MISSY

Numéro

580

Prénom

César de

Naissance

1703

Décès

1775

Né à Berlin le 2 juin 1703, César de Missy était le fils aîné de Charles de Missy et de Suzanne Godefroy (Wagner). Son père était un marchand, natif de la province de Saintonge ; sa mère était la petite-fille de Jean Godefroy, sieur de Richal, maire de La Rochelle à l'époque du siège (N). Son frère, Paul, fut le premier qui fit fabriquer à Berlin les nouvelles étoffes mélangées connues sous le nom de cotonnades et de siamoises (Erman et Reclam, t. VI, p. 118). M.

2. Formation

Après avoir terminé ses humanités au Collège français à Berlin, M. s'immatricula à l'Université de Francfort-sur-l'Oder où il s'appliqua à l'étude de la théologie (Haag). Le consistoire de l'église réformée de Berlin le reçut candidat au ministère en 1725, mais ne voulant pas signer une formule de foi particulière à la Prusse, il ne fut admis qu'au bout de onze mois d'attente. Pour éviter la répétition certaine de cet inconvénient lors de son installation dans une charge pastorale, il se rendit en Hollande (N).

3. Carrière

M. prêcha en Hollande pendant cinq ans (1726-1731) ; en 1731 il fut appelé à Londres comme ministre de l'église française de Savoie qu'il quitta en 1762 pour devenir un des chapelains de sa Majesté à la chapelle de Saint James (N). Sa lettre à Formey du 4 juillet 1774 le dit «demeurant au n° 3 de Bolsover Street (Oxford Road) » à Londres (Nachlass Formey).

4. Situation de fortune

On ne connaît rien de la situation de sa fortune. Il dut être assez à l'aise car il fut un bibliophile renommé, ayant collectionné un nombre considérable de manuscrits et d'édi­tions rares. Dans le catalogue de la vente de sa bibliothèque (Baker & Leigh, March 1776) il y avait 1663 numéros (B.N., f.fr. 12933, f° 12-40).

5. Opinions

M. fut mêlé à une querelle littéraire, en raison d'une flèche lancée contre David Martin dans une lettre parue dans le Journal britannique « sur le MS du Vatican cité par le Père Amelóte en faveur du passage des trois témoins célestes» (t. VIII, mai-juin 1752, p. 194-211). On critiqua très sévère­ment cet acte de lèse-majesté envers D. Martin dans le Journal des savants, éd. d'Amsterdam, t. CLXIII, août 1752, p. 276-279. De même, un anonyme attaqua M. dans un «Mémoire envoyé à l'auteur du Journal britannique» (t. X, janv.-févr. !753. P- 127-134). A son tour, M. inséra dans le Journal britannique une « Lettre de Mr de Missy sur tout ce qui a été écrit contre lui en faveur de Mr Martin et principalement sur le Mémoire inséré dans l'avant-dernier volume de ce Journal » (t. XI, mai-juin 1753, p. 66-98). Les accusations de ses critiques sont répétées dans l'article «David Martin» du Dictionnaire historique de Prosper Marchand (La Haye, 1758­1759, t. II, p. 31).

Dans sa jeunesse, M. fut en relations avec les savants les plus célèbres : La Croze, Chauvin, Lenfant, Beausobre. Après avoir quitté Berlin, il entretint une correspondance suivie avec Charles Etienne Jordan, Benjamin Godefroy, Emmanuel Focke et l'évêque de Lombes (N). Il existe des manuscrits de sa correspondance avec les Wetstein (B.L., add. mss 32418, f° 60, 272 ; B.U. Amsterdam, ms. Q97 a-b et A158 a-c), et Formey (Nachlass Formey ; Krauss). De 1741 à 1745. il eut un échange de lettres assez curieux avec Voltaire. Ayant reçu deux exemplaires de V Anti-Machiavel, M. en fit un extrait qu'il inséra dans la Bibliothèque britannique (t. XVI, 2e part., janv.-mars 1741, p. 211-262). Il acquit des livres pour le compte de Voltaire en Angleterre et fut responsable d'une édition anglaise de Mahomet. C'est Voltaire qui termine cette correspondance, semble-t-il, en ne répondant pas aux lettres envoyées par M. en 1744 et en 1745 (D2405, 2514, etc.).

En Angleterre, M. fréquentait une «Société de gentils-hommes» avec Jortin, Birch, Wetstein, Heathcote et Maty (N, t. III, p. 537). Quelques-unes de ses lettres sont imprimées par Nichols.

L'abbé Prévost fut lié avec M. à Londres en 1733. Deux petites pièces par M. inspirées par le Temple du Goût de Voltaire furent publiées anonymement par Le Pour et contre, 1.1, p. 170-172 (Labriolle, p. 23).

M. fit la connaissance du baron de Bielefeld lors du séjour de celui-ci en Angleterre en 1741. Le baron le complimenta très gentiment dans ses Lettres familières et autres (La Haye, Gosse, 1763, 1.1, p. 293-294).

Lors de l'émigration de quelques familles protestantes de Normandie en 1763, M. sollicita l'intervention et les secours de l'archevêque de Canterbury qui ne put leur offrir de la part du gouvernement que des concessions de terrain en Amérique (Waddington).

