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Jacques BARBEU DU BOURG (1709-1779)

État civil

Jacques Barbeu du Bourg (ou Dubourg) est né à Mayenne le 12 février 1709 et fut baptisé le même jour en l'église Saint-Martin. Son père, Claude Barbeu du Bourg, sieur des Cheminées, marchand toilier de Mayenne, était né en 1655 de Mathurin Barbeu, sieur du Bourg, avocat en Parlement, et de Jacqueline Triguel ; sa mère, Françoise Gournay, était fille de Simon, sieur de Fougerolles et de Marie Leudière. Jacques Barbeu du Bourg aurait eu deux frères ecclésiastiques (selon Vicq d'Azyr) et une soeur, qui eut pour fils Jean Lair de Lamotte, secrétaire de Franklin. Il épousa Françoise Blanche Béranger, qui mourut en 1777 ; il ne semble pas qu'ils aient eu d'enfants. B. mourut de fièvre maligne le 12 ou 13 février 1779 : son neveu, Jean Lair, signale, le 13 décembre 1779, que son oncle vient de mourir à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (A.N., Z2 3627). B. a utilisé souvent des pseudonymes : Zoïlomastix, Boniface Diastille, Abraham Mansword, Samuel Jones, etc.

Formation

Il acheva sa philosophie dès l'âge de quinze ans (Delaunay) et envisagea une carrière ecclésiastique ; il apprit les langues classiques et l'hébreu, le droit et les mathématiques. Vers 1735, il a renoncé au sacerdoce, s'est inscrit à la Faculté de Droit et est employé comme précepteur chez les Matignon (B.N., T18 121-239) ; c'est là qu'il fait la connaissance de Bolingbroke. Il entreprend ensuite des études de médecine à l'Université de Paris, soutient sa thèse cardinale le 27 avril 1747, sa troisième thèse le 8 février 1748, est intronisé docteur régent le 18 décembre. Il a été membre associé de la Société Royale des Sciences de Montpellier, de l'Académie des Sciences de Stockholm, de la Société Royale de Médecine de Londres et fut élu, en janvier 1771, membre de la Société Philosophique de Philadelphie (Delaunay, p. 67) ; il fut élu associé ordinaire de la Société Royale de Médecine de Paris le 18 mai 1779.

Carrière

Il s'installe comme médecin à Paris d'abord rue de l'Eperon (1748), puis rue Saint-Dominique, rue Saint-Benoît (1753), rue des Rosiers (1755), rue du Cimetière Saint-André (1758), rue Copeau, faubourg Saint-Victor (1762 ou 1763) et enfin à Saint-Germain-des-Prés (A .R. 1780, p. 455). Il enseigna à la Faculté de Médecine : la pharmacie vers 1752-1753 (page de titre de sa Chronographie), la chirurgie en 1758 (A .R. de 1759, p. 342) puis en 1769 (Delaunay, p. 49). En 1762 il était devenu médecin-régent de la Faculté de Médecine (Gazette de médecine, 1762, t. IV, p. 294). A la fin de sa vie, il ne soigne plus que les pauvres et ses amis, parmi lesquels Diderot et Thérèse Levasseur.

Situation de fortune

L'inventaire après décès (A.N., Z2 3627) montre que, s'il avait modestement débuté comme précepteur, il est parvenu à mener une vie relativement confortable. En même temps qu'un médecin, professeur, journaliste, c'était un homme d'affaires qui empruntait et prêtait d'importantes sommes d'argent (cf. lettre de Mme Diderot à sa fille Angélique du 26 juin 1773, fonds Vandeul, Chaumont, II E 8, 26). Dès 1761, il était en correspondance avec Franklin, puis avec Deane et Lee. Le 31 mai 1776, il crée une société avec différents commerçants pour le commerce avec les Insurgents. En 1777, il fonde une autre société à laquelle participe Hugues Tarraval, peintre du Roi, et s'engage à fournir une somme de trois cent mille livres (M.C. 827, n° 9). Il est en rapport d'affaires avec le banquier Grand pour équiper 1300 soldats (M.C. 827, n° 10). Il a des correspondants à Rouen et à Bordeaux, et, tout comme Beaumarchais, il affrète un navire, la «Reine Blanche», qui quitte La Rochelle le 13 août 1777, et sera capturé par les Anglais en avril 1778. Sans se décourager, en septembre 1778, Dubourg fonde une nouvelle société dont le capital sera employé «en une pacotille de drogues de médecine pour les Etats-Unis d'Amérique à frais et bénéfices communs» (A.N. Z2 3627). Les oppositions à la levée des scellés après sa mort montrent qu'il laissait quelques dettes qui ont sans doute été compensées par la vente de sa bibliothèque (Journal de Paris, n° 102, 11 avril 1780, Aldridge, p. 361), sans que l'on puisse affirmer qu'il ait été ruiné par les affaires d'Amérique. Il avait, dans les années 70, entrepris de coûteuses expériences sur les fours à poulets et sur l'influence de la composition des sols sur les grains ; P. Delaunay ajoute que, sur la page de titre de l'exemplaire de la Lettre d'un médecin de la Faculté de Paris à un de ses confrères au sujet de la Société Royale de Médecine (février 1779), conservé à la B.N., un lecteur de l'époque a écrit : «par M. Barbeu du Bourg, qui ensuite s'est fait sociétaire, ayant perdu sa femme, sa tête et son argent» (p. 81). B. qui figurait alors dans la liste des «banquiers pour les traites et remises de place en place» demanda à être rayé de la liste des «docteurs-régents» dans le courant de 1777 (Almanach royal de 1778, p. 511).

