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François AUBER DE LA CHESNAYE DESBOIS (1699-1784)

État civil

François Alexandre Auber (ou Aubert) de La Chesnaye des Bois , est né à Ernée (Mayenne) le 17 juin 1699 de Pierre de La Chesnaye-Auber, receveur des traites et d'Anne Richer. «Il était ondoyé le même jour et reçut les cérémonies du baptême quelque temps après, nommé par François Gasselinais, receveur des tailles, et Dlle Anne Moussi, dame de la Robinère» (Angot, p. 95). Les parents étaient étrangers au pays où les avait appelés une fonction fiscale. Il ne semble pas avoir été d'ascendance noble. Il &pousa la demoiselle Piquenot de La Croix. Il est mort à Paris le 29 novembre 1784. Comme capucin il s'appelait le père Athanase d'Avranches puis, hors du couvent, M. de Saint-Marc.

Formation

Il vint à Caen pour y perfectionner ses études. Réduit à la pauvreté par la mort du père et la situation précaire de sa famille, il se laissa entraîner par «les séductions d'un enchanteur» (d'Estrée, p. 469) à prononcer des voeux dans l'Ordre des Capucins.

Carrière

On le déplaça plusieurs fois. D'abord la vie monacale lui plut, car il pouvait s'y adonner aux travaux littéraires. Il se fit des amis au cloître aussi bien que dans la société des gens du monde. Mais son esprit d'indifférence passa pour révolte contre la religion. On voulut l'enfermer et il s'évada du couvent d'Evreux. Dix ans se passèrent. Il se maria et eut des enfants. Dénoncé, il fut arrêté sur ordre de Boyer, archevêque de Paris et mis à Saint-Lazare, où il passa une année. Il s'efforçait d'apitoyer les autorités sur son sort et celui de sa femme. Celle-ci le secondait. Il continua ses travaux d'écrivain à Saint-Lazare. Boyer voulait le renvoyer à Evreux, mais on obtint du ministre Maurepas son exil à l'étranger, sous condition de séparation d'avec sa femme, qu'il devait désormais appeler «ma soeur» et qui devait rester à Paris. Il s'installa donc à Amsterdam et y continua la vie difficile d'homme de lettres sans ressources. La séparation des deux époux ne fut probablement pas définitive. Ils durent se rejoindre (ibid., p. 523) «car l'administration commençait à fermer les yeux sur des unions réprouvées par l'Eglise comme illégitimes et criminelles» (ibid.). Il mourut dans la misère à l'hôpital à Paris, âgé de 85 ans.

Situation de fortune

Après son évasion du couvent, il dut vivre de ses activités littéraires. Il devait produire sans relâche ; la qualité de sa production s'en ressentit. Il cultivait un genre fort à la mode alors, la «réponse», ou les «suppléments» à tel ouvrage d'auteur en vogue. Il devait aussi «louer, blâmer, réfuter, confirmer, argumenter et conclure avec la même solidité d'allures et... la même légèreté de main» (ibid., p. 466). De tous les compilateurs du XVIIIe siècle, il est celui qui publia le plus de dictionnaires. Comme journaliste il adressait d'Amsterdam tous les lundis des feuilles périodiques, Les Lettres hollandaises, d'abord à Feydeau de Merville, ensuite à Berryer, lieutenants de police à Paris. A ces imprimés il ajoutait des nouvelles écrites à la main. En retour le lieutenant devait verser une rémunération à la «soeur». Mais Berryer ne tenait nullement à les recevoir et marchandait sur le prix et par parcimonie ne payait qu'une somme minime à la dame. Aussi l'existence d’A. en Hollande fut-elle des plus précaires.

Opinions

A. avait rompu ses voeux de moine ; il garda la rancune d'un moine défroqué contre son couvent (ibid., p. 467), ce qui se manifeste dans ses écrits. Il ne s'attaqua jamais à la religion elle-même. Ses querelles avec les autorités ecclésiastiques s'expliquent par son désir de quitter les ordres. Ses lettres aux lieutenants de police témoignent de sa détresse à Amsterdam. Ce sont des suppliques, aussi bien que celles de sa femme. Les réponses avec le marchandage sur le prix, montrent la dureté de la police.

Activités journalistiques

Lettres hollandaises ou les Moeurs, les Usages et les Coutumes des Hollandais comparés avec ceux de leurs voisins, 2 janvier 1747 - 12 juin 1747. Hebdomadaire du lundi. Il est possible que ce journal ait continué jusqu'à la fin de l'année (D.P.1 827). Elles ne manquent pas d'une certaine originalité : loin de l'esprit de dénigrement de la presse française en Hollande, elles étaient favorables au parti français, versant même dans le chauvinisme et les effusions patriotiques, dont l'auteur espérait tirer profit auprès de la police. C'est un tableau de la Hollande : savants, sciences, arts, éducation, imprimerie, moeurs. Celles-ci sont comparées à celles d'autres peuples d'Europe. L'auteur possède le sentiment du pittoresque, la «vision assez nette de la rue, de ses mouvements tumultueux et de ses agitations contradictoires» (ibid., p. 516). Elles valent surtout par l'éloge de «la tolérance, les moeurs naturelles, l'urbanisme, le luxe» (D.P.1 827). Une ingénieuse fiction permettait en outre à l'auteur de correspondre librement avec sa femme sous des noms supposés.

Publications diverses

Lettres à Mme la comtesse de D*** pour servir de supplément à l'Amusement philosophique sur les bêtes [du père Bougeant], s.l., 1739, in 12. – Traduction de Pamela, Londres, 1742, in 12. – Lettres amusantes et critiques sur les romans en général, Paris, 1743, in 12. – Dictionnaire militaire, Lausanne, 1743, in 8°. – Supplément au Dictionnaire militaire, Paris, 1746, in 12. – Le Dictionnaire militaire portatif, Paris, 1758, in 12. – Lettres à M. le marquis de *** sur la Mérope de M. de Voltaire, s.l., 1743, in 8°. – Le Parfait Cocher, Paris, 1747, in 12. – Puis d'autres dictionnaires : des aliments, Paris, 1759, in 12 ; d'agriculture et de jardinage, Paris, 1751, in 4° ; des animaux, Paris, 1758-1759, in 4° ; domestique, Paris, 1762, in 8° ; historique, Paris, 1767, in 8° ; et surtout le Dictionnaire généalogique, chronologique et historique, Paris, 1757-1765, in 8°, et ses suites, le Dictionnaire de la Noblesse, Paris, 1770-1786, in 4°, ouvrages qui ont survécu à leur auteur et lui ont fait une certaine réputation. Ce dictionnaire connut plusieurs éditions dont la dernière date de 1863-1876, in 4°. Voir Cior 18, n° 8688-8714.

Bibliographie

D'Estrée P., «Un autre abbé Prévost» in Bulletin du Bibliophile, Paris, 1897. – Angot A., Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Mayenne, 1962.

Auteur(s) de la notice


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