TOURNEMINE

Numéro

775

Prénom

René de

Naissance

1661

Décès

1739

René Joseph de Tournemine naquit le 26 avril 1661 à Rennes d'une famille d'ancienne noblesse (voir la généalogie qui remonte aux Plantagenet dans Moreri). Toutefois, Sommervogel donne la date du 2 avril. Aîné des quatre fils de Jean Joseph de Tournemine, baron de Camsillon, et de Marie de Coëtlogon, fille de René de Coëtlogon, lieutenant du roi en Haute-Bretagne. Il parlait volontiers de sa haute naissance (B.F., p. 121) jusqu'à en indisposer ses visiteurs.

2. Formation

Etudes de philosophie en Bretagne. Il entre chez les Jésuites à dix-neuf ans, le 30 août 1680. Profession solennelle des quatre vœux : 2 février 1695 (Nicéron).

3. Carrière

Il régenta à Rouen, sept ans les humanités, deux ans la philosophie, six ans la théologie, puis, à la fin de l'année 1701, il est appelé à Paris «pour être à la tête» des Mémoires de Trévoux (Moreri ; Sommervogel, Essai historique). Il est scriptor de 1702-1703 à 1708, de 1710 à 1711-1712, en 1714-1715 et de 1716-1717 à 1718-1719 (D.F., t. III, p. 35).« Confessarius in templo», puis préfet de la congrégation des pensionnaires, il dirigea le journal jusqu'en 1719, date à laquelle il devint bibliothécaire de la maison professe. En 1725, il est chargé de continuer l'Histoire littéraire de la Société, fait venir des mémoires de chaque province et des Archives de Rome. Finalement il ne peut remplir ses engagements (Sommervogel). Il était aussi employé aux Missions du Royaume (Caen, Soissons, Compiègne, Pontoise, Chartres, etc.). Il donnait une retraite à Saint-Sulpice chaque année. Il fut chargé de ces retraites pendant 35 ans (Lettre).

5. Opinions

«Il laissait envahir sa chambre par une foule de libertins auxquels il se résignait à ne pas parler latin avec le secret espoir de les convertir mieux» (D.F., t. I, p. 131). Comme directeur de la bibliothèque, il s'occupait des élèves brillants (voir Pappas, concernant son influence sur Voltaire). Lié à Fontenelle, il était vice-président de l'assemblée qui se tenait tous les jeudis à la bibliothèque du cardinal de Rohan. Il y rencontra Montesquieu qui trouvait que T. y voulait dominer et obliger tout le monde à se plier à ses opinions (Montesquieu, Correspondance, Œuvres complètes, éd. A. Masson, Paris, 1950-1955, t. III, p. 783, 1343). Les relations avec Voltaire se refroidirent au moment des Lettres philosophiques. Partisan de Corneille, contre Racine accusé de jansénisme, T. eut de nombreuses polémiques : controverse avec le P. Hardouin, avec Leibniz, touchant l'origine des Français. Berthier se félicite qu'il ait empêché les progrès du « hardouinisme » (Sommervogel). «Il savait rarement se contenir» (B.F.). En 1701, il publia ses Douze impossibilités du système du P. Hardouin. Sept ans plus tard, dans les Mémoires de Trévoux, il attaqua de nouveau le P. Hardouin, qui dut rétracter ses propos offensants. On lui attribua des écrits anti-jansénistes, qu'il désavoua à plusieurs reprises (Sommervogel). Les nombreuses controverses suscitées par les Mémoires de Trévoux sous sa direction firent ôter aux Jésuites le privilège du duc du Maine. Ils durent quitter la principauté de Dombes (dont Trévoux était la capitale), et firent imprimer le journal à Lyon pendant quelques années, puis à Paris (Essai historique). «L'homme le plus laid de son siècle» (DF, t. I, p. 131) entretint «une correspondance active avec les savants les plus distingués de la France et des pays étrangers » (Sommervogel). Le président Bouhier, Voltaire, le cardinal de Noailles, sont parmi ses correspondants (voir B.N., f.fr. 11912, 20973, 24420, 24469 ; Ars., ms. 10016 ; Chantilly, n° 375 ; B.U. Leyde, fonds Marchand ; Bodleian Library, Oxford, fonds d'Orville ; B.V. Abbeville, n° 105. Renseignements collectés par F. Weil).

6. Activités journalistiques

il fut appelé à la direction des Mémoires de Trévoux à la fin de 1701 (Moreri ; Faux, p. 148), et en gardera le contrôle, soit personnellement, soit par argent interposé (tel le R.P. de Blainville de 1712 à 1719) jusqu'à sa nomination à la maison professe en décembre 1718. Il fut à l'origine de la rubrique des nouvelles littéraires, qu'il recevait de Desmaizeaux (lettre de Ganeau, B.L., add. mss 4284, f° 1, 5 sept. 1713). « II continua jusqu'à sa mort à fournir de nombreuses et remarquables dissertations» (Faux). Cependant, en 1733, CE. Jordan affirme qu'«il n'y travaille plus» (Histoire d'un voyage littéraire, La Haye, 1735. P- 121). On relève au total dans Sommervogel ainsi que dans la notice de Nicéron 84 titres d'articles de T., dont 53 dans les Mémoires de Trévoux et 12 dans le Mercure. Les sujets traités sont les plus divers, «Belles-lettres, éloquence, physique, morale, métaphysique, théologie, histoire ancienne et moderne, sacrée et profane, les Médailles, la Chronologie, la Géographie, la Fable, tout [était] de son ressort» (Nicéron).

Il a publié une «Lettre du P. Tournemine, jésuite, à M *** où il répond aux objections de M. de Leibniz et de M. Eccard », dans le Journal des savants, janvier 1722, p. 414-416.

7. Publications diverses

7. Daphnis et Chloé, poème en six chants (publié d'abord en celte à Rennes, 1679), traduit de la langue celtique par M.B., Paris, 1789. – Biblia sacra latine, Paris, 1706. – « Réflexions sur l'athéisme», dans la 2e éd. (Paris, 1713) de la Démonstra­tion de l'existence de Dieu, par Fénelon. – Ibid., nouvelle édition augmentée des réflexions du P. Tournemine, Paris et Avignon, 1776. – Panégyrique de saint Louis, roi de France, Paris, 1733 ; ibid., 1734. – Essai de la science universelle où il est traité des principes généraux de toutes les sciences et de la meilleure manière de les apprendre. Traité sur le déisme : «Les deux premiers volumes étaient presque entièrement achevés lorsqu'il mourut» (Sommervogel). – Mémoire dans lequel on répond à diverses questions sur l'étendue du pouvoir du premier ministre et sur la manière de l'exercer.

8. Bibliographie

Moreri ; Nicéron, t. XIII ; Sommervogel, t. VIII, p. 179­194 ; D.N.B. ; D.T.C. Mémoires de Trévoux, nov. 1733,

p. 1927-1977 ; «Lettre au sujet de la mort du P. Tourne-mine», 17 mai 1739 (signée de Belingan S.J.), sept. 1739,

p. 1964-1974. – (B.F.) Bibliothèque française, «Lettre sur divers sujets de littérature», t. XXXI, 1739, p. 115-123. – Sommervogel C, Essai historique sur les Mémoires de Trévoux, Paris, 1864. – (DF) Dupont-Ferrier G., Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand, Paris, 1921. – Faux J.M., «La fondation et les premiers rédacteurs des Mémoires de Trévoux», Archivum historicum Societatis Jesu, 1954, p. 131-151. – Pappas J., «L'influence de R.J. Tournemine sur Voltaire», Annales de Bretagne, 1976, p. 727-735. – Sgard J., «Chronologie des Mémoires de Trévoux», D.H.S., n° 8, 1976, p. 189-192. – Pierron A., Voltaire et ses maîtres, 1886, p. 121-137. – Naves R., Le Goût de Voltaire, Paris, 1938. – Berti S., «Il Journal littéraire et il Tournemine : il senso di un colloquio in due lettere inédite (1714) », Nouvelles de la République des lettres, 1982, fasc. 1, p. 152-172.

