LOYS DE BOCHAT

Numéro

529

Prénom

Charles

Naissance

1695

Décès

1754

Charles Guillaume Loys de Bochat est né le 11 novembre 1695 à Lausanne. Son père, Isaac Loys de Bochat, lieutenant-baillival (1663-1733), avait entrepris la traduction en français des ouvrages de Pietro Giannone (voir G. Bonnant, « Pietro Giannone à Genève et la publication de ses œuvres en Suisse», Annali della Scuola speciale per archivisti e bibliotecari dell'Università di Roma, t. III, n° 1-2, 1963 ; et G. Ricuperati, L'Esperienza civile e religiosa di Pietro Giannone, Milano-Napoli, 1970).

2. Formation

Il fit des études de philosophie de l'art sous la conduite de Jean Pierre de Crousaz (voir A. Pizzorusso, « Crousaz e una doctrina del ‘bello’», dans Teorie letterarie in Francia : ricerche Sei-Settecentesche, Pisa, 1968). Les affinités entre G. Seigneux de Correvon et L. proviennent du fait que les deux hommes avaient profité de l'enseignement de Crousaz : ils sont devenus les principaux rédacteurs de la Bibliothèque italique. L. fit les études suivantes : a) philosophie à Lausanne, sous J.P. de Crousaz (dès 1709) ; b) début de théologie à Bâle, sous Samuel Werenfels, interrompu par la maladie ; c) droit à Lausanne, sous Jean Barbeyrac ; d) droit à Bâle, dès avril 1716, aboutissant à la soutenance publique de sa thèse. 1717 : soutenance à Bâle de thèses publiques de droit. Associé étranger pour la classe d'Histoire de l'Académie royale de Gôttingen.

3. Carrière

La chaire de droit et d'histoire de Lausanne étant devenue vacante en 1717 par le départ de son maître J. Barbeyrac qui fut appelé à Groningue, L. la «disputa» à Berne et l'obtint (9 juin 1718) : ayant eu la permission de voyager pendant trois ans, il séjourna auprès des universités d'Allemagne, des Pays-Bas et revint par la France. Il forma pendant cette période des liaisons érudites et entama de nombreuses correspondances. Il constitua, en même temps, le fonds de sa bibliothèque, léguée d'abord à sa famille, puis à l'Académie de Lausanne. Sa culture étant devenue européenne, et même cosmopolite, cela lui attira la sympathie et la collaboration de G. Seigneux de Correvon.

Charges publiques : nommé en 1725 assesseur baillival, en 1740 lieutenant baillival, en 1750 contrôleur général du canton de Lausanne. En tant que recteur de l'Académie de Lausanne, il prit l'initiative de la transformer en université (un peu avant 1725 ?), mais ses efforts n'aboutirent pas.

4. Situation de fortune

On sait que, pendant sa jeunesse, son peu de fortune ne lui permit pas de se livrer à son goût des études.

5. Opinions

En marge de ses activités de magistrat, il se livre à des recherches ethnologiques sur les Suisses en vue de définir leur identité nationale. On considère que L. a su contribuer par sa science à la naissance d'une conscience nationale suisse.

6. Activités journalistiques

6. Bibliothèque italique ou Histoire littéraire de l'Italie, Genève, Marc-Michel Bousquet, 1728-1734, 18 vol. (D.P.1 165) : a) Il est sûr que L. a rendu compte de Francisci de Fargna, [...] Commentarla in singulos Canones de Jure Patronatus, Monte­fiascone, 1718 (t. V, art. 8 ; t. VII, art. 10). b) Il est très probable qu'il est l'auteur de l'extrait de la Relazione istorica delle vertenze che si trovavano pendenti tra la Corte di Roma e quella del Re di Sardegna, Torino, 1731 (t. IX, art. 3 ; t. XI, art. 2). c) L. a apporté nombre de retouches aux articles des rédacteurs, ce qui est prouvé par le témoignage de G. Seigneux de Correvon, entre autres.

