ROUILLÉ

Numéro

710

Prénom

Pierre Juilen

Naissance

1681

Décès

1740

Pierre Julien Rouillé est né dans le territoire de Tours le 11 janvier 1681 ou le 1er mars 1684 (Sommervogel), ou en avril 1682 (M.T.). R. est mort à Paris le 7 mai 1740.

2. Formation

Il fit ses études d'humanités et de philosophie au collège des Jésuites de Tours, et fut reçu au noviciat en août 1699 (M.T.).

3. Carrière

Les supérieurs l'appelèrent à Paris, où il enseigna quatre ans les humanités, un an la rhétorique, quatre ans la philosophie et sept ans les mathématiques. Pendant dix ans, il participa à la rédaction des Mémoires de Trévoux, qu'il dirigea depuis décembre 1733 jusqu'en février 1737 ; il le quitta peut-être à cause de sa santé (M.T. ; Sommervogel, Essai), peut-être en raison des difficultés suscitées à l'Histoire romaine de R. et Catrou (SW, p. 196, n. 3).

6. Activités journalistiques

Dès 1722 R. exerce une grande influence sur la rédaction des M.T. ; d'après Sgard et Weil («Anecdotes inédites»), il participa à la destitution de Thoubeau en 1724 et «mania» son successeur, le P. Hongnant, en s'appuyant sur les PP. Tournemine, Bougeant et Brumoy (p. 197). Il prend la direction du journal à la veille de la grande réforme de 1734 et «devait être un agent des plus actifs» (SW, p. 199). Lui et ses collaborateurs sauvèrent le journal en surveillant l'impression du journal, transféré de Lyon à Paris, en supprimant la passion et le préjugé pour s'orienter vers la littérature et l'érudition (Pappas ; Gilot et Sgard). Le panégyriste de R. fait remarquer le zèle du jésuite pour le progrès de la littérature, qu'il encouragea dans tous les genres (M.T.).

Sommervogel mentionne les articles suivants de R. dans les Mémoires de Trévoux : «Démonstration par l'Algèbre du Posochronisme et Isochronisme tout ensemble de la Cycloïde» (1726, p. 253-263) ; une lettre à Louis-Auguste de Bourbon prince souverain de Dombes (en tête, 1736). Il donna au Mercure un article, « Fables pour servir d'inscription aux Loges de la Ménagerie de Chantilly» (mars 1728, P- 499-500). Goujet écrit le 14 février 1737 : «on a exclu le P. Rouillé [...]. Le P. Tournemine a écrit à un de ses amis que l'on avait bien fait d'exclure le P. Rouillé» (B.N., f.fr. 9355' f° 300). Brumoy écrit de son côté à Caumont le 17 juillet 1737 : «Le P. Lavaud recteur de Paris a mis la main dans notre ruche journalistique si mal à propos [...]. Il a supprimé les présents que nous faisions à quelques amis distingués ; le P. Rouillé s'est dégoûté, il a quitté la manivelle » (Bibliothèque de la Société de Jésus, Chantilly, n°74).

7. Publications diverses

7. Discours sur l'excellence et l'utilité des mathématiques prononcé dans le collège royal de la Compagnie de Jésus, de la très célèbre université de Caën, l'an 1716 (Caen, 1716), 2 p. Examen du poème de la grâce (1732). – R. fit les notes et les dissertations de l'Histoire romaine (1725-1737) du P. Catrou. – II corrigea et publia, avec le P. Brumoy, l'Histoire des révolutions d'Espagne (Paris, 1734), du P. Joseph d'Orléans.

8. Bibliographie

Sommervogel, t. VII, p. 231-232. – (M.T.) Mémoires de Trévoux, févr. 1741, p. 312-318. – Pappas J.N., Berthier's Journal de Trévoux and the philosophes, S.V.E.C. 3, 1957. – Sommervogel C, Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, Paris, 1864. – (SW) Sgard J. et Weil F., « Les Anecdotes inédites des Mémoires de Trévoux (1720-1744) », D.H.S., n° 8, 1976, p. 193-204. – Gilot M. et Sgard J., «Le renouvellement des Mémoires de Trévoux en 1734», ibid., p. 205-214.

