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Hubert AMEILHON (1730-1811)

État civil

Né à Paris le 6 avril 1730, Hubert Pascal Ameilhon était «fils de Pierre Pascal Ameilhon, maître-tailleur, et de Marie-Cécile Rigaud, son épouse, demeurant rue et cloistre Sainte-Catherine» (Eglise Saint-Paul, Reconstitution des actes de l'état-civil de Paris ; D, p. 6). Il épousa le 20 octobre 1781, en l'église Saint-Paul, Alexis Henriette Drouart, veuve d'un directeur des fermes, Gentil Saint-Ange (D, p. 30 et 85 ; contrat de mariage devant Me Maupas, le 21 sept.). Celle-ci mourut, sans lui avoir donné d'enfants, le 28 janvier 1808, et il décéda lui-même, le 13 novembre 1811 (D, p. 487), en laissant pour légataire universelle sa nièce, Victoire Julie Ameilhon, née en 1788. Son frère, Jacques, âgé de 49 ans dans le courant de vendémiaire de l'an VI (d'après un état du personnel de l'Arsenal ; H. Dufresne, p. 445), resta toute sa vie dans son ombre : après l'avoir assisté au moins à partir de 1774 (D, p. 25), il obtint la commission de sous-bibliothécaire à la Bibliothèque de la Ville le 8 mai 1781 (D, p. 31), fut confirmé dans cette charge le 26 octobre 1790 ; «détenu six mois, puis condamné à la déportation» (lettre de H.P.A. du 14 fructidor an XIII ; D, p. 448), il devint sous-bibliothécaire à l'Arsenal, à dater du 9 floréal de l'an V (28 avril 1797), perdit son poste en 1801, mais le retrouva la même année et survécut à Hubert Pascal.

Formation

Tout jeune, A. participa aux «exercices du clergé Saint-Paul» (lettre à Maudoux du 3l déc. 1764 ; D, p. 6). Puis «après avoir fait son cours dans l'Université où il se distingua moins par la facilité de sa mémoire et par des dispositions heureuses que par son opiniâtreté au travail et la volonté ferme qu'il avait d'apprendre l'état ecclésiastique, il se livra par devoir à l'étude de la théologie, pendant qu'il continuait par goût celles des écrivains grecs et latins. Mais bientôt rebuté par la stérilité verbeuse et subtile de la scholastique et sentant peu d'attrait pour l'état qui lui rendait cette science nécessaire, il renonça pour toujours à l'une et à l'autre, sans renoncer cependant à l'état ecclésiastique ni au titre d'abbé qu'il conserva pendant plus de trente ans» (Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Ameilhon lue à la séance de l'Institut du 2 juil. 1813 , par Dacier, Histoire et Mémoires de l'Institut, t. V, 1821 ; D, p. 4). Effectivement, il est qualifié d'abbé dans les Almanachs royaux, au moins jusqu'à 1774 ; mais il ne semble pas qu'il ait dépassé le premier degré des études de théologie : la maîtrise ès-arts ; c'est le seul titre universitaire qu'il mentionne dans un mémento établi vers 1770 qui est demeuré dans ses papiers (ms. de l'Arsenal 5313 ; D, p. 6). Il fut élu à l'Académie des lnscriptions et Belles-Lettres, «d'une voix presque unanime » (lettre à Maudoux, du 21 ; D, p. 4), en avril 1766, et reçu en juin (Mémoires secrets, III 47, 29 juin) ; à l'Institut, classe de Littérature et Beaux-Arts (antiquités et monuments), le 24 frimaire de l'an IV – 15 décembre 1795 (D, p. 300). Il appartint à la Société d'agriculture du département de la Seine depuis sa fondation (4 février 1799 ; D, p. 458) et devint en 1804 membre étranger de l'Académie de Göttingen.

