BENOIST

Auteurs

Numéro

058

Prénom

Françoise

Naissance

1724

Décès

1789 ca

Françoise Albine Puzin de La Martinière naquit, semble-t-il, en 1724, à Lyon. Elle épousa le dessinateur Benoist, ou Benoît (Mme Rolland), mais il est difficile de dire s'il s'agit de Simon Clément, qui fut reçu en 1762 à l'Académie de Saint-Luc, ou d'un de ses nombreux homonymes. Du moins, il est impossible de la confondre, comme on l'a pourtant fait parfois, avec Marie Guillemine Leroux-Delaville, peintre, disciple de Mme Vigée-Lebrun, puis de David, qui, avant d'épouser, en 1793, Pierre Vincent Benoist, inspira à Demoustier ses Lettres à Emilie sur la mythologie.

2. Formation

D'après le Dictionnaire historique des Françaises, qui paraît se référer à un texte d'elle, «elle ne dut point ses talents à de longues études, mais seulement à la nature». Mme Rolland ajoute qu'à Rome «elle avait mérité l'association à l'Académie des Arcades».

3. Carrière

Bachaumont, qui, dans l'ensemble, est beaucoup moins féroce qu'on ne s'y serait attendu pour «cette virtuose littéraire», jugeait que dans son premier roman «tout ressent[ait] le ton de la bonne compagnie» (t. II, 280). Mais, avec son «air ouvertement voluptueux», Mme Benoist révéla à la jeune Manon Phlipon une «nuance de galanterie» qu'elle n'avait pas encore observée chez les «prêtresses du plaisir». Celle-ci rappelle le «dégoût » et la «mélancolie» qui la saisirent vers seize ans en entendant louer «la sage», «la chaste Benoist», dont elle résume la situation autour de 1770 : après avoir accompagné son mari à Rome, «veuve nouvellement, encore en deuil», elle s'était «fixée à Paris» (vers 1765), «elle y faisait des vers et des romans, quelquefois sans les écrire, donnait à jouer, et voyait des femmes de qualité, qui payaient, en présents d'argent ou de chiffons, le plaisir d'avoir à leur table une femme bel esprit».

5. Opinions

D'après Mme Rolland, avec «des beaux esprits des beaux sexes», comme Mlle de Morville et Sylvain Maréchal, elle fréquentait, rue Neuve Saint-Eustache, les jeudis musicaux de Mme Lépine, où se produisaient le chevalier de Saint-George, «Jarnovick, Duport, Guérin». Mme Benoist a exprimé dans son Journal la forme très modérée de féminisme qu'était le sien : «Pourvu que l'Etat ni leurs maris n'y souffrent point, qu'elles donnent des citoyens à la patrie, je crois qu'elles peuvent se livrer à la gloire de donner des enfants à la République des Lettres».

6. Activités journalistiques

Journal en forme de lettres, mêlé de critiques et d'anecdotes par Mme B***, s.l., 1757, 83 p., in-8°. Il ne semble pas que ce «journal» ait été périodique.

En 1761, Mme de B. collaborait au Journal des dames (D.P.1 697) ; elle est mentionnée à ce titre par La Louptière (N. Gelbart, Feminine and opposition journalisme in Old Regime France Le Journal des Dames, U. of California Press, 1987, p. 77).

7. Publications diverses

Mes Principes, ou la Vertu raisonnée par Mme B***, Amsterdam, et se trouve à Paris, Cuissart, 1759-1760, 2 t. en un vol. in-12.– Elisabeth, roman par Mme ***, Amsterdam, Arkstée et Merkus, 1766, 4 t. en 2 vol. in-12.– Céliane, ou les Amans séduits par leurs vertus, par l'auteur d'Elisabeth, Amsterdam, et se trouve à Paris, Lacombe, 1766, in-12.– Lettres du colonel Talbert, par Mme***, auteur d'Elisabeth, Amsterdam, et se trouve à Paris, Durand, 1767, 4 vol. in-12 (autre édition en 1767, sous le titre de La Vertu persécutée, ou Lettres du colonel Talbert).– Agathe et Isidore, par Madame Benoist, Amsterdam, et se trouve à Paris, Durand, 1768, 2 vol. in-16 (rééd. en 1769, à La Haye et Francfort, sous le titre Les Avantures du beau cordonnier, ou les Amours d'Isidore, né marquis de ***).– Le Triomphe de la probité, comédie en deux actes et en prose, imitée de L'Avocat, comédie de Goldoni, par Madame Benoist, Paris, Le Jay, 1768, in-8°.– La Supercherie réciproque, comédie en un acte et en prose par Mme Benoist, Amsterdam, et se trouve à Paris, Durand, 1768, in-8°.– Sophronie, ou Leçon prétendue d'une mère à sa fille par Madame Benoist, Londres, et se trouve à Paris, veuve Duchesne, 1769, in-8°.– L'Erreur des désirs, par Mme Benoist, Paris, veuve Regnard et Dessonville, 1770, 2 vol. in-12. Folie de la prudence humaine, Amsterdam et Paris, 1771, in-12. Les Erreurs d'une jolie femme, ou l'Aspasie française, par Mme Benoist, Bruxelles, et se trouve à Paris, veuve Duchesne, 1781, in-12 (rééd., ibid., 1782, in-12).– Lettres sur le désir de plaire, suivies de Ce que c'est que l'occasion, «conte moral par l'auteur des Erreurs d'une jolie femme», s.l., 1786, in-8°.

8. Bibliographie

B.Un. ; B.N.C., t. II, p. 351 ; D.B.F. M.S., t. II, 280 (3 janv. 1766) ; t. III, 49 (30 juil. 1766) et 309 (26 fév. 1768) ; XIX, 3-4 (6 juil. 1768). – Breghot du Lut et Péricaud aîné Biographie lyonnaise.- Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire, Paris, Techener et Lyon, Gilberton et Brun, 1839, p. 32. – Tortalist R. et Béraldi H., Les Graveurs du dix-huitième siècle, Paris, Damascène Morgand et Charles Fatout, t. I, 1re partie, 1880, p.158-159. – Bénézit E., Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Paris, Grund, 1966, t. I. – Briquet F., Dictionnaire historique, littéraire et bibliographique des Françaises, Paris, Treuttel et Wurtz, et à Strasbourg, an XII (1804). Mémoires particuliers de Mme Rolland, éd. M. F. Barrière, Paris, F. Didot, 1863, p. 124-125.

BEL

Auteurs

Numéro

055

Prénom

Jean Jacques

Naissance

1693

Décès

1738

Né à Bordeaux le 20 mars 1693, Jean Jacques Bel était le fils aîné de Jacques Bel, receveur des tailles de l'élection de Cahors, et d'Antoinette de Gaufreteau (Courteault, A.M. Bordeaux, 667), qui appartenait à une vieille famille parlementaire de Guyenne. Son père devint trésorier de France et garde-scel en la généralité de Bordeaux le 3 août 1693 (Courteault, A. D. Gironde, C 3853) ; il eut quatre enfants de sa première femme qui mourut en 1696, et il se remaria le 22 avril 1697 avec Marie Thérèse de Boucaud, qui lui donna six enfants. Après la mort de son père, B.

2. Formation

Envoyé en 1703 au Collège des Oratoriens de Juilly où il eut pour condisciple Montesquieu, son aîné de quatre ans, il fut «rappelé au sein de sa famille en 1711» (Moreri). D'abord avocat (Moreri), il acquit, le 5 avril 1720, la charge de Conseiller au Parlement de Bordeaux (Courteault, A.D. Gironde, I B 42, f° 80).

3. Carrière

Attaché à la Chambre des Enquêtes en 1724, à La Tournelle en 1726, il fut surtout chargé de missions par le Parlement : procédure criminelle à Mortagne (Moreri), défense de la juridiction du Parlement contre la Cour des Aides en 1728 ; à cette occasion, il se signala par un mémoire adressé au Premier Président au sujet d'un projet de nouveau bâtiment des jurats, présenté par l'intendant Boucher (A.N., G 7, 155 ; Archives historiques de la Gironde, t. XLVIII, p. 193-333) ; ayant outrepassé ses fonctions, il fut désavoué par le Parlement (lettres de Boucher du 21 janvier 1729, du 8 avril et de juill.1729, A.N., G 7, 155) ; mais revenu à Bordeaux, il fut aussitôt chargé d'obtenir l'abolition d'un arrêt du Conseil d'Etat qui soustrayait les jurats à la juridiction du Parlement. Il avait songé à fonder une société rivale de l'Académie de Bordeaux, et de 1713 à 1719, il réunit chaque mardi des amis dans la maison paternelle. Il fut élu à l'Académie le 11 juin 1736, y prononça, le 14 novembre, un discours sur les progrès des sciences, des belles-lettres et des arts (lettre de Sarrau à Crousaz, 17 nov. 1736, B.U. Lausanne, fonds Crousaz XI, p. 321). Directeur de l'Académie en 1737, il y présente un mémoire sur le mouvement des muscles et un projet d'histoire naturelle de la province (B.V. Bordeaux, registres de l'Académie, 1699).

Ayant succédé à son père comme trésorier de France et garde-scel en 1731, il résigna sa charge de Conseiller le 7 juin 1737 (Courteault, A.D. Gironde, I B 43, f° 156-159) et repartit à Paris où il tomba malade et mourut «en moins de huit jours» (Goujet à Bouhier, 11 sept. 1738, ms.fr. 244111, f° 317).

4. Situation de fortune

Il avait hérité d'un important patrimoine. Le 28 août 1736, il légua à l'Académie de Bordeaux son hôtel des allées de Tourny, deux autres maisons et ses livres pour la fondation d'une bibliothèque, avec versement d'une pension mensuelle de 800 francs pour un bibliothécaire, à charge de tenir la bibliothèque ouverte au public trois fois par semaine (testament cité par Céleste, p. 9).

5. Opinions

B., qui se dit disciple de Malebranche, est déjà un homme des lumières. Rationaliste dans les sciences comme dans la critique littéraire, il se fonde toujours sur des «principes sûrs» ; l'emploi de ce mot et la pratique d'une ironie glacée pourraient servir à authentifier certaines de ses pages. Montesquieu, qui fut son ami (Correspondance, t. I, p. 177-178, 208-209, 284-290), lui soumit son Dialogue de Sylla et d'Eucrate après avoir tenu compte de ses remarques pour l'Histoire véritable (éd. crit. par R. Caillois, Giard, 1948). Il fut l'ami de Desmolets (lettre à Bouhier, 17 août 1738, B.N., n.a.fr. 1212, f° 78), de Goujet (lettre à Bouhier, 11 sept. 1738, n.a.fr. 2441, f. 317), de l'abbé Conti et de Rémond de Saint-Mard. Il correspondit avec J.B. Rousseau (lettre du 18 juil. 1731, Courteault). «Il s'était acquis de la réputation dans la fameuse dispute sur la préférence des anciens et des modernes» (B.U. Lausanne, fonds Crousaz, paquet 7, cahier e, f° II, lettre de Sarrau). Il combattit violemment les «néologues» ; La Motte lui répondit dans son deuxième «Discours sur la Tragédie» ; mais lors de la parution du Dictionnaire néologique, il commença à s'en prendre à Desfontaines (Bibliothèque française, t. VII, juil.-août 1726, p. 257, 274, 323 ; t. VIII, sept.-oct. 1726, p. 21, 28-33, 145-150 ; t. IX, 1re part., 1727, p. 150-151). Il est très hostile aux Jésuites et méprise les contestations qui règnent dans l'Eglise (B.F., t. VI, janv.-fév. 1726, préf.).

6. Activités journalistiques

Bibliothèque française ou «Histoire littéraire de la France» (B.F.), Amsterdam, J.F. Bernard, in-12. B. a peut-être composé la 2epartie du t. IV de 1724 ; il prend le journal en main à la fin de 1725 (t. VI, janv.-fév. 1726), et rédige la quasi-totalité des articles dont l'attribution à d'autres auteurs n'est pas évidente. Il cesse partiellement sa collaboration à la fin du printemps 1727 (t. IX, 2e partie n'est pas de lui) et définitivement à partir de l'été 1728, avant la parution de la 2e partie du t. XlI ; mais des nouvelles envoyées par lui de Paris et datées du 1er février 1729 figurent à la fin de ce volume. Après son départ, l’abbé de Saint-Pierre et Rémond de Saint-Mard contribuent à sauver le journal, qui continue de paraître chez J.F. Bernard jusqu'à la fin de 1729. Principaux critères d'attribution à B. : l'attitude du rédacteur à son égard, éloge de ce «critique exquis» (t. VII, 319 ; t. VIII, 135 ; t. IX, 27 ; t. XI,19 et suiv. ; voir aussi la «Lettre à M. Bel», t. X, 2e part., 226-233) ; les relations avec Desfontaines (t. VII, 257-280 ; t. IX, 1re part., 146-151) ; l'importance, la date et la place des comptes rendus consacrés à l'Académie de Bordeaux, à Montesquieu (t. VI, 237-242 ; t. VI, 47-66), aux faits bordelais (t. VIII, 151-160) ; l'unité d'inspiration et de ton, en conformité avec les principes exposés dans les deux préfaces ; le jeu de renvoi entre les articles et les nouvelles littéraires.

