CARANOVE

Numéro

140

Prénom

Nicolas

Naissance

1702

Décès

?

Nicolas Caranove est né à Toulouse vraisemblablement en 1702, l'Etat de la librairie et de l'imprimerie de 1743 signalant qu'il est alors âgé de 41 ans. Il était le fils de Jean François Caranove, libraire éditeur, prieur de la bourse en 1719, ayant exercé la charge de capitoul en 1714-1715, titre qui conférait la noblesse. Son grand-père paternel, honorablement connu comme aubergiste de la «Taverne du Bas d'argent» rue du Pré Montardy, avait déjà amassé une solide fortune.

2. Formation

Le même Etat précise que C. a poursuivi ses études «jusqu'à la Rhétorique», qu'il est «assez entendu et capable», et aussi «incapable de publier des livres défendus». Il fut en effet l'un des rares libraires-imprimeurs de la ville à n'encourir aucun rappel à l'ordre si l'on se réfère au «Livre de la Communauté de Messieurs les Imprimeurs et Libraires toulousains» (tenu entre 1733 et la Révolution) et aux divers dossiers d'archives. Demeuré «célibataire et sans postérité», il donnera sa démission en 1769 (le 4 octobre).

3. Carrière

«Reçu et installé dans le corps des Imprimeurs et Libraires le 28 août 1722 selon l'arrêt du Conseil d'Etat du Roi» du 20 janvier de la même année. Il ne fit pas, comme son père, carrière dans la Communauté, celui-ci ayant laissé quelque désordre dans la comptabilité (Livre de la Communauté, 1735), mais, s'installe, comme lui, au 30 bis de la rue Saint-Rome, en plein quartier des imprimeurs et libraires, à l'enseigne de «La Bible d'Or» : une plaque apposée dans la cour de l'hôtel à la tour découronnée construit deux cents ans plus tôt pour le capitoul Jean Roguier, en conserve en cinq lignes le souvenir (la tour était l'un des privilèges capitulaires) : M. / CARANOVE / ANCIEN / CAPITOUL / 1721. L'ancien capitoul eut un autre insigne mérite : il fut en province le premier éditeur des œuvres complètes de Molière imprimées chez l'excellent typographe Desclassan, très joliment illustrées. Ainsi reçut-il, en même temps qu'une «large aisance», d'excellents exemples. Il ne changera pas d'adresse, ajoutant seulement sur certaines de ses œuvres la mention «près les Grands Augustins». Nous n'avons rien pu découvrir jusqu'ici sur la vie de l'imprimeur après sa démission en 1764.

4. Situation de fortune

La «large aisance» dont il jouit est indiquée encore par le rapport de 1743 signé par le subdélégué de l'intendant de Toulouse, Comynhian, et détaille : «une belle maison à Toulouse, des biens fonds assez considérables, à la campagne, et un fonds de librairie» suffisamment important qui constitue «l'essentiel de son commerce». Il fait bien entendu également usage de son titre d'imprimeur pour lequel il dispose des deux presses règlementaires, et d'une série de caractères : «petit canon de Cicero neuf, Parangon, gros Romain, Saint-Augustin, Philosophes, petits textes avec italiques, Mignones presque neufs». Ajoutons qu'il confiera souvent des travaux à d'autres imprimeurs toulousains bien sûr, notamment à Desclassan.

5. Opinions

De ses opinions rien ne filtre dans les textes ; il abandonnera trop tôt le journalisme pour qu'il puisse en être autrement. Il paraît avoir été très conformiste et avoir profité sans grand effort de sa qualité de «fils de famille» qui revient souvent à propos de lui dans les textes actuellement connus.