PLANQUE

Numéro

645

Prénom

François

Naissance

1696

Décès

1765

François Planque est né à Amiens le 29 juin 1696 et mort à Paris le 19 septembre 1765.

2. Formation

Après avoir fini ses premières études à Amiens, P. fit son droit à Paris. Il fut précepteur du fils du chirurgien Guérin. qui l'orienta vers la médecine. N'étant pas de la Faculté de médecine de Paris, P. ne la pratiqua que pour quelques amis et n'obtint son diplôme de docteur que la cinquantaine passée, en 1747 ou 1748, à l'Université de Reims.

3. Carrière

P. débuta dans la carrière des lettres en 1744 par une bibliographie médicale, dont il ne fit qu'une livraison, et sa Chirurgie complète. Il travailla à la Bibliothèque choisie de médecine, tirée des ouvrages périodiques, tant français qu'étrangers de 1748 jusqu'à sa mort.

4. Situation de fortune

On sait qu'il vécut un certain temps avec son ancien élève Guérin. Deux des œuvres de P. furent très répandues, la Chirurgie complète et le Tableau de l'amour conjugal.

5. Opinions

Les additions que P. fit aux articles de la Bibliothèque le montrent croyant, parfois crédule, intéressé par les grands problèmes de la médecine de l'époque tel l'existence des monstres.

6. Activités journalistiques

P. fut le seul compilateur des t. I-IX de la Bibliothèque choisie de médecine (Jean Goulin donna le dernier volume en 1770). La plupart des articles comportent des additions par P. (voir D.P.1 151).

7. Publications diverses

7. Bibliographia medica, 78 feuilles imprimées seulement en 1744, début d'une grande œuvre manquée. – Chirurgie complète suivant le système des modernes, Paris, 1744, 2 vol., augmentée et réimprimée en 1757. – Edition des Observations sur la pratique des accouchemens de Cosme Viardel, Paris, 1748. – Edition du Tableau de l'amour conjugal de Nicolas Venete, 1751. – Edition du Traité complet des accouchemens de Guillaume Mauquest de La Motte, Paris, 1765. – Trad. du latin, Observations anatomiques et chirurgiques de Vander-Wiel, Paris, 1758, 2 vol.

8. Bibliographie

8. B.Un. ; Q. ; N.B.G. – Bibliothèque choisie de médecine, t. X, 1770, p. II-VIII.

LA VERGNE DE TRESSAN

Numéro

468

Prénom

Louis

Naissance

1705

Décès

1783

Louis Elisabeth de La Vergne de Tressan est né le 5 octobre 1705 (B.Un., Oeuvres, t. XI, p. 3) ou le 4 novembre (Q. ; Cordorcet, p. 111) au Mans, de François de La Vergne-Tressan et de Madeleine Brulart de Genlis. Sa famille paternelle était d'origine languedocienne, devenue protestante puis reconvertie sous Louis XIII. Le grand oncle de Tressan fut archevêque de Rouen et grand aumônier du duc d’Orléans ; une grand tante, la duchesse de Ventadour, fut gouvernante du jeune roi Louis XV (Kafker, 366).

2. Formation

T. fit ses premières études à La Flèche et Louis-le-Grand ; il fut envoyé à treize ans à la cour pour achever sa formation avec le jeune roi. Voltaire, Montesquieu et Fontenelle figuraient parmi ses relations au cercle du Palais-Royal, et il fréquenta les salons de Mme Doublet et de Mme de Tencin. Au cours d'un voyage d'Italie, T. découvrit les romans de chevalerie dans la bibliothèque du Vatican. De retour en France, il fut admis à la cour de la reine Marie Leszcynska, dont le père devint par la suite son protecteur. T. brigua longtemps une place à l'Académie française, qu'il n'obtint qu'en 1781. Associé libre de l'Académie des Sciences en 1750 ; membre de la Société royale de Londres, des académies de Berlin, Edimbourg, Montpellier, Caen, Rouen. Fondateur principal de celle de Nancy, et prononce le discours d’ouverture. Franc-maçon pendant dix ans au moins, à partir de 1737.