B. publie également quelques articles dans les journaux de Desmolets et de Granet : dans les Nouvelles littéraires du 15 février 1724, p. 132-137, nouvelles littéraires de Bordeaux (séance de l'Académie du 19 nov. 1723 et présentation anticipée de l'Apologie de M. de La Motte, approuvée seulement le 24 fév. 1724 ; f.fr. 21955, f° 23).

Dans la Continuation des Mémoires : «Lettre de ... sur l'extrait de l'Apologie de M. de la Motte» (t. lII, 2e part., p. 447-485) ; «Dissertation où l'on examine le système de l'abbé Dubos», précédée d'une lettre d'envoi du 25 avril 1726 (t. III, 1repart., p. 3-42) ; trois «Lettres à M. de... contenant quelques observations sur la tragédie de Mariamne..» (ibid., p. 43-75), reprises et augmentées à partir de la B.F. (t. VII. juil.-août, mai-juin 1726). Recueil de pièces d'histoire et de littérature, t. II, p. 229-235 : «Réponse de M.B... Conseiller au Parlement de Bordeaux, à une lettre que M. Durand lui a écrite...», 15 mars 1730.

7. Publications diverses

Mémoires sur les droits du Parlement de Bordeaux.–- Apologie de Monsieur Houdar de la Motte, Paris, veuve Moreau, 1724, in-12.– Première séance des états calotins, «contenant l'oraison funèbre de Torsac», Paris, 1724, in-4 ; repris dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Calotte, 1752, t. ll, p. 91 et suiv.– Dictionnaire néologique à l'usage des beaux-esprits du siècle, avec l'Eloge historique de Pantalon-Phoebus. Par un avocat de province, s.l., 1726, in-12. B. en est l'auteur selon Desmolets (lettre à Bouhier, 17 août 1738, n.a.fr. 1212, f° 74) ; Goujet précise : «La première idée du Dictionnaire néologique fut remplie par M.J.J. Bel [...]. Il abandonna ensuite ce qu'il avait fait au sieur P.F. Guyot des Fontaines qui a mis cet ouvrage dans l'état où il a paru, et y a fait les additions qu'on lit dans la troisième édition» (cité par Barbier ; la 3e éd. est celle de 1728). L'auteur de la Bibliothèque française est plus précis encore (t. Vl, 2e part. 145-150 ; t. lX, 1re part., p. 150-151) : Desfontaines a repris le projet de B., publié les deux premières éditions, composé l'Eloge historique de Pantalon-Phoebus, puis la Relation de ce qui s'est passé au sujet de la réception de Messire Christophe Mathanasius à l'Académie française ; B., lui, a rédigé les rectifications et les augmentations de la 3e édition, annoncée par lui dès mai 1727 (B.F., t. lX, p. 152) ; la Préface de la «nouvelle édition» est de Desfontaines. B. comble les lacunes qu'il avait regrettées et s'attaque aux Pères Catrou et Le Jay, au médecin Héquet, à l'Indigent philosophe, à Pons, à Nadal. Lettre d'un rat calotin à Citron Barbet au sujet de l'Histoire des chats, «à Ratopolis», 1727. Elle a été publiée dans la B.F. (t. X, 1re part., p. 27-43).– «Lettre à M... dans laquelle on fait l'apologie de M. de la Motte», deux brochures in-8° de 30 et 40 p. annoncées par les Nouvelles littéraires du 1-5 février 1724 (p. 135-136). Ces textes, ainsi que plusieurs manuscrits, laissés par B. à sa mort, n'ont pas été retrouvés. On lui a attribué le Nouveau Tarquin, comédie allégorique en trois actes, Amsterdam, Desbordes, 1732, in-8°.

8. Bibliographie

Court P., Le Conseiller au Parlement de Bordeaux Jean-Jacques Bel, Bordeaux, Taffard, 1936.– Gergères, Histoire et description de la bibliothèque publique de la ville de Bordeaux, Paris, Derache, 1864.– Céleste R., Histoire de la bibliothèque de la ville de Bordeaux, Bordeaux, Gounouilhou, 1892.– Barbier A., Catalogue raisonné des livres de la bibliothèque del'abbé Goujet, s.l.n.d. (1803), extraits du Magasin encyclopédique, 8eannée (1803), t. V, notice sur B.– Dupont P., Un poète philosophique au commencement du XVIIlesiècle, Houdar de la Motte, Hachette, 1898.– Shackleton R., Montesquieu, a critical biography, Oxford, 1961.

BASTIDE

Auteurs

Numéro

040

Prénom

Jean François de

Naissance

1724

Décès

1798

D'une ancienne famille provençale, Jean François de Bastide naquit à Marseille le 13 juillet 1724 (A). Le mariage de ses parents, Jean Joachim de Bastide (né en 1684, de Jean Baptiste et Marguerite de Pellegrin, soeur de l'abbé Simon Joseph de Pellegrin, le poète) et Jeanne Thérèse Maurin (dotée de 45 000 £, fille de Gaspard, négociant, et de Louise de Ferry) (B), avait été béni le 1er juillet 1721 par Mgr. de Belsunce (A).

2. Formation

Après avoir fait, peut-être comme son père (B), ses études au Collège de l'Oratoire de Marseille, suivant un rapport de police erroné sur certains points, «M. le Chevalier de la Bastide a été mousquetaire» (H).

3. Carrière

Il semble s'être installé à Paris vers 1746 : le 16 juin, on donne l'ordre de l'élargir de la Bastille (I). En 1749, il est incarcéré au Fort-l'Evêque et à Bicêtre. Une fiche de police établie à son nom en mai 1751 (H) est tenue à jour pendant quelques années, mais il est ensuite protégé par l'évêque d'Orléans, Louis de Jarente, ancien vicaire général de Marseille, qui à deux reprises sollicite vainement pour lui une pension sur le Mercure (14 août 1758 et 14 janv. 1761 : J) et obtient en sa faveur, le 25 mai 1759, un sauf-conduit de trois mois accordé sous réserves : «Il n'est point de précaution dont le Sr. et la dame De Bastide ne doivent user pour empêcher que reviennent des plaintes» (K). D'abord attaché à M. le Marquis de Nesle chez qui «il a demeuré quelque temps» (H), il habite en octobre 1749 «rue Dauphine, près le marché de Tolbac» et, à la fin de 1753, il se retire «avec sa femme à la Ferté-sur-Marne» (Q). En 1758 il demeure «dans le passage qui conduit de la place et cloître Saint-Benoît à la rue de Sorbonne» (Nouveau choix, t. X, p. 15) et en 1760-61, à l'hôtel d'Espagne, rue Guénégaut (L, 994, 1187, 1196, 1284). Il est alors assez bien en cour pour éditer le Mémoire historique de la négociation de la France et de l'Angleterre. «Une mauvaise conduite» le force, au début de 1766, «à s'éloigner de Paris» (M) et il passe en Hollande pour «chercher fortune» (N, f° 75). Il se flatte de «l'accueil dont [l'] a honoré son illustre stathouder» (N, f° 72), mais bientôt s'établit à Bruxelles où il fait «sa cour» à Cobenzl et au prince Charles de Lorraine dont il célèbre la fête, le 4 novembre, en faisant représenter au Théâtre de la Monnaie deux comédies : Gésancour et Clémentine et Le Soldat par amour. En 1769, il parvient péniblement à fuir la Belgique malgré l'opposition du gouverneur général qui, l'année précédente, s'était refusé à lui accorder un sauf-conduit (O). Après avoir peut-être séjourné en Italie, puis «à la campagne», en Provence, vers 1774 il est de nouveau à Paris, dont «il sort au mois de juin 1787 pour venir à Marseille [...] dans l'espoir d'y trouver beaucoup de souscripteurs «pour une 3e édition de la Bibliothèque universelle des romans. L'orage «devint universel dans [sa] patrie» et il passa en Italie en octobre 1788 (P). En 1792, alors qu'il vit à Gênes, «nation éclairée», «sous les yeux et dans la compagnie des ministres» de France, il sollicite vainement en février, puis en novembre, l'autorisation de rentrer pour «servir sa patrie par l'usage de [sa] plume» (P). Il s'établit enfin à Milan, Porta Romana (G).

4. Situation de fortune

A maintes reprises, il connaît de terribles déboires financiers. 15 janvier 1754 : ne fait «point fortune avec ses romans et ses vers [...]. Sa femme, dit-on, a 3000 livres de rente, ils sont partis surchargés de dettes» (Q). 1768 : paraît à Bruxelles «chez Jean Furet, [...] sans approbation ni permission, et sans en avoir besoin», une comédie anonyme : Le Journaliste qui le présente sous les traits de «Griffon de Bastide» ; il était harcelé par les créanciers et le prince Charles lui avait «retiré le subside qu'il lui avait alloué sur les instances du comte de Cobenzl» (0). Par ailleurs ses «projets fous» (M.S.) sont toujours exactement chiffrés. Ex : Projet d'une Maison d'éducation : «8 élèves à 10 000 livres de pension chacun, par an [...]. Il s'engage à les nourrir, chauffer, éclairer, porter, instruire dans tous les arts, excepté le manège. Il les mènera aux spectacles, aux promenades,les fera dîner avec des artistes célèbres, etc.» (Bachaumont, 13 oct. 1764). Projet de ce qui deviendra le Journal de Bruxelles (1766) : faire souscrire à mille au moins des trois mille étudiants de l'Université de Louvain pour une somme de 12 livres par an : «Chaque professeur charmé de faire sa cour et touché des vues du bien engagera sa classe entière à souscrire [...]. Si à ce nombre j'ajoute celui des 500 que j'aurai sûrement dans cette ville, et dans l'étendue de l'Europe, Son Excellence verra clairement que par un mot elle peut me procurer dix mille livres de revenu» (N, f° 75). Pour le Nouveau choix du Mercure (1758), B. avait prévu des abonnements de 24 £ (t. XIII, Avis). Il devait remettre à Boissy 400 £ pour chaque volume, et «un petit intérêt au Sr. Le Bret». Il «fit paraître successivement les neuf premiers volumes, mais le succès ne répondant pas à son espérance [...] il n'y eut plus de quoi satisfaire M. de Boissy» (R, p. 38). Pour Le Monde comme il est (1760) les souscriptions, pour six mois, étaient de «10 livres 8 sols les frais de poste compris» (L, n° 994). Par ailleurs, nous avons quelques témoignages sur son «exactitude en affaires» : le 15 mai 1760 il offre à Rousseau «200 louis du manuscrit de La Nouvelle Héloïse» (L, 992 ; voir encore 994) ; vers le 1er décembre de la même année, il se propose de publier l'Emile, même partiellement, «moyennant 4 louis par feuille» (L, 1179) ; le 5, recevant de Duclos le manuscrit de l'Extrait de projet de paix perpétuelle, il lui remet aussitôt 12 louis ( L, 1187, 1184).

