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Jean Louis ARAIGNON (1720-1792)

État civil

Jean Louis Araignon est né le 27 juillet 1720 à Paris ; il fut baptisé le lendemain en l'Eglise Saint-Paul. Il était le fils de Noël Araignon, «bourgeois de Paris», et de Marie Simon (A.V.P., état Civil). Noël Araignon, né vers 1690, arrivé à Paris vers 1705, marié en 1715, était domestique du financier Paris-Duverney. C'est ce qui ressort de son interrogatoire par la police (25 janvier 1727), qui le soupçonne d'avoir fait baisser le cours des actions de la Compagnie des Indes (Ars., ms 10983, f° 294, f° 303). En 1756, la minute de son testament le qualifie d'«ancien valet de chambre de la Reine» (A.V.P., DC6 249, f° 18, DC6 239, f° 31 ; et A.N., Y 247, f° 68-69). Dans le contrat de mariage de son fils, il apparaît comme étant «écuyer» (M.C., LXCI, 602). Araignon avait une soeur, Jeanne Marie, mariée à Etienne Nelze, Caissier de la Compagnie des Indes (A.V.P., DC6 239, f° 31 v., et 263, f° 29).

A. s'est marié deux fois : avec Marie Agathe Gimier (M.C., LXVI, 602 et A.N., Y 420, f° 167), puis avec Marie Marguerite Malaruë qui lui survécut en 1792 (M.C., XXXI, 339). Araignon n'a pas eu d'enfant : il laisse comme proche parent un neveu, Jean Baptiste Araignon, «propriétaire» à Coueilles, Haute-Garonne (ibid.).

A. est mort le 25 avril 1792 à Paris, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois (A.V.P., état civil).

Carrière

A. était avocat au Parlement de Paris. Tout l'indique : la page de titre du Vrai Philosofe et du Siège de Beauvais, Des Essarts (t. I, p. 61), La Porte (t. IV, p. 387), Mouhy (t. II, p. 7). Mais son nom ne figure pas dans le Registre matricule des Avocats au Parlement de Paris 1706-1751 (A.N., X1A 9327), ni dans la liste établie par Fournel en 1813. Il n'a sans doute pas exercé régulièrement sa profession ou même effectué ses «quatre années d'épreuves» (Règlement de 1751, cité par Fournel, t. II, p. 488).

A. a fait un voyage en Allemagne en février 1765 (Epître dédicatoire du Siège de Beauvais, p. 4), et semble y être retourné en 1767, précisément à Francfort et à Leipzig, pour la traduction allemande du Vrai Philosofe. De plus, il a résidé à Rocroy en 1778 (M.C., XCII, 798).

Situation de fortune

Au début de sa carrière, la situation financière d'A. n'est guère enviable. Le testament de son père prévoit notamment un legs de 3000 £ à son oncle, Jean, tandis que lui doit se contenter de l'usufruit, qui «ne sera saisissable par ses créanciers ny cessible d'avance, le destinant pour ses nourriture et entretien». S'il contrevient à cette disposition testamentaire, Noël Araignon fera de sa fille, Jeanne Marie, sa légataire universelle (A.V.P., DC6 239, f° 31 v., et A.N., Y 247, f° 68-69). Auparavant, par un acte de septembre 1755, A. avait investi 4303 £ qui rapportent 331 £ de rentes viagères sur la Ville de Paris (M.C., CXVI, 380).

Son contrat de mariage avec M.A. Gimier (7 juil. 1769) précise mieux encore quelle est sa fortune personnelle : A. apporte 2000 £ en vêtements, bijoux et meubles, les 331 £ de rente viagère, dont on vient de parler, 275 £ de rente sur la Compagnie des Indes, enfin les biens meubles et immeubles de son père. De son côté, M.A. Gimier ne fournit guère au foyer que 600 £ de vêtements et d'«effets divers», mais A. fait à sa femme un douaire de 12000 £ (M.C., LXVI, 602 et A.N., 7420, f° 167». Une quittance du 7 février 1778 signale aussi que des fondés de pouvoir d'A., résidant alors à Rocroy, rachètent, pour 10 000 £, ses 500 £ de rente sur les Etats de Bourgogne, constituée en octobre 1770 (M.C., XCII, 798). A. possédait donc une fortune immobilisée assez importante, mais les revenus de cette fortune étaient médiocres.

Opinions

Dans le Siège de Beauvais, A. développe a la fois des idées royalistes et patriotiques : il écrit lui-même qu'on y trouve «partout [...] les sentiments Patriotiques les plus grands, liés de concert avec l'étonnant pouvoir d'un amour extrême pour son Roi» (Ep. dédicatoire, p. 4). Le Vrai Philosofe tient du «drame» par son parti-pris édifiant et pathétique (IV, 5) et A. entend y montrer «la plus pure vertu triompher après mille revers, de l'envie, de la calomnie» (Ep. dédicatoire, p. 4). De plus, A. y défend et illustre des notions comme le sens de l'honneur (II, 2), le mariage «fondé sur l'estime et l'amour mutuel» (III, 9), la famille (II, 12 ; IV, 15).