Opinions

B. fut un pamphlétaire malicieux et mordant qui s'illustra par de nombreuses polémiques. Dès 1743, dans sa Lettre d'un garçon barbier, il demandait l'accès à la maîtrise ès-arts pour les professions paramédicales. A partir de 1754, il s'éleva contre les interventions intempestives des chirurgiens et contre la saignée ; il publia deux Lettres d'un médecin à une dame au sujet d'une expérience de chirurgie faite à l'Hôpital de la Charité (1754), la Lettre d'un garçon chirurgien... (1757), la Lettre à M. Ch. doyen de la Faculté de Médecine... (juil. 1765) et fit publier un avis signalant qu'il continuait de soigner «les fluxions de poitrine et autres maladies inflammatoires sans la saignée» (B.N., T18 121-239). Il soutint la légitimité des naissances tardives dans ses Recherches sur la durée de la grossesse et le terme de l'accouchement et couvrit de sarcasmes Astruc, Louis et Bouvart (C.L., éd. Tourneux, t. VIII, p. 405). A partir de 1768, il prit nettement parti pour les inoculationistes, donna deux Mémoires à consulter pour M. Jacques Barbeu du Bourg et consorts (M.S., 4 et 7 août, 18 sept. 1768 : t. XIX, p. 11 ; IV, p. 75 et 107-109) suivis en 1769 de l'Opinion d'un médecin de la Faculté de Paris sur l'inoculation de la petite vérole. Enfin, après avoir participé avec ardeur à la rénovation de la Faculté de Médecine face à la concurrence de la Société Royale, il tenta dans sa Lettre d'un médecin de Paris de réconcilier les deux corps ; son entrée à la Société Royale passa pour une trahison (M.S., t. XIV, p. 315).

Il collabora à l'Encyclopédie à partir du t. III en 1753 (J. Proust, L'Encyclopédie, 1965, p. 86 ; H. Zeiler, Les Collaborateurs médicaux de l'Encyclopédie, Paris, 1934 ; M. Laignel-Lavastine, «Les médecins collaborateurs de l'Encyclopédie», Revue d'histoire des sciences, juil .-déc. 1951). Il fut un grand ami de Franklin avec qui il entretint une correspondance dès 1767 (voir les Oeuvres de M. Franklin, Quillau, 1773 et la Correspondance inédite et secrète du docteur Franklin..., Paris, 1817, t. I ; P. Delaunay, p. 63-67). Enfin il fut le rival de Beaumarchais auprès des envoyés du Congrès américain, rivalité diplomatique mais aussi commerciale (v. & 4).

Activités journalistiques

Du 1er avril 1761 au 19 janvier 1763, B. rédigea la Gazette de médecine, y compris le tome de 1762-1763 qui porte le titre de Gazette d'Epidaure. Ce journal eut assez de succès pour être contrefait à l'étranger dès juillet 1761 et pour amener Dumoncheau, médecin de l'Hôpital militaire à signer «Barbeu du B.» ses Anecdotes de médecine (M.S., 25 mai 1762 ; Delaunay, p. 34). B. a publié dans le Journal de médecine (t. XIV, janv. 1762, p. 46 et suiv.) son Examen des eaux de Briquebec, dans le Mercure de France de décembre 1768, son «Code de l'humanité, ou Loix immuables qui servent de base aux devoirs, aux droits et au bonheur de l'homme». Il collabora aux Ephémérides du Citoyen par ses traductions du London Chronicle (1767-1769) ou de prétendues traductions de la Pensylvania Chronicle (1771), qui n'existent pas dans l'original (Aldridge). Sous le pseudonyme de Samuel Jones, il collabora au Journal anglais (15 nov., 30 nov., 30 déc. 1775). En 1774, il avait tenté de créer le premier journal franco-américain, Le Correspondant de Philadelphie, mais n'obtint pas l'approbation.

Publications diverses

Cior 18, n° 9433-9451. Y ajouter les Eléments de médecine en forme d'aphorismes, 1780, in-12 de 104 p. (trad. all., Strasbourg, 1783) ; en retirer les Anecdotes de médecine de Du Monchau.

Bibliographie

B.Un., D.B.F.- M.S., C.L.Diderot, Correspondance, éd. Roth-Varloot). – A.N., Z2 3627 et M.C., 827. – Angot A., Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, Goupil, 1903, p. 155-156.Delaunay P., «Vieux médecins mayennais, Barbeu du Bourg», dans le Bulletin de la commission historique et archéologique de la Mayenne, 2e série, t. XIX, 1903, p. 15-89 ; cette étude cite à plusieurs reprises l'«Eloge de M. Dubourg» publié par Vicq d'Azyr dans les Eloges historiques, t. II, Paris, 1805, p. 181-186. – Aldridge A.O., «Barbeu du Bourg» dans The American Philosophical Society proceedings, Philadelphie, 1951, p. 331-392.

Auteur(s) de la notice


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