6. Activités journalistiques

En 1759, C. obtint de Le Bas de Courmont qui en détenait alors le privilège général, la permission «d'imprimer, vendre et débiter [...] dans la ville de Toulouse une feuille d'affiches, annonces et avis divers [...] qui paraissent toutes les semaines à l'instar de celles de Lion, de Bordeaux et Paris et autres villes où la permission a été donée pour la somme de 300 livres qui sera payée annuellement et d'avance au propriétaire par ledit sieur Caranove et à condition d'envoyer audit sieur propriétaire toutes les semaines ladite feuille d'affiches franche de port». Il y est précisé le contenu de ces feuilles : «livres, maisons biens offices et effets à vendre ou à louer, le départ ou l'arrivée des vaisseaux [ceci ne pouvant signifier à Toulouse que la circulation sur le canal du Midi], enfin tout ce qui vulgarise les arts, les sciences, l'agriculture, la navigation et le commerce». Ce privilège est acquis «pour le terme et espace de six années à partir du 1er juillet dernier». L'ensemble est «contrôlé à Toulouse le 19 septembre 1759» et «enregistré sur le registre des imprimeurs et libraires de cette ville en conformité des règlements». Le syndic a signé : Hénault. C. a également obtenu de faire «imprimer, vendre et débiter» ses Affiches, «par qui bon lui semble dans la ville de Toulouse» et a installé le «Bureau d'Avis chez Bernard Moulas, libraire près l'église Saint-Rome» ainsi que le porte l'adresse bibliographique du premier numéro daté du 1er juin 1759. Il sera par la suite confié à la veuve Robert, puis à Dalles entre les mains duquel il semble qu'aurait dû passer le journal en 1764 au moment même où C. lui cède son atelier. Seule, la B.N. conserve la collection de ces premières Affiches toulousaines, qui, présentées sur deux feuillets recto-verso, au moins pour les premiers numéros, dans le format et avec la sécheresse habituelle, simplement ornées à la première page d'un bandeau composite non signé. Dès le 9 juillet 1759, une lettre arrive de l'Intendance de Montpellier au subdélégué Amblart : «Souvenez-vous de m'envoyer la feuille hebdomadaire chaque Mercredy et de m'envoyer pour le moins un procès verbal chaque semaine pour donner ici mon avis ; relisez-le avant de le faire mettre au net». Ceci évidemment en dit assez sur la surveillance constante exercée sur les journaux de l'époque. On ne s'étonnera donc pas de lire sous la signature du même subdélégué le 20 août 1761 : «Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour vous adresser des bulletins de tout ce qui se passera dans mon département qui peut intéresser la curiosité publique ou l'intérêt général, mais la stérilité de notre Gazette de Toulouse vous prévient d'avance que je n'auray vraisemblablement pas de matière pour remplir les bulletins» (A.D.H.G., C 147). Est-ce là la raison de l'abandon des Affiches par C. en 1764, presqu'au moment où expirait le privilège de six années accordé par Le Bas de Courmont? Le 4 octobre 1769, cinq années plus tard, C., toujours célibataire, et «sans postérité», donna sa démission. Joseph Dalles, libraire à qui il céda son atelier, ne semble pas avoir repris ce privilège.

7. Publications diverses

L'imprimerie de C. travaillait essentiellement pour les fermes du Roi ; il jouissait également d'un privilège pour les arrêts du Parlement. Les autres textes publiés par lui, tout à fait dans le droit fil de l'époque à Toulouse, touchent essentiellement aux sciences juridiques et, à un degré moindre, à la religion ; la majorité consiste en rééditions, comme chez la plupart de ses confrères : les trois Traités des curés primitifs, dus au célèbre Jean Baptiste Furgole, les Arrêts remarquables, recueillis par Jean de Catelan, autre toulousain bien connu ou ceux de Cambolas, non moins souvent cités, etc. Les statuts synodaux de Lodève ou de Comminges ne dépassent pas le cadre de la région. Au reste, ainsi que le signale encore une fois le Rapport Comynhian, hors la clientèle du Parlement, l'essentiel du commerce est pour C. constitué par la librairie dont le «fonds est d'une assez grande valeur». Deux publications le soulignent : le catalogue de célèbres bibliothèques, Catalogus librorum bibliothecae (1741) de Mgr Legoux de La Berchère, qui fut archevêque d'Albi avant d'accéder au siège de Narbonne, deux volumes en latin, mentionnant le prix des ouvrages ; il s'était rendu acquéreur des volumes réunis par un autre prélat grand bibliophile : l'ensemble de la collection de Mgr Colbert de Croissy, évêque de Montpellier. Signalons enfin un exemple de réalisation plus courante mais très soignée : deux éditions successives des vers que Laurès, poète toulousain, composa en 1745 sur «La Bataille de Fontenoy». Signalons encore le «Calendrier astronomique» du Père Emmanuel de Viviers dès 1736.

8. Bibliographie

8. Livre de la Communauté de Messieurs les Imprimeurs et Libraires de Toulouse, t. I, II et III, B.M. Toulouse., Rés. 1010 et 1011. Le tome III appartient aux A.D. de la Haute-Garonne, Série E, 1315. – Correspondance de l'intendant et du subdélégué, A.D. de la Haute-Garonne, Série C, 146-147. – Etat de l'Imprimerie et de la Librairie à Toulouse en 1743, A.D. de la Haute-Garonne, C 146-147. – B.N., Affiches 1759. – Chalande J., Histoire des rues de Toulouse, monuments, institutions, habitants. Index et tables par C. Cau, 1981. – Sentou J., Fortunes et groupes sociaux à Toulouse sous la Révolution, 1969. – Taillefer M., Une académie interprète des Lumières, l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse au XVIIIe siècle, 1984. – Blanc-Rouquette M.T., La Presse et l'information à Toulouse des origines à 1789, Publications de la Faculté des lettres et sciences humaines de Toulouse, série A.T. 6, 1967.

