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Alexandre BACHER (1740-1807)

État civil

Alexandre André Philippe Frédéric Bacher (Dezeimeris ; Bayle et de Thillaye) appartenait à une «longue suite de médecins qui se sont distingués dans l'exercice de leur profession». Plusieurs Bacher ont été médecins ou chirurgiens, à Hegenheim, puis à Blotzheim, à Roderen ou à Thann, dans la seconde moitié du XVIIe siècle et la première moitié du XVIIIe. Il était le fils aîné de Georges Frédéric, né à Blotzheim-Neuweg le 26 novembre 1709 (Joseph Schmidlin, Geschichte von Dorf und Bann Blotzheim, St. Louis, 1906, p. 430, cité par C. Oberreiner), et de Marie Françoise Sibylle Fritz, née à Thann en 1717, fille de Jacques André, licencié en l'un et l'autre droit, avocat, secrétaire greffier, et de Françoise Heisch. Né à Thann où son père venait de s'établir après avoir été médecin à Blotzheim, le 6 avril 1740, il fut tenu sur les fonts baptismaux par Alexandre Dominique Eusèbe de Schwilgué, officier au Royal Bavière, et Sibylle de Kesselring, épouse de François Christophe Antoine de Clebsattel, co-seigneur de Cernay (Oberreinerr, Journal de Thann, 25 janv. 1929). Il eut trois frères : Thiébaud Jacques Justin, né le 17 juin 1748 ; François Edouard, né le 20 novembre 1750 ; Tiburce, né le 14 avril 1752 ; et une soeur, Régine, née le 6 septembre 1753. Thiébaud, mort baron d'Empire en novembre 1813, accomplit une importante carrière diplomatique : attaché d'ambassade à Soleure en 1777, il fut chargé, en 1793, comme agent de la République à Bâle, de traiter de l'échange entre Madame, fille de Louis XVI, contre les commissaires de la Convention livrés aux Autrichiens par Dumouriez, travailla à la paix de Bâle, devint chargé d'affaire à Ratisbonne et remplit différentes missions en Italie et en Allemagne. Marie Françoise et Georges Frédéric Bacher moururent à Thann, l'une le 3 avril 1754, l'autre le 16 fructidor de l'an VIII - 5 septembre 1798 (Oberreiner, Journal de Thann, 20 mai 1932, et Joseph Baumann). B. mourut lui-même à Paris le 19 octobre 1807.

Formation

B.a probablement suivi les cours de l'Ecole latine de Thann, tenue par les franciscains, comme son frère Thiébaud. Dezeimeris assure qu'il «commença de très bonne heure, et sous les yeux de son père, l'étude de la médecine», qu'il «alla la continuer dans la faculté de Besançon, où il fut reçu docteur en 1764» (on ne peut en trouver la confirmation dans les registres, en raison des lacunes qu'ils comportent). «Il vint ensuite à Paris, se mit sur les bancs de la faculté de cette ville, et prit le titre de docteur-régent en 1772». Il figure effectivement pour la première fois sur la liste des docteurs-régents de l'Université de Paris dans l' A.R. de 1773 (p. 356).

Carrière

B.se fixa à Paris pour exercer la médecine. En 1772 il demeurait Vieille rue du Temple, «vis-à-vis » ou «à côté de la rue du Roi de Sicile» (A.R. 1773,1774, etc.), ou «près de la rue Sainte Croix » (A.R. 1780, p. 457). Avant 1785, il s'installa «rue d'Anjou, au Marais» (A.R. 1785, p. 479, 1786, 1787, 1788, etc.).

Situation de fortune

Au moins dans sa jeunesse, B.disposa, semble-t-il, d'appréciables sources de revenus, car son père avait inventé des pilules «toniques», à base d'ellébore noir, de myrrhe et de chardon béni, qu'il appliquait particulièrement au traitement de l'hydropisie, et, d'après Dezeimeris, la publication de leur formule (Recueil des observations faites dans les hôpitaux militaires, 1772) valut à B. une pension de 4000 £ au moment où il commença d'exercer.