Carrière

Pierre Nicolas Bonamy qui l'«avait connu dès [son] enfance et s'était intéressé au succès de [ses] premières études» (Eloge historique de Bonamy par A., Journal de Verdun, août 1770, p. 154-160 ; D, p. 9) l'associa à ses travaux vers 1754. Par délibération du 11 juin 1761, le bureau de la ville lui accorda une commission de sous-bibliothécaire, à la bibliothèque que lui avait léguée Antoine Moriau, en survivance du titulaire, Jean Mulatier. Celui-ci étant mort le 25 octobre 1763, Ameilhon lui succéda (D, p. 19) et il devint censeur la même année, puisqu'il figure à ce titre pour la première fois dans l'Almanach royal de 1764. Le 27 juillet 1770, il obtint la commission d'historiographe et de bibliothécaire de la ville, en survivance de Pierre Bouquet, et il fut confirmé dans cette place à la mort de celui-ci, le 8 mai 1781 (D, p. 28). «Député suppléant à l'Hôtel de Ville du District de Louis-la-Culture » le 29 août 1789, il fit partie en 1789 et 1790 de la seconde «assemblée des représentants». «Bibliothécaire et garde des archives de la commune» le 14 octobre 1789 (D, p. 233) il fut «élu constitutionnellement» (c'est-à-dire confirmé dans sa place) le 29 octobre de l'année suivante. Du printemps de 1790 à la fin de 1795, il fit partie de nombreuses commissions (pour l'examen d'un projet de monument à élever sur la place de la Bastille, en mai 1790 ; pour faire disparaître les marques de féodalité ou de royauté sur les monuments publics, en juillet 1793, etc.) ; et comme commissaire pour les bibliothèques, avec des fonctions étendues à tout le département de la Seine (juin 1791), il déploya jusqu'au mois de thermidor de l'an II une prodigieuse activité pour faire l'inventaire des livres et manuscrits conservés dans les «maisons religieuses» (à la suite du décret du 8 nov. 1790) et perquisitionner chez les émigrés (en vertu de la loi de confiscation des 9 et 12 fév. 1792). C'est ainsi qu'il saisit de nombreuses cartes géographiques, particulièrement appréciées alors pour pourvoir aux nécessités de la défense nationale (D, p. 262-263), se chargea avec Domergue (voir ce nom) et Dorat-Cubières de faire l'inventaire des académies supprimées (lettre de remerciement à Romme du 31 août 1793 ; D, p. 269), descendit chez Grimm et chez Beaumarchais (p. 170-271) et recensa environ 809 965 volumes (Idées jetées sur le papier pour répondre au Directoire, ms. de l'Arsenal 6487 ; D, p. 249), dont 650 000 avant octobre 1792 (lettre à Roland du 4 ; D, p. 253). Nommé conservateur du dépôt Louis-la-Culture le 4 brumaire an III-25 octobre 1794 (D, p. 502), puis bibliothécaire de l'Arsenal le 9 floréal an V - 28 avril 1797 (p. 409), et enfin administrateur de cette bibliothèque le 20 octobre 1800 (p. 421), et administrateur perpétuel le 28 janvier 1803, il fut chargé, à la fin de 1799, de traduire le texte de la Pierre de Rosette et nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 18 décembre 1803.

A. semble n'avoir jamais quitté Paris ou ses environs immédiats, et il ne résida qu'assez peu de temps (Hôtel Bazin, rue Saint-Paul, face à la rue des Lions, A.R., 1777-1780), en dehors de la bibliothèque dont il avait la charge. C'est ainsi qu'il fut logé à l'Orangerie de l'hôtel de Lamoignon (siège de la Bibliothèque de la Ville), rue Pavée, au Marais, puis dans la maison de Saint-Louis (l'actuel lycée Charlemagne), rue des prêtres Saint-Paul, où il exerça à partir de juin 1773 ; et enfin, de 1796 à sa mort, à l'Arsenal, sur le Mail, dans une partie des appartements jadis destinés au duc du Maine.