5. Opinions

Les dictionnaires biographiques du XIXe siècle affirment sans preuve qu'il se serait lié «très tôt avec Claude Crébillon, Voisenon et Dorat» (sic). Pour lui, il se vantait du «grand nombre de personnes à qui [il tenait] par le talent ou par l'amitié», mais il avait «trop de rivaux plus intrigants» (N, f° 72). En fait, pendant plus de vingt ans il ne semble avoir cessé d'être en quête d'un protecteur. En 1757-1758 il correspond avec Malesherbes qu'il met au courant de ses démêlés avec Le Bret, qui voulait, lui aussi, compiler les anciens numéros du Mercure («traité du 4 juin 1757», R, n° 15), puis avec Boissy, le titulaire du privilège (février-mars 1758) (R, n° 22-23 et 32). Il l'informe du projet du Nouveau Spectateur (S, n° 11-12 et 13), à la saison des vacances (juil. 1758, juil. 1759) («de Noisiel par Lagny») lui demande un censeur (S, n° 14 et 15-16) et bientôt lui fait part des difficultés qu'il rencontre auprès de Lambert, son libraire (T, n° 53 et 54, 1er sept. 1758). En 1763 il lui écrira encore pour solliciter l'autorisation de faire paraître ses Contes (U, n° 166-167 et 168). Mais il a surtout rêvé de faire carrière dans l'aura des «philosophes». Il se flatte particulièrement de l'amitié de d'Alembert : à la fin d'une lettre rendue publique, celui-ci proteste de son respect pour «une âme aussi honnête que [la sienne]» (N, f° 75), mais, mis en cause dans son projet pour une Maison d'éducation, il doit faire insérer dans les «papiers publics et notamment dans le Journal étranger une note où il avertit que s'il a consenti à être nommé dans le prospectus [...], c'est uniquement comme connaissant M. de Bastide [...], mais qu' [...] il n'a jamais prétendu se rendre responsable du projet dont il s'agit» (M.S., 25 oct. 1764). Fasciné par l'idée de publier des inédits de Rousseau, B. parvient en mai 1760 à s'introduire auprès de lui grâce à Duclos qui, en janvier 1761, finit par promettre à Jean-Jacques de le «délivrer de ses empressements» (L, n° 1227). Alors il se lie avec Coindet et en février l'accompagne plusieurs fois, le dimanche, à Montmorency. Après avoir espéré éditer par feuilles la Nouvelle Héloïse (L, 992,994) et l'Emile (L, 1179), puis formé le projet grandiose de «proposer des doutes» sur la Nouvelle-Héloïse qu'il voulait publier avec des réponses de Rousseau, «imprimées à mesure [qu'ils les écriraient]» (L, 1296), il doit se contenter de faire paraître, vers le 8 mars (L, 1339, 1357), l'Extrait du plan de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre ; le philosophe le lui avait offert «comme un sujet inaugural pour vous qui aimez la paix et dont les écrits la respirent» (L, 1182). Le paragraphe où Jean-Jacques condense ses impressions sur lui (début du livre XI des Confessions) ne rend pas parfaitement compte de leurs relations. En 1760, par l'intermédiaire de Thiériot, «le spectateur du monde» était entré en contact avec Voltaire : dans une longue lettre ironique, écrite, semble-t-il, dans le courant du printemps (D 9023), celui-ci l'invite à aborder la critique sociale avec plus de résolution ; le 8 octobre il promet vaguement des «rogatons» pour le Monde (D 9449) et, le 11 janvier 1761, annonce qu'il a reçu ce journal (D 9533). Bastide n'a longtemps été qu'un viveur opportuniste : il traduisait cependant sa pensée quand il faisait écrire au héros de L'Etre pensant, en 1755 : «Ma sorte de philosophie est un mépris général des préjugés et des usages» (p. 2). En novembre 1792, il affirme qu'il écrit «l'histoire de la république où il trouve sans cesse des sentiments, des actions, des maximes et des lois qui [le] font jouir d'avance de la gloire et du bonheur préparés à [sa] patrie» (P). A l'extrême fin de sa vie, il cherche à fonder à Milan une société littéraire et artistique de type «illuministe» sous les auspices du gouvernement : la Société des frères (V, 23 déc. 1797 ; 2 janv. 1798).

6. Activités journalistiques

Pendant près d'un demi-siècle B. a porté dans ses veines le virus journalistique. En 1749 il composait déjà un curieux périodique, dédié à Madame de M*** : les Nouvelles de la République des Belles, «suite d' [...] aventures par feuilles périodiques», continué au moins jusqu'à la fin de février 1750 (W). Voir D.P. 1 1015

Contributions au Mercure de France (1755-1756) ; 1774 (voir Cior 18). «Des vers galants, de jolis contes, des réponses amoureuses, des questions d'amour» (M).

Collaboration à la rédaction du Mercure (1756-1758). «La France entière sait avec quel succès j'ai fait, conjointement avec feu Boissy, pendant près de trois ans, le Mercure de France ; Boissy mourut ; on ne m'accorda point le privilège du Mercure ; [...] Marmontel jouit du fruit de mes travaux» (N, f. 74). Voir D.P.1 924

Publication d'une anthologie des journaux : Choix des anciens Mercures (puis Nouveau Choix de pièces tirées des anciens Mercures et des autres journaux), Rollin, Chaubert, Tissot, Lambert, Cellot, in-12 ; 15 vol.in-12, 1757-1758, avec une interruption au début de 1758 (D.P.1 2058). «Mon choix des meilleurs morceaux des anciens Mercures et des autres journaux a eu certainement du succès et de la réputation. Je l'ai porté jusqu'à quarante volumes. Un arrangement de Cour m'a fait interrompre cet ouvrage ; il a exigé de moi une lecture de 20 000 pages en 18 mois» (N, f° 74). Le projet de B. consistait à réduire à 50 volumes 4200 tonnes de journaux en publiant 16 volumes par an pendant «cinq ou six années». Cette anthologie, d'ailleurs assez bonne, peut elle-même être considérée comme un journal, car Bastide y publie des envois de lecteurs (ex : Le Berceau, comédie, t. XIII, juin 1758, p. 60-100), prévoit un prix spécial (30 sols le volume, au lieu de 36) pour les abonnés, auxquels il fait parvenir chaque tome «en même temps que le Mercure» (t. XIII, Avis) ; et, pour que chacun ait «ce qu'il aime», il fournit aux dépositaires «les articles séparés», chaque volume se composant de cinq «articles» de 48 pages chacun (t. X, p. 12).

Rédaction de journaux :

Le Nouveau Spectateur, Amsterdam et Paris, Rollin et Bauche, 8 vol. in-12° (imprimé chez Bauche, avec permission tacite : ms.fr. 22160, 120 et 22161, f° 1), août 1758-février 1760. «Mon Spectateur [...] a l'honneur d'être contrefait en Hollande» (N, f° 74) : Amsterdam, Aux dépens de la Compagnie 1760, 8 vol.in-8°.

Le Monde comme il est, «par l'Auteur du Nouveau Spectateur», «feuilles qui paraissent à Paris et à Versailles tous les deux jours» (L, n° 994) : 60 numéros, 20 mars-août 1760, Amsterdam et Paris, Bauche, 2 vol. in-12, suivi par Le Monde : 15 décembre 1760-février 1761, bi-mensuel de 120 pages, mêmes éditeurs (6 numéros en 2 vol. in-12 ; D.P.1 990). Ayant trouvé son journal «trop imparfait», Bastide s'est «assuré» cette fois «plusieurs des meilleures plumes de la nation dans bien des genres» (annonce dans le Mercure de déc. 1760, p. 113-116). «Mon Monde en quatre parties [...] a eu l'honneur d'être fait par les grands hommes de la France plus que par moi : c'est une espèce d'encyclopédie de goût à laquelle tous ces génies ont contribué (par estime pour moi) par des pièces faites exprès. C'est encore un ouvrage que le ministère de France a exigé que je ne continuasse pas parce que son succès nuisait à celui du Mercure, journal si protégé» (N, f° 75) ; cf. cette note de la Maison du roi (14 janv. 1761) : «On travaille plutôt à parvenir à la suppression de quelques ouvrages périodiques qu'à en augmenter le nombre qui font tomber le Mercure» (J) et la lettre de Bastide à Rousseau, du 12 février 1761 : «Une affreuse cabale s'est élevée contre mon recueil. On l'a cru contraire au succès du divin Mercure» (L, n° 1284).

Sur la collaboration, très importante sur le plan administratif, d'Antoine de Léris au Choix et au Nouveau Choix anciens Mercures, voir la notice «Léris» ; en ce qui concerne les rapports de Cochin avec B. et sa collaboration aux journaux de celui-ci, voir art. «Cochin».

Elixir littéraire ou Journal de l'Europe, La Haye, 1766, 3 vol.in-12 (mai, juin et juil.). Prohibé en France (f.fr. 21929, f° 24). Voir D.P.1 366.

Journal de Bruxelles ou le Penseur, Bruxelles, Imprimerie Royale, 1766-1767, 2 vol. in-l2. L'édition conservée à la bibliothèque de l'Arsenal comporte trois tomes en deux volumes : 10 livraisons bi-mensuelles (à l'Ars., la 6ème manque) (K). B. semble avoir rédigé simultanément un «Gazetin de Bruxelles »,supprimé par ordre du Gouverneur Général en décembre 1767 à cause de «la violence de ses personnalités» (O) et dont aucun exemplaire n’a été retrouvé. Suppression évoquée dans la Gazette d'Utrecht du 15 décembre et le Courrier du Bas-Rhin du 17, d'après lequel elle aurait été provoquée par des allusions malignes au Siège de Calais (K), et par Bachaumont : «Tant de particuliers dont on y relevait les ridicules se sont émeutés contre cet ouvrage que l'entrée en a été défendue en France, et le Ministère a pris la chose si fort à coeur qu'il y a intéressé celui de Vienne» (M.S., 30 déc.).Un pamphlet anonyme (0) ironisait alors sur l'échec des journaux de B. : «Les Flamands sont des esprits bornés [qui] ne font aucun cas de mon journal, qui est excellent, de la Gazette de Bruxelles, et qu'ils n'ont plus voulu de mon Gazetin». De son côté, le rédacteur du Courrier du Bas-Rhin écrivait, un peu plus tôt : «Vous avez passé successivement du métier de charlatan, quand vous faisiez l'Elixir littéraire, à celui de moraliste ennuyeux [...]. Vous avez voulu vous donner ensuite l'air d'un homme qui pense, mais vous avez quitté ce rôle, parce que le public a trouvé que vous ne le jouerez jamais de bonne grâce» (17 oct. 1761 ; K).

En Italie, B. cherchait encore à fonder un nouveau périodique, la Gazette universelle : sa requête au Conseil suprême du gouvernement (3 fév. 1791) fut présentée à la «session» du 14 février 1792, mais son projet ne fut reconnu «utile» que peu avant sa mort (23 déc. 1797) (V).

Cependant, la plus grande entreprise de B. fut certainement la Bibliothèque universelle des romans, publiée sans interruption de juillet 1775 à juin 1789 ; par bien des aspects, elle s'apparente à une entreprise journalistique ; 224 volumes, 926 titres. Lancée par B. avec le marquis de Paulmy et le comte de Tressan, à la suite de démêlés avec Paulmy (M.S., 30 déc. 1778) elle reposa entièrement sur lui et il fit appel à de nombreux collaborateurs (Poirier, p. 22, 30 : appel aux «gens de lettres», avril 1780). Privilège accordé à B. «pour six ans à partir du 15 juin 1775» et enregistré le 27 avril (f.fr. 22002 ; Poirier, p. 19, note 35).

7. Publications diverses

Voir Cior 18. Rectifier : Le Temple des arts, ou le Cabinet de M. Braancamp, Amsterdam, Marc-Michel Rey, in‑4°.

Les Aventures de Victoire Ponty. – Les Réflexions philosophiques sur la marche de nos idées «A Yverdun» [sic], «de l'imprimerie du Professeur de Félice», in-8°, 1769 (B.M. Grenoble, F 19979), sont l'oeuvre de Verlac de la Bastide «avocat et membre de l'Académie de Milhaud, né en 1741 «à Ségur, diocèse de Rodez» (Quérard, La France littéraire, p. 115-116), comme l'a montré G. Menant-Artigas (V.T.B.).

Ajouter : Mémoires apologétiques de M. de Bastide, ouvrage fait en cinq jours par la nécessité des circonstances, Bruxelles, 1766, ainsi que les livres édités par Bastide : Rousseau, J.J., Extrait du projet de paix perpétuelle, s.l., 1761. – Choiseul, E.F. de, Mémoires historique de la négociation de la France et de l'Angleterre depuis le 26 mars 1761 jusqu'au 20 septembre de la même année, Paris, Imprimerie Royale, 1761, in-8°. – Mopinot de la Chapotte, A.R., La Morale de l'histoire, Bruxelles, Imprimerie Royale, 1769, 3 vol. in-l2. – Blondel, J.F., L'Homme éclairé par les arts, Amsterdam et Paris, 1774, 2 vol. in-8°.

Attributions possibles : Les Mémoires de Madame la baronne de Saint-Clair, La Haye, 1753, 2 parties en un vol. in 12 (voir R.Mauzi, L'Idée du bonheur et L. Versini, Laclos et la tradition littéraire).- Les Refus, 1772 (voir Versini, Laclos et la tradition, p. 128, note 210).