STEHELIN

Numéro

757

Prénom

Jean Pierre

Naissance

1690

Décès

1753

Hans Peter Staehli naquit le 31 décembre 1690 à Schwanden (canton de Glaris) d'une famille bourgeoise (D.H.B.S., t. VI, p. 311). La date indiquée par Agnew (1688) est sans doute fausse. On trouve les graphies Stehlin, Staehlin. Il signe John Peter Stéhelin. Pas trace de mariage, mais on répertorie une veuve Sarah Stehelin (Pr., t. XII, p. 371) et, d'après Agnew (t. III, p. 435), il aurait eu des descendants dans l'armée britannique. Il mourut à Londres le 2 juillet 1753 (London and Scots magazine).

2. Formation

Dès l'âge de dix-sept ans, il exerça des fonctions pastorales, à Kerenzen (Hobstalden). Outre des études de théologie, il apprit de nombreuses langues, 17 d'après le Gentleman's magazine (t. XXIII). Le London and Scots magazine de 1753 en donne le détail : « Hebrew, Greek, Latin, English, French, German, Italian, Danish, Dutch, Coptic, Armenian, Syriac, Arabic, Chaldean, Gothic, Old Tudesco or Druid, Anglo-Saxon, besides Spanish, Portuguese and Welsh » (ce qui fait 20 langues). Fellow of the Royal Society.

3. Carrière

De 1708 à 1720, il prêcha dans différentes églises protestantes (D.H.B.S.). On ne sait à quelle date exacte, ni pourquoi il vint en Angleterre. On le trouve dans les registres des églises françaises de Londres : 1723, Ball Lane ; 1725, Swiss Church (Pr., t. XI, Manchie) ; 1729, Crispin Street, Pearl Street (Pub., t. XXXII, XXVI) ; 1723, Saint-Jean Spitalfields (Pub., t. XXXIX) ; 1736, Leicester Fields, l'Artillerie (Pr., t. XI). De 1739 à sa mort, il officie à La Patente (Pub., t. XI, XXII ; Pr., t. VI). En 1743 et en 1745, il prêche pour l'anniversaire du French Hospital et, à la date de sa mort, les journaux le disent ministre de Leicester Fields.

5. Opinions

Il reçut l'ordination anglicane en 1724 (Pr., t. VI, p. 291). Une lettre à Sloane est conservée à la B.L. (Sloane ms. 4051, f° 160).

6. Activités journalistiques

Collaborateur de la Bibliothèque britannique dès le début, il est nommé dans le 1.1 par Jordan et Desmaizeaux (voir art. «Beaufort D.C. » et «Bernard J.P. »). Les extraits suivants sont marqués S : 1.1, p. 204, 293, 357 ; t. II, p. 39, 292, 313 ; ils concernent des ouvrages d'histoire religieuse, de théologie. Il est difficile de dater lafin de sa collaboration, probablement dès 1742, lorsque de Hondt se plaint de ne plus rien recevoir.

7. Publications diverses

Voir Cat.B.N. et B.L. – Ajouter : Rabbinical Literature, or the Tradition of the Jews, 1732, trad, par S. de J.A. Eisen­menger, Entdecktes Judentum.

8. Bibliographie

B.L., Sloane ms. 4051. – (Pr.) Proceedings of the Huguenot Society of London. (Pub.) Publications of the Huguenot Society of London. (D.H.B.S.) Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, t. VI, Neuchâtel, 1932. – Agnew D.C.A., Protestant exiles from France in the reign of Louis XIV, 2e éd., Londres, 1871-1874.

SAURIN

Numéro

739

Prénom

Joseph

Naissance

1655

Décès

1737

D'une famille protestante très ancienne, Joseph Saurin appartenait à la branche du Dauphiné, l'autre branche étant établie en Languedoc. Son père, Pierre Saurin, pasteur, était en poste à Courthézon (Vaucluse), quand Joseph naquit le 1er septembre 1655 ; sa mère se nommait Suzanne Matté. Il avait un frère aîné, Elie, qui fut pasteur en Hollande et grand théologien. Il épousa à l'âge de vingt-cinq ou vingt-six ans Demoiselle de Crousaz du Pays de Vaud, qui le rejoignit à Paris après bien des péripéties. Un fils est mentionné comme ayant été abandonné avec sa mère en Suisse.

2. Formation

II fit des études pour devenir pasteur.

3. Carrière

Pasteur à Eurre en Dauphiné, il tint des discours séditieux et fut obligé de s'exiler en Suisse où il fut ministre à Bercher, près d'Yverdon. Là il dut signer la Formula consensus, exigée des pasteurs d'origine française dont les pasteurs suisses se méfiaient. Nouvelles imprudences en chaire en 1686. Il gagne la Hollande où était son frère, en abandonnant femme et enfant. «Les disputes théologiques l'y poursuivirent et lui suscitèrent de nouveaux chagrins. Lassé de ces persécutions, il écrivit à M. Bossuet pour conférer avec lui sur la religion » (Rozier). II obtint alors un sauf-conduit et vint abjurer auprès de Bossuet, le 21 septembre 1690. Louis XIV à qui il fut présenté le gratifia d'une pension de 1500 £ ; il fut admis à l'Académie des sciences et y fit une carrière rapide : élève géomètre le 10 mars 1707, il est déjà pensionnaire le 13 mai 1707 et accède à la vétérance le 1 o juillet 1731. Les travaux de S. portent sur la géométrie, mais il s'est aussi occupé d'horlogerie.

5. Opinions

Il défendit dès 1703 Descartes contre une objection de Huygens, et fut mêlé à la querelle des infiniment petits : controverse avec Rolle dans le Journal des savants. Il y eut aussi une «dispute» avec le chevalier de Louville en 1721-1722. «Il allait au café [le café Laurent], son principal et presque unique divertissement». Là éclata «l'affaire Rousseau » autour de couplets orduriers écrits par J.B. Rousseau dans lesquels des auteurs et personnages divers se sont vus attaqués.

Dans cette histoire avec le poète Rousseau, née rappelons-le d'une délation, S. fut accusé par Rousseau et fit de la prison. Puis il accusa lui-même Rousseau que le tribunal condamna à l'exil à perpétuité, tandis que S. était absous par un arrêt du Parlement. Suivant les auteurs S. a été différemment jugé. Pour Haag, pour Sabatier de Castres, c'est un apostat et les accusations de vol et de forfaiture qu'on a portées contre lui sur les véritables causes de son départ de Suisse sont considérées comme vraies, l'argument étant que l'article et la soi-disant lettre où il s'accuse de vol parurent en 1736 dans le Mercure suisse, alors qu'il était encore en vie. Il ne démentit pas, c'est donc que tout était vrai. Voltaire mena son enquête ; voir l'article «Joseph Saurin» dans Le Siècle de Louis XIV (éd. Pléiade, p. 1206-1208). En 1758, l'affaire rebondit et c'est la famille Saurin qui est éclaboussée. Voltaire intervient encore par une Réfutation d'un écrit anonyme contre la mémoire de feu M. Joseph Saurin. Selon Voltaire, c'est J.B. Rousseau qui a lancé, alors qu'il était en Suisse toutes ces fausses accusations (on trouve aussi de nombreux échos de ce conflit dans la correspondance de Voltaire). Il ne semble pas qu'aucun des deux partis ait désarmé : il est difficile d'être un converti. «On aurait dit qu'il était né pour éprouver des altercations [...]. Débarrassé de l'inculpation suscitée contre lui par ses ennemis, il se renferma dans son cabinet & ne s'occupa plus que de sciences» (Rozier).

