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Pierre d' AQUlN (1720-1796?)

État civil

Pierre Louis d'Aquin (D ** de C **, en 1780 ; d'Aquin de Chateau-Lyon, en 1785), qui utilisa vers la fin de sa vie des pseudonymes malicieux (« Rabelais d'Aquin», «un esprit folet»), naquit à Paris en 1720 et y mourut en 1795 (Cior 18) ou 1796 (D.B.F., Grove) ou «vers 1797» (B.Un.). Il était le fils de Louis Claude d'Aquin, le musicien (4 juil. 1694 - 15 juin 1772), qui fut organiste à la chapelle royale à partir de 1739, après avoir remporté, au détriment de Rameau, le concours pour l'orgue de Saint-Paul (1727). D'après la vie de son père que d'Aquin a rédigée pour l'Essai sur la musique de J.B. de la Borde (Fétis), et que cite le Nécrologe des hommes célèbres, celui-ci était allié à L.A. Rouillé, secrétaire d'Etat à la marine, et au «célèbre Geoffroy, de l'Académie des Sciences». Il «appartenait» à Antoine d'Aquin de Chateaurenard, premier médecin de Louis XIV descendant comme lui «d'un ancien professeur au Collège royal» : il s'agit de Mardoçai ou Mourdaçai (Mardochée) qui, chassé par sa synagogue et baptisé en ltalie, avait pris le nom de Philipe d'Aquino (ou d'Aquin) et détint, sous Louis XIII, la chaire d'hébreu du Collège de France.

Formation

Il plaisante sur son état de médecin dans une lettre à Voltaire du 14 mars 1757 (D 7198) où il ajoute que le jour où il avait «eu l'honneur de [le] saluer pour la première fois» (et il semble bien que c'était l'année précédente),il portait «le manteau court» d'abbé. Selon la B.Un., il n'était que bachelier en médecine, et le Nécrologe le présente comme «moins occupé d'une telle profession que des Lettres, auxquelles il paraît l'avoir sacrifiée».

Carrière

En mars 1757, il demeurait «rue Saint-Antoine, proche St-Paul» (D 7198), adresse que Voltaire rappela à Damilaville en 1764 (D 16055).

Situation de fortune

Au début de sa carrière d'Aquin semble s'être cherché des protecteurs (Ode au grand Conty, 1745 ; Dédicace de la Pléiade française à Titon du Tillet, 1754). Son père avait vécu «étroitement» et «mourut pauvre». Dans sa dernière maladie «il aurait manqué de secours si M. Médor, curé de Saint-Paul et M. le Comte d'Eu n'avaient [...] pourvu à ses besoins, car il avait déjà épuisé la générosité d'une belle-fille qu'il avait alors et qui avait sacrifié presque toute sa dot pour tranquilliser ses vieux jours». Ces quelques indications du Nécrologe (t. V, p. 198) inspirées par P.L. d'Aquin, montrent assez clairement combien les ressources de celui-ci étaient alors précaires.

Opinions

La satire que d'Aquin a écrite contre la «corruption du goût» est une nouvelle et tardive attaque contre les «néologistes» de la Régence, et parmi les plus remarquables écrivains du «Siècle de Louis XV», il classe indistinctement Destouches et La Chaussée, Montesquieu et d'Alembert, «ce nom si fameux dans la République des Lettres» (Amusements, t. IV, p. 3), Gresset et l'abbé Trublet. Réservé à l'égard de Rousseau qu'il se représente en 1759 comme le type même du «misanthrope», doué d'une «singulière énergie» et capable d'inspirer «une espèce d'enthousiasme» (ibid., t. III, p. 289), il s'est toujours reconnu deux maîtres : Fontenelle, qui unissait «les moeurs d'un philosophe aimable et les sentiments d'un bon citoyen» (Lettres, 1751, p. 104), mais surtout Voltaire, qu'il n'a guère cessé de louer, sans approuver absolument son attitude à l'égard du christianisme. Fortement inspiré par Chaumeix dont les «écrits pour la défense de la religion [étaient alors] si connus» (Amusements, t. IV, p. 289), le Censeur hebdomadaire comporte des attaques très vigoureuses contre «les Encyclopédistes [qui] se donnent comme des lumières» (prospectus dans les Amusements, t. IV, p. 289). «Nous ne sommes pas théologiens, mais nous sommes chrétiens et nous mettons notre gloire à en faire hautement profession». Ce combat ne convenait guère à l'opportunisme de d'Aquin : dans une lettre du 15 juin 1764 (D 11906), il remercie Voltaire d'avoir «mis aux galères» «l'avocat Soret», «le prélat Guion», «le convulsionnaire Chaumeix», «le patriarche Gauchat» et surtout Fréron, «l'Aristarque des charniers» ; il ajoute à la liste «le récollet Hayer et l'atome du Rosoi et le manchot Le Roi et le bègue Baculard et le paralytique Mangenot et le jurisconsulte Monnory», raille férocement «le cher Bastide», mais il absoudrait volontiers Palissot, prend la défense de Maillet-Duclairon et de «Mr. Panckoucke», libraire «galant homme», honoré de l'estime de M. de Buffon, et déclare qu'il est «fort lié» avec un «garçon rempli d'esprit» comme Poinsinet. Sur la querelle qui opposa à d'Aquin Caux de Cappeval, à propos du Siècle littéraire de Louis XV, leur réconciliation, favorisée par leur prises de position en faveur de la musique française lors de la Querelle des Bouffons, et leur amitié, voir la notice consacrée à celui-ci.