8. Bibliographie

M.S., 7 janv., 12 et 13 août 1763, 10 juin, 13 et 25 oct. 1764, 13 juin 1765 – C.L., 1er juin et 15 déc. 1764. – (A) A.D. des Bouches-du-Rhône, registres de la paroisse des Accoules, Marseille ; Enregistrement des contrats de mariage de la Sénéchaussée de Marseille : contrat passé devant Me Maurin le 30 juin 1721. – (B) Achard, Histoire des hommes illustres de la Provence, Marseille, Mossy, 1787, t. 1, p. 62, citant l'éloge de J.J. de Bastide par La Visclède. – (C) A.D. des Bouches-du-Rhône, registres de la paroisse de Saint-Martin, Marseille.- (D) Artefeuil, Histoire héroïque et universelle de la noblesse de Provence, Avignon, Veuve Girard, 1757, t. II, p. 545. – (E) A.N. 399, f° 207. et Y 442, f° 45 – (F) B.N., f.fr. 22158, f. 121.- – (G) Milan, Archivio di Stato : Atti di Governo Popolazione, cart. 192 ; 1798, n° XXVII : nota delle persone morte dal 13 al 19 Messidoro anno VI Republicano. – (H) B.N., n.a.fr. 10781, f° 23 (texte cité par Leigh, n° 1284, note). – (I) Arsenal, ms. 12727, f° 41. – (J) A.N. 01 400, f° 490-491 et 01 403, f° 28-29.- (K) Renseignements communiqués par R. Granderoute. – (L) Leigh, t. VII (lettres n° 992, 994 ,1182 , 1184, 1187, 1188, 1196 et 91199) et t. VIII (n° 1227, 1268, 1284, 1285, 1286, 1296, 1299, 1313,1321, 1339, 1357). –– (M) Barbier A., Examen critique et complément des dictionnaires historiques les plus réputés, Paris, Rey et Gravier, 1820, p. 87-90 (notice rédigée d'après le Prospectus des Oeuvres choisies de M. de Bastide (1789), composé par l'auteur et aujourd'hui perdu). – (N) Billet, lettres et mémoire adressés à Cobenzl (août-déc. 1766), Bruxelles, Archives du Royaume, Archives de la Secrétairie d'état et de Guerre, n° 1067, f° 64-76. – (O) Faber F.J., Un Libelliste du XVIIIesiècle, Jean-François de Bastide en Belgique, 1766-1769, Bruxelles, Olivier, 1880.- (P) Lettre du 19 novembre 1792 aux «citoyens municipaux de Marseille» (A.N., AA 45, n° 1352 B, pièce 309). – (Q) B.N., f.fr. 22136, f° 355. – (R) B.N., f.fr. 22134. – (S) B.N., f.fr. 22147.- (T) B.N., f.fr. 22151.- (U) B.N., f.fr. 22143.- (V) Archivio di Stato, Milano, A.S.M. Sezione Storica ; Autografi, cart. 11, fasc. 19 : 23 déc. 1797, 2 janv. 1798 et nota d'ufficio, n° 1068, 9 janv. 1798. ; Sezione Storica ; Autografi, cart. 111, fasc. 19 : requête au Conseil suprême de Gouvernement du 3 février 1792. – (X) Ms. Ars. 11163 (Funck-Brentano, répertoire des archives de la Bastille, 1892) – Poirier R., La Bibliothèque universelle des romans. Rédacteurs, textes, public, Genève, Droz, 1977. – Piot Ch., «Le séjour de J.F. de Bastide à Bruxelles», Bulletin de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 1882, n° 7, p. 251-271. –Nolte F.O., «The authorship of a curious 18th century drama», P.M.L.A., t. XLV, p. 1032-1034. – Puttemans A., «La censure dans les Pays-Bas autrichiens», Mémoires de l'Académie royale de Belgique (Classe des lettres, t. XXXVII, 1935) – Menant-Artigas G., «Voltaire et les trois Bastide», R.H.L.F., t. LXXXIII, 1983, p. 29-44 (Bibliographie : p. 31, note 40).

9. Additif

Activités journalistiques: Durant toute l’année 1760, Bastide prolonge la vie de ses Spectators, passant du Nouveau Spectateur au Monde comme il est (mars 1760), puis au Monde en décembre. Mme Riccoboni, qui attendait depuis 1758 de faire paraître une revue comparable sous le nom de L’Abeille, se déclare exaspérée par cette obstination de B. à occuper le terrain. B. publie sa lettre dans le premier numéro du Monde, puis, à titre de compensation, quelques numéros de L’Abeille (voir ce titre dans D.P.1). Cette correspondance, certainement authentique, attire l’attention sur la concurrence que se livrent les spectateurs entre 1740 et 1760. La querelle est relatée par A. Lévrier dans Les Journaux de Marivaux et le monde des « spectateurs » (PUPS, 2007, p. 92-95). L’acharnement de B. à investir le monde des spectateurs s’explique pour des raisons financières. On a un autre exemple de cette obstination dans ses relations avec Jean-Jacques Rousseau : B. tente d’arracher à R. des pages de la Julie, de l’Émile, obtient des extraits du Projet de paix perpétuelle et finit par lasser R. On trouvera un résumé de ces relations dans la notice « Bastide » du Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau (dir. R. Trousson et F. Eigeldinger, Champion ,1996) par A.-M. Thornton (J. S.).

Bibliographie: Lévrier, Alexis, Les Journaux de Marivaux et le monde des « spectateurs », PUPS, 2007. – Dictionnaire de Jean-Jacques Rousseau , dir. R. Trousson et F. Eigeldinger, Champion ,1996 (J. S.).

BARBEU DU BOURG

Numéro

029

Prénom

Jacques

Naissance

1709

Décès

1779

Jacques Barbeu du Bourg (ou Dubourg) est né à Mayenne le 12 février 1709 et fut baptisé le même jour en l'église Saint-Martin. Son père, Claude Barbeu du Bourg, sieur des Cheminées, marchand toilier de Mayenne, était né en 1655 de Mathurin Barbeu, sieur du Bourg, avocat en Parlement, et de Jacqueline Triguel ; sa mère, Françoise Gournay, était fille de Simon, sieur de Fougerolles et de Marie Leudière. Jacques Barbeu du Bourg aurait eu deux frères ecclésiastiques (selon Vicq d'Azyr) et une soeur, qui eut pour fils Jean Lair de Lamotte, secrétaire de Franklin.

2. Formation

Il acheva sa philosophie dès l'âge de quinze ans (Delaunay) et envisagea une carrière ecclésiastique ; il apprit les langues classiques et l'hébreu, le droit et les mathématiques. Vers 1735, il a renoncé au sacerdoce, s'est inscrit à la Faculté de Droit et est employé comme précepteur chez les Matignon (B.N., T18 121-239) ; c'est là qu'il fait la connaissance de Bolingbroke. Il entreprend ensuite des études de médecine à l'Université de Paris, soutient sa thèse cardinale le 27 avril 1747, sa troisième thèse le 8 février 1748, est intronisé docteur régent le 18 décembre. Il a été membre associé de la Société Royale des Sciences de Montpellier, de l'Académie des Sciences de Stockholm, de la Société Royale de Médecine de Londres et fut élu, en janvier 1771, membre de la Société Philosophique de Philadelphie (Delaunay, p. 67) ; il fut élu associé ordinaire de la Société Royale de Médecine de Paris le 18 mai 1779.

3. Carrière

Il s'installe comme médecin à Paris d'abord rue de l'Eperon (1748), puis rue Saint-Dominique, rue Saint-Benoît (1753), rue des Rosiers (1755), rue du Cimetière Saint-André (1758), rue Copeau, faubourg Saint-Victor (1762 ou 1763) et enfin à Saint-Germain-des-Prés (A .R. 1780, p. 455). Il enseigna à la Faculté de Médecine : la pharmacie vers 1752-1753 (page de titre de sa Chronographie), la chirurgie en 1758 (A .R. de 1759, p. 342) puis en 1769 (Delaunay, p. 49). En 1762 il était devenu médecin-régent de la Faculté de Médecine (Gazette de médecine, 1762, t. IV, p. 294). A la fin de sa vie, il ne soigne plus que les pauvres et ses amis, parmi lesquels Diderot et Thérèse Levasseur.

4. Situation de fortune

L'inventaire après décès (A.N., Z23627) montre que, s'il avait modestement débuté comme précepteur, il est parvenu à mener une vie relativement confortable. En même temps qu'un médecin, professeur, journaliste, c'était un homme d'affaires qui empruntait et prêtait d'importantes sommes d'argent (cf. lettre de Mme Diderot à sa fille Angélique du 26 juin 1773, fonds Vandeul, Chaumont, II E 8, 26). Dès 1761, il était en correspondance avec Franklin, puis avec Deane et Lee. Le 31 mai 1776, il crée une société avec différents commerçants pour le commerce avec les Insurgents. En 1777, il fonde une autre société à laquelle participe Hugues Tarraval, peintre du Roi, et s'engage à fournir une somme de trois cent mille livres (M.C. 827, n° 9). Il est en rapport d'affaires avec le banquier Grand pour équiper 1300 soldats (M.C. 827, n° 10). Il a des correspondants à Rouen et à Bordeaux, et, tout comme Beaumarchais, il affrète un navire, la «Reine Blanche», qui quitte La Rochelle le 13 août 1777, et sera capturé par les Anglais en avril 1778. Sans se décourager, en septembre 1778, Dubourg fonde une nouvelle société dont le capital sera employé «en une pacotille de drogues de médecine pour les Etats-Unis d'Amérique à frais et bénéfices communs» (A.N. Z23627). Les oppositions à la levée des scellés après sa mort montrent qu'il laissait quelques dettes qui ont sans doute été compensées par la vente de sa bibliothèque (Journal de Paris, n° 102, 11 avril 1780, Aldridge, p. 361), sans que l'on puisse affirmer qu'il ait été ruiné par les affaires d'Amérique. Il avait, dans les années 70, entrepris de coûteuses expériences sur les fours à poulets et sur l'influence de la composition des sols sur les grains ; P. Delaunay ajoute que, sur la page de titre de l'exemplaire de la Lettre d'un médecin de la Faculté de Paris à un de ses confrères au sujet de la Société Royale de Médecine (février 1779), conservé à la B.N., un lecteur de l'époque a écrit : «par M. Barbeu du Bourg, qui ensuite s'est fait sociétaire, ayant perdu sa femme, sa tête et son argent» (p. 81). B. qui figurait alors dans la liste des «banquiers pour les traites et remises de place en place» demanda à être rayé de la liste des «docteurs-régents» dans le courant de 1777 (Almanach royal de 1778, p. 511).

5. Opinions

B. fut un pamphlétaire malicieux et mordant qui s'illustra par de nombreuses polémiques. Dès 1743, dans sa Lettre d'un garçon barbier, il demandait l'accès à la maîtrise ès-arts pour les professions paramédicales. A partir de 1754, il s'éleva contre les interventions intempestives des chirurgiens et contre la saignée ; il publia deux Lettres d'un médecin à une dame au sujet d'une expérience de chirurgie faite à l'Hôpital de la Charité (1754), la Lettre d'un garçon chirurgien... (1757), la Lettre à M. Ch. doyen de la Faculté de Médecine... (juil. 1765) et fit publier un avis signalant qu'il continuait de soigner «les fluxions de poitrine et autres maladies inflammatoires sans la saignée» (B.N., T18 121-239). Il soutint la légitimité des naissances tardives dans ses Recherches sur la durée de la grossesse et le terme de l'accouchement et couvrit de sarcasmes Astruc, Louis et Bouvart (C.L., éd. Tourneux, t. VIII, p. 405). A partir de 1768, il prit nettement parti pour les inoculationistes, donna deux Mémoires à consulter pour M. Jacques Barbeu du Bourg et consorts (M.S., 4 et 7 août, 18 sept. 1768 : t. XIX, p. 11 ; IV, p. 75 et 107-109) suivis en 1769 de l'Opinion d'un médecin de la Faculté de Paris sur l'inoculation de la petite vérole. Enfin, après avoir participé avec ardeur à la rénovation de la Faculté de Médecine face à la concurrence de la Société Royale, il tenta dans sa Lettre d'un médecin de Paris de réconcilier les deux corps ; son entrée à la Société Royale passa pour une trahison (M.S., t. XIV, p. 315).

Il collabora à l'Encyclopédie à partir du t. III en 1753 (J. Proust, L'Encyclopédie, 1965, p. 86 ; H. Zeiler, Les Collaborateurs médicaux de l'Encyclopédie, Paris, 1934 ; M. Laignel-Lavastine, «Les médecins collaborateurs de l'Encyclopédie», Revue d'histoire des sciences, juil .-déc. 1951). Il fut un grand ami de Franklin avec qui il entretint une correspondance dès 1767 (voir les Oeuvres de M. Franklin, Quillau, 1773 et la Correspondance inédite et secrète du docteur Franklin..., Paris, 1817, t. I ; P. Delaunay, p. 63-67). Enfin il fut le rival de Beaumarchais auprès des envoyés du Congrès américain, rivalité diplomatique mais aussi commerciale (v. & 4).

6. Activités journalistiques

Du 1eravril 1761 au 19 janvier 1763, B. rédigea la Gazette de médecine, y compris le tome de 1762-1763 qui porte le titre de Gazette d'Epidaure. Ce journal eut assez de succès pour être contrefait à l'étranger dès juillet 1761 et pour amener Dumoncheau, médecin de l'Hôpital militaire à signer «Barbeu du B.» ses Anecdotes de médecine (M.S., 25 mai 1762 ; Delaunay, p. 34). B. a publié dans le Journal de médecine (t. XIV, janv. 1762, p. 46 et suiv.) son Examen des eaux de Briquebec, dans le Mercure de France de décembre 1768, son «Code de l'humanité, ou Loix immuables qui servent de base aux devoirs, aux droits et au bonheur de l'homme». Il collabora aux Ephémérides du Citoyen par ses traductions du London Chronicle (1767-1769) ou de prétendues traductions de la Pensylvania Chronicle (1771), qui n'existent pas dans l'original (Aldridge). Sous le pseudonyme de Samuel Jones, il collabora au Journal anglais (15 nov., 30 nov., 30 déc. 1775). En 1774, il avait tenté de créer le premier journal franco-américain, Le Correspondant de Philadelphie, mais n'obtint pas l'approbation.