Il est certain qu'il s'était fait des amis à Paris : M. de Meaux qui avait aidé à sa conversion, le marquis de L'Hôpital, le P. Malebranche, Houdar de La Motte et Fontenelle (Eloge).

6. Activités journalistiques

6. Journal des savants. La Table indique que S. participe «depuis 1702 jusqu'au 18 juillet 1708», ajoute qu'il «étoit frère du ministre Elie Saurin», mais qu'il avait abjuré. «Il ne paraît plus aux assemblées après le 25 mai 1741 », renseignement curieux puisque S. est mort en 1737. Articles : «Réponse à l'écrit de M. Rolle de l'Académie des Sciences», 1702 ; «Défense de la réponse à M. Rolle contre la Réplique de cet auteur».

Mémoires de Trévoux, addition pour novembre-décembre 1702 : «Démonstration des théorèmes que M. Hugens a proposez dans son Traité de la pendule sur la force centrifuge des corps mus circulairement».

7. Publications diverses

Liste des différents mémoires parus dans les Mémoires de l'Académie des sciences dans les Tables établies par Rozier (t. IV). – Lettre critique de M * à M *** sur le «Traité de mathématique du P.C. [Père Castel] et les extraits qu'il a faits dans les Journaux de Trévoux des Mémoires de l'Académie des sciences de l'année 1725, Paris, 1730. – Mémoire pour le sieur Saurin contre le sieur Rousseau, s.d. [1712].

8. Bibliographie

8. B.Un. ; N.B.G. ; Haag ; D.S.B. – Archives de l'Académie des sciences, dossier «Joseph Saurin». – «Eloge de Saurin» par Fontenelle, Histoire de l'Académie des sciences pour l'année !737-P- 110-120. – Rozier, Table des articles contenus dans les volumes de l'Académie royale des sciences de Paris depuis 1666 jusqu'en 1770, 1776.

PICARD

Numéro

637

Prénom

Jean

Naissance

1620

Décès

1682

Jean Picard est né à La Flèche, sa date de naissance est longtemps restée inconnue (Eloge, Montucla qui l'appelle Pierre) ; Lalande indique le 21 juillet 1620 et d'après les recherches récentes de Guy Picolet, cette date est désormais retenue. Son père Jehan était libraire et sa mère se nommait Marie Rézé, d'une famille de marchands manceaux. On pense que René et Charlotte étaient ses frère et sœur. Il est mort à Paris le 12 octobre 1682.

2. Formation

Etudes au collège jésuite de La Flèche. La période qui suit demeure pleine d'incertitudes, mais il reçut la maîtrise ès arts de l'Université de Paris le 13 juin 1650 ; incertitudes aussi sur ses études de théologie et son ordination. Un acte notarié le désigne comme prêtre et il était bénéficiaire des prieurés de Brion et de Rillé en Anjou vers 1661 (Picolet).

3. Carrière

Très tôt P. s'est intéressé à l'astronomie : il a assisté Gassendi en août 1645 dans l'observation d'une éclipse solaire à Paris. Plus tard il mesura avec des appareils de son invention l'arc de méridien entre Melun et Amiens et joua un rôle dans les travaux de nivellement, en liaison avec l'alimentation en eau du château de Versailles.

Membre fondateur de l'Académie des sciences en 1666, P. faisait partie des sept mathématiciens.

4. Situation de fortune

G. Picolet estime le revenu annuel de P. entre 700 et 1000 £ (avant la création de l'Académie des sciences). La pension obtenue par Colbert pour les académiciens était de 1500 £.

P. a beaucoup voyagé en France, pour la triangulation, mais aussi en Italie, en Hollande, en Allemagne et il parlait le flamand et l'italien (Picolet, p. 38). Voyage scientifique à Uraniburg, en 16 71 (dans l'île de Hven, entre le Danemark et la Suède, là où Tycho Brahé avait fait des observations).

5. Opinions

P. aurait été le confident de l'abbé de Richelieu (petit-neveu du cardinal) vers 1663. Episode obscur sur une lettre de cachet inspirée par les Jésuites (Picolet). Il semble s'être consacré à ses travaux scientifiques sans querelles notoires.

6. Activités journalistiques

Fondateur de La Connaissance des temps (D.P.1 221), périodique annuel qui existe encore de nos jours ; il s'occupa de la publication des tables et éphémérides qu'il contient de 1679 jusqu'à sa mort en 1682.

7. Publications diverses

Nombreux mémoires à l'Académie. Voir la liste dans Rozier, t. IV. – Mesure de la terre, Paris, 1671. – Voyage d'Uranibourg, ou Observations astronomiques faites en Danemarck, Paris, 1680.

8. Bibliographie

8. D.S.B. – Archives de l'Académie des sciences, dossier «Jean Picard». – Condorcet, «Eloge de l'abbé Picard», Œuvres complètes, Brunswick, Paris, 1804, t. II, p. 15-23. – Montucla, Histoire des mathématiques, 1758, t. II, p. 567-574. – Picolet G., «Recherches sur la biographie de Jean Picard» ; Olmsted J.W., «Jean Picard's <Membership> in the Académie royale des sciences, 1666-166 7 : the problem and its implications», dans Jean Picard et les débuts de l'astronomie de précision au XVIIIe siècle, C.N.R.S., 1987, p. 14-84 et 85-116. – Rozier F., Table des articles contenus dans les volumes de l'Académie royale des Sciences de Paris depuis 1666 jusqu'en 1770, 1776.

PARENT

Numéro

618

Prénom

Antoine

Naissance

1666

Décès

1716

Antoine Parent naquit à Paris le 16 septembre 1666. Son père, né à Paris, était avocat au Conseil. Il resta célibataire et mourut à Paris le 26 septembre 1716, de la petite vérole (Moreri ; Eloge).

2. Formation

A trois ans il fut confié à l'oncle de sa mère, Antoine Mallet, curé de Lever près de Chartres qui lui communiqua une piété austère. A quatorze ans, «il fut mis en pension chez un ami de son oncle qui régentait la Rhétorique à Chartres» (Nicéron). Il s'y fit une gnomique et une géométrie qu'il inventa. Après des études de droit à Paris (par obéissance), il se remit aux mathématiques par inclination (Moreri). Il suivit les leçons de La Hire et de Sauveur.

3. Carrière

Il prit des écoliers en mathématiques et se perfectionna en même temps en anatomie, botanique et chimie (Nicéron). Il fit deux campagnes avec le marquis d'Alègre (1690-1691?), comme spécialiste des fortifications et pour mettre ses connaissances en pratique. Il se consacra ensuite uniquement à ses travaux scientifiques. En 1699, Gilles Filleau Des Billettes, récemment élu à l'Académie des sciences, le choisit comme «élève mécanicien». La classe des élèves ayant été supprimée par le roi le 13 janvier 1716, P. fut nommé adjoint géomètre.

4. Situation de fortune

P. vivait au collège de Dormans très simplement avec moins de 200 £ de revenu. «D'une fortune très étroite il faisait beaucoup de charités» (Eloge). «Quelques maîtres de mathématiques venaient prendre auprès de lui des leçons dont ils trafiquaient aussitôt» (ibid.).

5. Opinions

Résolument anti-cartésien, son caractère «le portait à contredire sur tout parfois avec précipitation» (Nicéron). Outre Descartes, il réfuta en 1713 le système du P. Tournemine sur l'union de l'âme et du corps. «Parfait chrétien», il laissa des écrits de dévotion.

6. Activités journalistiques

Il lança un journal, Recherches de mathématiques et de physique, pour lequel il obtint un privilège du roi le 13 janvier 1703 (D.P.1 1157). N'ayant pas eu assez de succès, P. regroupa des articles en un recueil du même nom en trois volumes (1713). Il publia des articles dans le Journal des savants, mémoires déjà lus à l'Académie et qui figurent dans Recherches, t. III, enrichis d'éclaircissements. Nombreuses contributions à d'autres périodiques qui témoignent de l'ampleur de sa culture.