Autres contributions à des périodiques : cinq lettres sur le culte des dieux égyptiens, et en particulier sur celui d'Isis à Rome, dans le Journal helvétique, août 1741, sept. 1742. Ces lettres sont adressées à Louis Bourguet. L. y prend position en faveur de Bourguet contre l'abbé Olivieri ; cinq autres lettres de ce groupe sur le même sujet sont inédites. – « Lettre sur un passage de Tite-Live mal entendu jusqu'ici relativement au culte des dieux étrangers à Rome sous Romulus», Journal helvétique, avril 1743, avril 1744. – LeJournal helvétique, en 1750, contient divers articles de L., et notamment la «Dissertation répondant à la critique d'un extrait du premier tome des Mémoires critiques de Loys de Bochat», publié dans le t. V de la Nouvelle bibliothèque germanique. – « Locus Julii Caesaris ad Helvetius pertinens adversus emendationem», dans Museum helveticum, Stück 25. – «Veterum Helvetio­rum fortitudo», Museum helveticum, Stück 27.

7. Publications diverses

7. De Optimo Principe, thèse de droit publiée à Bâle en 1717. Mémoires pour servir à l'histoire du différend entre le pape et le canton de Lucerne, Lausanne, 1727. – Ouvrages pour et contre les services militaires étrangers, considérés du côté du droit et de la morale, Lausanne, 1738. – Mémoires critiques pour servir d'éclaircissements sur divers points de l'histoire ancienne de la Suisse, Lausanne, 1747-1749, 3 vol.

Traductions : Histoire ecclésiastique par M. Arnold, traduite en langue française avec des notes et apostilles écrites. Histoire de la Suisse par M. Lauffer, traduite en langue française. Essai sur l'influence de la réforme de Luther.

8. Bibliographie

« Eloge Historique de Charles-Guillaume Loys de Bochat », La Nouvelle Bibliothèque germanique, oct.-déc. 1755, t. XVII, p. 225-274 (dû au juriste lausannois, Jacques Abraham Elie Daniel Clavel de Brenles, selon Montet). – Nova erudita Europa, part. XV, p. 783. – Barbier A., Examen critique et complément des dictionnaires historiques, Paris, 1820. – Ade­lung J.C., Fortsetzung und Ergänzungen zu [...] Jöchers Allgemei­nem Gelehrten-Lexicon, réimpr. Hildesheim, 1960-1961. Montet A. de, Dictionnaire biographique des Genevois et des Vaudois, Lausanne, 1878, t. II, p. 74-76. – Meylan P., Jean Barbeyrac (1674-1744) et les débuts de l'enseignement du droit dans l'ancienne Académie de Lausanne, Lausanne, 1937, 159-244. – Perrochon H., «Un savant d'autrefois : Ch. Loys de Bochat (1695-1754)», Revue historique vaudoise, 49e année, 1941, p. 29-33. – Crucitti-Ullrich F.B., Scipione Maffei e la sua corrispondenza inedita con Louis Bourguet, Vene­zia, 1969. – Id., «Johann (III) Bernoulli ed il carteggio Bourguet», Rivista Storica Svizzera, t. XIX, 1969, p. 356-370. Id., La «Bibliothèque Italique» : cultura «italianisante» et giornalismo letterario, Milano, Napoli, 1974, p. 302. – Id., «Erudition, engagement, exil : six lettres inédites de F.D. Camusat», Studi francesi, nouv. série, t. XIX, 1975, p. 48-62. – Cavadini-Canonica T., Le Lettere di Scipione Maffei e la « Bibliothèque Italique », Lugano, Fribourg, 1970 ; c.r. par F.B. Crucitti-Ullrich, Rivista di letterature moderne e comparate, t. XXV, 1972, p. 304-309. – Die Matrikel der Universität Basel, éd. H.G. Wackernagel et ah, Basel, 1975, t. IV, p. 459, n° 2654. – Kurmann W., Presenze italiane nei giornali elvetici del primo Settecento, Berne, Francfort, 1976 ; c.r. par F.B. Crucitti-Ullrich, Rivista di letterature moderne e comparate, t. XXX, p. 4,1977. p- 317-318.