6. Activités journalistiques

Nous savons par une lettre de Desmaizeaux à La Motte que M. faisait partie de l'équipe de journalistes qui travailla à la Bibliothèque britannique, La Haye, Pierre de Hondt, 1733­1747, 25 vol. (B.H.P., ms. 295, f° 39 ; Broome ; D.P.i 149). Outre l'extrait de Y Anti-Machiavel, mentionné plus haut, les articles suivants sont sûrement de sa plume : a) «Lettre de Mr D.M. à Mr D.L.C. contenant plusieurs particularitez curieuses qui ont été supprimées dans le Commentaire de Père Mersenne sur la Genèse», t. XVIII, 2e part., janv.-mars 1742, p. 406-421. – b) «Réflexions de Mr. de Missy sur l'Onction dans les sermons», t. XV, 1er part., avril-juin 1740, p. 176-185. – c) «Discours critique et moral sur II Pierre, i. 5-7», t. XI, 2e part., juil.-sept. 1738, p. 347-381. – d) «Quatre cantates françoises», t. XII, 1erpart , oct.-déc. 1738, p. 167-171. – e) «Mémoire touchant un nouveau microscope à réflexion, inventé par Mr. Robert Barker », t. VII, 2e part., juil.-sept. 1736, p. 428-435. – f) «Mémoire touchant une nouvelle Société pour l'encouragement des lettres», t. IX, 2e part., juil.-sept. 1737, p. 254-285. – g) «Second mémoire touchant le microscope catoptrique de Monsieur Barker », t. XVI, 1er part., oct.-déc. 1740, p. 163-171. – h) «Lettre de Mr. de Missy à un de ses amis : contenant diverses remarques nouvelles sur le Psaume CXXXVII et en particulier sur le tems où il a été composé» suivie d'une «Paraphrase du Psaume CXXXVII», t. VII, 1er part., avril-juin 1736, p. 24-95. – i) trad, française des «Remarques sur le Gargantua et le Pantagruel de Rabelais par Mr. Le Motteux», 1.1, 1er part., avril-juin 1733, p. 129-167 ; t. II, 2e part., janv.-mars 1734, p. 237-271 ; t. III, 1er part., avril-juin 1734, p. 127-185 ; t. IV, 1er part., oct.-déc. 1734, p. 80-130. Dans le Nouveau Magazin français ou Bibliothèque instructive et amusante de Mme Leprince de Beaumont (Londres, 1750­1751, 3 vol., D.P.i 985), nous trouvons quelques poésies de sa façon : a) « Vers sur le Festin des Dieux, représenté en relief dans le Plat-fond du nouveau Salon de Mr. Van-Neck à Putney », t. I (1er éd.), févr. 1750, p. 47-48. – b) Deux fables : «Le Grain de Sénevé et l'Oignon de Tulipe» et «La Taupe et les Aiglons», 1.1 (1er éd.), mars 1750, p. 101-102. – c) Deux fables : «Tibère et le Pêcheur de Caprée» et «Les Grenouilles et leurs rois», t. I (1er éd.), avril 1750, p. 145-151. – d) «L'Enipée : Cantate en cinq actes», t. I (i éd.), oct. 1750, p. 366-369. – e) «Vers de Mr. de M. à son épouse avant son mariage», t. III, févr. 1751, p. 78-79.

M. donna neuf articles au Journal britannique, La Haye, H. Scheurleer, 1750-1757 (D.P.1 625). Toutes ses contribu­tions se trouvent dans la partie du Journal rédigée par son ami Maty, et sont signées soit de son nom, soit des initiales, C.D.M.

7. Publications diverses

Manuscrits : M. laissa en manuscrit plusieurs cahiers d'ob­servations critiques, des dissertations et quelques sermons qui entrèrent dans la bibliothèque du duc de Sussex. Ces manuscrits sont énumérés par Thomas J. Pettigrew (t. I. part. 1), cité par Haag ; ils furent dispersés lors de la vente de cette bibliothèque (London, Evans, 1844). – B.L. : add. mss 6492-6499, Sermons (1752-1769) et des notes par sa femme, Elisabeth ; add. mss 6500-6507, collations du Nouveau Testament grec, et des notes ; add. mss 4285, f° 247 ; 32418, f° 60, 272 ; 32725, f° 481, lettre. Le catalo­gue des imprimés de la B.L. donne la liste des livres nombreux où se trouvent ses notes manuscrites. – B.N. : f.fr. 12933, f° 12-40, catalogue de la vente de sa bibliothèque ; f° 74­123, correspondance avec Voltaire ; f° 176-182, «Epître à Monsieur Nenci : en réponse à son Sonnet italien adressé al Signor Cesare di Missi». – B.U. Amsterdam : ms. Q97 a-b, Ai58 a-c, lettres à J.J. Wetstein. – Deutsche Staatsbi­bliothek : Nachlass Formey, lettre à Formey.

Imprimés : voir le catalogue de la B.L., à compléter par Haag.

8. Bibliographie

Haag. – Agnew D., Protestant exiles from France in the reign of Louis XIV, 3e éd., Edinburgh, 1886. – Beloe W., Anecdotes of literature and scarce books, London, 1807, t. I, p. 113-117. – Bielfeld J.F. de, Lettres familières et autres, La Haye, 1763. – Broome J.H., «Pierre Desmaizeaux, journa­liste : les Nouvelles littéraires de Londres entre 1700 et 1740», R.L.C., t. XXIX, 1955, p. 184-204. – Erman J.P., Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés français dans les Etats du roi, Berlin, 1782-1794, t. VI, p. 118. – Formey S., «Eloge de Mr. de Missy », Gazette littéraire de Berlin, n° 721 (19 janv. 1778, p. 17-20) et 722 (26 janv. 1778, p. 25-28), reproduit en grande partie par Nichols. – Krauss W., «La correspondance de Formey», R.H.L., t. LXII, 1963, p. 207-216. – Labriolle M.R. de, Le «Pour et contre» et son temps, 34,1965. – LeeJ.P., «Voltaire and César de Missy », 163, 1976, p. 57-72. – (N) Nichols }. , Literary anecdotes, London, 1812, t. III, p. 305-314. – PettigrewT.J., Bibliotheca Sussexiana, London, 1827-1839. – Richemond de, «Paraboles et fables par César de Missy », La Charente-Inférieure, 6 avril 1889, p. 3. – Rossel V., Histoire de la littérature française hors de France, Lausanne, 1895. – Voltaire, Correspondence, éd. Besterman. – Waddington F., «Projet d'émigration du pasteur Gibert», B.S.H.P.F., t. VI, 1857, p. 370-381. – Wagner H., «Généalogie de la famille de Missy », ms., Huguenot Society, Londres.

MATY

Numéro

561

Prénom

Mathieu

Naissance

1718

Décès

1776

Né à Montfort, près d'Utrecht, le 17 mai 1718 (baptisé le 19 mai), Mathieu Maty était le fils de Paul Maty (né en 1681 à Beaufort, mort à Londres en 1773) et de Jeanne Crottier Desmarets. Son père, pasteur de l'église réformée à Montfort, était fils de Matthieu Maty, pasteur à Beaufort en Dauphiné, qui se réfugia en Hollande après la révocation, et d'Anne Saurin, fille de Pierre Saurin, pasteur à Grenoble, sœur d'Elie Saurin, ministre à Utrecht. Sa mère était la fille de Pierre Crottier Desmarets et de Gillette Aubert.