Nouveau Mercure (de Trévoux) : « Conjectures sur les changements arrivés à la surface de la terre », janv. 1711 ; « Observations & réflexions sur l'extrême froid de 1709», févr. 1711 » ; « Conjectures sur les actions des plantes », avril 1711 ; «Conjectures sur les principaux phénomènes du sommeil», mai 1711.

Mémoires de Trévoux : « Nouvelle manière de construire et de mesurer les cartes géographiques et corographiques », juil. 1712 ; «Résolution générale des principaux problèmes de perspective», oct. 1712 ; «Nouveau système de fortification présenté en 1711 à Mgr le Duc de Bourgogne», févr. 1713.

Mercure galant : «Circulation du sang par le cœur du fœtus», janv. 1712 ; «Les merveilles de l'oreille», févr. 1712 ; «Mesure géométrique des voûtes surhaussées et surbaissées», mars 1712 ; «Supplément pour le mémoire sur les changements de la surface de la terre», mars 1712 ; «D'une espèce d'homme marin», ibid. ; «Les merveilles des Abeilles», avril 1712 (corrigé en mai suivant) ; «Discours sur la lumière », juil. 1712 ; « Suite du même discours », août 1712 ; «Paraphrase française du tableau de Cèbes disciple de Socrate», oct. 1712 ; «Les merveilles de la Trachée-artère», nov. 1712 ; « Nouvelle preuve de la multiplication et nouvelle manière de faire la division plus courte qu'aucune qui ait paru jusqu'ici», mars 1713 ; «Mémoire de la mélodie», avril et juin, «Errata» de ce mémoire, août 1713 ; «Observations sur les changements du baromètre», nov. 1713.

7. Publications diverses

Toute l'œuvre connue de P. est dans les articles cités ci-dessus et dans les trois volumes de Recherches. Certains mémoires ont paru dans les Mémoires de l'Académie des sciences : «Personne n'a tant fourni que lui à nos assemblées» (Eloge). Il est considéré comme un précurseur de la théorie des machines et des roues hydrauliques (Bruno et Belhoste). Pour une appréciation de son œuvre, voir l'article de J. Morton Briggs dans D.S.B.

8. Bibliographie

Feller-Weiss ; D.S.B. – [Fontenelle], Eloges des académiciens, t. II, La Haye, 1731, p. 3, 430 ; Histoire de l'Académie royale des sciences pour 1716, p. 88-93. – Nicéron, Vie des hommes illustres, t. XI, p. 53-65 et Moreri, qui s'inspirent de l'Eloge de Fontenelle. – Camusat D., Histoire critique des journaux, Amsterdam, J.F. Bernard, 1734, t. II, p. 132 et suiv. – Archimbaud, Nouveau recueil de pièces fugitives, Paris, Lamesle, 1717, t. I, 2e part., p. 131. – Bruno et Belhoste J.F., «La théorie des machines et des roues hydrauliques», Cahiers d'histoire et de philosophie des sciences, n° 29, 1990,

p. 1-17.

LIEUTAUD

Numéro

520

Prénom

Jacques

Naissance

1660

Décès

1733

Jacques Lieutaud est né en 1660 à Arles, où les registres de baptême n'existent plus pour cette période. Son père était armurier. L. est mort en 1733, mais Grandjean de Fouchy dans sa « Liste de Messieurs de l'Académie royale des Sciences depuis 1666», n'indique rien de plus précis; et il n'y a pas d'indication dans les registres de l'Académie. L'Index biographique indique juillet 1733. Parfois confondu avec Joseph Lieutaud, médecin, plus connu.

2. Formation

«II s'appliqua aux mathématiques qu'il enseigna avec succès à Paris».

3. Carrière

Elève astronome (premier titulaire), le 4 mars 1699, il fut élève (ce qui était alors un grade de l'Académie des sciences) de La Hire. Adjoint astronome le 8 janvier 1716, associé en 1726, et pensionnaire en 1730.

6. Activités journalistiques

Il travailla à la Connaissance des temps (D.P.1 221) en 1693, 1694, et de 1702 jusqu'en 1729 inclusivement, soit 30 vol. (Histoire et mémoires de l'Académie des sciences,t. II, p. 388). Ephémérides de Paris, 1704-1705 (D.P.1 375).

7. Publications diverses

7. Regiae Scientiarum Academiae Ephemerides juxta recentissi­mas observationes ad meridianum parisiensem in observatorio regio, Paris, J. Boulot, 1703-1711 (voir D.P.1 375).

8. Bibliographie

Archives de l'Académie des sciences, dossier «Jacques Lieutaud». Les renseignements proviennent d'un ms. de la B.M. d'Arles (ms. 786).

LE MOINE

Numéro

495

Prénom

Abraham

Naissance

1695?

Décès

1757

Ni le D.N.B., ni Haag n'indiquent de date de naissance. Il «ne nous est connu que par ses ouvrages» (Haag). Smiles (p. 441) le dit fils d'un réfugié de Caen, mais ne donne aucune précision, ni aucune source. Dans les registres de l'église wallonne de Canterbury (Pub., t. V), on trouve le baptême à la date du 17 novembre 1695 de «Abraham né de Pierre Le Moine et de Marie Cassel sa femme». Aucune trace de mariage dans les registres des églises françaises de Londres (mais tous les registres n'ont pas été conservés). Il aurait eu deux fils (D.N.B.).

2. Formation

Aucun renseignement sur ses études.

3. Carrière

Il est ministre dans plusieurs églises françaises de Londres : 1721, Brown's Lane et l'Artillerie (Pub., t. XXXVII, t. XLII) ; 1725, St Jean Spittafields, 1726, Leicester Fields (Pub., t. XXXIX) ; 1737-1742, il officie à La Patente (Pub., t. XI, XXII, XXIII) ; 1742, Hoxton (Pr., t. VIII ; Beeman). A partir de 1723 et jusqu'à 1742 ou 1743, il est chapelain du French Hospital (Burn). En 1729, il devient celui du duc de Portland (D.N.B.) qui lui fait obtenir le rectorat d'Everley en 1738. En 1742, il quitte Londres (lettre de de Hondt add. mss 4284, f° 102), car il doit résider désormais à Everley (après avoir habité Hoxton Town). On trouve son écriture sur le registre de l'église d'Everley jusqu'en 1756 (D.N.B.).

4. Situation de fortune

Selon le Gentleman's Magazine (t. VIII, févr. 1738), il est désigné comme recteur d'Everley avec un revenu de 200 £ par an, ce qui le met très à l'aise.

5. Opinions

Il fait partie du milieu des réfugiés de Londres. Très peu de correspondance connue : une lettre à Desmaizeaux (pour lui réclamer des extraits, add. mss. 4287, f° 252) et une à Birch (add. mss. 4314).

6. Activités journalistiques

Il fut l'un des principaux collaborateurs de la Bibliothèque britannique jusqu'en 1742, date à laquelle il quitta Londres. Nommé dans le t. I, par Jordan, par Desmaizeaux (voir art. «Beaufort D.C.» et «Bernard J.P.»). De Hondt le nomme dans sa correspondance. D'après les notes ms., il aurait composé les extraits suivants : t. I, p. 7, 8, 167 ; t. II, p. 409. Il semble avoir été chargé des nouvelles littéraires et de la distribution des extraits à faire. Il a en outre collaboré au Gentleman's Magazine et probablement à la Bibliothèque raisonnée (voir lettre à Birch du 30 oct. 1762 où il est question d'un extrait de la Vie de Tillostson).

7. Publications diverses

Liste des ouvrages dans Haag, à compléter par les catalogues de la B.L. et de la B.N. Ne pas oublier A Treatise of miracles qui suscita des réponses, et la traduction des Lettres Pastorales de Gibson (extrait dans la Bibliothèque britannique, t. II, p. 138).