BOURGUET

Numéro

104

Prénom

Louis

Naissance

1678

Décès

1743

Louis Bourguet est né à Nîmes de Catherine Rey et de Jean Bourguet en 1678. Son père, obligé de quitter la France à la révocation de l'édit de Nantes, vint s'établir à Zurich où il installa une manufacture de soie. C'est dans cette ville que Louis a fait ses premières études. Il est mort le 1er janvier 1743, peut-être le 31 décembre 1742 (B.I., p. 7).

3. Carrière

Destiné à la carrière de son père, il a préféré obéir au vif penchant qui le portait vers les lettres et s'est rendu dès 1697 en Italie. Revenu à Zurich en 1700, il en est reparti bientôt pour l'ltalie, où il s'est occupé entre autres des tables Eugubines, les fameuses plaques de bronze trouvées à Gubbio, couvertes d'inscriptions en langue ombrienne (de Montet). Il a séjourné à Venise presque constamment entre 1710 et 1715 ; il est parvenu à la parfaite connaissance de la langue et de la civilisation italiennes, ce qui apparaît dans les nombreuses correspondances qu'il a entretenues avec des érudits italiens (A. Vallisnieri, O. Alecchi, C. Grillo Borromeo, G. Fontanini, A.F. Gori, etc.). Parmi ses correspondants, on signale surtout S. Maffei (S.M.). De nombreux correspondants helvétiques et non helvétiques ont été également de ses correspondants : G.W. Leibniz, Abauzit, J. Barbeyrac, Dortous de Mairan, Ch.E. Jordan, J.C. Iselin, G. Polier, le P. Serry, etc. En 1736 il a été nommé professeur de mathématiques et de philosophie à Neuchâtel (P. Bovet) ; il a été membre de l'Académie étrusque de Cortone ; il a été aussi bien géographe, géologue, minéralogiste, archéologue, numismate, linguiste et passionné bibliophile. Sa fille Jeanne Marguerite (1707-1760), femme de Daniel Cartier (J.B.), a collaboré à la correspondance de son père, notamment vers la fin de sa vie (Neuchâtel, 1743).

6. Activités journalistiques

Le 15 octobre 1725, par la stipulation d'un contrat entre L. de Bochat, A. Ruchat, G. Seigneux de Correvon, J. Bibaud, seigneur du Lignon et l'éditeur M.M. Bousquet se réalise le projet d'une Bibliothèque italique (B.I., p. 3-6) ; on confie à B. la direction de cet ouvrage périodique qui s'imprime à Genève entre 1726 et 1734 (18 vol.) ; la participation de F. Abauzit et J. Vernet est également assurée. La première période du travail de Louis B. est très efficace et intense ; il est largement stimulé par S. Maffei, dont les lettres (de 1708 à 1736) suggèrent les événements saillants de la vie culturelle italienne, à l'intention de la Bibliothèque italique, et plus spécialement les articles, comptes rendus, nouvelles littéraires, références diverses, etc., concernant ses propres ouvrages (S.M.). Connexions entre le Giornale de Litterati d'ltalia et la Bibliothèque italique ; connexions plus nuancées entre la Bibliothèque germanique et la Bibliothèque italique.

