trois sont datées entre le 15 mars 1741 et le 1er mars 1751. Cette correspondance confirme l'authenticité de la liste des articles publiée par Vernet - lequel la tenait, affirme-t-il d'ailleurs, du journaliste lui-même (V, p. 17) - puisque B. fait état d'une dizaine de ses articles sur la quarantaine qu'il inséra dans la Bibliothèque raisonnée. Les lettres de B. adressées à Jean Henry Samuel Formey conservées à la Deutsche Staatsbibliothek de Berlin (N.F. : Nachlass Formey, 18 lettres datant du 15 avril 1743 au 1er sept. 1754) ainsi qu'en Pologne à la Bibliothèque Jagellonska de Cracovie (V.E. : Varnhagen van Ensesche Sammlung, V, 26, trois lettres de B. à Formay, de Genève ; 1751, 2 mars 1751 et 259 sept. 1754 (cf. Stern L., Die Varnhagen von Ensesche Sammlung in der Königlichen Bibliotek zu Berlin[présentement à Cracovie], [Berlin], 1911). Cette correspondance avec le secrétaire de l'Académie des sciences de Berlin concerne la Bibliothèque Germanique, et la Bibliothèque impartiale. Trois lettres adressées à Jean Pierre de Crousaz par B. sont conservées à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne (fonds de Crousaz, ms. IS 2024, XII, p. 189, 193 et 197). Paul Nordmann mentionne une lettre de B. à Gabriel Seigneux de Correvon datant de 1742, laquelle est conservée à la Bibliothèque publique et universitaire de Genève. B. est en correspondance avec Abraham Ruchat et l'on a ainsi encore quatre copies de ses lettres (S.R.). On trouve aussi cinq lettres de B. dans Budé (une de Landecy du 7 avr. 1698, une de Leyde du 24 nov. 1713 et trois de Londres du 27 sept. 1714 au 6 déc. 1714). La Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne conserve quatre copies de lettres de B. au professeur Abraham Ruchat du 25 juin 1745 (MSS.h.h. XVI 62, p. 52-61), du 13 juillet 1745 (p. 62-67), du 30 septembre 1745 (p. 77-82), du 25 septembre 1749 (p. 83-87). M. P. Monnier nous a signalé l'existence de deux lettres autographes de B. à Ami Lullin du 17 juin 1722 et du 16 août 1722 (Ms. Lullin 4, f° 1-14) et de deux manuscrits : le premier est intitulé «Fantaisie sur la médaille frappée en l'honneur de Louis Lefort [frappéee en juillet 1734 par Jean Dassier]» (ms. fr. 854, n° 29), et le second : «Fragment autographe d'un journal de voyage de Léonard Baulacre à Paris, 1715» (Ms. Suppl. 1564). On trouve encore dans cette bibliothèque un «Catalogue des livres de feu Spectable Baulacre. XVIIIe siècle» (Ms. Suppl. 489). Enfin, B. confia à Prosper Marchand qu'il entretenait «une petite correspondance» avec les journalistes de Trévoux (BUL, March. 2, B. à March., 7 mars 1743, f° 3, r°.).

6. Activités journalistiques

La première liste des articles que Léonard B. inséra dans les journaux, a été publié par Vernet (V) et non pas par Jean Sénebier, comme nous l'avions cru (L.). Sénebier avait pris soin de publier cette liste mais il avait négligé de signaler d'où il la tenait. Etablie par B. lui-même, la liste indique sa collaboration à la Bibliothèque raisonnée mais aussi à la Bibliothèque britannique comme il le confirma lui-même pour cette dernière à P. Marchand dans sa lettre datant du 15 fév. 1748. B. lui apprenait là qu'il avait lu dans la table générale de ce journal qu'on lui attribuait cinq dissertations (1747, table, p. 67-68). Il confiait en outre à Marchand qu'«on en a oublié à peu près autant dont on a pas su que j'étois l'auteur». Les diverses listes publiées jusqu'alors permettent d'attribuer à B. les neuf articles suivants de la Bibliothèque britannique : t. XXI (1743), p. 105, «Remarques sur la résurrection de Lazare, Jean XI» ; ibid., p. 378, un éloge historique de Jacques Antoine Arlaud, Peintre Genevois ; t. XXII (1743), p. 123, «Lettre sur la conduite de Pilate à l'égard de J.C.» ; t. XXIII (1744), p. 118, «quelques particularités curieuses sur Mr. [Richard] Pocock, auteur d'un Voiage en Egipte...» ; ibid., p. 125, «Explication de Deutér., XXIX, 29» ; ibid., p. 305, «Réflexions sur la trahison de Judas» ; ibid., p. 416, défense de Gilbert Burnet contre les Mémoires de Trévoux ; t. XXIV (1744), p. 98, «Dissertation sur le genre de mort de Judas» ; ibid., p. 163, «Explication de la déclaration de J.C., Math. V. 20 : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes...».