BROUILHET

Numéro

119

Prénom

Jean Baptiste

Naissance

1756

Décès

?

Très probablement fils naturel, Jean Baptiste Brouilhet est né, selon toute vraisemblance en 1756, puisqu'il est déclaré âgé de 37 ans en 1793, au moment de son arrestation pour opinions girondines. On serait tenté de lui trouver des ascendants dans les lettres de légitimation de 1742, accordées à «Jean-Baptiste Brouilhet», fils d'un autre Jean Baptiste Brouilhet né le 20 juin 1714, et de Marie Bories, non mariés. Il ne peut s'agir là de notre journaliste, mais peut-être de son père, dont le texte indique qu'il était chirurgien-barbier, mais rien ne le prouve.

2. Formation

Apprentissage d'imprimeur et libraire chez Bernard Moulas entre le 12 avril 1772 et le 17 mai 1773 (Livre de la Communauté de MM. les Imprimeurs et Libraires de Toulouse), date à laquelle il est admis en tant que libraire, par un arrêt du Conseil d'Etat du roi de la même année. Conformément au règlement, il donne 1000 £ au syndic en paiement de ses droits d'entrée. On le dit «de caractère vif» et il le prouvera.

3. Carrière

Toute la carrière de B. se déroulera rue Saint-Rome à Toulouse. Il se fait connaître, le plus souvent à travers le «Livre de la Communauté» par un certain nombre d'infractions aux règlements : 29 novembre 1781, il est astreint à payer deux amendes successives pour avoir vendu sans estampillage des exemplaires de l'«Histoire universelle» (probablement l'oeuvre du calviniste Agrippa d'Aubigné) ; 1er décembre 1781, on trouve chez son relieur, Larive, rue du Peyrou, un «Code de l'humanité» en treize volumes, dont il n'avait pas obtenu – l'avait-il sollicitée? – l'autorisation d'imprimer ; 25 octobre 1783, il est condamné sur saisie de soixante treize exemplaires du «Petit paroissien de Paris» qu'il destinait simultanément aux diocèses de Rieux et de Comminges sans avoir le privilège d'aucun d'eux. D'abord interdit, il fut réhabilité par arrêt du 9 juillet 1786 après avoir été entendu par ses confrères qui ont conclu : «Une plus longue interdiction nuirait au commerce de la librairie en mettant Brouilhet dans le cas de manquer à ses engagements». Or, il assumait depuis le 31 août 1785 à titre de «directeur associé» la responsabilité des Affiches et Annonces de Toulouse et du Haut Languedoc créées par Jean Florent Baour en 1775. Le nom de celui-ci n'apparaîtra plus désormais sur le journal dont B. va assurer l'avenir. En 1781, il avait créé le premier cabinet de lecture toulousain ; le 7 mai 1789, il est condamné à payer 6000 £ d'amende pour avoir publié sans estampillage une partie des Délassements de l'homme sensible de Baculard d'Arnaud ; il ouvrira enfin la Révolution en 1790 avec le «Premier procès de presse» toulousain, brièvement évoqué plus loin.

4. Situation de fortune

La fortune de B. peut être évaluée à travers une série, disparate, de renseignements : habitant sur la paroisse de la Dalbade, 19e moulon, il y est soumis à la capitation pour 43 £ ; il devra également la contribution foncière, et sera plus tard parmi les acquéreurs de biens nationaux, avant de défendre la cause du clergé et des émigrés. Indications intéressantes, les Affiches du 1er décembre 1781 annoncent : «Le sieur Brouilhet, libraire, vient de faire construire dans sa maison sise rue Saint-Rome un très beau sallon [sic] vaste, commode et agréable dans les différentes saisons de l'année où il se propose d'établir un Cabinet littéraire. Tous les curieux, les nouvellistes ou amateurs auront la faculté d'aller y lire toutes sortes de Gazettes, journaux politiques, de littérature, de Papiers publics. Le prix de l'abonnement pour l'année est de 24 livres et de 3 livres pour l'abonnement de un mois, et sera d'un prix différent pour les personnes qui voudront lire chez eux ou à leur campagne. Les abonnements commenceront le 1er janvier prochain». N'est-ce pas là non seulement un prolongement, mais une extension considérable du Bureau des Adresses qui, chez Boude, accompagna la publication de la Gazette selon Renaudot? Plus parlant, l'inventaire et la description de l'atelier de B. lors de sa première arrestation en 1793 : la boutique était naturellement située au rez-de-chaussée, le premier et le second étages réservés à l'appartement. Au troisième, l'imprimerie. Au-dessus, un galetas. L'ouvrier le plus qualifié, Meilhac, qui deviendra son associé, était également logé sur place. Une précision sur la situation de la cuisine qui «donnait sur la rue Dumay» actuellement : du May, situe avec exactitude l'emplacement de l'immeuble assez vaste pour faire l'angle de deux rues. L'atelier occupa des ouvriers de qualité dont l'un au moins devint libraire à son tour : Antoine Caunes. A cela il conviendrait d'ajouter l'apport de son épouse «Bien pourvue», mais dont nous n'avons jusqu'ici rien pu connaître.