Activités journalistiques

En collaboration avec Caux de Cappeval (F.L., II 89), Amusements d'un homme de lettres ou Jugements raisonnés et concis de tous les livres qui ont parus (sic) tant en France que dans les pays étrangers, pendant l'année 1759, divisés par semaines, à Mannheim, et à Paris, chez Cailleau. Suivant les termes du prospectus, rappelés dans l'Avertissement placé en tête du t. III, le journal devait comprendre, pour 10 £ par an à Paris et 13 en province et à l'étranger, «60 cahiers de 24 pages, qui formeraient 4 volumes in-12», «les souscripteurs de la capitale recevant [..] par mois 5 cahiers, c'est-à-dire un cahier, le lundi de chaque semaine», les provinciaux et les étrangers «3 cahiers à la fois». Les auteurs se proposaient de faire «un précis impartial de toutes les nouveautés qui paraîtraient en littérature [...] sans méchanceté, sans pédanterie, sans pesanteur». Rappelé à la fin du printemps de 1759 pour faire tarir «des bruits importuns et fatiguants sur la disparition prochaine du journal» (t. III, p. 4), ce programme fut tenu assez exactement et les quatre volumes furent aussi vendus, reliés, en 1760. Comme chaque feuille portait le titre de La Semaine littéraire, c'est ce nom qui resta attaché à cette publication.

En collaboration avec A.J. Chaumeix, Le Censeur hebdomadaire, 1760-1762, à Utrecht et se trouve à Paris chez Cuissart. Les auteurs se promettaient de fournir chaque année, pour 18 £, 52 cahiers de 2 feuilles in-8° paraissant tous les lundis, soit «4 volumes de 416 pages chacun». Ils se présentaient comme des «juges sévères, mais intègres», désireux d'entreprendre «ce qu'aucun journaliste n'[avait] encore entrepris, des réflexions générales sur les règles fondamentales de la littérature» (Amusements, t. III, p. 317-325).

Entre 1759 et 1765 d'Aquin apparaissait effectivement comme le spécialiste des journaux littéraires hebdomadaires et à ce titre, il a plusieurs fois retenu l'attention de Voltaire : ayant reçu de Deodati di Tovazzi un livre sur l'excellence de la langue italienne, celui-ci demande, le 25 janvier 1761 (D 9573), à Damilaville et Thieriot d'intervenir auprès de lui pour qu'il fasse paraître «dans son hebdomadaire» la réponse du maître ; le 28 mai et le 5 juin 1764, il interroge Damilaville au sujet d'un «Avant-Coureur [que d'Aquin] dit donner au public toutes les semaines» (D 11896, 11901) et le journaliste lui ayant «fait hommage [de ses] feuilles de chêne», il assure celui-ci de sa souscription le 22 (D 11906, 11941). Le 6, les Mémoires secrets (t. XVI, Additions, p. 195) indiquaient que La Dixmerie (voir sa notice par R. Granderoute) était «depuis quelque temps à la tête de l'Avant-Coureur» avec d'Aquin et de Villemer. Le 10 avril 1766 (XVI 265), ils confirmaient ses dires, tout en mentionnant le fait que «le Mercure» ayant «gagné son procès contre l'Avant-Coureur en partie, il [était] défendu à ce dernier d'insérer aucune pièce fugitive. Quant à la partie des spectacles il est resté en possession». Un «état des ouvrages périodiques» rédigé en mai 1765 et destiné au lieutenant-général de police (n.a.fr. 1180, f° 48 v. et 53 r.), indique que l'Avant-Coureur a pour «auteurs MM. Daquin et de Villemer», pour censeur Coqueley, pour imprimeur Lambert et pour «distributeur Panckoucke». «Daquin a 600 livres en tout pour le faire, et M. de Villemer en retire 150 livres comme associé au privilège». Lambert et Lacombe, 1760-1773, 13 vol. (Ars., 18628).