7. Publications diverses

Cior 18, n° 9433-9451. Y ajouter les Eléments de médecine en forme d'aphorismes, 1780, in-12 de 104 p. (trad. all., Strasbourg, 1783) ; en retirer les Anecdotes de médecine de Du Monchau.

8. Bibliographie

B.Un., D.B.F.- M.S., C.L.Diderot, Correspondance, éd. Roth-Varloot). – A.N., Z23627 et M.C., 827. – Angot A., Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, Goupil, 1903, p. 155-156.Delaunay P., «Vieux médecins mayennais, Barbeu du Bourg», dans le Bulletin de la commission historique et archéologique de la Mayenne, 2esérie, t. XIX, 1903, p. 15-89 ; cette étude cite à plusieurs reprises l'«Eloge de M. Dubourg» publié par Vicq d'Azyr dans les Eloges historiques, t. II, Paris, 1805, p. 181-186. – Aldridge A.O., «Barbeu du Bourg» dans The American Philosophical Society proceedings, Philadelphie, 1951, p. 331-392.

BACHER

Auteurs

Numéro

024

Prénom

Alexandre

Naissance

1740

Décès

1807

Alexandre André Philippe Frédéric Bacher (Dezeimeris ; Bayle et de Thillaye) appartenait à une «longue suite de médecins qui se sont distingués dans l'exercice de leur profession». Plusieurs Bacher ont été médecins ou chirurgiens, à Hegenheim, puis à Blotzheim, à Roderen ou à Thann, dans la seconde moitié du XVIIesiècle et la première moitié du XVIIIe. Il était le fils aîné de Georges Frédéric, né à Blotzheim-Neuweg le 26 novembre 1709 (Joseph Schmidlin, Geschichte von Dorf und Bann Blotzheim, St. Louis, 1906, p. 430, cité par C.

2. Formation

B.a probablement suivi les cours de l'Ecole latine de Thann, tenue par les franciscains, comme son frère Thiébaud. Dezeimeris assure qu'il «commença de très bonne heure, et sous les yeux de son père, l'étude de la médecine», qu'il «alla la continuer dans la faculté de Besançon, où il fut reçu docteur en 1764» (on ne peut en trouver la confirmation dans les registres, en raison des lacunes qu'ils comportent). «Il vint ensuite à Paris, se mit sur les bancs de la faculté de cette ville, et prit le titre de docteur-régent en 1772». Il figure effectivement pour la première fois sur la liste des docteurs-régents de l'Université de Paris dans l' A.R. de 1773 (p. 356).

3. Carrière

B.se fixa à Paris pour exercer la médecine. En 1772 il demeurait Vieille rue du Temple, «vis-à-vis » ou «à côté de la rue du Roi de Sicile» (A.R. 1773,1774, etc.), ou «près de la rue Sainte Croix » (A.R. 1780, p. 457). Avant 1785, il s'installa «rue d'Anjou, au Marais» (A.R. 1785, p. 479, 1786, 1787, 1788, etc.).

4. Situation de fortune

Au moins dans sa jeunesse, B.disposa, semble-t-il, d'appréciables sources de revenus, car son père avait inventé des pilules «toniques», à base d'ellébore noir, de myrrhe et de chardon béni, qu'il appliquait particulièrement au traitement de l'hydropisie, et, d'après Dezeimeris, la publication de leur formule (Recueil des observations faites dans les hôpitaux militaires, 1772) valut à B. une pension de 4000 £ au moment où il commença d'exercer.

5. Opinions

La violence des polémiques auxquelles il se livra étonna le public. Il prit à partie le censeur Carrère qui venait de faire paraître sa Bibliothèque littéraire, historique et critique de la médecine ancienne et moderne (1777) ; le célèbre Bouvart qu'il accusa d'être responsable de la mort de l'archevêque de Paris, pour avoir prescrit un traitement contraire à celui qu'il avait préconisé, et qui le fit censurer par la faculté de médecine (1782) ; M. de Lassone, premier médecin du roi et de Marie-Antoinette ; enfin la Société Royale de Médecine, qu'il accusait de ne servir «que des intérêts particuliers» (D.B.F.). Il «embrassa les principes de la révolution» avec «exaltation» (B.C.) et vers 1793 se lança dans des recherches philosophiques dont l'immensité et la hardiesse ont effrayé ses premiers biographes. Sa façon d'aborder «la machine sociale» et ses «systèmes philanthropiques» pourraient le faire considérer comme un précurseur de Fourier. Pour attirer l'attention sur ses projets, il fit précéder ses Opinions écartées par l'évidence d'une «Adresse aux Français» (1798), puis «au Corps législatif» (1799), mais jamais il ne put professer oralement son Cours de droit public, dont les trois derniers tomes, s'il faut en croire la B.N.C., ne furent même jamais mis en vente.

6. Activités journalistiques

A partir d'octobre 1776 B.assura la rédaction du Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie, en collaboration avec Du Mangin, autre régent de la faculté de médecine de Paris, qui demeurait au Cul de Sac Sourdis, rue des Fossés Saint-Germain. En dehors de ses lettres à M. Bouvart (t. LVII), les principaux articles qu'il y a fournis, d'après la Table publiée en 1788 par Le Roux des Tillets, portent sur «le magnétisme animal» (t. LXII) et sur «les habitudes dangereuses et maladies obscures» (t. LXV). A partir de 1791 (t. LXXXVII), il continua seul la publication du Journal de médecine, jusqu'au moment où elle fut interrompue, au tome XCIV (août 1793). D'après A.M. Lautour, il chercha vainement à la reprendre en 1796.

7. Publications diverses

Recherches sur les maladies chroniques, particulièrement sur les hydropisies et sur les moyens de les guérir, Paris, 1776 (B. a probablement contribué à cette publication, couronnement de celles de son père).– Extrait du Journal de médecine [...] du mois d'avril 1777. Réponse de M. Bacher [...] à M. Carrère, s.l.n.d. Lettre [et Seconde lettre] de M. Bacher à M. Bouvart. Extrait du Journal de médecine de janvier [et février] 1782, s.l.n.d. – Lettre à M. de Lassone, s.l.n.d. Les Opinions écartées par l'évidence, ou Cours de droit public selon les principes sur lesquels se fonde le respect motivé des propriétés personnelles territoriales et mobiliaires, Paris, rue du Bac, 610, an V. Instituts religieux, ou Cours de droit public [...], vol. Premier [Premier-Second cahier], Paris,an Vl-an VlII, 2 vol.– Cours de droit public, t. I, Paris, Desenne, an IX (quatre autres tomes suivirent, jusqu'à l'an XI, publiés par «Mme Huzard»).– De la médecine considérée politiquement, Paris, Mme Huzard, an Xl.– Il rédigea un Mémoire sur l'enseignement de la médecine, dans lequel il expose notamment ses conceptions journalistiques.

8. Bibliographie

8. B.N.C., B.U.C. ; B.Un., D.B.F. – Dezeimeris, Ollivier (d'Angers) et Raige-Delorme, Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne [...], Paris, Béchet jeune, et Bruxelles, 1828, t. I, 1re partie, p. 221-222. – Bayle A.L.J.et Thillaye, Biographie médicale par ordre chronologique [...], Adolphe Delahays, 1855, t. II, Paris, p. 373. – Oberreiner C., «Figures thannoises, les Bacher», Journal de Thann, 24 et 25 janvier 1929 ; id., «Marc-Henri Bacher, chirurgien à Roderen au XVIIIe siècle», ibid., 20 mai 1932. –Hascher M. et H., et Vetter T., «De la médecine praticienne à la pharmacologie clinique au XVIIIe siècle, les pilules toniques de Bacher», dans Mélanges Anichkov, Institut de médecine expérimentale de Léningrad.

ARTIGNY

Auteurs

Numéro

019

Prénom

Antoine d'

Naissance

1704

Décès

1768

Antoine d'Artigny fut baptisé à Vienne le 29 mars 1704 ; il était «fils légitime de M. d'Artigny, capitaine dans le régiment de Villery» et de «Dame Etiennette Penin» ; son parrain fut Antoine Penin, fils de Joseph Penin, Conseiller du Roi, Receveur des Consignations de Vienne, et sa marraine Magdeleine Ballet, fille de Joseph Ballet, avocat au Parlement (A.M. Vienne, paroisse de Saint-André le Bas, 7e registre de 1692, p. 174). Il mourut dans la même ville le 6 mai 1768 (A.D. lsère, II G 22, f° 224-226).

2. Formation

«Placé fort jeune dans l'église Saint-Maurice de Vienne» (Rochas), il y fit, semble-t-il, toutes ses études ; il figure en tout cas parmi les «clercs» de la primatiale de septembre 1715 à 1726 (II G 14).

3. Carrière

Toute sa carrière ecclésiastique se déroula dans la même église : il y fut diacre en 1726 (II G 15), «prêtre incorporé» en 1728, puis «maître de choeur» le 14 novembre 1755 (II G 22, f° 5), recteur de la chapelle du Saint-Sépulcre le 1er juin 1758 (ibid. f° 126) et enfin chanoine le 2 octobre 1760 (ibid., f° 164-165). En 1731, «attendu [son] peu d'assiduité» aux offices, il n'est pas compris dans les «petits rôles» (II G 16, f° 161). Plus tard, il promet de «remplir exactement [ses] fonctions» de coadjuteur, et à la fin de sa vie, ses signatures dans le registre des délibérations du chapître montrent qu'il ne quitte plus guère Vienne. Il s'est plaint d'être «à cent lieues de la capitale», dans une ville «sans aucune ressource» pour les bibliophiles ; il a sans doute fait de courts voyages à Lyon et environs, mais son assiduité aux délibérations des prêtres «collégés» de Saint-Maurice semble parfaite de 1734 à 1751 (II G 50) ; une absence en mai et juin 1740. De la fin d'avril 1767 au 20 avril 1768 sa signature manque dans le registre des délibérations capitulaires.

4. Situation de fortune

Il reste plus de trente ans inscrit dans les Petits Rôles comme commensal d'un chanoine (II G 43) ; le rectorat de la chapelle du Saint-Sépulcre lui procure quelques centaines de livres (II G 138). Devenu chanoine, il dispose enfin de plusieurs milliers de livres de rente, quitte à entretenir trois commensaux ; la dîme perçue par les «seigneurs» du chapître de Saint-Maurice fournissait environ 30 000 £ de rente agricole vers 1733-1740, 50 000 vers 1785-1790 (II G 2l et 23). Il put alors se livrer à la collection des monnaies et accepter les offres les plus imposantes de Calvet (deux collections comportant 4 à 500 grands bronzes, avr. 1766, B.U. Avignon, ms. 3050).

5. Opinions

Après avoir fréquenté dans sa jeunesse le milieu des «littérateurs lyonnais» : Brossette (N.M., t. XI, p. 393), les abbés J.-L. Le Clerc, supérieur de Saint-lrénée, Tricaud et Michel, chanoines d'Ainay (t. VII, p. 5-6), il entretient de 1764 à sa mort une correspondance soutenue avec Calvet (B.V. Avignon, ms. 2349, 2352 et 3050 ; B.V. Marseille, ms. 1509). Très éclectique dans ses goûts, il aimait surtout «la douceur et la modération», qualités qu'il a parfois attribuées ironiquement aux jansénistes ; les Jésuites ont parlé élogieusement de son journal (Mémoires de Trévoux, oct. 1749, déc. 1751). Sa modestie, sa «politesse pour tous ceux qu'il reprenait» (Goujet, N.M., t. III, avertissement) et sa passion naïve pour tous les petits faits vrais lui valurent des collaborations inattendues. Goujet lui communique de nombreuses rectifications (ibid.) et demeure en relations avec lui ; Rousset de Missy lui envoie une longue lettre sur La Barre de Beaumarchais et Bruys, qu'il publie en la critiquant aimablement (N.M., t. IV, p. 439-450). Voir également l'article de L. Couture, et le manuscrit de l'abbé Joly sur A. (B.V. Dijon, ms. 1149).