B. lui-même a dressé la liste des articles qui sont dûs à sa plume (B.I.) : une quarantaine d’article au total.

En 1730, la conduite de deux nouveaux associés, L. Calandrini et G. Cramer (le mathématicien) n'est pas appréciée par B. : ce protestant réfugié ne veut pas donner trop de témoignages d'aversion contre l'église catholique de Rome dans les pièces fournies au journal ; Calandrini qui partage les opinions de J. Vernet à l'égard de l'Eglise est moins prudent qu'on ne l'avait souhaité dans l'importante Préface de la B.I. Les avis contraires de B. sont de moins en moins pris en considération ; l'étendue de son activité diminue au fur et à mesure que la correspondance avec S. Maffei devient moins régulière ; les différends s'accentuent entre l'éditeur et B. ; fin de son activité au sein de la B.I., fin de la B.I. elle-même.

Il s'est consacré, à partir de 1732, à la rédaction du Mercure suisse qu'il a fondé et largement orienté (F. Störi ; D.P.1 950). De janvier 1738 jusqu'à sa mort, il rédige le Journal helvétique. La liste des contributions de L.B. à ces deux journaux a été établie par F.A.M. Jeanneret et J.H. Bonhôte dans la Biographie neuchâteloise, Locle, 1863, t. I, p. 77-78.

7. Publications diverses

Autres ouvrages parmi les principaux : Lettres philosophiques sur la formation des sels et des cristaux avec un mémoire sur la théorie de la terre, Amsterdam, 1729 ; Traité des pétrifications, Paris, 1742 (les planches ont été dessinées par P. Cartier, géologue, pasteur, frère de son gendre : J.B.). D'autres ouvrages sont restés manuscrits à la B.V. de Neuchâtel, où est conservé le fonds Bourguet.

8. Bibliographie

«Abrégé historique de la vie de M. Bourguet» dans le Journal helvétique, fév. 1743, p. 184-195 ; mars, p. 295-306 ; avr., p. 368-376. – Montet A. de, Dictionnaire biographique des genevois et des vaudois, Lausanne, 1877. – Isely, L., Leibniz et Bourguet. Correspondance scientifique et philosophique (1707-1716), Neuchâtel, l905. – Normann P., Gabriel Seigneux de Correvon. Ein schweizerischer Kosmopolit. 1695-1755, Florence, 1947 (avec bibliographie importante). – Störi F., Der Helvetismus des Mercures Suisse (Journal helvétique) 1732-1784, Berne, 1953. – J. Ehrard, L'Idée de nature en France dans la première moitié du XVlllesiècle, Paris, S.E.V.P.E.N., 1963, 2 vol., p. 186 et suiv. – Straub E., Der Briefwechsel Calepio-Bodmer, Berlin, 1965 (avec une bibliographie importante). – Cavadini-Canonica T., Le Lettere di Scipione Maffei e la «Bibliothèque italique », Lugano – Friburgo, 1970. – (S.M.) Crucitti Ullrich F.B., Scipione Maffei e la sua corrispondenza inedita con Louis Bourguet, Venise, 1969. – Id., La Bibliothèque italique, cultura «italianisante» e giornalisme letterario, Milano, Napoli, R. Ricciardi, 1974. – Le Refuge huguenot en Suisse, Lausanne, 1985, n° 517-522. – Parmi les articles les plus importants : Bovet P., «Le premier enseignement de la philosophie à Neuchâtel», dans Musée neuchâtelois, sept.-oct. 1904. – Id., «Louis Bourguet ; son projet d'édition des oeuvres de Leibniz», extrait des Comptes rendus du IIecongrès international de philosophie, Genève, sept. 1904, p. 252-263. – Godet M., «Au temps de la Respublicana litterarum. Jacob Christoph Iselin et Louis Bourguet», dans Festschrift Karl Schwaber, Basel, 1949, p. 117-127. – Perrochon H., «Un homme du XVllle siècle : Louis Bourguet», dans Vie, Art, Cité, 1951, n°1. – (J.B.C.B.) Crucitti Ullrich F.B., «Johann (III) Bernoulli ed il carteggio Bourguet», dans Rivista storica svizzera, t. 19, fasc. 2, 1969, p. 356-369.