5. Opinions

Les débuts quelque peu tapageurs de B. laissaient présager des opinions libérales qui seront largement confirmées par la suite mais qui n'apparaissent guère à travers les Affiches, jusqu'au début de la Révolution. Il est, toutefois, comme ses principaux confrères, inscrits à une loge maçonnique, celle des Elus de Chartres, «la plus aristocratique des loges bourgeoises» si l'on en croit Michel Taillefer, où il rencontrera Baour et Pijon. Dès 1790, B. sera pris à partie par le Parlement de Toulouse malgré la suppression théorique de cette institution, pour avoir introduit dans sa feuille «des écrits incendiaires et des expressions contraires à la majesté du Roi» en réalité la copie d'un article de Camille Desmoulins, puis des propos «plus sédicieux [sic] encore». Dès lors, et bien qu'amnistié par l'Assemblée Constituante, la vie du journaliste va devenir une suite ininterrompue de poursuites, et de séjours dans les prisons toulousaines d'autant plus qu'il a désormais opté pour les Girondins. Mais cela ne l'arrêta pas. Après Thermidor et la disparition des Affiches dans une ville demeurée longuement jacobine, il lancera L'Antiterroriste ou Journal des Principes supprimé à son tour par le Directoire.

6. Activités journalistiques

B. n'a guère publié, avant 1789, que les seules Affiches et Annonces de Toulouse et du Haut-Languedoc créées par J.F. Baour, imprimées chez Robert, rue Sainte-Ursule, le 29 novembre 1785. Elles deviennent les Affiches et Annonces de Toulouse, puis simplement, à partir de 1786, Affiches de Toulouse, titre que les événements révolutionnaires changeront au cours des mois, avant de devenir le Journal de Toulouse et d'entamer sous le Premier Empire une carrière qui le mènera jusqu'au milieu du XXe siècle. Le prix de l'abonnement est passé, avec la direction Brouilhet, de 7 £ 10 à 8 £, mais la présentation ne change pas ni les trente-cinq rubriques différentes (D.P.1 67).

7. Publications diverses

En dehors de son oeuvre de journaliste, B. publia notamment des pièces de théâtre, succédant en cela encore à J.F. Baour ; sa librairie s'intitula à cette occasion «Seul magasin des pièces de théâtre». On y rencontre les oeuvres de Voltaire qu'il fait orner d'un portrait de l'auteur par Leblond, de Laharpe, dont Le comte de Warwick, qu'il vend 24 sous, Le Joueur de Régnard, agréablement orné d'un cul de lampe très style rocaille, et, plus tard, avant les pièces à caractère à la fois didactique et révolutionnaire selon l'air du temps, le Calas de Loya. On peut encore citer Lefranc de Pompignan et Florian parmi les auteurs connus qu'il imprima.

8. Bibliographie

B.M. Toulouse, Livre de la Communauté de Messieurs les imprimeurs et libraires de Toulouse, t. I et II, ms., Rés. 1010 et 1011.– A.D. Haute-Garonne, t. III, sér. E, 1315, B. 217, f° 97 : lettres de légitimation ; états de l'imprimerie à Toulouse en 1743 à 1814, C 146-147.– B.N., Affiches 1759. Périodiques Fonds anciens.– Blanc-Rouquette M.Th., La Presse et l'information à Toulouse des origines à 1789, Publications de la Faculté des lettres et sciences humaines de Toulouse, sér. A.T. 6, 1967.– Bouglon R., Les Reclus de Toulouse sous la Terreur, Registres officiels... Toulouse, 1893 et suiv.– Taillefer M., La Franc-maçonnerie toulousaine, 1741-1799, Paris, 1984.– Pour L'Anti-Terroriste ou Journal des Principes, voir H.G.P., t. I des origines à 1814, Paris, 1969.– Caster G., L'Antiterroriste, journal toulousain, (1795-1797), Toulouse, dact., 1948.– Beyssi J., «Le Parti jacobin sous le Directoire», Annales historiques de la Révolution française, p. 28-54 et 109-133.– Schlumberger M., La Réaction thermidorienne à Toulouse, D.E.S. dact., Toulouse, 1964.