3. Carrière

Sa carrière militaire fut brillante : colonel au régiment du roi à dix-sept ans ; maître de camp dans le régiment du régent ; aide de camp pour le duc de Noailles, maréchal de camp en 1744 ; blessé à Philisbourg et Fontenoy ; lieutenant-général en 1747. Gouverneur du Toulois et de la Lorraine française en 1750, de Bitche plus tard. Il ne joua pas de rôle dans la guerre de 1756. Grand-maréchal du logis du roi Stanislas pendant plus de 20 ans. Commandeur de l'ordre de Saint-Lazare. Ami du marquis de Paulmy, qui rédigea la Bibliothèque universelle des romans dès 1775, T. en fut l'un des principaux collaborateurs. Ses extraits de romans de chevalerie devinrent une des rubriques les plus goûtées du périodique. Une querelle avec le marquis survenue quand T. sut que certains de ses textes avaient été altérés semble avoir provoqué le départ de Paulmy en 1778 (Martin, 7).

4. Situation de fortune

Les frais de garnison et le faste diminuèrent sa fortune plutôt modique, qu'il avait néanmoins refusé de réparer par un brillant mariage (Oeuvres, t. XI, p. 33, 16). Ayant perdu ses traitements de lieutenant-général sous Choiseul, T. se réfugia à Lunéville où il fut très lié avec le roi Stanislas. Cependant T. n'eut pas de legs à la mort de son protecteur, ce qui l'obligea de vivre longtemps à la campagne notamment à Nogent l’Artaud en Champagne, et à Fraconville. Dans ses dernières années il dut réduire son train de vie pour payer des dettes et maintenir deux fils au service (Oeuvres, t. XI, p. 42-43). Sa participation à la Bibliothèque universelle des romans serait en partie motivée par l'état de ses finances (Poirier, 17).

5. Opinions

Prévenant et aimable, T. fut aussi capable de méchancetés : Boufflers l'appela «une guêpe qui se noie dans du miel» (B.Un.). Il s'attira très tôt des ennemis par des satires et épigrammes, et la brusque fin de sa carrière militaire serait due à des couplets qu'il fit contre la duchesse de Chateauroux et que Louis XV ne lui pardonna jamais (Poirier, p. 16, n° 29). Un Jésuite, le P. de Menoux, dénonça à la reine un discours sur le progrès des sciences prononcé par T. à l'académie de Nancy. Il sut se défendre en obtenant des approbations de l'évêque de Toul et de la Sorbonne (Oeuvres, t. XI, p. 30-31). T. se montra parfois hypocrite quand il essaya de ménager des amis appartenant à des camps différents. Sur la demande du roi Stanislas, T. appuya Fréron devant Malesherbes, puis traita le journaliste de «poliçon» dans une lettre à d'Alembert, qui fut publiée (Kafker, 368). D'Alembert lui demanda de faire expulser Palissot de l'académie de Nancy, ce que T. ne put faire ; il dut se réconcilier ensuite avec ce protégé des cours à Lunéville et Versailles. T. attaqua Palissot de nouveau dans l'article «Parade» au t. XI de l'Encyclopédie (il avait déjà fourni trois articles sur l'art militaire au t. VII) ; il nie ensuite sa participation à Palissot, tout en désavouant avec d'Alembert son amitié envers un adversaire des philosophes (Kafker, 368-369 ; Palissot, 432-433). Auteur d'un traité sur l'électricité, Tressan s'intéressait à l'histoire naturelle, surtout à la botanique. Il entretint une correspondance avec plusieurs grands scientifiques (Maupertuis, La Condamine, Réaumur, Bernouilli, Haller) ainsi qu'avec des philosophes et des hommes d'état (Voltaire, Rousseau, Frédéric II ; v. Mercure, p. 121).