2. Formation

M. reçut probablement sa première éducation à l'école des pauvres établie par Jacques Saurin à La Haye, où son père devint catéchiste en 1723 (Bulletin de la Commission pour l'histoire des églises wallonnes, t. III, 1888, p. 318). Il s'immatricula à l'Université de Leyde le 31 mars 1732 (Album studiosorum, col. 397) où il fut l'élève de Boerhaave. Le 11 février 1740 il obtint les diplômes de docteur en médecine et en philosophie (Molhuysen, p. 249). Fils et père de ministres protestants, M. fut de toute évidence croyant mais tolérant car sa famille avait doublement souffert de l'intolérance religieuse. Chassé de France par la Révocation et ayant annoncé des théories nouvelles sur la Trinité, son père fut déclaré hérétique, excommunié et déposé par le Synode de La Haye en 1730 (D.N.B.; Bruys). Il est notable également que son fils, Paul Henry, ancien chapelain de l'ambassade anglaise de France, renonça aux fonctions pastorales en 1776 à cause des doutes que lui inspiraient les doctrines de l'Eglise anglicane sur la Trinité, le péché originel et la prédestination (D.N.B.).

M. fut élu à la Royal Society de Londres le 19 décembre 1751, admis le 9 janvier 1752 (Thomson, p. XLVI); à la Société royale de Berlin, le 15 janvier 1755 (Formey, Souvenirs d'un citoyen, p. 2 70) ; à la Société hollandaise des sciences à Haarlem, le 21 mai 1760 (Verhandelingen) ; et selon son neveu, à la Société royale de Stockholm (Layard, p. 1). Il fut également admis licencié au Collège royal des médecins à Londres le 25 juin 1765. A cause de sa naissance étrangère et du fait qu'il n'était pas diplômé de Cambridge ou d'Oxford, il ne pouvait pas être admis membre («fellow») du Collège. Aussi M. forma-t-il, en 1767, avec d'autres médecins licenciés une «Society of Collegiate Physicians» qui dura jusqu'en 1798 (Stevenson, p. 107). En 1774, M. fut élu à l'unanimité

médecin de l'hôpital français à Londres (Huguenot Society of London, « Livre des délibérations de la Corporation fran­çaise», 13 juil. 1774).

3. Carrière

En 1741, M. quitta la Hollande pour s'établir à Londres où il travailla comme médecin (D.N.B.). Il fut nommé en 1763 sous-bibliothécaire au British Muséum et à la mort du docteur Knight en 1772, il devint bibliothécaire en chef (Edwards, p. 342), Le 1er mars 1760 il sollicita sans succès auprès du duc de Newcastle le poste de secrétaire de la Société des arts (D.N.B.; B.L., add. mss 35606, f° 317). Il fut élu secrétaire en charge de la correspondance à l'étranger de la Royal Society en 1759 et secrétaire de la société le 30 novembre 1765, fonction qu'il exerça jusqu'à sa mort (Lyons, p. 148, 185).

Par sa correspondance, nous savons que M. retourna en Europe continentale à plusieurs reprises. D'après une lettre à Voltaire, il se trouvait à Paris au mois de juin 1750 (D4160). Sa «Lettre aux Auteurs de la Gazette littéraire» est datée du 26 octobre 1764, de Calais. Dans une lettre à Formey du 30 novembre 1764, Jean Des Champs constate ce voyage : «M. Maty est de retour de Paris où il n'a presque vu que les Spectacles et les Savans. II ne me paroît pas enthousiasmé de cette fameuse ville, qui, dit-il, n'approche pas de la beauté des rues et des places de Londres tel qu'il est aujourd'hui» (Nachlass Formey). Dans une lettre datée de Gravesend le 26 juillet 1770, M. écrit qu'il profite des vacances de la Royal Society pour passer outre-Manche (B.L., add. mss 42069, f° 81).

4. Situation de fortune

M. dut gagner assez bien sa vie comme médecin car Duncombe le dit «in easy circumstances» en 1754 (p. 161). En tant que secrétaire pour la correspondance à l'étranger de la Royal Society il touchait au moins 20 £ par an (Lyons, p. 148). Jean Deschamps écrivit à Formey en 1756 que M. recevait «cent livres et logement franc» comme bibliothé­caire au British Muséum (Nachlass Formey, 5 sept. 1756); et en 1774, son poste de bibliothécaire en chef du musée lui rapportait 200 £ par an avec une allocation supplémentaire de 12 £ pour le charbon et les chandelles (Thomas, p. 1). Par son testament, il légua de petites sommes à ses enfants et le reste à sa femme (P.R.O.).

5. Opinions

Le rôle que joua M. dans la campagne pour l'adoption de l'inoculation en Europe a été admirablement étudié par G. Miller. De 1750 jusqu'à sa mort il travailla avec zèle à ce but par ses lettres, traductions, comptes rendus, articles de journaux. Ayant déjà eu la petite vérole en 1740, M. alla jusqu'à s'inoculer lui-même en 1754, pour prouver qu'elle ne se contracte pas deux fois. Il tint un journal détaillé de cette expérience et l'imprima dans son Journal britannique, t. XV, nov.-déc. 1754, p. 424-435.

Dès 1753, il faisait partie d'une «Société de Gentilshommes » avec Jortin, Birch, Wetstein, de Missy et Heathcote, qui se réunissaient une fois par semaine pour le café et la discussion (Nichols, t. III, p. 537). Il entretint des correspondances avec beaucoup de savants et de personnages impor­tants, entre autres Formey, La Condamine, Benjamin Frank­lin, le comte de Gisors et le duc de Nivernais. Dans une lettre insérée dans le troisième tome des Works of David Mallet (Londres, 1759), M. prit le parti de son ami contre les journalistes de Trévoux qui avaient critiqué la Vie du chance­lier Bacon de Mallet en se fondant sur le texte de la traduction française (Amsterdam, 1755) où les erreurs d'interprétation abondent.

Edward Gibbon profita des conseils de M. dans la produc­tion de son premier ouvrage en français, l'Essai sur la littéra­ture (Londres, 1761), où fut imprimée une épître de M. à l'auteur (Gibbon, Memoirs, p. 100-102).

En 1766, M. seconda les efforts de Grimm pour placer des exemplaires de l'estampe de la famille Calas en Angleterre (Coquerel, p. 466).