BAOUR

Numéro

027

Prénom

Jean

Naissance

1724

Décès

1794

Jean Florent Baour est né à Toulouse le 30 novembre 1724 (A.M. Toulouse, Reg. de la Dalbade). Il était le fils de Louis Baour, graveur en taille douce, qui tenait, rue Saint-Rome, une boutique à l'enseigne «Les Colonnes d'Hercule, admirablement assortie en librairie, papeterie, maroquinerie,...», etc. (Desazars). Issu d'une famille probablement originaire de Castres dont une branche, installée à Bordeaux, fut anoblie sous l'Empire (Chaix, t. II, p. 266, et Revérend, t. I, p.

2. Formation

B. se destina à la carrière d'imprimeur libraire, prenant ainsi tout naturellement le chemin ouvert par son père et son entourage, ce qui devait le mener plus tard au journalisme. Il suivit toutes les étapes d'une profession d'accès difficile, qui exigeait non seulement études et diplômes, mais également stricte obédience religieuse ; son père semble avoir pratiqué selon les moeurs du temps un catholicisme classique : il souhaite avoir une sépulture chez les Cordeliers de la Grande Observance (A.D. Haute-Garonne, 1192, Etude de Me Saurine, Testaments) et rien ne vient indiquer dans ce que nous avons pu découvrir que Jean Florent n'ait pas suivi le même chemin.

Pour être admis par la chambre syndicale des imprimeurs libraires, il dut fournir un «extrait baptistaire» (il a été baptisé à la paroisse Saint-Etienne) et un «certificat de catolicité» certifié par M. Gillet de la paroisse du Taur et attesté par cinq imprimeurs toulousains de bon renom, Manavit, G. Hénault, Caranove, F.R. Hénault, «membres de la Communauté» (Livre de la Communauté). Il est «congru en langue latine et sachant lire le grec», ce dont il a été tenu d'apporter le certificat émanant du recteur de l'Université ; mais il a également fait sa philosophie (certificat du 30 juillet 1738), puis l'indispensable apprentissage de quatre années chez l'imprimeur libraire Gaspard Hénault, où il est entré avec un contrat du 3 juillet 1740 (A.D. de l'Ariège, I C 167).

Il est curieux de remarquer que, malgré une incontestable renommée et bien des réussites, il ne semble avoir fait partie d'aucune société savante ou académie alors que son frère Louis était membre de l'Académie Royale de peinture, sculpture et architecture de Toulouse, et qu'il n'eut pas –mais l'a-t-il sollicité?– le privilège d'imprimer les recueils de la célèbre et très toulousaine Académie des Jeux Floraux, fondée le 3 mai 1324, privilège qui, à la fin du XVIIIesiècle, fut accordé à quatre au moins des meilleurs imprimeurs toulousains (B.R.). Il n'y fut même pas primé, bien que poète à ses heures. Au moins B. put-il se flatter d'être «seul imprimeur juré de l'Université» dès 1769, imprimeur de la ville de Toulouse en 1786, et enfin écuyer et «scelleur en la chancellerie» en 1788.

3. Carrière

Admis par la chambre syndicale de Toulouse le 8 avril 1746 en tant que successeur de son beau-père Jean Joseph Declassan, «pour la librairie seulement», B. doit attendre le privilège d'imprimeur jusqu'au 12 mai 1759. Encore ne l'obtint-il pas à Toulouse, où les dix places autorisées par les règlements étaient toutes pourvues, mais à Pamiers, dans le comté de Foix. Dès le 30 octobre 1750, les syndics généraux du comté de Foix font valoir la nécessité d'avoir un imprimeur : «Il faut aller à Toulouse toutes les fois qu'on se trouve dans le cas d'avoir à faire imprimer [...]. S'ils étaient maîtres du choix, leurs vues seraient toutes en faveur du sieur Jean Florent Baour...» ; lui-même plaide sa cause auprès de l'Intendant de Bon (A.D. Ariège, I C 167).

Entre 1750 et 1758, Baour séjourne tantôt à Toulouse où il signe en 1751 et 1752 le Livre de la Communauté en tant que libraire, tantôt à Pamiers où il est témoin à un baptême (A.M. Pamiers, paroisse du Camp). Il est installé rue Major, et a pris, en 1757, un apprenti, Michel Rivière, originaire de Massat (A.M. Pamiers, étude Gardebosc, 15 juillet 1757). En 1758, il imprime pour Mgr de Champflour, évêque de Mirepoix tandis qu'il vend à Toulouse les «Pièces qui ont remporté un prix à l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse».