6. Activités journalistiques

(N.M.) Nouveaux Mémoires d'histoire, de critique et de littérature, Paris, Debure l'aîné, 7 vol. in-12 : t. I et II, 1749 ; t. III et IV, 1750-1751 ; t. V et VI, 1753 ; t. VII, «pour servir de Supplément aux six premiers volumes», 1756. La matière des N.M et leur publication échelonnée, prolongée à trois reprises, permettent d'assimiler cet ouvrage à un périodique. A. ayant «fait communiquer son manuscrit à un curieux avant que de le risquer à l'impression» (t. I, préface), on trouve dans les premiers tomes des notes incisives qui ne sont pas toutes obligeantes à son égard ; elles semblent dues à Lenglet-Dufresnoy, conseiller littéraire de Debure (v. N.M., t. VII, p. 323 ; G. Sheridan, Nicolas Lenglet Dufresnoy and the literary underworld of the ancien regime, S.V.E.C. 262, 1989, p. 173-174). A. reconnaît avoir emprunté à «plusieurs savants de Paris» et publie des articles de Le Mascrier (t. III, p. 407-460), de J.B. Le Clerc (t. V, p. 421-424), parfois sans donner le nom de l'auteur : J. Bertrand a montré que les pages 3-24, 202-210, 254-257 du t. V, sont empruntées à un manuscrit de Le Clerc, conservé au séminaire de Saint-Sulpice, le Traité du plagiat (Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent-Josse Le Clerc, Paris, 1878, texte repris dans la Bibliothèque sulpicienne, Paris, 1900).

7. Publications diverses

Relation de ce qui s'est passé dans une assemblée tenue au bas du Parnasse, La Haye, Paupie, 1739, in-12. Les circonstances de publication de cette fantaisie satirique sont énigmatiques. Le texte de la 1re édition semble comporter des interpolations dues à Prévost (J. Sgard, Prévost romancier, Corti, 1968, p. 357-359). Quelques mois plus tard, A. envoya à Paupie un texte augmenté dont il n'entendit plus parler en dépit de l'intervention de Du Sauzet (N.M. t. I, p. 323) ; ce texte fut publié, déformé lui aussi par Jean Neaulme, dans le t. I du Petit Réservoir, et attribué à son «premier auteur» (avant-propos, p. 6). A. publie dans le t. VII des N.M. (p. 399 et suiv.) des éclaircissements qui illustrent sa candeur : au milieu de passages sérieux de sa Relation apparaît la «préface pour la seconde édition», exercice d'humour gascon (p. 409-415) qui laisse soupçonner une nouvelle interpolation.

8. Bibliographie

Rochas A., Bibliographie du Dauphiné, Paris, 1856, in-8°. – Couture L., « les correspondants de Chaudon. III : l’abbé d’Artigny », Revue Gasconne, 1903, p. 19-57.

AQUlN

Auteurs

Numéro

014

Prénom

Pierre d'

Naissance

1720

Décès

1796?

Pierre Louis d'Aquin (D ** de C **, en 1780 ; d'Aquin de Chateau-Lyon, en 1785), qui utilisa vers la fin de sa vie des pseudonymes malicieux (« Rabelais d'Aquin», «un esprit folet»), naquit à Paris en 1720 et y mourut en 1795 (Cior 18) ou 1796 (D.B.F., Grove) ou «vers 1797» (B.Un.). Il était le fils de Louis Claude d'Aquin, le musicien (4 juil. 1694 - 15 juin 1772), qui fut organiste à la chapelle royale à partir de 1739, après avoir remporté, au détriment de Rameau, le concours pour l'orgue de Saint-Paul (1727).

2. Formation

Il plaisante sur son état de médecin dans une lettre à Voltaire du 14 mars 1757 (D 7198) où il ajoute que le jour où il avait «eu l'honneur de [le] saluer pour la première fois» (et il semble bien que c'était l'année précédente),il portait «le manteau court» d'abbé. Selon la B.Un., il n'était que bachelier en médecine, et le Nécrologe le présente comme «moins occupé d'une telle profession que des Lettres, auxquelles il paraît l'avoir sacrifiée».

3. Carrière

En mars 1757, il demeurait «rue Saint-Antoine, proche St-Paul» (D 7198), adresse que Voltaire rappela à Damilaville en 1764 (D 16055).

4. Situation de fortune

Au début de sa carrière d'Aquin semble s'être cherché des protecteurs (Ode au grand Conty, 1745 ; Dédicace de la Pléiade française à Titon du Tillet, 1754). Son père avait vécu «étroitement» et «mourut pauvre». Dans sa dernière maladie «il aurait manqué de secours si M. Médor, curé de Saint-Paul et M. le Comte d'Eu n'avaient [...] pourvu à ses besoins, car il avait déjà épuisé la générosité d'une belle-fille qu'il avait alors et qui avait sacrifié presque toute sa dot pour tranquilliser ses vieux jours». Ces quelques indications du Nécrologe (t. V, p. 198) inspirées par P.L. d'Aquin, montrent assez clairement combien les ressources de celui-ci étaient alors précaires.

5. Opinions

La satire que d'Aquin a écrite contre la «corruption du goût» est une nouvelle et tardive attaque contre les «néologistes» de la Régence, et parmi les plus remarquables écrivains du «Siècle de Louis XV», il classe indistinctement Destouches et La Chaussée, Montesquieu et d'Alembert, «ce nom si fameux dans la République des Lettres» (Amusements, t. IV, p. 3), Gresset et l'abbé Trublet. Réservé à l'égard de Rousseau qu'il se représente en 1759 comme le type même du «misanthrope», doué d'une «singulière énergie» et capable d'inspirer «une espèce d'enthousiasme» (ibid., t. III, p. 289), il s'est toujours reconnu deux maîtres : Fontenelle, qui unissait «les moeurs d'un philosophe aimable et les sentiments d'un bon citoyen» (Lettres, 1751, p. 104), mais surtout Voltaire, qu'il n'a guère cessé de louer, sans approuver absolument son attitude à l'égard du christianisme. Fortement inspiré par Chaumeix dont les «écrits pour la défense de la religion [étaient alors] si connus» (Amusements, t. IV, p. 289), le Censeur hebdomadaire comporte des attaques très vigoureuses contre «les Encyclopédistes [qui] se donnent comme des lumières» (prospectus dans les Amusements, t. IV, p. 289). «Nous ne sommes pas théologiens, mais nous sommes chrétiens et nous mettons notre gloire à en faire hautement profession». Ce combat ne convenait guère à l'opportunisme de d'Aquin : dans une lettre du 15 juin 1764 (D 11906), il remercie Voltaire d'avoir «mis aux galères» «l'avocat Soret», «le prélat Guion», «le convulsionnaire Chaumeix», «le patriarche Gauchat» et surtout Fréron, «l'Aristarque des charniers» ; il ajoute à la liste «le récollet Hayer et l'atome du Rosoi et le manchot Le Roi et le bègue Baculard et le paralytique Mangenot et le jurisconsulte Monnory», raille férocement «le cher Bastide», mais il absoudrait volontiers Palissot, prend la défense de Maillet-Duclairon et de «Mr. Panckoucke», libraire «galant homme», honoré de l'estime de M. de Buffon, et déclare qu'il est «fort lié» avec un «garçon rempli d'esprit» comme Poinsinet. Sur la querelle qui opposa à d'Aquin Caux de Cappeval, à propos du Siècle littéraire de Louis XV, leur réconciliation, favorisée par leur prises de position en faveur de la musique française lors de la Querelle des Bouffons, et leur amitié, voir la notice consacrée à celui-ci.

6. Activités journalistiques

En collaboration avec Caux de Cappeval (F.L., II 89), Amusements d'un homme de lettres ou Jugements raisonnés et concis de tous les livres qui ont parus (sic) tant en France que dans les pays étrangers, pendant l'année 1759, divisés par semaines, à Mannheim, et à Paris, chez Cailleau. Suivant les termes du prospectus, rappelés dans l'Avertissement placé en tête du t. III, le journal devait comprendre, pour 10 £ par an à Paris et 13 en province et à l'étranger, «60 cahiers de 24 pages, qui formeraient 4 volumes in-12», «les souscripteurs de la capitale recevant [..] par mois 5 cahiers, c'est-à-dire un cahier, le lundi de chaque semaine», les provinciaux et les étrangers «3 cahiers à la fois». Les auteurs se proposaient de faire «un précis impartial de toutes les nouveautés qui paraîtraient en littérature [...] sans méchanceté, sans pédanterie, sans pesanteur». Rappelé à la fin du printemps de 1759 pour faire tarir «des bruits importuns et fatiguants sur la disparition prochaine du journal» (t. III, p. 4), ce programme fut tenu assez exactement et les quatre volumes furent aussi vendus, reliés, en 1760. Comme chaque feuille portait le titre de La Semaine littéraire, c'est ce nom qui resta attaché à cette publication.

En collaboration avec A.J. Chaumeix, Le Censeur hebdomadaire, 1760-1762, à Utrecht et se trouve à Paris chez Cuissart. Les auteurs se promettaient de fournir chaque année, pour 18 £, 52 cahiers de 2 feuilles in-8° paraissant tous les lundis, soit «4 volumes de 416 pages chacun». Ils se présentaient comme des «juges sévères, mais intègres», désireux d'entreprendre «ce qu'aucun journaliste n'[avait] encore entrepris, des réflexions générales sur les règles fondamentales de la littérature» (Amusements, t. III, p. 317-325).

Entre 1759 et 1765 d'Aquin apparaissait effectivement comme le spécialiste des journaux littéraires hebdomadaires et à ce titre, il a plusieurs fois retenu l'attention de Voltaire : ayant reçu de Deodati di Tovazzi un livre sur l'excellence de la langue italienne, celui-ci demande, le 25 janvier 1761 (D 9573), à Damilaville et Thieriot d'intervenir auprès de lui pour qu'il fasse paraître «dans son hebdomadaire» la réponse du maître ; le 28 mai et le 5 juin 1764, il interroge Damilaville au sujet d'un «Avant-Coureur [que d'Aquin] dit donner au public toutes les semaines» (D 11896, 11901) et le journaliste lui ayant «fait hommage [de ses] feuilles de chêne», il assure celui-ci de sa souscription le 22 (D 11906, 11941). Le 6, les Mémoires secrets (t. XVI, Additions, p. 195) indiquaient que La Dixmerie (voir sa notice par R. Granderoute) était «depuis quelque temps à la tête de l'Avant-Coureur» avec d'Aquin et de Villemer. Le 10 avril 1766 (XVI 265), ils confirmaient ses dires, tout en mentionnant le fait que «le Mercure» ayant «gagné son procès contre l'Avant-Coureur en partie, il [était] défendu à ce dernier d'insérer aucune pièce fugitive. Quant à la partie des spectacles il est resté en possession». Un «état des ouvrages périodiques» rédigé en mai 1765 et destiné au lieutenant-général de police (n.a.fr. 1180, f° 48 v. et 53 r.), indique que l'Avant-Coureur a pour «auteurs MM. Daquin et de Villemer», pour censeur Coqueley, pour imprimeur Lambert et pour «distributeur Panckoucke». «Daquin a 600 livres en tout pour le faire, et M. de Villemer en retire 150 livres comme associé au privilège». Lambert et Lacombe, 1760-1773, 13 vol. (Ars., 18628).

Après avoir peut-être rédigé les Etrennes d'Apollon, petit almanach vendu 10 s. en 1760 (Amusements, t. IV, p. 312), D'Aquin publia de 1771 à 1793 («A Athènes, et se trouve à Paris chez la veuve Duchesne, Valleyre l'aîné, Prault fils aîné, Durand neveu, Le Jay, etc.»), puis à partir de 1789, (chez la veuve Duchesne et Defer de Maisonneuve) l'Almanach littéraire ou Etrennes d'Apollon, recueil aimable et varié de poèmes, d'anecdotes, notices, «bouquets» et textes divers, parmi lesquels notamment des inédits de Voltaire, 17 vol. petit in-12, dont Grand-Carteret et Monglond ont donné la description. «A cette collection », rivale de l'Almanach des Muses, C.J.B. Lucas-Rochemont a ajouté 4 volumes, 1801-1804, «le vingt-deuxième volume ne contenant que des poésies, publiées par Millevoye» (B.Un.). Enfin d'Aquin se proposait de lancer le Messager croustilleux ou la Semaine récréative, avec une sauce piquante. Année 1793, l'an 2e de la République. Par un esprit folet, dont il ne semble jamais avoir publié que le prospectus, Paris, Demoraine, in-12 de 2 p.

7. Publications diverses

Opuscules : Essai d'une jeune Muse sur le retour du Roi, Paris, Impr. de Prault père, 1744. Le Triomphe de l'hymen, ou le Mariage de Monseigneur le Dauphin. Poème par M. Daquin fils, Paris, Thiboust, impr. du Roi, 1745. – Ode au grand Conty par M. Daquin fils, avec un petit recueil de différentes pièces de poésies, par le même auteur, Paris, Impr. de Thiboust, 1745.– Idée du siècle littéraire présent réduit à six vrais auteurs, s.l.n.d. – Observations sur les oeuvres poétiques de M. de Caux de Cappeval [...] par M. le chevalier de ***, La Haye, 1754. – Réponse de l'auteur du Siècle littéraire de Louis XV à la critique de M. de Caux, Paris, 1754. – Satyre sur la corruption du goût et du style, Liège, Poubens de Courbeville, 1759. Eloge de Molière en vers, avec des notes curieuses par le petit cousin de Rabelais, 1775, Londres et Paris, chez les libraires qui débitent les nouveautés. L'Apparition de Marat, Paris, Impr. du Lion, s.d.