8. Bibliographie

Correspondance de P. Desmaizeaux, P.L., add. mss 4281-4289. – Correspondance de Birch, add. mss 4314. – (Pr.) Proceedings of the Hugenot Society of London. – (Pub.) Publication of the Hugenot Society of London. – Jordan E., Histoire d’un voyage littéraire fait en 1733 en France, en Angleterre, et en Hollande, La Hayde, 1735. – Smiles S., The Hugenots,their setlments, churchies, industries in England and Ireland, London, 1867. – Burn J., The History of the French, Walloon, Deutch and other foreign Protestant refugies settled inEngland, London, 1886. – Beeman G.B., “Notes on the sites and history of the French church in London”, Pr., t. VIII, n° 1, 1905, p. 13-59.

LE FEVBRE

Numéro

488

Prénom

Jean

Naissance

vers 1650

Décès

1706

Jean Lefbvre ou Lefèvre est né vers 1650 à Lisieux. Grandjean de Fouchy ignore la date de sa mort. D'après Rozier, il serait mort à Paris en 1706.

2. Formation

Simple ouvrier tisserand, il fut recommandé par le P. Pierre, collègue de Picard au collège de Lisieux. Sous la protection de l'abbé Picard, il fit ses humanités et continua ses études d'astronomie dans ce collège.

3. Carrière

En 1682 il fit un voyage en Provence avec La Hire et il l'aida dans la construction de la méridienne. Académicien astronome en 1682. Pensionnaire, premier titulaire nommé par Louis XIV le 28 janvier 1699, exclu le 18 janvier 1702 pour cause d'absence.

5. Opinions

Il se querella avec le fils La Hire. Fin 1700, l'Académie s'aperçut que la préface de la Connaissance des temps était injurieuse pour les La Hire (cet «Avertissement» est dans la pochette pour 1701). Après avoir promis réparation, il mit une autre préface mais on lui retira le privilège le 19 janvier 1701 pour le donner au Sr Devaux, en fait pour le donner à l'Académie ; voir Histoire de l'Académie des sciences pour 1701 (1703), p. 113. Lalande dit que ce fut une perte pour l'astronomie car il calculait mieux les éclipses que La Hire. Après cet incident, L. ne reparut pas à l'Académie et on lui appliqua la règle d'exclusion (absence d'un an sans congé). L'auteur de l'article du D.S.B. avance (sans preuves) qu'il a continué à calculer des Ephémérides sous le pseudonyme de J. de Beaulieu, ce qui n'est guère compatible avec la date de son décès. Il est vrai que le compte rendu des Ephémérides dans le Journal des Savants de 1703 contient deux remarques curieuses: « M. de Beaulieu dont ce livre porte le nom n'est plus en état de s'instruire lui-même ni d'instruire les autres, il y a près d'un an qu'il est mort» (p. 271), et plus loin: «notre auteur que je crois toujours plein de vie, quoique M. de Beaulieu soit mort nous fait espérer un deuxième tome d'Ephémérides de 1715 à 1726» (p. 272). Je n'ai trouvé aucun autre renseignement sur ce M. de Beaulieu. On peut tout de même penser que L. n'est pas resté inactif après sa mésaventure avec l'Académie.

6. Activités journalistiques

Connaisssance des temps de 1684 à 1701 (D.P.1 221). Collaboration possible aux Ephémérides des mouvements célestes (D.P.1 376) et à l'Etat du ciel ((D.P.1 405).

7. Publications diverses

«On ne trouve de lui aucun ouvrage dans les volumes de l'Académie. On sait seulement qu'il a calculé la connaissance des temps depuis 1684 jusqu'à 1701 inclusivement et des Ephémérides pour l'année 1684 & 1685 au méridien de Paris» (Rozier).

8. Bibliographie

D.S.B. – Archives de l'Académie des Sciences, Dossier «Jean Le Fèvre» par Gandjean de Fouchy (presque vide). – Rozier F., Nouvelle table des articles contenus dans les volumes de l'Académie royale des Sciences de Paris depuis 1666 jusqu'en 1770, 1776. – Journal des Savants, années 1703 et 1705.

LE CAT

Numéro

479

Prénom

Claude

Naissance

1700

Décès

1768

«Le septième septembre 1700 fut baptisé Claude Nicolas, fils de M. Claude Le Cat, chirurgien, et de Marie Anne Meresse sa femme, l'enfant nay du jour précédent» (Catalogue). Sa mère était fille de chirurgien et toute la famille habitait Blérancourt, bourg des confins picards (actuellement dépt. de l'Aisne). La famille avait été noble mais Le Cat ne s'est jamais soucié de rechercher les preuves. Il épousa en 1742 Marguerite Champossin, fille d'un marchand de Rouen originaire de Nice (« précis »).

2. Formation

Il fit ses études chez les Oratoriens de Soissons puis de Rennes. Il porta le petit collet mais ne prononça aucun voeu. Revenu dans sa famille, vers 1722. Selon les biographes, la famille l'aurait destiné à l'état ecclésiastique et il y aurait répugné ; selon d'autres son père le destinait à son état de chirurgien et il contraignit son fils à renoncer à la théologie. L. se mit à étudier l'architecture militaire et finalement partit à Reims pour étudier la médecine et la chirurgie. Il vint en 1725 à Paris suivre les cours de Winslow à l'Ecole de Médecine et ceux de Boudou à l'Hôtel-Dieu (D.S.B.). Il fut recu docteur en médecine à Reims le 29 janvier 1733, obtint sa maîtrise en chirurgie à Reims, puis à Rouen en 1734 (Boucher). Il avait suivi aussi des cours de mathématiques au collège Mazarin (BD).

L. a appartenu à de nombreuses Académies : Londres, Madrid, Porto, Berlin, Lyon, l'Académie Impériale des Curieux de la Nature (on l'y a surnommé Pleistonicus), Saint-Pétersbourg, Bologne. Il était Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen et correspondant de l'Académie des Sciences de Paris. Il devint doyen des associés régnicoles de l'Académie Royale de Chirurgie de Paris.

3. Carrière

Dès 1729, L. était médecin-chirurgien de Mgr de Tressan, archevêque de Rouen et en 1731, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Rouen, où il résidait. Ayant remporté tous les prix proposés par l'Académie de chirurgie de Paris, on lui demanda de ne plus concourir (BD).

En 1736, il fonda une école d'anatomie et de chirurgie et eut de nombreux étudiants de France et de l'étranger (surtout anglais). Il eut de grandes difficultés à se faire attribuer un amphithéâtre, mais parvint à continuer ses cours publics d'anatomie malgré le mécontentement des religieuses. Il ouvrit un cours public de physique expérimentale où les femmes étaient admises et fonda l'Académie de Rouen (Catalogue, DB).

Il refusa de venir à Paris où on lui offrait un poste (BD).

L. a certainement beaucoup voyagé sans qu'on ait sur ce point des renseignements précis. En France d'abord, en Angleterre où sa présence est attestée vers la fin de sa vie (BD, p. 70).

4. Situation de fortune

Peu de renseignements sur les émoluments ou honoraires de L. En 1740 son traitement était de 1000 £, puis monta à 1800, 3800, 5200 £. (Boucher). Il avait une pension du Roi de 2000 £ sur les Octrois (« précis ») et reçut une gratification de 6000 £ en 1766 ainsi qu'une pension de 1200 £. de Bertin, ministre de la province de Normandie (DB). Boucher écrit qu'il est mort dans la misère, ce qui n'est relevé par aucun contemporain. Il avait une clientèle nombreuse.