Enfin, le 12 mai 1759, il est nommé par arrêt du Conseil d'Etat du Roi imprimeur de la Généralité de Perpignan, dont dépendait alors le comté de Foix (A.D. Pyrénées-Orientales, C 1313).

En 1764, à la grande inquiétude du chancelier Maupeou, il décide d'échanger sa place avec Jean Pierre Faye, imprimeur à Toulouse, changement que justifient amplement d'une part le semi-échec de Faye à Toulouse, d'autre part, les nombreuses attaches qui relient Baour à sa ville natale. L'acte d'échange est passé à Pamiers le 7 juillet (A.M. Pamiers, étude Gardebosc). Baour s'installe rue Saint-Rome. En 1769, il achète dans cette même rue le n° 45 (A.D. Haute-Garonne, MeAndré Picot). C'est là qu'il va connaître les premiers succès de sa longue carrière.

Le 9 août 1772, il est enfin admis au sein de la Communauté des Imprimeurs et libraires de Toulouse en vertu d'un arrêt de janvier 1765. Sa carrière y est alors rapide. Adjoint au syndicat dès 1773, puis examinateur pour les nouveaux présentés, il déménage en 1777, au n° 32 de la rue Saint-Rome ; c'est là qu'il publie les Affiches et Annonces de Toulouse, premier véritable journal toulousain et un autre périodique qui, plus encore que le premier, fit sa gloire : l'Almanach historique de la Province de Languedoc.

4. Situation de fortune

B semble avoir joui tout au long de sa vie d'une aisance certaine et laissa à son fils une fortune honorable. Son père le dota, comme il l'avait fait pour son fils aîné, de 6000 £ lors de son premier mariage en 1743 (cancellation de contrat, Me Saurines, notaire, Toulouse, A.D. Haute-Garonne, 3 juillet 1744). Lorsqu'à Pamiers il sollicita la place d'imprimeur, il déclare avoir dépensé 15 000 £ pour monter son imprimerie et posséder deux presses (A.D. Ariège, I C 167).

En quittant Pamiers, il n'omet pas d'en disposer au mieux, faisant à son épouse Marie Barthélemy Fontès «donation pure et simple entre vifs [...] de tous et chacun des caractères, outils et ustancilles propres à lusage de lart de l'imprimerie, consistant en deux presses montées avec leurs bays, une fonte de petit texte romain et italique, un autre de cicero romain et italique...» (A.M. Pamiers, étude MeGardebosc, E. n° 2291, vol. 19). Il n'oublie pas davantage de transmettre le privilège d'imprimeur qui devra également appartenir après sa mort à Marie Fontès, «en vertu des arrêts et règlements faits par sa majesté concernant l'imprimerie». Matériel et privilège serviront certainement plus tard au frère de Mme Baour, l'imprimeur Louis Fontès.

Le premier achat immobilier de Baour à Toulouse fut, nous l'avons vu, le n° 45 de cette rue Saint-Rome qu'il n'abandonna jamais, dans le quartier des imprimeurs. Il paya l'immeuble 180 000 £ (A.D. Haute-Garonne, Me André Picot). Il le revendit en 1777. Il a hérité du n° 27 par testament de Louis François Baour, son frère, en date du 1er août 1771, à charge pour lui d'élever l'enfant naturel de celui-ci, et acquit, en 1776, le n° 32. Il faut y joindre le n° 5 de la rue des Gestes, et encore un autre immeuble «hors de la porte cy-devant Saint-Cyprien».

A cette fortune immobilière s'ajoutaient les revenus de son imprimerie. Nous n'avons à ce sujet que peu de références : seulement le prix de vente des oeuvres imprimées. Citons : Cantiques et opuscules lyriques sur differents sujets de pieté avec airs notés, du Pere Bonafos de la Tour : prix de 1770, 3 £ ; prix de 1773, 2 £ 5 sols. – Almanach historique de la Province de Languedoc relié en maroquin doré sur tranche : 3 £. – Affiches et annonces de Toulouse : abonnement, 7 £ 10 sols.

Tout au long de sa vie, B. apparaît comme un commerçant avisé, ménager de ses ressources. Des nombreux contrats qu'il a passés à des titres divers ne ressortent que peu de renseignements financiers :

– Contrat avec le libraire toulousain Forest, qui avait cédé la moitié de son privilège de la publication des «Pièces qui ont remporté un prix à l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse» à «M. Jean Florent Baour, libraire, suivant les conditions faites entre eux le 14 février 1756» (Recueil de l'Académie pour 1758, coll. particulière).