Oeuvres : Lettres sur M. de Fontenelle, doyen des trois Académies de Paris [...], Paris, Bernard Brunet, 1751, 120 p. in-8°. Lettres sur les hommes célèbres dans les sciences, la littérature et les beaux-arts sous le règne de Louis XV, Amsterdam et se trouve à Paris chez Duchesne, 1792, in-12, avec comme suite.– Siècle littéraire de Louis XV, ou Lettres sur les hommes célèbres, ibid., 1753, 2 t. en un vol. in-12, et 1754, 2 vol. in-12.– Contes mis en vers par un cousin de Rabelais, Paris, Ruault, 1775, in-8°.

Anthologies, recueils et éditions : La Pléiade françoise, ou l'Esprit des sept plus grands poètes, Berlin, chez les libraires associés, ou bien : Berlin et Paris, Duchesne, 1754, 2 vol. petit in-12.- Le Portefeuille trouvé ou Tablettes d'un curieux, contenant quantité de pièces fugitives de M. de Voltaire, qui ne sont dans aucune de ses éditions, Genève, chez les libraires associés, 1757, 2 vol. in-12 (le t. II est intitulé : Le Portefeuille de MM. de Voltaire et de Fontenelle). – Les Muses chrétiennes ou Petit Dictionnaire poétique contenant les meilleurs morceaux des auteurs les plus connus, Paris, Ruault, 1773, in-12.- La Henriade avec la réponse de M.B.*** [Bidault] à chacune des objections du commentaire de La Beaumelle, les jugements des contemporains de Voltaire et plusieurs autres morceaux relatifs à Voltaire recueillis et rédigés par M.D.** de C**, Berlin, et se trouve à Paris, 1780, in-12.

8. Bibliographie

M.S., F.L., 1769, B.Un, N.B.G, D.B.F. Voltaire, correspondence, éd. Besterman. – Nécrologe des hommes célèbres, t. V, année 1773, p. 191 et suiv. – Barjavel C.F.H., Biographie vauclusienne, Carpentras, impr. de L. Devillaris, 1841. – Fétis F.J., Biographie universelle des musiciens, Paris, Firmin Didot, 1861, t. II, p. 428.- Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, p. 59-62.- Grand-Carteret J., Les Almanachs français. Bibliographie-iconographie [...] (1660-1895), Paris, J. Alisié et Cie, 1896. – Eitner R., Quellen Lexicon der Musiker [...], Leipzig, Breitkopf und Haertel, 1900, t. III. – Monglond A., La France révolutionnaire et impériale, t. I, col. 327. – Grove's Dictionary of music and musicians, 5th Ed. by Eric Blom, London, Macmillan, New-york, St Martin's press, 1954, t. II.

AMEILHON

Auteurs

Numéro

009

Prénom

Hubert

Naissance

1730

Décès

1811

Né à Paris le 6 avril 1730, Hubert Pascal Ameilhon était «fils de Pierre Pascal Ameilhon, maître-tailleur, et de Marie-Cécile Rigaud, son épouse, demeurant rue et cloistre Sainte-Catherine» (Eglise Saint-Paul, Reconstitution des actes de l'état-civil de Paris ; D, p. 6). Il épousa le 20 octobre 1781, en l'église Saint-Paul, Alexis Henriette Drouart, veuve d'un directeur des fermes, Gentil Saint-Ange (D, p. 30 et 85 ; contrat de mariage devant Me Maupas, le 21 sept.).

2. Formation

Tout jeune, A. participa aux «exercices du clergé Saint-Paul» (lettre à Maudoux du 3l déc. 1764 ; D, p. 6). Puis «après avoir fait son cours dans l'Université où il se distingua moins par la facilité de sa mémoire et par des dispositions heureuses que par son opiniâtreté au travail et la volonté ferme qu'il avait d'apprendre l'état ecclésiastique, il se livra par devoir à l'étude de la théologie, pendant qu'il continuait par goût celles des écrivains grecs et latins. Mais bientôt rebuté par la stérilité verbeuse et subtile de la scholastique et sentant peu d'attrait pour l'état qui lui rendait cette science nécessaire, il renonça pour toujours à l'une et à l'autre, sans renoncer cependant à l'état ecclésiastique ni au titre d'abbé qu'il conserva pendant plus de trente ans» (Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Ameilhon lue à la séance de l'Institut du 2 juil. 1813 , par Dacier, Histoire et Mémoires de l'Institut, t. V, 1821 ; D, p. 4). Effectivement, il est qualifié d'abbé dans les Almanachs royaux, au moins jusqu'à 1774 ; mais il ne semble pas qu'il ait dépassé le premier degré des études de théologie : la maîtrise ès-arts ; c'est le seul titre universitaire qu'il mentionne dans un mémento établi vers 1770 qui est demeuré dans ses papiers (ms. de l'Arsenal 5313 ; D, p. 6). Il fut élu à l'Académie des lnscriptions et Belles-Lettres, «d'une voix presque unanime » (lettre à Maudoux, du 21 ; D, p. 4), en avril 1766, et reçu en juin (Mémoires secrets, III 47, 29 juin) ; à l'Institut, classe de Littérature et Beaux-Arts (antiquités et monuments), le 24 frimaire de l'an IV – 15 décembre 1795 (D, p. 300). Il appartint à la Société d'agriculture du département de la Seine depuis sa fondation (4 février 1799 ; D, p. 458) et devint en 1804 membre étranger de l'Académie de Göttingen.

3. Carrière

Pierre Nicolas Bonamy qui l'«avait connu dès [son] enfance et s'était intéressé au succès de [ses] premières études» (Eloge historique de Bonamy par A., Journal de Verdun, août 1770, p. 154-160 ; D, p. 9) l'associa à ses travaux vers 1754. Par délibération du 11 juin 1761, le bureau de la ville lui accorda une commission de sous-bibliothécaire, à la bibliothèque que lui avait léguée Antoine Moriau, en survivance du titulaire, Jean Mulatier. Celui-ci étant mort le 25 octobre 1763, Ameilhon lui succéda (D, p. 19) et il devint censeur la même année, puisqu'il figure à ce titre pour la première fois dans l'Almanach royal de 1764. Le 27 juillet 1770, il obtint la commission d'historiographe et de bibliothécaire de la ville, en survivance de Pierre Bouquet, et il fut confirmé dans cette place à la mort de celui-ci, le 8 mai 1781 (D, p. 28). «Député suppléant à l'Hôtel de Ville du District de Louis-la-Culture » le 29 août 1789, il fit partie en 1789 et 1790 de la seconde «assemblée des représentants». «Bibliothécaire et garde des archives de la commune» le 14 octobre 1789 (D, p. 233) il fut «élu constitutionnellement» (c'est-à-dire confirmé dans sa place) le 29 octobre de l'année suivante. Du printemps de 1790 à la fin de 1795, il fit partie de nombreuses commissions (pour l'examen d'un projet de monument à élever sur la place de la Bastille, en mai 1790 ; pour faire disparaître les marques de féodalité ou de royauté sur les monuments publics, en juillet 1793, etc.) ; et comme commissaire pour les bibliothèques, avec des fonctions étendues à tout le département de la Seine (juin 1791), il déploya jusqu'au mois de thermidor de l'an II une prodigieuse activité pour faire l'inventaire des livres et manuscrits conservés dans les «maisons religieuses» (à la suite du décret du 8 nov. 1790) et perquisitionner chez les émigrés (en vertu de la loi de confiscation des 9 et 12 fév. 1792). C'est ainsi qu'il saisit de nombreuses cartes géographiques, particulièrement appréciées alors pour pourvoir aux nécessités de la défense nationale (D, p. 262-263), se chargea avec Domergue (voir ce nom) et Dorat-Cubières de faire l'inventaire des académies supprimées (lettre de remerciement à Romme du 31 août 1793 ; D, p. 269), descendit chez Grimm et chez Beaumarchais (p. 170-271) et recensa environ 809 965 volumes (Idées jetées sur le papier pour répondre au Directoire, ms. de l'Arsenal 6487 ; D, p. 249), dont 650 000 avant octobre 1792 (lettre à Roland du 4 ; D, p. 253). Nommé conservateur du dépôt Louis-la-Culture le 4 brumaire an III-25 octobre 1794 (D, p. 502), puis bibliothécaire de l'Arsenal le 9 floréal an V - 28 avril 1797 (p. 409), et enfin administrateur de cette bibliothèque le 20 octobre 1800 (p. 421), et administrateur perpétuel le 28 janvier 1803, il fut chargé, à la fin de 1799, de traduire le texte de la Pierre de Rosette et nommé chevalier de la Légion d'Honneur le 18 décembre 1803.

A. semble n'avoir jamais quitté Paris ou ses environs immédiats, et il ne résida qu'assez peu de temps (Hôtel Bazin, rue Saint-Paul, face à la rue des Lions, A.R., 1777-1780), en dehors de la bibliothèque dont il avait la charge. C'est ainsi qu'il fut logé à l'Orangerie de l'hôtel de Lamoignon (siège de la Bibliothèque de la Ville), rue Pavée, au Marais, puis dans la maison de Saint-Louis (l'actuel lycée Charlemagne), rue des prêtres Saint-Paul, où il exerça à partir de juin 1773 ; et enfin, de 1796 à sa mort, à l'Arsenal, sur le Mail, dans une partie des appartements jadis destinés au duc du Maine.

4. Situation de fortune

Comme bibliothécaire de la ville, A. recevait 2400 £ par an (budget de 1787 ; D, p. 40), et son logement était assuré : c'est ainsi que quand il dut quitter l'hôtel de Lamoignon on prévit pour lui une indemnité annuelle de 400 £ (10 déc. 1772 ; D, p. 30). Le 26 octobre 1790 ses honoraires furent fixés à 1400 £, avec la jouissance de son logement à «Louis-la-Culture» (D, p. 242). Quant aux gains que lui valut son activité de journaliste, il semble difficile de les estimer. Il écrivait à l'abbé Maudoux en 1770 : «Au Journal de Verdun, tout ce que j'ai pu obtenir a été d'y être associé. Si j'y gagne peu du côté de la fortune, je gagne beaucoup du côté de la liberté» (D, p. 61).

5. Opinions

Censeur royal, et des plus vétilleux, jusqu'à la Révolution, Ameilhon est aussi celui qui, fort du «devoir de sa place», écrivit le 19 juillet 1789 à MM. du Comité permanent : «J'apprends, Messieurs, qu'il a été saisi à la Bastille des manuscrits et des ouvrages imprimés que le despotisme y retenait en captivité. Comme c'est une conquête faite par les habitants de Paris, ils ne peuvent, ce me semble, ni ne doivent être placés ailleurs que [...] dans la bibliothèque dont l'administration m'a été confiée» (B.N., n.a.fr. 23943 ; D, p. 217-218). Protégé par la haute bourgeoisie parisienne pendant toute la première partie de sa carrière, il se fit en 1793 «le bourreau des titres de noblesse sur la place Vendôme et autres lieux» (D, p. 3) et, nous dit la B.Un., «il mourut marguillier de sa paroisse». Certains de ses mémoires d'«érudit» eurent certainement une influence progressiste avant la Révolution, et il suffirait de lire le premier des deux paragraphes qui lui sont consacrés dans la B.N.C. pour deviner l'écho que purent avoir certaines de ses idées pendant la période néo-classique : «Le savant Académicien montra que c'était ravaler les beaux-arts et prouver sa propre bassesse, comme nation, que de les priver de leur noble influence sur la morale publique, de les prostituer au vice ou au pouvoir, et d'en faire, au lieu d'une espèce de sacerdoce de l'imagination et de l'intelligence, des jouets de frivolité ou des instruments de corruption» (séance du 15 vendémiaire an IX).

6. Activités journalistiques

D'après Hélène Dufresne (p. 13), A. collabora à la rédaction du Journal de Verdun dès le moment où Bonamy en fut chargé (mai 1749). Lorsque celui-ci mourut, il obtint de Charles François Le Brun, acquéreur des privilèges, le titre d'associé (D, p. 61), au début de juillet 1770, et il assura la rédaction à partir du numéro d'août. Mais le poids des prébendes qui étaient attachées au journal était de plus en plus lourd ; en septembre 1775 (lettre à A., du 17) l'éditeur, Ruault, fit une déclaration de «renonciation» auprès du Garde des Sceaux pour provoquer une «réforme de la dépense». Le dernier numéro parut en décembre 1776, avec cet Avis (p. 360) : «Je dois au public, et je me dois à moi-même, de l'instruire des vraies raisons pour lesquelles ce Journal ne sera plus continué. La suppression des nouvelles politiques à laquelle j'ai été forcé par des ordres supérieurs [au printemps de 1776 : «Avis de l'auteur» paru dans le numéro de mars, p. 231] l'ayant dénaturé dans une de ses parties essentielles, ce changement lui a fait éprouver une révolution qui, jointe à la modicité du prix de souscription, ne lui permet plus de suffire aux pensions et autres charges qu'il était obligé de supporter». La sympathie manifestée par A. et sa «collusion avec les critiques de la Comédie» avaient aussi joué (voir art. « Le Fuel de Méricourt »).