Activités journalistiques

C'est dans une lettre à Malesherbes, rédigée vers 1760, qu'A. sollicite un «Privilège exclusif» pour un périodique intitulé Le Courier des Spectacles (C.S.) ; il devait paraître tous les quinze jours. Le C.S., prenant pour «seuls objets» la Comédie-Francaise, la Comédie-ltalienne et l'Opéra-Comique, aurait eu un rôle informatif et critique : A. demande en effet qu' «il lui soit permis de dire librement sa pensée sur toutes les pièces tant anciennes que nouvelles, qui auront été jouées ou chantées pendant ledit intervalle, et d'y joindre des réflexions critiques et mesurées sur le mérite et les défauts de jeu ou de chant des comédiens, chanteurs et danseurs [...]». Ainsi, le C.S. aurait pu exercer un contrôle de la qualité de l'ensemble de la production parisienne, être «utile à tous les artistes de chaque genre», en ayant «soin de ranimer l'Emulation de ceux qui se négligeront, et d'encourager les talents naissants» (B.N., f.fr. 22134, f° 364). A. n'a pu faire paraître, semble-t-il, aucun numéro du C.S.

Publications diverses

Liste des ouvrages d'A. : Contes philosophiques, proposés par souscription, 1770.– Epître au plus illustre de mes aïeux, 1780.– Epître au Roi à l'égard des réformes de sa maison, s.d. – La Noce interrompue, repr. au Théâtre de Nicolet en 1768.– Le Prix d'amour, parodie, repr. au Théâtre Italien, le 27 septembre 1756. Parodie de la troisième entrée des Talens lyriques de Gauthier de Mondorge ; en collaboration avec Pierre Clément, de Genève ; resté manuscrit.– Ramir, comédie héroïque en quatre actes, en vers, tirée de l'italien [...]. Représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi, le lundi 31 janvier 1757. Paris, 1757 ; en collaboration avec Mailhol.– Le Siège de Beauvais, ou Jeanne Laisné, tragédie en cinq actes, Paris, 1766 –Le Vrai Philosofe, comédie en cinq actes en prose, Paris, 1767 ; traduction allemande sous le titre Der Wahre Philosoph, Frankfurt et Leipzig, J.B. Garbe, 1767 ; in-8°, 152 p.

Bibliographie

C.L. ; F.L. 1769 ; Desessarts ; B.Un. N.B.G. ; D.L.F.– A.M. Beauvais, II, 42 (correspondance d'A. et des Magistrats de Beauvais à propos du Siège de Beauvais, notamment trois lettres d'A. des 4 oct. et 16 déc. 1765, et du 10 mars 1766, détruites en 1940, mais citées par E. Charvet dans Recherches, 1881, p. 36-42.– A.M. Saint-Malo, BB 38 (Réception d'A. comme citoyen d'honneur de Saint Malo).– Ars., ms. 10983, f° 294 et f° 303 (interrogatoire de N. Araignon, 25 janvier 1727).– B.N., f.fr. 22134, f° 364 (lettre d'A. à Malesherbes, 1760).– (A.V.P.), Archives de la Ville de Paris, DC6 239, f° 31 v. (testament de N. Araignon, insinué le 14 juillet 1756) ; DC6 249, f° 18 r. (testament de Marie Simon, insinué le 21 nov. 1767) ; DC6 263, f° 29 (testament de Jeanne Marie Araignon, enregistré le 4 fév. 1786 ; Service de l'Etat-Civil reconstitué de la ville de Paris.– A.N., X1A 9327 (registre matricule des Avocats au Parlement de Paris, 1706-1751) ; Y 247, f° 68-69 (testament de N. Araignon, enregistré le 2 sept. 1756 ; Y 420, f° 167 (contrat de mariage entre A. et M.A. Gimier, 1769).– A.N., M.C. XXXI, 339, 16 fév. 1808 (acte de notoriété d'A. ) ; LXVI, 602, 7 juil. 1769 (contrat de mariage d'A. avec M.A. Gimier) ; XCII, 798, 7 fév. 1778 (quittance) ; CXVI, 380, 16 sept 1755 (titres de rente).– M.S., 6 mars 1766 et 11 mars 1767, t. III, p. 5-6, et p. 170-171.– Fournel, Histoire des avocats au Parlement et du Barreau de Paris depuis St Louis jusqu'au 15 octobre 1790, Paris, 1813.– Mouhy C. de Fieux, chevalier de, Abrégé de l'Histoire du théâtre français, Paris, 1780.

Auteur(s) de la notice


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