6. Activités journalistiques

Dans le Mercure : «Lettre à M. l'abbé Raynal», p. 87-101 ; mars 1754, «Discours dédicace de la statue de Louis XV à Nancy», janv. 1756, p. 83-96 , «Lettre», oct. 1774, p. 173-177.

Dans la Gazette littéraire de l'Europe : «Extrait d'une lettre [sur la mort du nain du roi Stanislas]», t. II, p. 59-63 (1764).

Il fut l'un des principaux rédacteurs Bibliothèque universelle des romans (voir art. Paulmy et Bastide). Avec Paulmy et Legrand d'Aussy, il fournit les extraits de romans jusqu'au XVIe siècle. Voir Martin, Index, p. 458, pour la liste de ses contributions, dont celles-ci furent publiées à part : Amadis de Gaule, p. 3-132 (I, vi, 1779) ; Histoire du petit Jehan de Saintré, p. 65-226 (II, i, 1780) ; Histoire de Tristan de Léonois, p. 53-238 (I, iv, 1776).

7. Publications diverses

Cior 18, n° 62192-62226 : Q., t. IX, p. 548-549, D.L.F.

8. Bibliographie

Q., N.B.G., B.Un.,D.L.F.. – Kafker F.A. et S.L., The Encyclopedists as individuals : a biographical dictionary of the authors of the Encyclopédie, S.V.E.C. 257, 1988, p. 366-370. – Vie dans Oeuvres choisies, Paris, Desray, 1791, t. XI, p. 3-55. – Eloge dans Condorcet, Oeuvres, Stuttgart et Bad Cannstatt, F. Fromann Verlag, 1968 (réimp. de l'éd. de Paris, 1847-1849), t. III , p. 110-120. – Imbert, «Nécrologie», Mercure, janvier 1784, p. 117-123. – Mémoires inédits de Mme la Comtesse de Genlis, sur le dix-huitième siècle et la révolution française, depuis 1756 jusqu'à nos jours, Paris, Ladvocat, 1825, t. III, p. 316-318. – Palissot de Montenoy C., Mémoires pour servir à l'histoire de notre littérature, depuis François 1er jusqu'à nos jours, Paris, Gérard, 1803, t. II, p. 427-434, 492-497. – Poirier R., La Bibliothèque universelle des romans : Rédacteurs, Textes, Public, Genève, Droz, 1976. – Martin A., La Bibliothèque universelle des romans. 1775-1789. Présentation, table analytique, et index, S.V.E.C. 231, 1985.

HARDOUIN

Numéro

388

Prénom

Jean

Naissance

1646

Décès

1729

Jean Hardouin est né à Quimper le 23 décembre 1646 (S) ; selon Goujet (Supplément de 1735 au Dictionnaire de Moreri), il serait né à Quimpercorentin et serait fils d'un libraire normand «qui s'occupait à Quimper d'une espèce de librairie, surtout de catéchisme & de papier». Il est mort à Paris le 3 septembre 1729 (S).

2. Formation

Remarqué par les Jésuites de Quimper, il entre au noviciat à l'âge de «quinze ans», le 25 septembre 1660 (S) ; il prononce ses voeux le 27 septembre 1666 et poursuit pendant cinq ans ses humanités et sa rhétorique à Arras, puis à Evreux (VM). Appelé à Paris en 1674 pour sa formation en théologie, il est déchargé d'emplois ordinaires et adjoint au bibliothécaire du collège Louis-le-Grand, le R.P. Garnier, qui l'initie à la bibliographie ; après avoir accompli à Rouen sa 3e année de probation, il est nommé bibliothécaire à Louis-le-Grand, puis professeur de théologie positive, fonction qu'il exerce de 1683 à 1718 (VM).