5. Opinions

D'après Ballière le caractère principal de L. était «l'amour de la gloire et l'amour de l'humanité». Ami de Fontenelle, de l'abbé Nollet, de Voltaire, contre Rousseau, il se lançait souvent dans des polémiques scientifiques (en particulier sur l'opération de la taille contre le frère Cosme). Il resta cartésien, mais était à l'affût d'idées nouvelles et ne reculait pas devant des expériences longues : par exemple il fit construire un «tuyau de 127 pieds» qui abritait un pendule et notait ses observations trois fois par jour. Il lutta pour obtenir la possibilité de disséquer des cadavres afin de faire progresser l'anatomie. Il fut très soucieux de ses malades et opérait «six pierreux en 16 mn. 5 s... un 7e en 2 mn» et «tous les 7 sont en bon état» (Af.N.du 5 oct. 1764). En effet ses malades «ne mouraient pas», ce qui faisait l'admiration de tous.

Il était d'une «vivacité franche» et «ne se modérait pas toujours dans la dispute et dans la chaleur de la conversation, mais s'en apercevait et avait le courage de réparer sur-le-champ» (DB, p. 70). De santé délicate (et pourtant quelle activité!), sa maison «était le rendez-vous de tous les gens de Lettres, de tous les Savants, de tous les Etrangers. Le curieux y trouvait un Cabinet d'Histoire naturelle, le chirurgien, une salle d'anatomie, le physicien un cabinet de physique, le savant une riche bibliothèque» (DB). Tout cela avant l'incendie de 1762, mais L. reconstitua en partie ses collections.

Il ne semble pas avoir eu de querelles idéologiques. Bon catholique, le roi le récompensa par des lettres d'anoblissement en janvier 1762. Ses armoiries : un chat et un caducée (rappelons qu'en normand et en picard «chat» se dit «cat»). Ces lettres sont transcrites dans Margry.

Voici un exemple de son souci de précision et en même temps de son goût pour la «mise au point» publique (il s'agit d'un de ses derniers articles, sinon le dernier, dans les Af.N. du 15 janv. 1768) : «Il y a erreur M. dans votre dernière feuille où l'on dit que le froid du 5 de ce mois a été de deux degrés plus grand que celui de 1709. Deux excellents thermomètres de ma connaissance, l'un à Boisguillaume, l'autre à Rouen assez près de la rivière, tous deux à l'air, se sont accordés à ne descendre dans le plus grand froid qu'à un degré et demi au-dessus de celui de 1709. Je crois que c'est à quoi le public doit se fixer sur le plus grand froid».

Il reste de nombreux manuscrits de L. (B.M. Rouen, Caen, Bordeaux, B.N., Faculté de Médecine, Paris, etc.). Plusieurs lettres manuscrites, principalement à Grandjean de Fouchy, dans le dossier «Le Cat» des Archives des Sciences ; certaines lettres sont transcrites dans Margry.

6. Activités journalistiques

«Si nous voulions faire mention de tous les objets d'érudition traités par cette plume intarissable, il faudrait citer tous les ouvrages périodiques». «La feuille périodique des Affiches, annonces et avis divers de Haute et Basse Normandie était pour ainsi dire un bureau de correspondance entre le public et M. Le Cat qui était consulté comme l'oracle universel» (BD, p. 58-59). En fait il répondait sur les sujets les plus divers et avec promptitude (ses réponses paraissaient le plus souvent dans le numéro suivant (BD. Chouillet). Il est impossible d'énumérer tous ses articles dans ce périodique. On peut dire qu'il l'a fait vivre. Après sa mort, on revient aux sujets habituels dans les Affiches de province.

On trouve aussi dans les Annonces, Affiches et avis divers pour la ville de Bordeaux, des «Lettres» ou «Réponses» de M. Le Cat : 1762, n° 37-40, 51 ; 1764, n° 13-15 ; 1765, n° 12, 37 ; 1767, n° 7 (sur l'apoplexie, les grossesses extraordinaires, le sommeil, etc.).

Dans la presse officielle, L. a aussi écrit (l'inventaire n'est pas exhaustif). Dans le Mercure de France, sur les pressentiments, sur la fascination (fév. 1741), sur la gangrène (déc. 1735/fév. 1747).

Dans le Journal des Savants, sur le lithotome et la taille de la pierre en 1749 (p. 169, 395, 466) et 1750 (p. 692 et suiv.).

Dans le Journal de Verdun : nombreux articles, sur la génération, le flux et le reflux, la gangrène, l'influence de la lune, en mars, avril, mai, sept, nov. 1736, fév., mai 1736, juin 1740, déc. 1741, juil. 1742, août 1746.

Dans la Bibliothèque française : sur le flux et le reflux ; «Discours d'ouverture du cours d'anatomie», t. 25, 26 en 1737.

Dans les Mémoires de Trévoux : «Réfutation [...] de M. Newton sur la lumière et les couleurs» (avril 1761, p. 821-829), sur l'opération de la cataracte, août 1766, sur la taille, déc. 1749, oct. 1766, etc.

Dans le Nouveau Magazin françois ou Bibliothèque instructive et amusante (de Mme Leprince de Beaumont à Londres) : nombreux articles en 1751 et 1752 ou plutôt «mémoires», «pour servir à l'histoire physique de la terre» (janv., fév.) ; «pour servir à l'histoire des géants» (mars, avril, mai 1751) ; «sur l'électricité» (juin à sept. 1751, janv.-fév. 1752) ; «Diverses remarques chirurgicales» (mai, juil.-sept. 1752) ; «Physiologie [...] du corps humain» (sept. à nov. 1752). «Réfutation du Discours du Citoyen de Genève...» et «Lettre d'un des XXIV à Diderot» (sept., oct. 1751). Voir également, dans l'index des auteurs cités de D.P.1, l'entrée «Le Cat».

7. Publications diverses

Son premier écrit, Sur le balancement d'un arc-boutant de l'église Saint-Nicaise, Reims, 1724, fut suivi de nombreux mémoires et ouvrages concernant la physique, la médecine, la chirurgie. Son oeuvre la plus célèbre est le Traité des sens..., Rouen, 1740. Voir liste dans F.L. 1758, 1769 ; D.S.B. Le 26 décembre 1762, un incendie détruisit une grande partie de sa bibliothèque et un Mémorial en 3 vol. auquel il travaillait depuis longtemps (Af.N.). On n'a pas retrouvé sa Description d'un homme automate, ouvrage présenté à l'Académie de Rouen en 1744.

8. Bibliographie

F.L. 1755, 1758, 1769, B.Un., N.B.G., D.S B. – (Af.N.) Affiches de Haute et Basse Normandie, Rouen, 1762-1784. - (« précis ») «Précis de la vie & des travaux de M. Le Cat, écuyer», Journal des Beaux-Arts, t. IV, 1768, p. 312-340. – Dossier «Le Cat», Archives de l'Académie des Sciences. – (BD) Baillère-Delaisment, Eloge de Monsieur Le Cat, Rouen, 1769. – Valentin M., du Collège royal de chirurgie de Paris, Eloge de M. Le Cat, Londres, 1769 (ne contient pas de renseignements de première main). – «Eloge de Monsieur Le Cat», Mercure de France, 2 avril 1769. – Boucher L., Notice sur les débuts de Claude Nicolas Lecat, Rouen, Cagnard, 1901. – Margry A., «Un correspondant de Voltaire, C.N. Le Cat», Comptes rendus et mémoires. Comité archéologique de Senlis, 4e série, t. IX, 1906, p. 317-320. – Catalogue de l'exposition Le Cat, Rouen, 1968, notice de J. Hossard. - Chouillet A.M., «Les Sciences», dans La Presse provinciale au XVIIIe siècle, Grenoble, 1983, p. 99-106.

LA PORTE

Numéro

455

Prénom

Joseph de

Naissance

1714

Décès

1779

Joseph Delaporte ou de La Porte ou de Laporte, selon l'usage du 18e siècle, de La Porte selon l'usage moderne des dictionnaires et du D.P., fut baptisé le 19 janvier 1714 (S : 21 janvier). Toutes les notices biographiques indiquent 1713 ou 1718 ou même 1720 comme année de naissance. Il est mort à Paris le 19 décembre 1779, «rue Saint-André». Le 13, «M. l'abbé de la P. se meurt d'une phtisie pulmonaire [...].