A la fin de 1777, A. se chargea de rédiger la Gazette d'agriculture, ainsi que le Journal de l'agriculture, du commerce, des arts et des finances, interrompu par l'abbé Roubaud depuis 1774, et déclara dans un Avis paru dans le numéro de janvier 1778 et dans le Supplément à la Gazette d'agriculture du 11 novembre 1777 : «Ce journal doit être beaucoup plus l'ouvrage des correspondants que le mien. Il sera [...] ouvert un champ libre à la critique et aux discussions. Je crois, en effet, que rien n'est plus avantageux au progrès des sciences et des arts. [...] C'est du choc des opinions que naît la lumière. [...] C'est au milieu des débats littéraires et scientifiques que le voile de l'erreur se déchire». La direction technique du journal était assurée par Comynet, au Bureau de correspondance générale (D, p. 102). Il était envoyé gratuitement à de nombreux correspondants en province, à charge pour eux de transmettre des informations au rédacteur, mais A. dut assez vite constater que ceux-ci le laissaient «dans la disette» (lettres de Comynet et du chanoine Loyseau des 27 juil. et 29 nov. 1779 ; D, p. 103). Lorsqu'à la fin de 1778 les privilèges de la Gazette et du Journal d'agriculture furent acquis par Bénézech, A. en profita pour changer l'orientation du Journal dont, selon son tempérament d'historien érudit, il voulait faire «une sorte de bibliothèque où ceux qui voudraient faire une étude sérieuse de la science économique et politique, trouveront l'indication de toutes les sources où ils pourront puiser» (Avis paru dans le numéro de janvier 1780 et dans la Gazette d'agriculture du 25 déc. 1779 ; D, p. 101). Lorsque Bonafous de Fontenay lui succéda comme rédacteur, en janvier 1782, il donna au journal un contenu et un aspect plus technique en le divisant en quatre chapitres : Agriculture, Commerce, Finances et Arts utiles.

Enfin A. fut un des principaux rédacteurs du Journal des savants entre 1790 et 1792, c'est-à-dire jusqu'à sa disparition, et, d'après la Biographie universelle, il aurait été l'un des plus actifs collaborateurs de Millin dans la rédaction du Magazine encyclopédique. A une date qu'on ne peut pas déterminer, mais probablement vers 1775, il avait conçu le projet d'un Journal de l'histoire de France, qui aurait été «pour ainsi dire le Journal national» (Ars., ms. 5313, f° 122-126 ; H. Dufresne, p. 184).

7. Publications diverses

A. écrivit dix mémoires pour l'Académie des lnscriptions et Belles-Lettres (1762-1789), quatre pour l'lnstitut (1796-1802). En 1781 il édita le tome III des Mémoires sur l'ancienne chevalerie, de Lacurne de Sainte-Palaye, Paris, Vve Duchesne ; mais sa grande oeuvre fut la continuation de l'Histoire du Bas-Empire commencée à Constantin le Grand, de Charles Le Beau : t. XXII à XXVII (1781-1817), Paris, Desaint et Saillant. En 1803 il publia ses Eclaircissements sur l'inscription grecque du monument trouvé à Rosette, contenant un décret des prêtres de l'Egypte en l'honneur de Ptolémée Epiphane, Paris, Baudouin, floréal an XI. Voir la liste détaillée de ses Mémoires, Notices et Discours dans D, p. 504-505, et, sur ses journaux, deux manuscrits de l'Arsenal, 5613 et 7088, soigneusement étudiés par le même auteur.

8. Bibliographie

B.N.C ; B.Un. – M.S. t. I, p. 146-147 ; 15 nov. 1768. – Genlis, Mme de, Mémoires, Paris, 1825. – (D) Dufresne H., Erudition et esprit public au XVllle siècle. Le bibliothécaire Hubert-Pascal Ameilhon (1730-1811), Paris, Nizet, 1962.

AÇARQ

Auteurs

Numéro

001

Prénom

Jean Pierre d'

Naissance

1717

Décès

1809

D'après Louis Batcave, Jean Pierre d'Açarq serait né en 1717 à Abense-de-Haut, ancienne commune du canton de Tardets (Pyrénées-Atlantiques). L'état-civil de cette localité a disparu pour cette époque, mais son acte de décès (A.M. Saint-Omer, B.V., n° 626) indique qu'il était «natif de Tardez» et qu'au moment de sa mort, le 21 octobre 1809, il était âgé de quatre-vingt-douze ans. On y apprend aussi qu'il était le fils de Pierre d'Açarq et Anne de Mignaçabal et qu'il avait épousé Jeanne Louise Victoire Bruant, encore vivante en 1809.

2. Formation

Il fit «de bonnes études», nous dit Batcave. En 1759 il se présente à Voltaire (D 8192) comme un disciple de Dumarsais et vante la variété de ses connaissances : «Les intérêts des puissances, les traités, les négociations, le droit civil, le droit politique, les langues, surtout l'italiene et l'espagnole, c'est à quoi je me suis particulièrement appliqué». Il fut admis en 1763 à l'Académie d'Arras avec laquelle il entretint une correspondance soutenue de 1786 à 1790 (Berthe) et, le 16 novembre de la même année, à l'Académie de La Rochelle, dont il était membre correspondant (Léopold Delayant, B.V., ms. 355). ll fit partie de l'Académie de la Crusca (page de titre de son Plan d'éducation, 1776) et de la Société littéraire de Dunkerque.

3. Carrière

«Venu à Paris pour gagner sa vie, il commença par donner des leçons de grammaire et bientôt, sous le patronage de Fréron, ouvre un pensionnat sans succès. Il est appelé à rédiger la partie grammaticale de l'Année littéraire» (Batcave). Ecrivant à Voltaire le 16 mars 1759 (D 8192) pour lui demander de le mettre en relations avec «un grand seigneur ou un prince étranger qui chercherait un homme pour son fils», il se présente comme «avocat en Parlement et maître de pension à l'Estrapade» et rappelle ses espoirs déçus : «une chaire de philosophie que j'ai rattée à Bordeaux malgré la protection de Mr. Orry, contrôleur général, que vous m'avez procurée auprès de l'intendant de la province, la complaisance que vous avez eue de me recevoir chez vous lorsque j'étois attaché au comandant des Mousquetaires en qualité de gouverneur de son fils». Il y a longtemps qu'il a «renoncé à la métromanie...» «Ne voyant rien venir», il s'est voué à «l'institution de la jeunesse, machine compliquée et de trop peu de raport». La même année Pâris de Meyzieu lui procure une chaire de langue française à l'Ecole Royale Militaire, mais son poste est bientôt supprimé : dans les archives du Service Historique de l'Armée, il ne reste comme trace de ses liens avec l'Ecole Militaire qu'une lettre écrite de Paris le 8 novembre 1774 où il présente un projet de création de conseilleurs auliques (ms. 1788). En 1765, il habite au faubourg Saint-Marcel : «rue des Bourguignons, hôtel Dufay» (D 12874). En 1776 il tente à nouveau, mais avec aussi peu de succès que la première fois, d'ouvrir un pensionnat (Batcave). Il demeurait alors «faubourg Saint-Germain, Cour du Dragon, même maison que l'épicier». «Fixé à Saint-Omer avant 1780», il y donne des leçons de grammaire (Berthe). Son acte de décès le déclare «ancien juge au tribunal civil du département du Pas-de-Calais, professeur de Belles Lettres» : d'après l'abbé Berthe, il avait été nommé professeur de grammaire à l'Ecole Centrale de Saint-Omer le 4 septembre 1795 et juge suppléant en 1797.

4. Situation de fortune

Il mena certainement une vie besogneuse. Le 16 mars 1759 il écrivait à Voltaire : «Pangloss a tort, l'optimisme est une chimère [...] je le sens d'après ce que j'éprouve». Il rêvait de devenir précepteur chez un grand, «avec un viager proportionné dont au moins la moitié serait reversible sur la tête de [sa] femme» (D 8192). ll chercha souvent des protecteurs : en 1770, il joignit à ses Observations sur Boileau une épître où il sollicite l'appui du Dauphin et à la veille de la Révolution il avait dans son «portefeuille» plusieurs ouvrages qu'il ne put jamais publier. En 1795 il figure parmi les hommes de lettres auxquels la Convention accorde des secours (Berthe).

5. Opinions

Protégé de Fréron, qui le proclame «prince des grammairiens» et publie son discours d'installation à l'Ecole Militaire (Année littéraire, t. III ,p. 128 et suiv.), il se flatte au même moment dans une lettre à Voltaire (D 8192) d'avoir vécu durant six ans dans un «commerce étroit» avec Dumarsais et rappelle à l'hôte des Délices qu'il lui avait dédié un charmant madrigal et même proposé à une «date [...] déjà bien reculée de mener à ses côtés une vie philosophique». En 1765, fort de l'intercession de Thiériot (3 juil., D 12787),il correspond avec lui de nouveau, lui fait parvenir ses oeuvres complètes et lui soumet ses nouvelles productions (D 12874). Il fut violemment attaqué par Pipoulain-Delaunay (Lettre servant de réponse aux erreurs et indécences du sieur d'Açarq insérées dans l'Année littéraire, 1756), ridiculisé par La Harpe dans le Mercure (Oeuvres, éd. 1778, t. V, p. 178-185) et Lebrun dans la Wasprie.

En 1790, dans son «zèle contre le despotisme», il se proposait d'être la sentinelle du département du Pas-de-Calais ; en 1803 il chanta le «débonnaire pacificateur Buonaparte, sublime chef de la République Française», en 1804 «le héros solide Buonaparte, à qui l'on a déféré l'Empire des Gaules».

6. Activités journalistiques

Le Portefeuille hebdomadaire, par M. d'Açarq, Bruxelles et Paris, Valade, 1769-1771, in-8°. L'Année littéraire, 1778, t. VI, p. 282, en annonçait trois volumes et l'abbé Rive, Chronique littéraire, p. 1 et 31, parle des tomes III et lV (Batcave) : des «lettres philosophiques» contre le Système de la nature composées par lui alors que le rédacteur du journal restait d'Açarq (voir D.P.1 1129).

Le 24 novembre 1790 dans une lettre à Ferdinand Dubois, président du directoire du Pas-de-Calais, d'Açarq proposait de publier chaque lundi «pour cent francs par mois», sous le titre de La Politique hebdomadaire du département du Pas de Calais, un journal de 32 pages in-8°. Faute d'avoir trouvé 200 souscripteurs à 20 £ par an, il ne put faire paraître que le prospectus (Saint-Omer, impr. de H. F. Boubers, in-8° de 15 p. (Archives du Pas-de-Calais et A.N. Dxx A 365).

7. Publications diverses

Voir le catalogue des lmprimés de la B.N. et Cior 18. Il faut ajouter à sa liste : Vers français traduits en autant de vers latins. Hommages littéraires présentés au roi de Danemark, par M. d'Açarq , Paris, 1768, in-4° (c.r. dans les Mémoires de Trévoux, janv. 1769, p. 177) et signaler que deux ouvrages d'Açarq furent réédités : Grammaire française philosophique ou Traité complet sur la physique, sur la métaphysique et sur la rhétorique du langage qui règne parmi nous dans la société, Genève, 1760, in-12, et Paris, 1761, 2 vol. in-12 ; Les Vies des hommes et femmes illustres d'Italie, traduites d'un manuscrit italien de M. San Severino, Paris, 1762, in-12°, 1768, 2 t. en un vol. in-12°.

8. Bibliographie

B.Un. ; D.B.F. –Rive J.J., Chronique littéraire des ouvrages imprimés et manuscrits de l'abbé Rive, Eleutheropolis, 1790. – Berthe L.N., Dictionnaire des correspondants de l'Académie d'Arras au temps de Robespierre, chez l'auteur, Arras, 1969. – Batcave L., notice sur A conservée par les Services d'archives des Pyrénées-Atlantiques, 1911-1912.

9. Additif

Bibliographie : Biographie de la ville de Saint-Omer, par Henri Piers, Saint-Omer, 1835, p. 154-156 : contient quelques renseignements sur la fin de  carrière de Jean-Pierre Açarq et sur sa mort à Saint-Omer (J.S.).