Opinions

La violence des polémiques auxquelles il se livra étonna le public. Il prit à partie le censeur Carrère qui venait de faire paraître sa Bibliothèque littéraire, historique et critique de la médecine ancienne et moderne (1777) ; le célèbre Bouvart qu'il accusa d'être responsable de la mort de l'archevêque de Paris, pour avoir prescrit un traitement contraire à celui qu'il avait préconisé, et qui le fit censurer par la faculté de médecine (1782) ; M. de Lassone, premier médecin du roi et de Marie-Antoinette ; enfin la Société Royale de Médecine, qu'il accusait de ne servir «que des intérêts particuliers» (D.B.F.). Il «embrassa les principes de la révolution» avec «exaltation» (B.C.) et vers 1793 se lança dans des recherches philosophiques dont l'immensité et la hardiesse ont effrayé ses premiers biographes. Sa façon d'aborder «la machine sociale» et ses «systèmes philanthropiques» pourraient le faire considérer comme un précurseur de Fourier. Pour attirer l'attention sur ses projets, il fit précéder ses Opinions écartées par l'évidence d'une «Adresse aux Français» (1798), puis «au Corps législatif» (1799), mais jamais il ne put professer oralement son Cours de droit public, dont les trois derniers tomes, s'il faut en croire la B.N.C., ne furent même jamais mis en vente.

Activités journalistiques

A partir d'octobre 1776 B.assura la rédaction du Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, en collaboration avec Du Mangin, autre régent de la faculté de médecine de Paris, qui demeurait au Cul de Sac Sourdis, rue des Fossés Saint-Germain. En dehors de ses lettres à M. Bouvart (t. LVII), les principaux articles qu'il y a fournis, d'après la Table publiée en 1788 par Le Roux des Tillets, portent sur «le magnétisme animal» (t. LXII) et sur «les habitudes dangereuses et maladies obscures» (t. LXV). A partir de 1791 (t. LXXXVII), il continua seul la publication du Journal de médecine, jusqu'au moment où elle fut interrompue, au tome XCIV (août 1793). D'après A.M. Lautour, il chercha vainement à la reprendre en 1796.

Publications diverses

Recherches sur les maladies chroniques, particulièrement sur les hydropisies et sur les moyens de les guérir, Paris, 1776 (B. a probablement contribué à cette publication, couronnement de celles de son père).– Extrait du Journal de médecine [...] du mois d'avril 1777. Réponse de M. Bacher [...] à M. Carrère, s.l.n.d. Lettre [et Seconde lettre] de M. Bacher à M. Bouvart. Extrait du Journal de médecine de janvier [et février] 1782, s.l.n.d. – Lettre à M. de Lassone, s.l.n.d. Les Opinions écartées par l'évidence, ou Cours de droit public selon les principes sur lesquels se fonde le respect motivé des propriétés personnelles territoriales et mobiliaires, Paris, rue du Bac, 610, an V. Instituts religieux, ou Cours de droit public [...], vol. Premier [Premier-Second cahier], Paris,an Vl-an VlII, 2 vol.– Cours de droit public, t. I, Paris, Desenne, an IX (quatre autres tomes suivirent, jusqu'à l'an XI, publiés par «Mme Huzard»).– De la médecine considérée politiquement, Paris, Mme Huzard, an Xl.– Il rédigea un Mémoire sur l'enseignement de la médecine, dans lequel il expose notamment ses conceptions journalistiques.

Bibliographie

8. B.N.C., B.U.C. ; B.Un., D.B.F. – Dezeimeris, Ollivier (d'Angers) et Raige-Delorme, Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne [...], Paris, Béchet jeune, et Bruxelles, 1828, t. I, 1re partie, p. 221-222. – Bayle A.L.J.et Thillaye, Biographie médicale par ordre chronologique [...], Adolphe Delahays, 1855, t. II, Paris, p. 373. – Oberreiner C., «Figures thannoises, les Bacher», Journal de Thann, 24 et 25 janvier 1929 ; id., «Marc-Henri Bacher, chirurgien à Roderen au XVIIIe siècle», ibid., 20 mai 1932. –Hascher M. et H., et Vetter T., «De la médecine praticienne à la pharmacologie clinique au XVIIIe siècle, les pilules toniques de Bacher», dans Mélanges Anichkov, Institut de médecine expérimentale de Léningrad.

Auteur(s) de la notice


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