M. fut en bonnes relations avec Lord Chesterfield dont il soigna le fils {Letters, t. VI, p. 1572) et auquel il dédia des poésies (L'Année littéraire, 1763, 1er part., p. 286-287). M. était en train de rédiger les Mémoires de Lord Chesterfield quand il mourut. Cette liaison lui valut l'inimitié du docteur Johnson qui en 1755 le traita de «petit chien noir» (Boswell, 1.1, p. 284 ; Morgan) ; mais ce fut tout de même chez M. que Casanova fit la connaissance de Johnson en 1763 (Stollery).

M. fut de ceux qui crurent fermement à l'existence des géants patagons par suite des rapports de l'équipage du vaisseau, le Dauphin, revenu d'un voyage en Patagonie sous la commande du capitaine Byron en 1766. Par des lettres destinées à l'Académie des sciences, il fit part de cette découverte à ses amis Lalande (VAvant-coureur, 23 juin 1766) et La Condamine (M.S., t. III, p. 67). Elles fournirent à l'abbé Coyer le sujet de sa Lettre au docteur Maty, Bruxelles, 1767 (Adams, p. 19-43).

En 176 7, M. participa au « Siège de Warwick Lane » quand les médecins licenciés montèrent à l'assaut de la Maison du Collège royal des médecins dans Warwick Lane pour récla­mer le droit d'être admis membres du Collège (Stevenson).

Exception notée de Johnson, tous ses contemporains parlent en termes élogieux de l'érudition et de l'amabilité de

M. Pour cette raison on est surpris de l'image défavorable que Richard de Lédans donne de lui dans son Catalogue des portraits de Carmontelle : M. devient un « brutal échappé de la Tamise» (Chantilly, Musée Condé, ms. 1482, f° 99).

6. Activités journalistiques

Selon Quérard (t. V, p. 627) et Weiss (B.Un., t. XXVII, p. 294), M. aurait collaboré à la Bibliothèque britannique, La Haye. Pierre de Hondt, 1733-1745; mais il s'agit certaine­ment d'une confusion avec le Journal britannique.

D'après les mêmes auteurs, il a collaboré à la Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de l'Europe, Amsterdam, 1728-1753. Sa collaboration à cette dernière revue est constatée par Gibbon (Miscellaneous Works, t. V, p. 450) qui parle de l'extrait rédigé par M. de l'Amyntor et Theodora de David Mallet inséré dans le t. XXXIX de la Bibliothèque raison­née, juil.-sept. 1747, p. 67-89. Dans une lettre de J. Deschamps à Formey du 26 décembre 1747, on lit que M. «est l'auteur des Extraits des Transactions [philosophiques], et des nouvelles littéraires de cette ville [Londres], qui s'insèrent régulièrement dans la Bibliothèque raisonnée » (Nachlass For­mey). M. fut probablement le correspondant à Londres pour cette revue de 1744 à 1749 après la retraite de Desmaizeaux ; il assura la rubrique des «Nouvelles littéraires de Grande-Bretagne et d'Irlande» (Broome, p. 202 ; Lagarrigue, p. 129­131).

D'après une lettre de Luzac à Formey du 27 juillet 1750, M. fut chargé de la littérature anglaise dans la Bibliothèque impartiale, Leyde, 1750-1758 (Marx, p. 285). Une lettre de M. à Lord Hardwicke du 12 décembre 1754 confirme cette participation (B.L., add. mss 35606, f° 246), Il s'agit d'un extrait de l'édition préparé par Lord Hardwicke des Letters to andfrom Sir Dudley Carleton (Londres, 1757) que M. fit insérer dans la Bibliothèque impartiale, t. XVIII, janv.-févr. 1758. part. 1, p. 50-70.

Selon des lettres de Pierre Rousseau à Formey, le Journal encyclopédique, Liège, Bouillon, 1756-1793, profita également de sa correspondance de Londres (Schrôder, p. 432).

La contribution la plus significative de M. à l'histoire du journalisme fut son Journal britannique (J.B.), La Haye, H. Scheurleer, 1750-175 7 (D.P. 1 625). M. ne rédigea que les 18 premiers tomes et se retira en 1755 à cause de son travail au musée et de l'approche de la guerre entre la France et l'Angleterre (J.B., t. XVIII, nov.-déc. 1755, p. 502-504). Grimm considère le J.B. comme «le meilleur journal qui ait paru de notre temps» (CL., t. VII, p. 285). M. travailla seul mais accepta des articles et des extraits d'une cinquantaine d'auteurs dont quelques-uns ne sont connus que par des initiales. Un certain de Mauve (voir ce nom) continua l'ouvrage jusqu'en 1757 mais dut renoncer à la tâche, ne pouvant obtenir des livres en temps de guerre. Elie de Joncourt fournit une continuation rivale avec la Nouvelle Bibliothèque anglaise, La Haye, Gosse, 1756-1757, 3 vol.

7. Publications diverses

Œuvres diverses dans l'ordre chronologique: Dissertatio de consuetudinis efficacia in corpus humanum, Lugduni Batavorum, 1740. – Dissertatio de usu, Lugduni Batavorum, 1740 ; Essai sur l'usage, Utrecht, 1741 (trad. augmentée du précé­dent). – Ode sur la rébellion de MDCCXLV en Ecosse, Amster­dam, 1746. – Essai sur la [le] caractère du grand médecin, ou Eloge critique de H. Boerhaave, Cologne, 1747; trad. alle­mande, 1748. – Authentic Memoirs of Richard Mead, Londres, 1755: trad. augmentée de l'«Eloge du Docteur Richard Mead», J.B., t. XIV, juil.-août 1754, p. 215-248. – Mémoire sur la vie et sur les escrits de Mr. A. de Moivre, La Haye, 1755: tirage à part de l'article apparu dans le J.B., t. XVIII, sept.­oct. 1755, p. 1-51. – Lettres du docteur Maty et du docteur Kirkpatrick à M. Hosty au sujet de la dissertation sur l'inoculation par M. Cantwel (Paris, 1756): tirage à part du Journal étranger, févr. 1756, p. 127-144. – «Lettre à David Mallet», The Works of David Mallet, Londres, 1759, t. III, p. 85-104. – «Vita di Alessandro Pope», Saggio sull'Uomo, trad. de G. Castiglioni, Berna, 1760, tirée de la notice parue dans J.B., t. VII, sept. 1751, p. 5-37; déc. 1751, p. 375-409-– «A l'auteur», Edward Gibbon, Essai sur l'étude de la littérature, Londres, 1761. – «Proeve over den leeftyd geschikt ter inentinge der kinderpokjes», Verhandelingen uitgegeven door de hoïlandsche maatschappij der wetenschappen te Haarlem, t. VI, 1761, 1er part., p. 327-350; t. VI, 1762, 2e part., p. 469-499. – « Proeve ter bepalinge van der ouderdom der persoo­nen, die jaarlyks te Londen van de kinderziekte sterven» Verhandelingen, t. VI, 1762, 2e part., p. 500-515. – «Lettre de M. Maty aux Auteurs de la Gazette littéraire», Gazette littéraire, t. III, 2 déc. 1764, p. 361-372. – Lettre à Monsieur Chais au sujet d'une lettre de Monsieur Ingenhousz à Monsieur Chais, La Haye, 1768; trad. hollandaise, Rotterdam, 1768. « A Palsy occasioned by a Fall, attended with uncommon symptoms », Medical Observations and Inquiries, 2e éd., t. Ill, 1769, p. 257-272. – «An Essay on the Advantages of very early Inoculation», Medical Observations and Inquiries, 2e éd., III, 1769, p. 287-307. – «Memoirs of Lord Chesterfield », Gibbon, Miscellaneous Works, Londres, 1796,1.1, p. 1777.