3. Carrière

Malgré le caractère peu orthodoxe de ses publications et les scandales qu'elles ont suscités, le P. Hardouin poursuit dans la Compagnie de Jésus une carrière très régulière. Ses supérieurs font supprimer à plusieurs reprises des éditions de ses oeuvres et l'obligent à se rétracter publiquement en 1708, mais il reste chargé de la partie numismatique et histoire ancienne dans les Mémoires de Trévoux ; il travaille de 1695 à 1722 à l'édition officielle des conciles, qui paraît en 1715 ; lorsque les censeurs le condamnent le 7 septembre 1722, les Jésuites font casser l'arrêt en Conseil d'Etat le 25 avril 1725 (VM). C'est encore à lui qu'on a recours en 1724 pour réfuter la dissertation du P. Le Courayer sur la validité des ordinations anglicanes en 1724. Considéré comme un érudit hors pair, il reste jusqu'à la fin de sa vie professeur de théologie et réside à la maison professe. C'est seulement après sa mort que les Jésuites prendront des distances avec le «monstrueux système» (Mémoires de Trévoux, janv. 1734, p. 76-111 ; fév. 1734, p. 306-336).

4. Situation de fortune

Bibliothécaire et professeur de théologie à Louis-le-Grand, le P. Hardouin a passé sa vie au service de la Compagnie de Jésus. En 1695, il reçut une pension pour se consacrer à l'édition des conciles.

5. Opinions

Les controverses soulevées par le «système» du P. Hardouin ont duré plus de cinquante ans ; elles ont été résumées par l'abbé Irailh dans ses Querelles littéraires (Paris, Durand, 1761, 4 vol., t. III, p. 19-40). Dès avant ses études de théologie, il avait mis en chantier son commentaire de Pline, Caii Plinii Secundi Naturalis Historiæ Libri XXXVII, qui suscite, lors de sa publication en 1685, de vives controverses. L'édition de S. Joannis epistola ad Cæsarium monachum (1689) lui vaut une querelle avec Jean Leclerc (Bibliothèque universelle, t. XV et XIX). C'est dans la Défense de la lettre de Saint Chrysostome à Césaire (1690) qu'il met en doute pour la première fois l'authenticité des oeuvres de Liberatus, Cassiodore et des docteurs «prétendus Africains, Italiens, Espagnols» (p. 79). Dans ses Chronologiæ restitutae [...] de nummis Herodiadum (1693), il va plus loin et formule l'hypothèse d'une «assemblée de gens», sans doute des moines bénédictins du XIIIe siècle, qui auraient reconstitué de toutes pièces le corpus des historiens anciens pour donner autorité au dogme de la prédestination. La Chronologia Veteris Testamenti (1697), qui prétend se fonder uniquement sur des faits avérés (datations astronomiques, inscriptions) à l'exclusion de la plupart des écrivains grecs et latins, suscite de nombreuses réfutations, dont celles de La Croze (Dissertations historiques, Vindicia veterum scriptorum), de Leclerc (Bibliothèque choisie, t. XVI, p. 412 et suiv.), de Tournemine (Douze impossibilités du système du P. Hardouin, 1701). Quand en 1708, Hardouin entreprend, avec l'aide de son ami Ballonfeaux, de rééditer ses Chronologiae ex antiquis nummis restitutae, la Société de Jésus prend les devants et condamne officiellement la thèse de la «supposition» des écrivains anciens ; le P. Hardouin contresigne la Déclaration le 27 septembre 1708 et désavoue l'hypothèse d'«une faction impie, laquelle aurait fabriqué depuis quelques siècles, la plupart des Ouvrages Ecclésiastiques ou Profanes» (C). Un texte publié par Saint-Hyacinthe dans ses Mémoires littéraires en 1716, «L'athéisme découvert par le P. Hardouin jésuite» montre qu'à cette époque il avait pourtant complété son «système» : tous les textes anciens qui développent le thème de la fatalité des passions, de la soumission à la Nature ou à un Etre impersonnel soumis aux lois, sont pour lui des faux. Les oeuvres de Saint Augustin ont été fabriquées par des moines augustiniens ou des bénédictins jansénistes, complices des philosophes qui nient le libre-arbitre, entre autres Pascal, Nicole, Descartes et Malebranche. Cet athéisme caché, Hardouin ne s'est pas lassé de le pourfendre. En septembre 1697, on le voit dénoncer en Cour de Rome les oeuvres de Fénelon, suspectes d'un même consentement à la fatalité et vouées à un Dieu impersonnel. «Ens abstractum, metaphysicum et illimitatum» (cf. H. Hillenaar, Fénelon et les Jésuites, La Haye, Nijhoff, 1967, p. 121-122 et 357-358). Il a toutefois gardé secrets ses Athei detecti, qui ne parurent qu'après sa mort, dans les Opera varia (Amst., Du Sauzet et La Haye, De Hondt, 1733), publiées par les soins de l'abbé d'Olivet. En 1716, il participe à la querelle des Anciens et des Modernes par une Apologie d'Homère, Homère étant le seul écrivain grec qu'il présume authentique. Mme Dacier lui a répondu par un Homère défendu contre l'Apologie du P. Hardouin (cf. N. Hepp, Homère en France au XVIIe siècle, Klincksieck, 1968, p. 696-697).