Situation de fortune

Comme bibliothécaire de la ville, A. recevait 2400 £ par an (budget de 1787 ; D, p. 40), et son logement était assuré : c'est ainsi que quand il dut quitter l'hôtel de Lamoignon on prévit pour lui une indemnité annuelle de 400 £ (10 déc. 1772 ; D, p. 30). Le 26 octobre 1790 ses honoraires furent fixés à 1400 £, avec la jouissance de son logement à «Louis-la-Culture» (D, p. 242). Quant aux gains que lui valut son activité de journaliste, il semble difficile de les estimer. Il écrivait à l'abbé Maudoux en 1770 : «Au Journal de Verdun, tout ce que j'ai pu obtenir a été d'y être associé. Si j'y gagne peu du côté de la fortune, je gagne beaucoup du côté de la liberté» (D, p. 61).

Opinions

Censeur royal, et des plus vétilleux, jusqu'à la Révolution, Ameilhon est aussi celui qui, fort du «devoir de sa place», écrivit le 19 juillet 1789 à MM. du Comité permanent : «J'apprends, Messieurs, qu'il a été saisi à la Bastille des manuscrits et des ouvrages imprimés que le despotisme y retenait en captivité. Comme c'est une conquête faite par les habitants de Paris, ils ne peuvent, ce me semble, ni ne doivent être placés ailleurs que [...] dans la bibliothèque dont l'administration m'a été confiée» (B.N., n.a.fr. 23943 ; D, p. 217-218). Protégé par la haute bourgeoisie parisienne pendant toute la première partie de sa carrière, il se fit en 1793 «le bourreau des titres de noblesse sur la place Vendôme et autres lieux» (D, p. 3) et, nous dit la B.Un., «il mourut marguillier de sa paroisse». Certains de ses mémoires d'«érudit» eurent certainement une influence progressiste avant la Révolution, et il suffirait de lire le premier des deux paragraphes qui lui sont consacrés dans la B.N.C. pour deviner l'écho que purent avoir certaines de ses idées pendant la période néo-classique : «Le savant Académicien montra que c'était ravaler les beaux-arts et prouver sa propre bassesse, comme nation, que de les priver de leur noble influence sur la morale publique, de les prostituer au vice ou au pouvoir, et d'en faire, au lieu d'une espèce de sacerdoce de l'imagination et de l'intelligence, des jouets de frivolité ou des instruments de corruption» (séance du 15 vendémiaire an IX).

Activités journalistiques

D'après Hélène Dufresne (p. 13), A. collabora à la rédaction du Journal de Verdun dès le moment où Bonamy en fut chargé (mai 1749). Lorsque celui-ci mourut, il obtint de Charles François Le Brun, acquéreur des privilèges, le titre d'associé (D, p. 61), au début de juillet 1770, et il assura la rédaction à partir du numéro d'août. Mais le poids des prébendes qui étaient attachées au journal était de plus en plus lourd ; en septembre 1775 (lettre à A., du 17) l'éditeur, Ruault, fit une déclaration de «renonciation» auprès du Garde des Sceaux pour provoquer une «réforme de la dépense». Le dernier numéro parut en décembre 1776, avec cet Avis (p. 360) : «Je dois au public, et je me dois à moi-même, de l'instruire des vraies raisons pour lesquelles ce Journal ne sera plus continué. La suppression des nouvelles politiques à laquelle j'ai été forcé par des ordres supérieurs [au printemps de 1776 : «Avis de l'auteur» paru dans le numéro de mars, p. 231] l'ayant dénaturé dans une de ses parties essentielles, ce changement lui a fait éprouver une révolution qui, jointe à la modicité du prix de souscription, ne lui permet plus de suffire aux pensions et autres charges qu'il était obligé de supporter». La sympathie manifestée par A. et sa «collusion avec les critiques de la Comédie» avaient aussi joué (voir art. « Le Fuel de Méricourt »).