Poésies diverses: «Vauxhall», J.Â., t. I, avril 1750, p. 31­49; Mercure de France, nov. 1750, p. 319. – «Adieux à un ami», J.B., t. IV, mars 1751, p. 337-340. – «Vers sur la mort de Frédéric I, roi de Suède», J.B., t. IV, avril 1751, p. 418-419. – «Vers sur la mort du comte de Gisors», Gazette d'Utrecht, 1er août 1758; The Gentleman's magazine, sept. 1758, t. XXVIII, p. 435 ; trad. anglaise, ibid., oct. 1758, t. XVIII, p. 487. – «Vers à M. le Duc de Nivernois», L'Année littéraire, 1762, t. VIII, p. 61-63. – «Vers à Mylord Chesterfield », L'Année littéraire, 1763, t. I, p. 286-287. – «Vers de M. Maty addresses à Mme de Boccage», Journal encyclopédique, t. VII, 1er oct. 1766, p. 132-134; cités dans M.S., t. III, p. 102-103. – Dans la notice sur M. dans B.Un., Weiss se trompe en disant que Prosper Marchand attribue à M. «des Poésies licencieuses et des Commentaires sur Rabelais». Marchand les attribue à César de Missy.

Traductions et révisions: CM. de La Condamine, A Discourse on Inoculation, trad. M., Londres, 1755. – A. Gatti, New Observations on Inoculation, trad. M., Londres, 1768. L. Spallanzani, An Essay on animal reproduction, trad. M., Londres, 1769. – J. von Staehlin-Storcksburg. An Account of the new Northern Archipelago (révisé par M.), Londres, 1774. – Divers mémoires envoyés par des correspondants étrangers dans les Philosophical transactions de la Royal Society traduits et édités par M.

M. a publié dans la Correspondance littéraire de Meister plusieurs traductions: «Mémoire sur la vie du comte de Chesterfield » (U. Kôlving et J. Carriat, Inventaire de la Corres­pondance littéraire, S.V.E.C. 225, 1984, 74:131 et 74:156) et plusieurs traductions de poèmes: «Le Rat et la Statue» (Inventaire, 76:010) et à «Art de la toilette» (ibid., 76:049).

8. Bibliographie

8. M.S. ; CL. ; B.Un. ; N.B.G. ; Q. ; Haag; D.N.B. – B.L., add. mss 4101. f° 1 ; 4224, f° 60; 4441, f° 77; 4274, f° 1 ; 4313, f° 292-299; 4449, f° 145-152; 4477. f° 273; 28539, f°259; 32269, f° 102, 143; 35606,f° 246, 300, 317, 319; 35607, f° 175, 284; 35610, f° 103, 381; 35612, f° 215­323; 35613, f° 108, 112; 32903, f° 29; 45868. – (P.R.O.) Londres, Public Record Office, Prob. 11/1023. – Oxford, Bodleian Library, ms. Top Jersey d.i, f° 12. – Berlin, Deutsche Staatsbibliothek, Nachlass Formey. – Van der Aa, Biographisch woordenboek der Nederlanden, réimpr. Amsterdam, 1969. – Album studiosorum Academiae Lugduno Batavae 1575-1875, La Haye, 1875. – Voltaire, Correspondence, éd. Besterman. – Adams P.G., Travelers and travel liars 1660-1800, Berkeley, 1962. – Agnew D., Protestant exiles from France in the reign of Louis XIV, 3e éd., Edinburgh, 1886. – Boswell J., Boswell's Life of Johnson, éd. G. Birbeck Hill et L.F. Powell, Oxford, 1934. – Broome J.H., « Pierre Desmaizeaux, journaliste : les nouvelles littéraires de Londres entre 1700 et 1740», R.L.C., t. XXIX, 1955, p. 184-204. – Bruys F., Mémoires historiques, critiques et littéraires, Paris, 1751,1.1, p. 171-204. – The Letters of Philip Dormer Stanhope, 4th Earl of Chesterfield, éd. B. Dobrée, Londres, 1932. – Coquerel A., Jean Calas et sa famille, 2e éd., Paris, 1869. – «Dr. Matthew Maty», The European Magazine and London Review, t. XXXVIII, August 1800, p. 82-85. Duncombe W. et Herring T., Letters, Londres, 1777. – Edwards E., Lives of the founders of the British Museum, Londres, 1870. – Formey J.H., Souvenirs d'un citoyen, Berlin, 1789. – Gibbon E., Memoirs of my life, éd. G.A. Bonnard, Londres, 1966. – Id., Miscellaneous Works, Londres, 1814. – Hunter W. et Watson H., «A short Account of Dr Maty's Illness », Philosophical transactions, t. LXVII, 1977, part. 2, 608-613. – Janssens-Knorsch U., Matthieu Maty and the «Journal britannique», 1750-1755, Amsterdam, 1975. - Lagarrigue B., Un temple de la culture européenne (1728­^753)'-l'histoire externe de la «Bibliothèque raisonnée des ouvrages des savants de l'Europe», Nimègue, 1993. – Layard C.P., A sermon preached at Oxendon Chapel, on Sunday, August 11th, 1776, occasioned by the decease of the late Matthew Maty, M.D., Londres, 1776. – Lyons H., The Royal Society 1660­1940, Cambridge, 1944. – Marx J., «Une revue oubliée du XVIIIe siècle: La Bibliothèque impartiale», Romanische Forschungen, t. LXXX, 1968, p. 281-291. – Miller G., The Adoption of inoculation for smallpox in England and France, Philadelphia, 1957. – Molhuysen P.C., Bronnen tot de geschiedenis der Leidsche Universiteit, La Haye, 1921. – Morgan A. de, «Dr Johnson and Dr Maty», Notes and queries, 2e série, 31 oct. 1857, p. 341. – Münk W., The Roll of the Royal College of Physicians of London, Londres, 1861. - Nichols J., Literary anecdotes of the eighteenth century, Londres, 1812. – Schröder W., «Zur Geschichte des Journal Encyclopédique», dans Neue Beiträge zur Literatur der Aufklärung, éd. W. Krauss et W. Dietze, Berlin, 1964, p. 259-276. – Stevenson L.G., «The siege of Warwick Lane: together with a brief History of the Society of Collegiate Physicians (1767-1798)», Journal of the history of medicine and allied sciences, t. VII, 1952, p. 105-121. – Stollery C.W., « Casanova's meeting with Samuel Johnson », Casanova gleanings, t. VII, 1964, p. 1-4. – Thomas P.D.G., «Parliament and the British Museum in 1774 », British Museum Quarterly, t. XXIII, 1960-1961, p. 1-2. – Thomson T., History of the Royal Society, Londres, 1812. – Verhandelingen uitgegeven door de hollandsche maatschappij der wetenschappen te Haarlem, t. VI, 1er part. (1761) et 2e part. (1762). – Wagner H, «The Huguenot refugee family of Maty», The Genealogist, janv. 1906. – Watt R., Bibliotheca Britannien or a General index to British and foreign literature, Edinburgh, 1824, t. II, p. 656.