6. Activités journalistiques

L'oeuvre du P. Hardouin est considérable ; elle ne compte pas moins de 107 articles dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus de Sommervogel, à laquelle nous renvoyons. Dans cette liste, on compte une vingtaine d'ouvrages imprimés ; le reste de l'oeuvre consiste en lettres et dissertations savantes adressées à toutes les «bibliothèques» érudites, mais surtout au Journal des savants et aux Mémoires de Trévoux. Expert reconnu en numismatique, en histoire ancienne et en théologie positive, Hardouin fut utilisé par les Jésuites comme savant, mais aussi comme polémiste chargé de répliquer aux jansénistes et aux protestants. Son oeuvre journalistique, qui commence avec l'extrait d'une «Lettre touchant les monnaies d'or des Romains» (Journal des savants, 10 mars 1681) se clôt sur un dernier article publié en 1729 dans les Mémoires de Trévoux : «Le fondement de la chronologie de M. Newton [] sappé par le P.H.J.». Souvent suspect à ses supérieurs en raison de ses imprudences et de sa fougue de chercheur, le P. Hardouin fut certainement reconnu par eux comme un journaliste remarquable.

7. Publications diverses

On trouvera dans la Bibliothèque de la Compagnie de Jésus de Sommervogel une bibliographie très complète des oeuvres du P. Hardouin (t. IV). L'article «Hardouin» du Nouveau Dictionnaire historique de Chauffepié donne en outre une liste des articles suscités par les oeuvres du R.P., notamment Caii Plinii Secundi Historiæ Libri XXXVII (1685), S. Joannis epistola ad Cæsarium monachum (1689), Chronologiæ ex nummis antiquis restitutæ (1693) et Chronologia Veteris Testament (1697).

8. Bibliographie

Moreri (Supplément de Goujet, 1735). – (C) Chauffepié. – N.B.G. – B.Un. – (S) Sommervogel. – D.J., notice de K. Hardesty. – (VM) Vacant et Mangenot, Dictionnaire de théologie catholique. – «L'athéisme découvert par le R. Père Hardouin Jésuite, dans les Ecrits de tous les Pères de l'Eglise, & des Philosophes modernes», dans les Mémoires littéraires de Saint-Hyacinthe, La Haye, 1716, p. 71-88. – Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, t. XIV, p. 109 et suiv. – Irailh, Querelles littéraires, Paris, Durand, 1761, 4 vol., t. III, p. 19-40. – Chadwick O., From Bossuet to Newman, the idea of doctrinal development, Cambridge, 1957, p. 49-58. – Sgard J., «Et si les Anciens étaient modernes le système du P. Hardouin», dans D'un siècle à l'autre. Anciens et Modernes, Marseille CMR 17, 1987, p. 209-220.