2. Formation

Etudes à Epinal en Lorraine (Journal de Nancy, 1780, vol. I, p. 37). Il entra au noviciat des Jésuites le 27 août 1731 (S).

3. Carrière

Il professa chez les Jésuites de Strasbourg et il quitta la Compagnie le 20 août 1746 (S). Il était à Paris «sans fortune» (N.), «nu comme un ver» (Pidansat). Fréron dit l'avoir aidé. En 1748, il habitait «rue du Cherche Midi, vis-a-vis d'un couvent» et «il vend lui-même ses livres et n'a que cela pour vivre» (note de police). En 1769, Grimm le dit «employé par les libraires» pour compiler, «art qui consiste à faire, moyennant trois ou quatre livres, un cinquième». Il était «le premier compagnon» de la boutique de Vincent, libraire (C.L., t. VIII, p. 274). «Il a dressé une manufacture de livres, il occupe cinq a six imprimeries à la fois. Il fait des journaux, des dictionnaires, des voyages, des almanachs : il abrège les longs ouvrages et allonge les petits» (L'Espion anglais, t. III, p. 132).

4. Situation de fortune

«A ce métier-là», L. «gagne tous les ans cinq ou six mille livres» (C.L., t. VIII, p. 274). En 1751, le contrat avec Lambert lui donnait le quart de ce que touchait Fréron quoique L. «fît la moitié de l'ouvrage», c'est-à-dire 100 £. par cahier pour l'Année littéraire (n.a.fr. 3531, f° 93 v°). En 1778, le privilège du Mercure lui rapporte 700 £ (M.C., LXXXII, 590). Il aurait aussi écrit anonymement des livres de cuisine qui «lui valurent une rente de 3000 £ par an, qu'il employa a bâtir à Belfort une maison, ou il n'alla jamais» (Delort). En fin de compte il aurait disposé de 10 000 £ de rente (Des Essarts) ou de 12 000 £ (Pidansat, Delort). Ce qui est certain, c'est qu'il a amassé soit par une vie économe et laborieuse selon les uns, soit grâce à des économies sordides et des prêts avec usure selon les autres, une fortune assez considérable dont il laissa une grande partie aux pauvres de Belfort.

5. Opinions

Il est bien difficile de se faire une idée exacte de la personnalité de L.P. et de ses opinions. On oscille entre le jugement de Palissot : «un homme qui aurait rougi de solliciter la moindre grâce qui lui eût été personnelle, ne laissant échapper aucune occasion d'en solliciter pour les autres» (N., p. 61) et celui de J.F. Rameau : «ce chien de petit prêtre, avare, puant et usurier» (Diderot, Neveu de Rameau, éd. Fabre, p. 62). Il est vrai que l'abbé «est bon diable, et prend tout bien» (ibid.), ce qui ne l'a pas empêché de se quereller avec de nombreuses personnes. Ses démêlés avec Fréron sont bien connus (voir toute l'affaire dans n.a.fr. 3531 et Balcou). C'est à Fréron que Palissot donne tous les torts (N.), il reconnaît que L. était son ami depuis trente ans.

Après cette polémique avec Fréron, L. tenta de se rapprocher des encyclopédistes : ce «journaliste, l'écho des Encyclopédistes», exalte une très pitoyable pièce (Les Méprises de Palissot), «on l'aurait pu croire de mauvaise foi, s'il n'était plus vraisemblable de le croire de mauvais goût» (M.S. du 7 juin 1762). Il fréquentait d'Alembert, et la police le dit «fort ami de l'abbé Raynal». Il rendait aussi visite à Diderot et l'informait de ce qui se passait chez Bertin des Parties Casuelles. Diderot l'assimilait à Fréron (Correspondance, t. VI, p. 204), mais lui reconnaissait une certaine bonhomie ou modestie quand il rapporte son propos : «Je dirai comme l'abbé de la Porte, Je me croyais quelque chose ; mais j'ai découvert que je n'étais qu'un plat bougre, comme un autre» (ibid., t. X, p. 164).

Il y eut aussi des polémiques entre L. et Lattaignant, l'abbé de Fontenai. Les censeurs s'en plaignaient et Coqueley de Chaussepierre demande à Malesherbes de lui trouver un autre censeur, car L. lui ment (n.a.fr. 3531, f° 140-141, 186).

La note de police présente son signalement : «petit, maigre, chafouin et d'une fort vilaine figure, homme de mauvaise compagnie». Pourtant il était reçu dans les grandes maisons (Bertin, la duchesse de Wurtemberg, Mme de La Marck : on retrouve ici le lien L.-Palissot). Delort raconte d'après une anecdote confiée à un membre de l'Institut par le beau-frère de Palissot, qui connaissait bien L., qu'il allait après les bons dîners trouver les cuisiniers pour se faire donner les recettes qu'il réunissait ensuite dans ses livres de cuisine (dont je n'ai pas trouvé trace).

Les jugements sur ses oeuvres ne sont guère flatteurs dans l'ensemble : «c'est un fripier de la littérature» (L'Espion anglais). «Son Observateur littéraire succombe enfin faute de débit» (M.S., 4 janv. 1762). L., «un des plus insignes compilateurs», n'est qu'«un plat rapsodiste» (C.L., t. VII, p. 46). «Ecrivain, sans vigueur, sans imagination, sans physionomie» (« Notice »), ses contemporains s'accordent pour le trouver de beaucoup inférieur à Fréron. Ce dernier lui-même l'accuse d'avoir «trop peu d'esprit ; il écrit trop mal pour le public qui s'est souvent plaint de la pesanteur de ses extraits» (n.a.fr. 3531, f° 121).

Même après sa mort, la polémique a continué. L'article paru dans les «Variétés» du Mercure de janvier 1780 et dû a la plume de d'Alembert selon Palissot fut réfuté dans l'Année littéraire (janv. 1780, p. 103-113) par «M.P[alissot]».

A part une lettre du 26 décembre 1751 où L.P. annonce à Malesherbes qu'il va supprimer quelque chose dans l'Année littéraire, je n'ai pas trouvé de correspondance (n.a.fr. 3531, f° 182).

6. Activités journalistiques

Observations sur la littérature moderne, 1748 - août 1752, 9 vol. (D.P.1 1090). L. en est le rédacteur (unique?), puis il collabore avec Fréron dans les Lettres sur quelques écrits de ce temps du t. V au t. XIII (D.P.1 838) et à L'Année littéraire depuis sa fondation jusqu'au t. XL (D.P.1 118). Après la rupture, il fonde (Malesherbes lui ayant donné l'autorisation pour «avoir la paix») l'Observateur littéraire (1758-1761, 18 vol.). Il en est le rédacteur et le directeur (D.P.1 1081). Rédacteur au Mercure de France après 1760.

Choix des Anciens Mercures, depuis le t. LXI jusqu'à la fin (t. CVIII).

Les Spectacles de Paris ou Almanach des Théâtres, continuation du Calendrier historique et chronologique des théâtres, commencé en 1751, 17 parties.

Almanach historique et chronologique de tous les spectacles, Duchesne, 1752-1753 : L. en est le seul auteur connu (D.P.1 81).

La France littéraire (suite de l'Almanach des Beaux-Arts, D.P.1 78), commencée en 1755 : «Il a eu part à toutes les éditions de la France littéraire qui ont paru depuis son origine, et s'est chargé seul de la rédaction de ce Supplément» (celui de 1778). Ce recueil périodique qui donne les noms d'auteurs et les titres d'oeuvres a dû bien se vendre. Il est mieux imprimé à partir de 1769 par la Vve Duchesne. A la mort de L., il fut continué par Hébrail.

Recueil A, B, C, etc.. 1745-1762 (24 fas., Fontenoy, Luxembourg, Paris ; D.P.1 1160) : selon Cior 18, L. aurait collaboré à A et B (la participation n'est pas attestée dans F.L., suppl. 1778).