– Avec le libraire Antoine Birosse, à l'enseigne de «La Bible d'Or», qui vend à Toulouse les productions appaméennes de Baour, telles le Traité des hypothèques d'Antoine Soulatges, avocat au Parlement, ou le Traité des crimes du même, datés de 1761 et 1762.

– Avec Jean Joseph Douladoure, dont il devient l'associé pour la réalisation d'ouvrages de plain-chant (1762).

Les contrats du journaliste : il semble que l'on puisse considérer comme tels les ententes avec les propriétaires successifs des Affiches et Annonces, que Baour fut obligé d'abandonner à deux reprises. Le premier journaliste qui ait obtenu à Toulouse le privilège de la publication des Affiches fut Nicolas Caranove, en 1759. La publication aurait cessé en 1765. B. la reprit en 1775, sans que soit enregistrée sur le Livre de la Communauté des Libraires toulousains la moindre allusion à ce privilège. Seul le permis d'imprimer et de distribuer figure sur le prospectus en date du 6 décembre 1774. Il est question ensuite d'une sous-ferme en 1775 (peut-être avec le libraire Forest ?) au moment où Baour abandonne les Affiches à un certain Urbainville qui «leva le pied à l'improviste» (notes manuscrites du collectionneur Pifteau, B.U. Toulouse, fonds Pifteau, Affiches).

B. reprend son journal «après une éclipse de quatre ans» sous le titre : Affiches et Annonces de Toulouse et du Haut-Languedoc. «Nous avons fait » écrit-il, « un traité plus avantageux avec les véritables propriétaires du Privilège». Ce nouveau journal paraîtra jusqu'en 1785.

Le 31 mai de cette année, les Affiches annoncent un nouveau rédacteur, «M. Marie de Saint-Georges, avocat au Parlement» ; mais B. reprend à nouveau la rédaction le 8 septembre, «M. Marie de Saint-Georges ne pouvant plus l'assurer», cependant que, le 31 août, l'hebdomadaire sort «de l'imprimerie de P.B.A. Robert. rue Saint-Ursule [...] et se trouve au bureau des Affiches, chez Brouilhet, rue Saint-Rome», «directeur associé», comme il est dit plus loin (n° 36 du 7 septembre 1785).

D'autres types de contrats durent lier Baour à deux de ses employés dont le nom nous est connu : Resplandy, futur libraire, et Souques, qui devint peut-être un associé, avec l'imprimeur Vincent Teulières, puisqu'il publia en 1777 le prospectus des Affiches de Montauban qui sortent des presses de celui-ci (E. Forestié, Histoire de l'imprimerie et de la librairie à Montauban, 1898). Contrats encore, sans nul doute, avec Brouilhet qui vend les productions «du fonds de M. Baour», avec le graveur Raynaud, lors de la publication des six gros in-folio de l'Antiphonarium Tolosanum, avec Gritner, aussi, qui fournit de beaux bandeaux ; contrats et échanges encore avec le montalbanais Lacoste-Rigail, «négociant», pour qui Baour semble avoir travaillé (correspondance Baour, B.M., mss 1873 B).

Tous ces travaux, achats et héritages aboutirent à laisser au jeune Baour-Lormian une fortune évaluée à 37 637 F. où le capital foncier joue un rôle principal, évalué à 34 000 F., comprenant les immeubles déjà énumérés (Sentou).

5. Opinions

Homme de son temps, B., qui pratiquait l'un de ces «métiers de danger» sévèrement surveillés au XVIlle siècle, se souciait peu de s'exposer aux rigueurs de la censure. Les Affiches évitent la politique : «Cette matière est pour les feuilles de Province ce qu'était l'arche du Seigneur pour les Philistins : elles ne pouvaient y toucher sans le plus grand danger» (Affiches de Toulouse, 8 janvier 1782) et ce n'est que par des allusions, par le choix des sujets traités, par les personnalités mises en relief qu'il est possible de déceler chez Baour a la fois de l'intérêt pour les «lumières» et, sous un conformisme obligé, un certain souci de libéralisme : nouvelles de la guerre d'Indépendance des Etats-Unis, éloges de Turgot, de Necker, de Frédéric de Prusse «roi philosophe»...