CASTEL

Numéro

144

Prénom

Louis

Naissance

1688

Décès

1757

Louis-Bertrand Castel est né à Montpellier le 5 novembre 1688 (reg. par. Notre-Dame de Montpellier), et non le 11 comme on le dit dans son éloge. Ses parents étaient Guillaume Castel, médecin, et Louise Dubuisson. Son frère aîné, Charles Thomas, était né en 1687. Il est mort à Paris au collège Louis-le-Grand le 11 janvier 1757 (N.B.G.).

2. Formation

Il entra au noviciat des Jésuites le 16 octobre 1703. Il fut novice chez les Jésuites de Toulouse et dès 1707, son nom se trouve parmi les physici dans les registres (Ecole Saint-Stanislas).

Il fut membre des académies de Bordeaux et de Rouen, et de la société royale de Londres (M.T.).

3. Carrière

En 1711, il accéda à la chaire des humanités à Clermont (où Rameau était organiste). En 1712, il devint professeur de rhétorique (magister). Il enseigna la rhétorique a Aubenas en 1714-1715. En 1716 il est consultor, admonitor, confessor exterioris à Pamiers. Il exerça les mêmes fonctions à Cahors en 1719. Il écrivit «quelques essais relatifs à son goût et à son génie» qui le firent remarquer de Fontenelle et du P. Tournemine (M.T., avril 1757, p. 1102). Fin 1722, il devint professeur au collège de Clermont (Louis-le-Grand), où il enseigna jusqu'à sa mort des matières aussi variées que la physique, les mathématiques, la pyrotechnie, la tactique, l'architecture etc. Il fut préfet de la chambre des physiciens (voir F. de Dainville, «L'enseignement des mathématiques dans les collèges jésuites de France du 16e au 18e siècles», Revue d'Histoire des Sciences, 1954, p. 6-21 et 109-113).

4. Situation de fortune

C. eut des élèves fortunés et put obtenir des dons pour la construction de son clavecin oculaire et la publication de ses ouvrages (voir Chouillet). Il était en particulier souvent aidé par le comte de Maillebois. En 1737, il corrige, «moyennant pécune», les épreuves du Pétrone annoté par le président Bouhier (Correspondance littéraire du président Bouhier, éd. H. Duranton, lettre de l'abbé d'Olivet, 17 oct. 1737, t. IV, p. 258).

5. Opinions

Les Jésuites furent souvent en désaccord avec les opinions trop conservatrices ou trop dogmatiques de C. Eux et d'autres le critiquèrent, principalement dans les Mémoires de Trévoux et dans le Mercure. Son Traité de physique (1724) suscita une discussion vive, ainsi que fit le clavecin oculaire, proposé dans l'Optique des Couleurs (1740). Sommervogel mentionne une quinzaine d'ouvrages à ce sujet, qui fut discuté pendant longtemps par bien des écrivains, parmi lesquels Diderot. Mathon, Saurin, et d'autres examinèrent les idées mathématiques de C.. Il provoqua des débats moins importants, telles les discussions sur le Kamtchatka et sur quelques aspects de la marine. Il réfuta les oeuvres de Newton et le déisme de Rousseau (Sommervogel, Essai). Il existe une correspondance entre Fontenelle et le P.C. (c'est par ces initiales qu'il se désigne lui-même dans ses manuscrits). Voir le t. XI des Oeuvres de Fontenelle, où les lettres ne figurent pas en entier, malheureusement. Deux lettres de C. à Montesquieu ont été publiées par R. Pomeau dans «Une correspondance inédite de Montesquieu», R.H.L.F., mars-avril 1982, p. 220-223.