DE MAUVE

Numéro

219

Naissance

?

Décès

?

6. Activités journalistiques

De Mauve succéda à Mathieu Maty comme rédacteur du Journal britannique, La Haye, H. Scheurleer, 1750-1757, 25 vol. pour les t. XIX à XXIV (janv. 1756- déc. 175 7 ; le t. XXV est une table des matières). Il fut en concurrence avec Elie de Joncourt qui fournit une autre continuation par sa Nouvelle Bibliothèque anglaise, La Haye, Pierre Gosse, janvier 1756 -juin 1757, 3 vol. Ils s'accusèrent mutuellement de n'avoir pas bien suivi le plan et le style de Maty (voir le Journal britannique, t. XIX, janv.-févr. 1756, «Préface» ; t. XX, mai-juin 1756, p. 212 ; et la Bibliothèque des sciences et beaux-arts, t. V, 1756, 2e part., p. 520-521). Une des critiques que de Joncourt fit à D. semble méritée : c'est que celui-ci se fiait trop aux jugements du Monthly Review et de la Critical Review sans avoir lu quelquefois l'ouvrage en question (voir D.P. 1 625). Les rapports tendus entre la France et l'Angleterre mirent fin à son œuvre journalistique : «La communication des productions littéraires de l'Angleterre étant devenue plus difficile depuis que la guerre s'est allumée entre la France et la Grande-Bretagne, je n'ai pu me procurer quantité de bons ouvrages qui auroient rendu ce Journal et plus curieux et plus intéressant. C'est aussi cette raison qui engage le Libraire à terminer ici cet ouvrage» (Journal britannique, t. XXIV, nov.-déc. 1757, p. 421). D., à la différence de Maty, semble avoir travaillé en Hollande ; de plus on ne trouve plus d'articles signés dans les cinq tomes de sa façon : il serait vraisemblablement l'auteur de tous les extraits. On ne connaît rien de ce M. de Mauve que Quérard appelle Mauvius (t. V, p. 627). Serait-il le Mr. Mauve mentionné dans un «Avis» du Journal étranger, mai 1755, p. 239, chez lequel on pouvait s'adresser à Londres pour acheter ce journal ?

CHAUMEIX

Numéro

169

Prénom

Abraham de

Naissance

1725

Décès

1773

Abraham Joseph de Chaumeix naquit à Orléans le 20 mai 1725, de Gabriel de Chaumeix et d'Anne Pierret (reg. par., A.M. Orléans, GG 399 ; K, p. 315) ; son père, originaire du village de Saint-Pardoux d'Arnet près de Crocq (Creuse) était officier du génie ; sa mère était la fille d'un professeur de mathématiques (D, p. 45-46). «Il [Chaumeix] est fils d'un homme à ce qu'il dit qui était dans le génie, petit-fils d'un Notaire de Lyon» (H, f° 90 ; K, p. 306-307). Son père se retira du service avant l'âge de trente ans avec le grade de major du corps royal de génie.

2. Formation

Chaumeix commença ses études de latin avec le curé de la paroisse de Chanteau ; «mais il ne se borna pas là : il voulut savoir le grec, l'apprit, de lui-même, fit l'acquisition d'une bonne suite d'auteurs grecs» (P, p. 2). A Orléans, il étudia la philosophie au collège jésuite et la théologie chez les Sulpiciens au Séminaire. Il entretint, semble-t-il, l'idée de se faire prêtre : «M. Chaumeix a porté assez longtemps l'habit ecclésiastique sans avoir jamais été tonsuré» (P, p. 2) ; mais la scholastique enseignée par les Sulpiciens n'était pas de son goût et il abandonna sa vocation de prêtre pour étudier le droit à l'Université (ibid.). Sous l'influence de son curé et des juristes d'Orléans, sa formation religieuse prit une teinte janséniste (K, p. 12-14).