Baour fut-il, comme on l'en a accusé, l'imprimeur d'un libelle contre l'évêque de Montauban, en 1774 ? On rechercha en vain des preuves, on interrogea en vain son commis Resplandy. Il semble avoir observé une prudente réserve et passa sans dommage le cap de la Révolution. Sa seule profession de foi parait avoir concerné la langue d'oc pour laquelle il avait une dilection particulière et que, dit-il, «on a peut-être tort de proscrire de notre littérature» (1776).

Sa vie professionnelle ne fut pas pour autant exempte de soucis ; on y compte au moins trois procès :

– en 1775, différend avec la Basoche, cette antique confrérie de clercs, sur les origines et les privilèges de laquelle Baour, se piquant d'érudition, publia un article jugé injurieux pour les basochiens (Dubedat). Baour fait appel et gagne (A.D. Haute-Garonne, Sér. B 1750, f 233).

– en 1776, pour avoir publié un extrait, bien innocent apparemment, d'un Mémoire «touchant la réforme du corps municipal», Baour est «livré a l'attaque imprévue de quatre-vingt-seize ennemis», les quatre-vingt-seize procureurs toulousains (Affiches, 23 janvier 1776).

– en 1785, procès avec le rédacteur Marie de Saint-Georges : l'intéressé a assigné Baour et a été condamné (Affiches, 22 septembre).

La série de 22 lettres écrites par B. au négociant montalbanais Lacoste-Rigail entre 1769 et 1772 (B.M. Toulouse, ms. 1873 D) révèlent un commerçant habile, prudent, ménager de ses intérêts, soucieux d'étendre son influence aux villes voisines, en même temps non dépourvu d'humour et montrant la encore son profond attachement à la langue d'oc.

6. Activités journalistiques

B. paraît avoir été, tant que les Affiches lui appartenaient, le rédacteur unique de celles-ci. C'est ce que l'on peut conclure de divers textes : appels pour qu'on lui adresse non seulement les annonces que l'on souhaite voir paraître, mais encore des articles : «Les avis, extraits, mémoires et autres productions en prose ou en vers qu'on voudra bien nous adresser seront reçus de notre part avec reconnaissance ; et s'ils ont un mérite digne d'être connu, les auteurs peuvent être certains de les voir insérés dans nos feuilles» (22 nov. 1776, n° 27).

En annonçant l'interruption de 1777, au reste, B. ne dit-il pas expressément : «les soins qu'exige notre imprimerie et les soins de notre commerce ne nous permettent plus de nous charger de la rédaction de cette feuille». Urbainville et Marie de Saint-Georges sont également qualifiés de rédacteurs. C'est donc bien à B. que revient le mérite entier du succès de ses Affiches, véritable compilation historique, source de renseignements toujours très précieuse ; il ne dédaigne pas, au reste, d'y publier des poésies de son cru. Voir D.P.1 67. Voir D.P. I 67.

7. Publications diverses

Poésies languedociennes, 1775, en langue d'oc. La Laytayro de Naubernard, comedio lyriquo, 1783, adaptation en langue d'oc d'une comédie à succès d'Anseaume, Les Deux chasseurs et la laitière.

8. Bibliographie

A.D. Ariège : I C 167.– A.D. Haute-Garonne : étude de MeSaurine, 1192, 1 et 2 ; étude de Me Andre Picot, série B, 1750, f° 233.– A.D. Pyrénées-Orientales : C. 1313.–- A.M. Pamiers : E 2297 ; registres de la paroisse du Camp ; étude de MeGardebosc.– A.M. Toulouse : Registres de la Dalbade, de Saint-Exupère, de Saint-Augustin.– B.U. Toulouse, fonds Pifteau.– B.V. Toulouse, «Livre de la Communauté de Messieurs les Imprimeurs et Libraires toulousains» (ms. 110-111) ; correspondance de Baour (ms. 1873 D).– (.R) Blanc-Rouquette M.T., La Presse et l'information à Toulouse des origines à 1789 (Publications de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Toulouse, 1967, Sér. A, t. 6) – Id., «Un imprimeur toulousain au XVIIIesiècle : Jean-Florent Baour», Revue française d'histoire du livre, n° 27, 1980.– Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises, 1904, t. II.– Desazars de Montgailhard M.L. : «Les débuts du journal à Toulouse» (Mémoires de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, t. X, 1919, p. 219-244 ; t. XI, 1911, p. 137-176).- Dubédat, Histoire du parlement de Toulouse, Paris, 1885, 2 vol. – Forestié, Histoire de l'imprimerie et de la librairie a Montauban, Montauban, 1898.- Revérend A., Titres, anoblissements et pairies de la Restauration, 1814-1830, Paris, 1974, t. I, p. 100.– Sentou, Fortunes et groupes sociaux à Toulouse sous la Révolution, Toulouse, 1969.