C. resta toujours lié avec Fontenelle et Montesquieu et fut connu d'autres philosophes. Il révisa les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains et assista à la mort de Montesquieu. Voltaire appela C. «le Don Quichotte des mathématiques» pour ses théories mal fondées (Sommervogel) ; il rendit à C. un manuscrit d'opéra en 1741. Diderot, lors de sa querelle avec Berthier, fit appel à C.. Ils entretinrent une correspondance vers 1751 (Pappas ;. Roth-Varloot, t. I, p. 114-116).

6. Activités journalistiques

«Le plus fécond des collaborateurs» des Mémoires de Trévoux, C. y travailla entre 1720 et 1745 (Sommervogel). Il fait partie de l'équipe dès 1720, avec les PP. Brumoy et Rouillé, devient l'adjoint du P. Rouillé en 1733 et participe à la réorganisation de 1734, mais s'oppose vivement au P. Charlevoix et rédige en 1743 un mémoire sur la réforme de l'administration du journal ; son plan n'ayant pas eu de succès, il se retire en 1745 ; sur les démêlés à l'intérieur du comité de rédaction du journal, voir J. Sgard et F. Weil : «Les anecdotes inédites» ; ce manuscrit de C. est à la B.N. (n.a.fr. 11364).

En dehors de plus de 300 analyses et extraits, il inséra dans les M.T. une trentaine de pièces particulières. Il donna une trentaine d'articles au Mercure depuis 1724 jusqu'en 1755. La liste se trouve dans Sommervogel.

7. Publications diverses

En suivant son principe que les règles de toutes les sciences et de tous les arts se ressemblent, C. s'intéressa à tout. On peut citer à titre d'exemple ces ouvrages : Mathématique universelle abrégée, Paris, 1728, 672 p. ; Dissertation philosophique et littéraire, où par les vrais principes de la physique et de la géométrie, on recherche si les règles des arts, soit mécaniques, soit libéraux, sont fixes ou arbitraires ; et si le bon goût est unique et immuable, ou susceptible de variété et changement, 1738 ; La Méthode ordinaire perfectionnée, ou une Méthode nouvelle qu'on croit parfaite, d'apprendre et de montrer la Musique, ms. 115744, B.R. Bruxelles. C. a revu la seconde édition de la Dissertation sur la cause et la nature du tonnerre et des éclairs par le Père Lozeran du Fesc. Il fit aussi des discours préliminaires à deux ouvrages : Nouveau système de la manière de défendre les places par le moyen des contremines, Paris, 1731, par Dazin ; «Analyse des infiniment petits, comprenant le Calcul intégral dans toute son étendue» (Paris, 1735), d'Edmond Stone.

Voir la liste des articles et des ouvrages de C. dans Schier (ajouter le ms. cité en 6).

8. Bibliographie

N.B.G.– Sommervogel, t. II, p. 827-841. – Mémoires de Trévoux, avril 1757, p. 1100-1114. – Sommervogel C., Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, Paris, 1864. – La Porte, J. de (attribué à), Esprits. saillies et singularités du Père Castel, Amsterdam et Paris, 1763. – Bertrand M., «Le Père Castel», Le Correspondant, t. XXXIX, Paris, 1868, p. 1067-1084. – Schier D.S., Louis-Bertrand Castel, anti-newtonian scientist, Cedar Rapids, Iowa, The Torch Press, 1941. – Pappas J.N., Berthier's Journal de Trévoux and the Philosophes, S.V.E.C., 3, 1957. – Chouillet A.M., «Le clavecin oculaire du Père Castel», D.H.S., t. VIII, 1976, p. 140-166. – Sgard J. et Weil F., «Les anecdotes inédites des Mémoires de Trévoux (1720-1744)», D.H.S., t. VIII, 1976, p. 193-204.