Après avoir peut-être rédigé les Etrennes d'Apollon, petit almanach vendu 10 s. en 1760 (Amusements, t. IV, p. 312), D'Aquin publia de 1771 à 1793 («A Athènes, et se trouve à Paris chez la veuve Duchesne, Valleyre l'aîné, Prault fils aîné, Durand neveu, Le Jay, etc.»), puis à partir de 1789, (chez la veuve Duchesne et Defer de Maisonneuve) l'Almanach littéraire ou Etrennes d'Apollon, recueil aimable et varié de poèmes, d'anecdotes, notices, «bouquets» et textes divers, parmi lesquels notamment des inédits de Voltaire, 17 vol. petit in-12, dont Grand-Carteret et Monglond ont donné la description. «A cette collection », rivale de l'Almanach des Muses, C.J.B. Lucas-Rochemont a ajouté 4 volumes, 1801-1804, «le vingt-deuxième volume ne contenant que des poésies, publiées par Millevoye» (B.Un.). Enfin d'Aquin se proposait de lancer le Messager croustilleux ou la Semaine récréative, avec une sauce piquante. Année 1793, l'an 2e de la République. Par un esprit folet, dont il ne semble jamais avoir publié que le prospectus, Paris, Demoraine, in-12 de 2 p.

Publications diverses

Opuscules : Essai d'une jeune Muse sur le retour du Roi, Paris, Impr. de Prault père, 1744. Le Triomphe de l'hymen, ou le Mariage de Monseigneur le Dauphin. Poème par M. Daquin fils, Paris, Thiboust, impr. du Roi, 1745. – Ode au grand Conty par M. Daquin fils, avec un petit recueil de différentes pièces de poésies, par le même auteur, Paris, Impr. de Thiboust, 1745.– Idée du siècle littéraire présent réduit à six vrais auteurs, s.l.n.d. – Observations sur les oeuvres poétiques de M. de Caux de Cappeval [...] par M. le chevalier de ***, La Haye, 1754. – Réponse de l'auteur du Siècle littéraire de Louis XV à la critique de M. de Caux, Paris, 1754. – Satyre sur la corruption du goût et du style, Liège, Poubens de Courbeville, 1759. Eloge de Molière en vers, avec des notes curieuses par le petit cousin de Rabelais, 1775, Londres et Paris, chez les libraires qui débitent les nouveautés. L'Apparition de Marat, Paris, Impr. du Lion, s.d.

Oeuvres : Lettres sur M. de Fontenelle, doyen des trois Académies de Paris [...], Paris, Bernard Brunet, 1751, 120 p. in-8°. Lettres sur les hommes célèbres dans les sciences, la littérature et les beaux-arts sous le règne de Louis XV, Amsterdam et se trouve à Paris chez Duchesne, 1792, in-12, avec comme suite.– Siècle littéraire de Louis XV, ou Lettres sur les hommes célèbres, ibid., 1753, 2 t. en un vol. in-12, et 1754, 2 vol. in-12.– Contes mis en vers par un cousin de Rabelais, Paris, Ruault, 1775, in-8°.

Anthologies, recueils et éditions : La Pléiade françoise, ou l'Esprit des sept plus grands poètes, Berlin, chez les libraires associés, ou bien : Berlin et Paris, Duchesne, 1754, 2 vol. petit in-12.- Le Portefeuille trouvé ou Tablettes d'un curieux, contenant quantité de pièces fugitives de M. de Voltaire, qui ne sont dans aucune de ses éditions, Genève, chez les libraires associés, 1757, 2 vol. in-12 (le t. II est intitulé : Le Portefeuille de MM. de Voltaire et de Fontenelle). – Les Muses chrétiennes ou Petit Dictionnaire poétique contenant les meilleurs morceaux des auteurs les plus connus, Paris, Ruault, 1773, in-12.- La Henriade avec la réponse de M.B.*** [Bidault] à chacune des objections du commentaire de La Beaumelle, les jugements des contemporains de Voltaire et plusieurs autres morceaux relatifs à Voltaire recueillis et rédigés par M.D.** de C**, Berlin, et se trouve à Paris, 1780, in-12.

Bibliographie

M.S., F.L., 1769, B.Un, N.B.G, D.B.F. Voltaire, correspondence, éd. Besterman. – Nécrologe des hommes célèbres, t. V, année 1773, p. 191 et suiv. – Barjavel C.F.H., Biographie vauclusienne, Carpentras, impr. de L. Devillaris, 1841. – Fétis F.J., Biographie universelle des musiciens, Paris, Firmin Didot, 1861, t. II, p. 428.- Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, p. 59-62.- Grand-Carteret J., Les Almanachs français. Bibliographie-iconographie [...] (1660-1895), Paris, J. Alisié et Cie, 1896. – Eitner R., Quellen Lexicon der Musiker [...], Leipzig, Breitkopf und Haertel, 1900, t. III. – Monglond A., La France révolutionnaire et impériale, t. I, col. 327. – Grove's Dictionary of music and musicians, 5th Ed. by Eric Blom, London, Macmillan, New-york, St Martin's press, 1954, t. II.

Auteur(s) de la notice


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