3. Carrière

Selon Pataud, il quitta Chanteau après la mort de son père en 1741 pour venir à Orléans où il devint précepteur du fils du maire, puis chez M. Boilève, conseiller au baillage (p. 1). Son succès lui gagna le préceptorat d'autres jeunes gens de la ville. Il essaya de faire une carrière dans le droit : «Il accepta l'office du procureur fiscal dans la principauté d'Henrichement : mais il y a été très peu de temps» (P, p. 2). En 1757 Chaumeix vint s'installer à Paris pour vivre de sa plume : il fut d'abord précepteur chez un certain Viard, maître de pension, rue de Seine (H, f° 90 ; K, p. 307) ; cette pension étant tombée, il fut répétiteur de philosophie pendant un an chez M. Savouré, maître de pension (P, p. 3). Les Archives de la Bastille le disent demeurant rue des Noyers, paroisse Saint-Benoît, en 1759 (t. XII, p. 446). Après ses démêlés avec Voltaire et le camp philosophique, au printemps 1763, Chaumeix partit en exil pour la Russie où Catherine II lui procura un poste de tuteur d'un jeune seigneur russe ; sa femme et sa fille restèrent en France (D, p. 40-43).

4. Situation de fortune

A Orléans Chaumeix négligea ses affaires domestiques et dépensa bien au-delà de son pouvoir. Il finit par perdre l'héritage de son père, et arriva à Paris, «ayant moins que rien» (P, p. 3). Selon Hémery, après la faillite de la pension Viard, «Chaumeix s'est retiré à la Croix d'or rue de la Tissanderie où il s'était amouraché de la servante à qui il avait fait une promesse de mariage avec un dédit de 3000 £. Ayant manqué de parole à cette fille, pour l'apaiser et retirer sa promesse, Hérissant libraire parvis Notre Dame lui a donné au nom de Chaumeix la somme de 3000 £» (H, f° 90 ; K, p. 307). Dusaulchoy indique que Chaumeix profita de la protection active du Dauphin et que ce dernier encouragea sa réfutation de l'Encyclopédie (D, p. 41). Ayant perdu la protection du Dauphin et n'espérant plus rien gagner en France, Chaumeix fut accueilli par Catherine II qui «ne cessa de le combler de bienfaits» (D, p. 42).

5. Opinions

Dès son arrivée à Orléans ses tendances jansénistes se révélèrent (K, p. 13-14). A Paris il travailla à la suppression de l'Encyclopédie et à la condamnation du livre De l'Esprit d'Helvétius dans les huit volumes de ses Préjugés légitimes contre l'Encyclopédie (1758-59) qui lui valurent l'inimitié des philosophes. Ceux-ci tâchèrent de le rendre ridicule par une série de comptes rendus et de pamphlets :

a) Comptes rendus des Préjugés légitimes dans le Journal encyclopédique (15 févr. 1759, p. 139-140 ; 15 mars 1759, p. 145-146) auxquels Chaumeix a répliqué par une Réponse et des Réflexions. Pierre Rousseau chercha à destituer Chaumeix de la paternité des Préjugés en insinuant que l'auteur était l'abbé de Lignac. Celui-ci s'en défendit dans la préface de son Examen sérieux et comique des discours sur l'Esprit, Amsterdam, 1759, p. 63.

b) Mémoire pour Abraham Chaumeix contre les prétendus philosophes Diderot et d'Alembert, Amsterdam (Paris), 1759, que l'on a attribué à Diderot malgré ses protestations (Roth, t. 2, p. 117, 132 ; C.L., t. IV, p. 109), ou à Morellet (La Harpe, Correspondance littéraire, t. II, p. 283), et dernièrement à l'abbé du Laurens (Fellows and Green, p. 67-68). Après l'apparition de ce Mémoire au mois de mars 1759, le Parlement essaya d'appréhender l'auteur ; Diderot fut impliqué et s'en défendit. La Police ne réussit qu'à arrêter le colporteur (Archives de la Bastille, t. Xll, p. 446-455). L'ouvrage fut inséré dans la Collection complète des oeuvres de Diderot, Londres, 1773, t. IV, p. 333-424, et dans le Porte-feuille d'un philosophe, éd. Du Laurens, Cologne, 1770, t. I, p. 30-67.

c) Note de M. Marmontel sur un passage du livre des Préjugés légitimes dans le Mercure de France (avr. 1759, t. III, 2e part., p. 82-86) reproduite dans le Journal encyclopédique (15 avr. 1759, p. 127-132) ; à cette Note Chaumeix répliqua par une Réponse.

d) Justification de plusieurs articles du dictionnaire encyclopédique ou Préjugés légitimes contre Abraham-Joseph de Chaumeix, Bruxelles et Paris, 1760, par Leclerc de Montlinot, à laquelle un compte rendu très favorable est consacré dans le Journal encyclopédique (15 févr. 1760, p. 2-23 ; 1er mars 1760, p. 61-80). Chaumeix y répondit par Les Philosophes aux abois.

e) Voltaire attaqua Chaumeix dans une quinzaine d'ouvrages de 1760 jusqu'en 1773, surtout dans Le Pauvre Diable (éd. Moland, t. X, p. 97-113) et dans la Correspondance où Chaumeix figure dans la litanie des bêtes noires du philosophe. Voltaire répéta les accusations des ennemis de Chaumeix (auxquelles il ne faut accorder aucun crédit) : Chaumeix convulsionnaire. vinaigrier, etc.

Le travail anti-philosophique de Chaumeix fut appuyé par les jansénistes dans les Nouvelles ecclésiastiques (1758, p. 201 ; 1759, p. 9, 32, 57, 61, 72, 159) et par les représentants de Rome. Chaumeix fit envoyer par le cardinal Gualtieri les deux premiers volumes de ses Préjugés à Rome (Archivio segreto Vaticano) moyennant quoi il reçut des lettres élogieuses de Clément XIII et du Cardinal Passionei, lettres qu'il inséra aussitôt dans l'Avertissement du tome IV des Préjugés. Malgré cette approbation, Chaumeix sentit sa vie menacée et porta plainte au commissaire de la police le 5 avril 1759 (Archives de la Bastille, t. XIII, p. 446-448).

Dusaulchoy rapporte qu'au commencement de son séjour en Russie, Chaumeix vit avec horreur qu'on ne donnait pas la sépulture aux pauvres, mais qu'on les jetait dans les champs comme des animaux, où ils devenaient la proie des bêtes. Révolté par cet état de choses, il osa en parler à l'impératrice qui au lieu d'être offensée par cette liberté rendit une ordonnance par laquelle des mesures décentes furent prises pour l'inhumation des pauvres (D, p. 41-42). De même, selon une lettre de Catherine II à Voltaire, deux ans après son refuge à Saint-Pétersbourg, Chaumeix rédigea un factum contre des capucins qui avaient refusé la sépulture à un Français mort subitement, sous prétexte qu'il n'avait pas reçu les sacrements. «Voilà donc Abraham Chaumeix en Russie qui devient raisonnable» (D 12865, 22 août [2 sept. n.s.] 1765). Voltaire la félicita d'avoir «rendu Abraham Chaumeix tolérant» (D 12973, c. nov. 1765).