A la fin de 1777, A. se chargea de rédiger la Gazette d'agriculture, ainsi que le Journal de l'agriculture, du commerce, des arts et des finances, interrompu par l'abbé Roubaud depuis 1774, et déclara dans un Avis paru dans le numéro de janvier 1778 et dans le Supplément à la Gazette d'agriculture du 11 novembre 1777 : «Ce journal doit être beaucoup plus l'ouvrage des correspondants que le mien. Il sera [...] ouvert un champ libre à la critique et aux discussions. Je crois, en effet, que rien n'est plus avantageux au progrès des sciences et des arts. [...] C'est du choc des opinions que naît la lumière. [...] C'est au milieu des débats littéraires et scientifiques que le voile de l'erreur se déchire». La direction technique du journal était assurée par Comynet, au Bureau de correspondance générale (D, p. 102). Il était envoyé gratuitement à de nombreux correspondants en province, à charge pour eux de transmettre des informations au rédacteur, mais A. dut assez vite constater que ceux-ci le laissaient «dans la disette» (lettres de Comynet et du chanoine Loyseau des 27 juil. et 29 nov. 1779 ; D, p. 103). Lorsqu'à la fin de 1778 les privilèges de la Gazette et du Journal d'agriculture furent acquis par Bénézech, A. en profita pour changer l'orientation du Journal dont, selon son tempérament d'historien érudit, il voulait faire «une sorte de bibliothèque où ceux qui voudraient faire une étude sérieuse de la science économique et politique, trouveront l'indication de toutes les sources où ils pourront puiser» (Avis paru dans le numéro de janvier 1780 et dans la Gazette d'agriculture du 25 déc. 1779 ; D, p. 101). Lorsque Bonafous de Fontenay lui succéda comme rédacteur, en janvier 1782, il donna au journal un contenu et un aspect plus technique en le divisant en quatre chapitres : Agriculture, Commerce, Finances et Arts utiles.

Enfin A. fut un des principaux rédacteurs du Journal des savants entre 1790 et 1792, c'est-à-dire jusqu'à sa disparition, et, d'après la Biographie universelle, il aurait été l'un des plus actifs collaborateurs de Millin dans la rédaction du Magazine encyclopédique. A une date qu'on ne peut pas déterminer, mais probablement vers 1775, il avait conçu le projet d'un Journal de l'histoire de France, qui aurait été «pour ainsi dire le Journal national» (Ars., ms. 5313, f° 122-126 ; H. Dufresne, p. 184).

Publications diverses

A. écrivit dix mémoires pour l'Académie des lnscriptions et Belles-Lettres (1762-1789), quatre pour l'lnstitut (1796-1802). En 1781 il édita le tome III des Mémoires sur l'ancienne chevalerie, de Lacurne de Sainte-Palaye, Paris, Vve Duchesne ; mais sa grande oeuvre fut la continuation de l'Histoire du Bas-Empire commencée à Constantin le Grand, de Charles Le Beau : t. XXII à XXVII (1781-1817), Paris, Desaint et Saillant. En 1803 il publia ses Eclaircissements sur l'inscription grecque du monument trouvé à Rosette, contenant un décret des prêtres de l'Egypte en l'honneur de Ptolémée Epiphane, Paris, Baudouin, floréal an XI. Voir la liste détaillée de ses Mémoires, Notices et Discours dans D, p. 504-505, et, sur ses journaux, deux manuscrits de l'Arsenal, 5613 et 7088, soigneusement étudiés par le même auteur.

Bibliographie

B.N.C ; B.Un. – M.S. t. I, p. 146-147 ; 15 nov. 1768. – Genlis, Mme de, Mémoires, Paris, 1825. – (D) Dufresne H., Erudition et esprit public au XVllle siècle. Le bibliothécaire Hubert-Pascal Ameilhon (1730-1811), Paris, Nizet, 1962.

Auteur(s) de la notice


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