Revue des feuilles de M. Fréron (participation douteuse ; voir D.P.1 1195).

7. Publications diverses

Voir le cat. B.N. et Cior 18. La liste des titres est impressionnante. Il faudrait pouvoir distinguer ses propres ouvrages de ceux «qu'il n'a fait que proposer aux libraires ou exécuter par divers auteurs» (F.L., 1769, t. I, p. 371). Ce n'est pas toujours facile et la liste qui suit est sujette à révision.

Parmi les ouvrages qu'on pourrait qualifier d'«originaux» : Pastorale héroïque pour le mariage du prince de Soubise avec la princesse de Carignan de Savoie, Strasbourg, 1741 (il était alors chez les Jésuites). – Voyage au séjour des Ombres, augmenté sous le titre de Voyage en l'autre monde, ou Nouvelles littéraires de celui-ci (1749, rééd. 1751). – L'Antiquaire, comédie de collège en trois actes en vers, 1749 (il existe un exemplaire intitulé L'Antiquaire, comédie en trois actes de Valois d'Orville, 1751, dans le Recueil de poésies nouvelles). – F.L., 1769, t. II, p.v463 lui attribue les Philosophes en querelle sous le nom de Dauptain, 1765 ; il s'agirait selon C.L., t. VI, p ; 143, des Etrennes encyclopédiques, ou les Philosophes en querelle d'un M. Dauptain, «teneur de livres des sottises humaines» ; in 18. D'après Cior 18 : Les Philosophes, entretiens encyclopédiques pour l'année 1765, Leipzig [Paris], 1765, in-12, signé Duplain.

Parmi les autres ouvrages où sa collaboration est quasi certaine : Magazin récréatif pour servir de ressource contre l'ennui (recueil d'anecdotes et bons mots), t. I, 1771. – On lit dans le Supplément de la F.L. en1778 : «Le Voyageur français dont il a déjà donné 24 vol. Il a publié la dernière édition des Oeuvres de Crébillon le père dont il a retouché la vie […]. Il a présidé à l'édition en six volumes in-8° des Oeuvres complètes de Sainte-Foix, et a fait l'éloge historique qui est à la tête. Dictionnaire dramatique avec M. de Chamfort qui n'a fait que la partie didactique. Anecdotes dramatiques avec M. Clément en 3 vol. in-8, le quatrième est sous presse». On lui prête aussi «un recueil volumineux de Contes et de Nouvelles, un Dictionnaire des Théâtres, une Ecole de littérature, la Bibliothèque d'un homme de goût (1777), sans compter des almanachs et Esprits et des dictionnaires de toute espèce (M.S., 14 déc. 1779).

8. Bibliographie

8.Desessarts ; B.Un., N.B.G., H.P.L.P., Sommervogel, F.L. 1769 et Supplément de 1778. – B.N., n.a.fr. 3531 (dossier La Porte-Fréron). – n.a.fr. 10783, f° 40, notes de police. – A.N., M.C., LXXXII, 590. – A.D. Belfort. – Diderot, Correspondance, éd. Roth-Varloot. – Palissot C., Mémoires littéraires, 1775 et surtout (N.)Nécrologe année 1780. – «Notice sur les écrits de l'abbé de la Porte, mort à Paris le 19 du mois dernier», Mercure de France, janv. 1780, p. 139-142. – Fourquet E., Les Hommes célèbres et les personnalités marquantes de Franche-Comté, Besancon, Sequania, 1929. – (S) Sitzmann E., Dictionnaire de biographie des hommes célèbres d'Alsace, Riexheim, 1910. – Balcou J., Le Dossier Fréron, Genève, 1975. – dictionnaire de J.J. Rousseau, dir. R. Trousson et F.S. Eigeldinger, Paris, 1996.

9. Additif

Activités journalistiques: L.P. a donné lui-même dans La France littéraire de 1769, à l’article « Porte, l’Abbé Joseph de la » la liste des journaux auxquels il a collaboré : « Il a travaillé aux Lettres sur quelques écrits de ce temps, depuis le tome V, jusqu’au tome XIII. À l’Année littéraire depuis le tome premier, jusqu’au tome quarantième. Au Choix des Mercures et anciens Journaux, depuis le tome soixantième jusqu’à la fin de l’Ouvrage. Au Mercure de France depuis l’année 1760 jusqu’à présent. Les Spectacles de Paris, ou Calendrier historique et chronologique des Théâtres, commencé en 1751 jusqu’à présent. Il a eu part à la France littéraire ». [Nous suppléons les italiques]. Il ne mentionne pas les Observations sur la littérature moderne, qui figurent dans la liste des ouvrages, avec la mention : « par M. L’Abbé de la Porte, 1749 et suiv., 9 vol. in-12 ». De même pour L’Observateur littéraire : « Par M. l’Abbé de la Porte, 1758 et suiv.,, 18 vol. in-12 ». Ces indications confirment les renseignements fournis par A.-M. Chouillet dans la notice de DP2. 

Publications diverses: Dans l’article « Porte » de la France littéraire, L.P. précise : « On lui attribue les ouvrages suivants, qu’il n’a fait que proposer aux libraires et exécutés par divers auteurs... » et il nomme les différents extraits et « esprits » de Massillon, Bourdaloue, Castel, Desfontaines, J.J. Rousseau, Prévost, etc., ouvrages probablement mis en oeuvre par lui, mais augmentés de préfaces d’autres auteurs et confiés notamment à l’éditeur Duchesne. Dans le cas des Oeuvres de M. Rousseau de Genève, son intervention a été importante. Par Lenieps, Rousseau apprend à la fin de 1762 que « l’abbé de La Porte et Duchesne travaillent à une collection de tous[ses] ouvrages » . Le recueil Esprit, maximes et principes de M. Jean-Jacques Rousseau de Genève de 1764 est bien donné dans la liste des ouvrages de la France littéraire de 1769 sous son seul nom.

On aurait tort de considérer ces oeuvres comme de simples « compilations », terme dont on ne sert fréquemment au XVIIIe siècle pour désigner les bibliographies, les éditions critiques, les anthologies, les chronologies, etc. La France littéraire reste une base d’informations solides sur la littérature du XVIIIe siècle ; les Anecdotes dramatiques, dont il a fait la plus grande part, restent très utiles, son Histoire littéraire des femmes françaises est plus consultée que jamais. Son Esprit de l’abbé Des Fontaines (Londres et Paris, Clément, 1757) le montre soucieux de constituer, à partir d’articles de journaux épars, un corpus classé, indexé, préfacé. Sa préface, outre qu’elle exprime son admiration pour l’un des fondateurs de la critique moderne (p. VII) donne une biographie rigoureuse de l’abbé Desfontaines, et accorde une grande place à ses polémiques, et au droit de la critique. Voir notamment le long récit du débat entre Gourné, auteur d’un Géographe méthodique, et Desfontaines (p. XXVII-XXXVIII).

La place de Joseph de La Porte dans la vie littéraire de son temps reste difficile à évaluer ; le mépris attaché aux compilateurs, mais aussi sa modestie et son souci d’impartialité l’ont exposé à de nombreuses critiques. Pourtant Diderot l’estimait et lui doit une partie de ses informations, dans le Neveu de Rameau, sur le milieu Bertin ; Voltaire, qui l’associe longtemps à Fréron, lui envoie une épître en vers, en 1759, quand L.P. s’est rallié à la bonne cause. 

Bibliographie: Sur la place de L.P. dans le débat critique, voir : Van Dikj, S., « L’abbé La Porte et la canonisation des romancières », table ronde de Münster, 1996, art. en ligne. – Sgard J., « La lettre sur Cénie » dans Françoise de Graffigny femmes de lettres. Écriture et réception, dir. J. Mallinson, Voltaire Foundation, SVEC 2004 :12, p. 246-257. (J. S.).