6. Activités journalistiques

Le Censeur hebdomadaire, Utrecht et se trouve à Paris, chez Cuissart, 1760-61, 8 vol. (D.P.1 203). Chaumeix, qui partagea le privilège avec d'Aquin, quitta l'équipe dès le huitième cahier du premier tome. On lit dans l'«Avis du libraire» du tome II (1760) : «Les cinq derniers cahiers du premier tome du Censeur hebdomadaire et tout le second volume sont de M. d'Aquin. M. de Chaumeix, occupé avec MM. les Encyclopédistes, a trop peu de tems de reste, pour travailler à ce journal. Il vient donc de donner son désistement, et le privilège reste actuellement en entier à M. d'Aquin. Voici ce qui appartient à M. de Chaumeix dans les huit premiers cahiers du Censeur : 1) Le Prospectus et sa Réponse à M. d'Alembert ; 2) les articles sur la littérature et la critique ; 3) quelques extraits : par exemple, ceux du Traité de la nature de l'âme ; des Lettres critiques de M. l'Abbé Gauchat ; du Philosophe moderne ; de l'Histoire littéraire de la France ; des Mélanges de M. d'Alembert, où il est question des Elemens de Philosophie et des Principes des connaissances humaines ; des Instructions de la jeunesse ; du Tableau du siècle ; de l'article Citation de l'Encyclopédie par M. Faiguet ; de l'A de l'Encyclopédie ; du livre latin intitulé : Patrum Ecclesiae» (p. 216).

7. Publications diverses

Oeuvres diverses dans l'ordre chronologique : Préjugés légitimes contre l'Encyclopédie et essai de réfutation de ce dictionnaire, 8 vol., Bruxelles et Paris, Hérissant, 1758-1759. – Réponse de A.J. Chaumeix d'Orléans, à la note de M. Marmontel, sur un passage du livre des Préjugés légitimes, contenue dans le Mercure de France, avril 1759 avec un examen critique du passage de l'article Gloire rapportée dans ce Mercure, Bruxelles et Paris, 1759 (Préjugés, t. VI, Appendice). – Réponse à un article du journal Encyclopédique, février 1759, au sujet des Préjugés légitimes contre l'Encyclopédie, Bruxelles et Paris, 1759 (Préjugés, t. VI, Appendice). – Les Philosophes aux abois, ou Lettres de M. de Chaumeix à Messieurs les Encyclopédistes au sujet d'un libelle anonyme intitulé : Justification de plusieurs articles du dictionnaire encyclopédique, Bruxelles et Paris, Vve Lamesle, 1760.

Ouvrages attribués : Le Sentiment d'un inconnu sur l'oracle des nouveaux philosophes pour servir d'éclaircissement et d'errata à cet ouvrage. Dédié à M. de Voltaire, Villefranche, chez Philalète à la bonne foi, 1760 : cf. D.O.A., t. IV, col. 465 ; attribution très douteuse selon Pomeau, p. 342. – Plan nouveau d'études, ou Essai sur la manière de remplir les places dans les collèges que les Jésuites occupèrent ci-devant, par M.L.A.P.D.P.S.D.H., 2 vol., Cologne [Paris], 1762 ; cf. D.O.A, t. III, col. 507. – La Petite Encyclopédie, ou Dictionnaire des philosophes. Ouvrage posthume d'un de ces messieurs, Anvers, J. Gasbeck, 1771, 1772 ; cf. D.O.A., t. III, col. 854. – Voltaire aux Champs-Elysiens. Oraison funèbre, histoire, satire, etc., etc., etc. Le tout à volonté, mis au jour par M. Abraham Chaumeix, Trévoux, chez les Journalistes, 1773 ; Cior 18, n° 65 377 ; Kessler trouve le style de ce pamphlet «diamétralement opposé» à celui de Chaumeix (p. 306).

8. Bibliographie

D.O.A., N.B.G., B.un., C.L.. – Ravaisson M., Archives de la Bastille, 18 vol., Paris, 1881. – (K) Eugène Edmond Kessler dans sa thèse, «The Role of Abraham Chaumeix' Préjugés in the Official Condemnation of the Encyclopédie» (University of California, Irvine, 1970) a répertorié tous les manuscrits des actes de l'état civil de Chaumeix et de sa famille. Ainsi a-t-il pu corriger bien des erreurs répétées par les dictionnaires biographiques ; cette notice lui est redevable de l'essentiel des renseignements biographiques. – (P) B.V. Orléans, ms. 987, Pataud F., «Biographie orléanaise». – (H) B.N., n.a.fr. 10781-83 : Hémery, «Historique des auteurs en 1752». – Archivio segreto Vaticano, Nunziatura di Francia, ms. 501, f° 90. – Brainne Ch., et al., Les Hommes illustres de l'Orléanais, Orléans, Gatineau, 1852, t. I, p. 245-248. – Diderot D., Correspondance, éd. G. Roth et J. Varloot, Paris, Minuit, 1955-1971. – (D) Dusaulchoy J.F.N., Etrennes aux uns et aux autres, par quelqu'un qui a fait connaissance avec eux, Paris, 1789. – Fellows O.E. and Green A.G., «Diderot and the abbé Dulaurens», Diderot Studies, I (1949), p. 64-94. – Irailh A.S., Querelles littéraires depuis Homère jusqu'à nos jours, Paris, 1761. – La Harpe J.F. de, Correspondance littéraire dans Oeuvres, Paris, 1778, t. Xll. – Pomeau R., La Religion de Voltaire, 2eéd., Paris, Nizet, 1969. – Sabatier de Castres A., Trois siècles de littérature française, Amsterdam et Paris, 1772, t. I, p. 251-252. – Smith D.W., Helvétius. A study in Persecution, Oxford, Clarendon, 1965. – Volatire, Correspondence and related documents, The Complete Works of Voltaire, Banbury, The Voltaire Foundation, 1968.Id., Oeuvres complètes, éd. L. Moland, Paris, Garnier, 1877-1885.