Trois dissertations de la plume du bibliothécaire de Genève sont insérées dans le Journal littéraire d'Allemagne, de Suisse et du Nord (t. I, p. 105, «Explication de quelques passages sur la Grâce» ; ibid., p. 277 et t. II, p. 247, «Lettre sur la plainte de Jésus Christ sur la Croix», Math. XXVI, v. 46).

B. rédigea neuf articles pour la Bibliothèque germanique, une trentaine dans la Nouvelle Bibliothèque germanique, et neuf pour la Bibliothèque impartiale dont huit sont mentionnés par Sénebier et un autre par Mallet.

On trouve quelques-unes de ses productions dans le Journal de Trévoux, (janvier 1742, art. 7 ; nov. 1742, art. 82 ; avril 1743, art. 29 et sept. 1743, art. 66) ; dans la Bibliothèque françoise (t. XXVIII, «Sur le Camp de Galba», ibid., «Sur la quatrième Eglogue de Virgile» et t. XLI, «Sur Amédée VIII, Duc de Savois») et enfin une cinquantaine de contributions dans le Journal helvétique. Pour son édition des Oeuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre, Edouard Mallet a consulté les différents périodiques dans lesquels B. avait fait insérer ses articles. Il a ainsi pu constater, en le notant respectivement sous chaque titre d'article où cette particularité se manifeste, qu'une bonne vingtaine de contributions non mentionnées par Vernet et Sénebier sous la rubrique du Journal helvétique de leur liste, avaient été publiées dans ce Journal avant de l'être dans les journaux étrangers de langue française.

La moitié environ des compositions de B. concerne l'Écriture sainte et divers sujets de piété. Les autres contributions, plus variées, se rapportent à la littérature, à la bibliographie, à l'histoire ecclésiastique, à l'histoire de Genève, à la naissance de l'imprimerie et, ce qui est encore rare dans la presse périodique de l'époque, à l'art pictural dans un article (Journal helvétique, août 1752) consacré à «un tableau de Rubens».

La critique de B. «est vive et pleine de traits», on le suit «sans fatigue» et l'on peut même se surprendre avec un sourire aux lèvres en parcourant ses sujets même les plus arides (M., p. XXVIII).

7. Publications diverses

Outre sa collaboration à la version française du N.T. publié en 1726, toute l'activité littéraire de B. s'est concentrée sur ses contributions aux divers périodiques de langues françaises principalement publiés en Suisse ou en Hollande. Un bon nombre de ses dissertations ont été rassemblées par Edouard Mallet et furent publiées à Genève en 1857 (M.).

8. Bibliographie

(A.S.) Album studiosorum academiae Lugduno Batavae 1575-1875, La Haye, Nijhoff. 1875, t. II, col. 828. – Bibliothèque britannique, ou histoire des ouvrages des sçavans de la Grande-Bretagne, 1747, t. XXV, table, p. 67-68. – Budé E. de (éd.), Lettres inédites adressées de 1686 à 1737 à J.A. Turrettin, Paris, Genève, 1887. – Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savans de l'Europe, Amsterdam, chez les Wetsteins & Smith, (1728-1753), 50 vol. et 2 vol. de tables des matières. – Engel C. E., Jean François de Boissy (1704-1754), un réfugié français du XVIIIe siècle d'après sa correspondance, Neuchâtel, 1941, p. 98. – (L) Lagarrigue B.P.L., «La correspondance inédite de Charles Pacius de La Motte (1667?-1751) : source remarquable pour l'histoire du livre et du journalisme de la première moitié du XVIIIe siècle» in LIAS, t. XVII, n° 2, 1990, p. 147-162. – (M) Mallet E., Oeuvres historiques et littéraires de Léonard Baulacre, Ancien Bibliothécaire de la République de Genève, Genève, 1857, deux tomes (avec un portrait). La notice donnée p. XI-XLV est signée «Th. H. ». – Nordmann P., Gabriel Seigneux de Correvon, ein schweizerischer kosmopolit, 1695-1775, Firenze, 1947, p. 140. – Sénebier J., Histoire littéraire de Genève..., Genève, Chez Barde, Manget & Compagnie, 1786, t. III, p. 35-47.– (S.-M.) Stelling-Michaud, Le Livre du Recteur de l'Académie de Genève (1559-1878), Genève, 1966, t. II, p. 143.– (S.R.) Santschi, C. & Roth Ch., Catalogue des manuscrits d'Abraham Ruchat, (Etudes et documents pour servir à l'histoire de l'université de Lausanne, 8e fascicule) Lausanne, 1971, p. 135. – (V) [Vernet, Jacob], «Eloge Historique de Mr. Leonard Baulacre, Ministre & Bibliothécaire Genève» in Bibliothèque des sciences & beaux arts, 1763, t. XIX, p. 1-30.